A. D., Isère, B. 26, fo 238 (7 mars
qu'a son amour-propre. Tailles, banalités, corvées, elles ne représentent plus guère que 15 à 20 s. annuels, c'est à dire sept à huit journées de travail. Mais il les considère déjà comme inconciliables avec une condition libre. Par suite, il les trouve illégitimes et injustes et plus d'une fois s'y dérobe, non par accablement, mais par fierté. En Berry, en 1490, les hommes de Saint-Julien et d'AngibauIt refusent une taille en déclarant qu'ils ne sont pas serfs. Même prétention des habitants de Salvais en Auvergne qui, affranchis de la mainmorte, entendent ne plus rien payer'. A Guéret, les habitants se disent exempts des banalités; ils affirment que la coutume de la Marche est telle que tout homme libre n'est pas soumis aux monopoles*. En 1515, en Bourgogne, les habitants de Molesmes ne consentent à payer 5 s. t. pour leur ancien affranchissement qu'à condition u qu'on ne leur demandera aultre reddevance »'. Ce sentiment se fait jour partout. Il pousse les communautés à violer les transactions mêmes qu'elles signent, à chicaner sur les taxes qu'elles ont consenties, les droits qu'elles ont reconnus. Tous ces conflits, ces procès entre communautés et seigneurs qui emplissent la fin du XV' siècle n'ont pas d'autre origine. Ils jettent une vive lueur sur les progrès accomplis par la classe rurale. Ce n'est pas quand l'homme souffre le plus de la servitude qu'il veut s'en affranchir : il n'en mesure toute l'injustice que lorsqu'il a connu, en y goûtant, toute la saveur de la liberté. Non moins que les droits domaniaux, se précisent les droits d'usage. On est surpris de l'importance que prend cette question dans le dernier tiers du xv* siècle. Mais c'est qu'aucune n'était plus grave pour l'existence même du paysan. Dans l'état de ruine général, à une période où il manquait d'avances et où la culture avait presque disparu, il lui fallait du bois pour reconstruire, des pâquis et des
1. A. N., X-*" i;o (23 nov. 1190). — X»' 132, T 2t3 v» (U9i).