c/., Yonne, H. 660. Recueil de baux de 1488 à
3. /rf., Yonne. Pontigny. H. 1434,1447,1448, 1464. —Défrichements à Saint-Germain en 1495, en 1509 (H. 1123). — Vauluisant, en 1501, en 1507, en 1512 (/«/., 743, 707). — Saint-Pierre-le-Vif,en 1514. (H. 194). — Sainte-Colombe en 1512 (H. 133). — Saint-Michel de Tonnerre (H. 2161).
4. /«/., Yonne, Cart. de Saint-Michel de Tonnerre, t" 223, 16 juillet 1502.
5. A. D., Saône-et-Loire, E. M24, P' 27, 28, 30, etc.. (mai 1489). — /rf., Côte-d'Or, E. 1905. Lux (2 déc. 1490). — E. 1782. Beaumont (4 déc. 1512).
Dans le Midi, une atitre région très différente, la Provence, offre les mêmes exemples. Le travail de défrichement commence sous René d*Anjou, il se généralise ♦sous la domination française. Sur le littoral, toute la bande de territoire comprise entre Nice etl'Estérel est défrichée et peuplée, grâce aux seigneurs locaux et aux religieux de Lérins : Mandolieu, en 1461, Biot, en 1474, Auribeau, en 1497, Vallauris, en 1501, Pégomas, en 1513, Valbonne, en 1519». Depuis 1483, toutes les terres des environs de Grasse, depuis 1487, celles de Barjols et des bourgs voisins sont accensées à des cultivateurs. Mêmes opérations dans la région du Rhône et de la Durance. A Saint-Remi, les « paluns « royaux, à Marseille, les terres avoisinantes sont mis en culture. A Saint-Paul de Fogassière, en 1503, c'est le seigneur lui-même, Elzéar de Pontevès, qui a divisé ses « gasts » et les a baillés à a acaptc perpétuel » *. Manosque, en 1504, est peuplé par une colonie de Vaudois. Ces concessions de « terres nouvelles » deviennent si fréquentes que les seigneurs sont obligés de préciser dans les reconnaissances des habitants ou leurs aveux les droits et redevances qu'ils prélèvent. — On peut conclure de ces exemples que le mouvement de défrichement est général. Nous trouverions aussi nombreux, en Quercy, en Languedoc,
1. A. D., Alpes-Maritimes. G. 74" (.Mandolieu). G. 19o-196 (Biot). G. 689 (Auribeau). FF. 18 (Vallauris), H. 717 (Valbonne). L'acte de Pégomas est coté lï. 630, mais l'indication est inexacte. Sur ces actes, cf. de Ribbes, La société provençale à la fin du moyen âge, p. 341, qui ne donne d'ailleurs aucune référence. Voir encore A. D., B.-du-Rhône, B. 26, f* 281, un autre exemple de partage de terres par un seigneur (5 avril 1511).
2. On trouve un grand nombre de ces concessions dans les archives des notaires très riches pour le Sud-Est. Grasse. Arcli. de M« Lancestre. Reg. (1487, 1505-1512). — Var. A. D., E. 824-827. Très nombreux acaplcs à Barjols et à Ouinson. — /rf., E. 330. Registre des baux passés à Ampus par le seigneur de Villeneuve (1502). — E. 268. Registre des baux de Saint-Paul de Fogassière (1503). — /rf., E. 123. Ginasservis : concessions de terres incultes (12 avr. 1515). Cf. également A. D., B.-du-Rhône, B. 22, f 77. Division des paluns de Saint-Remi, (31 octobre 1482). — Marseille, A. M., AA. 5, f 161 (27 oct. 1485).
Lx\ RENAISSANCE ÉCONOMIQUE. 219
en Dauphiné, en Limousin, en Ouienne, en Bourbonnais, en Berry, les mômes faits '.
Ces dcfrichemenls permirent à la population rurale de se reconstituer. D'ordinaire, le seigneur a recours aux concessions individuelles; il baille de gré à gré, ou adjuge ses terres vacantes aux enchères publiques. Mais souvent aussi, il fait un partage collectif : il a appelé de véritables colonies agricoles et, entre ces occupants, divisé le sol. Telles sont les chartes de peuplement du littoral de Provence. Le seigneur découpe lui-môme les parts, se réserve des redevances, sa justice, concède aux habitants la propriété de leur lot, Tusoge du paquis, le droit d'avoir des procureurs et syndics. Ce mode d'établissement n'est pas particulier au Midi. Nous le retrouvons notamment en Languedoc, dans l'Orléanais, dans la Champagne où, en 1519, Tarchevôque de Reims, Robert de Lenoncourt, partage un de ses bois entre seize familles et accorde aux concessionnaires la propriété de leur tenurc moyennant un cens de 2 s. (>. d. t., un surcens de 2 d. t. par arpent, sans compter le droit d'élire trois échevins annuels pour leurs affaires communes. Il semble bien aussi que ce soient des colons étrangers qui, au début du
1. Languedoc. Défrichements aux environs de Toulouse dès 1470 (Soc. archéol. du Midi, 4893, p. 43). A Nîmes, les garrigues des environs sont défrichées en 1511 (A. M., Delib. LL. 3). — En Guienne, dans l'Enlrè-deux-Mers, il y a affluence d'étrangers • laboureurs et autres gens des pays de Poictou, Xainctonge, Limosin... et y ont commencé à cultiver la lerre, bastir et édiftier maisons - (A. N., JJ., 217, n** 43, mars 1487). Même travail de défrichement à Marennes et Arvert (/</., ibid., 213, n® 21). — En Dauphiné, défrichements par l'abbaye de Lioncel. A. D., Isère, B. 2980. — En Limousin, les églises se servent de Tadjudication pour donner leurs terres incultes et désertes. Cf. Terriers de Solignac. (H. 9480, T* 10, 118, 137. 139, etc.). La plupart de ces accensementssontde la fin duxv^s. (1494-1496), quelques-uns remontent à 1485. — Dans la Marche, des défrichements sont faits au milieu du XV* s. par Tabbaye d'Aubepierre. Cf. Au torde. Le servage dans la Marche^ p. 314, 315. — Bourbonnais. Défrichement dans les bois de la Fayc. Inv, da titres.., de Bourbon, n" 7854. — Berry, A. N., X'* 135, r» 171 (1500).
règne de Louis XI, aient mis en culture les terres désertes de TAunis; des émigrants du Poitou, du Limousin, de la Saintonge qui, quelques années plus tard, aient repeuplé TEntrcdeux-Mcrs*. Individuelles ou collectives, ces concessions, d'ailleurs, se font sous la même forme. Ce sont des baux perpétuels ou à long terme ^ Le preneur s'engage à payer un cens et une rente fixes; quelquefois, comme en Limousin, dans la France centrale, en Provence, les 1/6, 1/10 ou 1/13 des fruits. Appliqué partout, ce système a beaucoup contribué à la diffusion des populations rurales. Si les chiffres nous manquent pour l'apprécier, deux faits doivent au moins attirer notre attention. Le nombre de ces baux s'accroît de même que diminue la contenance des terres données. C'est que les familles agricoles devenaient plus denses et la masse des (( déserts » se faisait plus petite \ Cette transformation n'a pas échappé aux contemporains. Machiavel signale la richesse de nos campagnes et Seyssel, vers la même époque, les progrès de la population. « Plusieurs lieux et grandes contrées, écrit-il, qui soûlaient être incultes et en frische ou en bois, à présent sont tous cultivez et habitez de villaiges et maisons, tellement que la tierce part du royaume... est réduicteen culture depuis trente ans, mais plus de ce règne que de., l'autre temps*. » L'historien est ici d'accord avec l'histoire.
Favorable au repeuplement, cette grande division du sol ne le fut pas moins à la production. Ce n'est pas que l'on
i. A. N., JJ., 213, n** 21. « La pluspart du labour desd. salines et vignes se font par gens eslrangiers. >
2. Le système des locations perpétuelles est presque exclusif dans le Midi et le plateau central. Dans le Nord et la Bourgogne, le bail à plusieurs vies et le bail perpétuel sont aussi fréquents.
3. En Bourgogne, notamment jusqu'en 1405, les concessions de 100, 200 arp. se trouvent assez nombreuses. Postérieurement à celte date, la moyenne des parcelles descend de 15 à 30. En Ile-de-France, à Saint- Germain, les lots sont encore plus petits.
4. Machiavel, Hitralti délie cose di Frcincia. — Seyssel, HisL de Louis Xll dans Godefroy. /</., p. 128.
pratique la culture intensive; on ne connaît guère que les assolements. Mais moins de terrain est perdu et le travail de l'homme se concentre comme ses ressources. — Ce sont les cultures spéciales qui se développent : en Provence, grâce aux irrigations, la culture maraîchère *, puis les oliviers, la garance, les figuiers; en Languedoc, la guède, l'olivier et le mûrier; en Normandie, les plantations d'arbres à fruits*. Plus rapidement se répand la culture de la vigne. La France redevient une grande productrice de vins. Ceux du Languedoc, de TAgenais, de la Guienne, du Médoc sont renommés et donnent lieu à un actif commerce avec TAngleterre. Cette culture s'étend même dans le plateau central : en Limousin, à la fin du xv® siècle, une foule de petites parcelles sont transformées en vignes '. En Bourgogne, les abbayes comme le roi transforment en vignobles une partie de leurs terres. Aux environs de Dijon, l'extension des vignes devient si considérable qu'elle menace de supprimer le labourage et, qu'en 1486, Charles VIII ordonne de les arracher. Volnay est planté en 1311*. Même progrès en Champagne et en Ilede-France. Saint-Germain couvre de vignes la région de Paris. De 1489 à 1321, la plupart des accensements faits à Grenelle, Vaugirard, Issy, au Breuil, dans le bourg Saint- Germain sont destinés à cet usage. Mais l'abbaye plante ellemême. Elle fait venir des plants d'Orléans ou de Bourgogne ; la dépense annuelle qui était de 400 livres en 1489, monte à
1. B. N., Fr. 5093, f" 99. Permission donnée par le marquis de Rothelin, gouverneur de Provence, aux habitants de Manosque de faire venir les eaux de la Durance pour irriguer le pays (mai 4511).
2. A. D., Seine-Inférieure. G. 481 (1497-1498). G. 485 (1499-1500). Plantations'à Déville. — A Cachant, en 1512, Saint-Germain fait planter en une fois 300 pruniers de Reims (A. N., LL. 1116, f 483).
3. Nombreux exemples dans les terriers de l'évôchc de Limoges.
4. A. M., Dijon, B. 1()6, f^ 43. Avis de la mairie conforme aux lettres du roi que • Ton extirperoit une partie des vignes estant en vinaige... de ceste ville es lieux esquels l'on pourroit faire terres labourables (6 nov. 1486).
600 livres, en 1492, à 800 livres en 1496 ». La culture de la vigne s'étend enfin dans le Nord, jusqu'en Picardie, jusqu'aux portes de Rouen. En Normandie, il n'est « si petit village où il n'y ayt trois ou quatre tavernes de vin »; à Amiens, l'extension des vignobles a amené une progression assez rapide du nombre des tonneliers pour que ceux-ci soient obligés de modifier les statuts de leur corporation (2 juillet 1488) ^
Mais la grande culture était celle des céréales. A la fin du Moyen âge leur production est en progrès constant.
Il suffit de lire les terriers de cette époque pour se rendre compte de ce fait ^. Dans un grand nombre de seigneuries le rendement s'accroît depuis la fin du xv* siècle; non seulement il répond à la consommation locale, mais il permet de vendre les réserves. En même temps, se constatent l'extension rapide du nombre des moulins à blé, l'élévation des redevances ou des dîmes. Telle métairie de l'Orléanais qui, au xv" siècle, rapporte 10 muids de blé, en vaut 14, en 1307. Telle paroisse de Bourgogne qui rend cinq muids de dîme, en 1469, est affermée à 13 muids, en 1499, h 18 muids, en 1316. Tel autre domaine de Normandie loué pour 27 muids de blé, 2 muids 20 mines d'avoine en 1488, est baillé, dix ans plus tard, pour 33 muids de blé et
1. Comptes généraux. A. N., LL. 1112, f» 362. ld„ 1113, P 117 V el 122. /d., 1114, ^' 14, 301 v% 300 v*. Les plantations sont continuées au XVI" s., notamment en 1506 et en 1512 à (îachanl où ral)baye plante des ceps de Beaune, Volnay, Meursault, d'Orléans et de Lyon, /rf., H 16, r* 480 à 483. Les plantations faites à Cachant, Issy el Vaugirard s'élèvent à 65 arpents.
2. A. M., Rouen, A. 10 (15 juin 1506). — Le cardinal d'Amboise fait planter des vignes à Déville (A. D., Seine-Inférieure. C. 575, 1489-1190). — Amiens, A. M., AA. 13, f* 146 • à cause que les vuigncs esloient et se sont multipliées entour la ville et au pais d'environ - (28 juillet 1488).
3. Voici par exemple une seigneurie du Berry. En 1483, le rendement total est de 8 muids, 19 setiers, 16 boisseaux; en H95, de 26 muids, 30 setiers et demi, 38 boisseaux un quart; en 1507, de 66 muids, 13 setiers, 10 boisseaux deux tiers. En vingt-quatre ans, le rendement a plus que sextuplé. — A. D., Cher, E. 340 et suiv.
14 muids d*avoiue*. Ce progrès du rendement est général et continu. Dans cette culture, ce fut surtout celle du froment qui l'emporta. Nous trouvons dans une seigneurie du Berry quelques chiffres qui permettent de la comparer aux autres. En 1483, elle est égale à celle du seigle; en 1495, elle lui de\'ient supérieure; en lo07, elle la dépasse des deux tiers. Insuffisante d*abord à la consommation, elle laisse en 1507, 7 muids de blé à la disposition du seigneur. Ces chiffres sont frappants. On trouverait dans les documents une foule d'exemples analogues. Aux débuts du xvr siècle, dans certaines localités de Bourgogne, d'Ile-de-France, la culture du seigle a à peu près disparu^. En Normandie, un grand nombre de rentes se constituent ert froment : c'est que le froment est devenu le plus gros rendement du sol. En d'autres provinces, la part de froment stipulée dans les redevances s'élève progressivement; celle des seigles reste à peu près stationnaire **. Assurément, si développée qu'elle soit, la production du froment est encore insuffisante. Concentrée surtout dans la Beauce, l'Ile-de-France, le Poitou, la
1. A. D., Loiret. Comptes du chapitre. G. 453, f 2 (1507-1508). — A. D., Yonne. H. 923. Voir également H. 114. Les dîmes de Guy et Évry aflTermées à 39 setiers de grain, en HTô, sont aflTcrmées à 9 muids en 1510. — La métairie de Touchebœuf afTermêe 18 setiers de grain en 1466, vaut 5 muids 9 setiers en li98. Fresnes nous donne des exemples analogues (A. D., Seine-inférieure, G. 567, 573. Comptes de rarclievéché). — Le produit des dîmes ou dos moulins est en croissance partout.
2. A. D., Cher, E. 340 et suiv. — La plupart des terres que Tabbaye de Saint-Germain fait labourer sont ensemencées en froment (A. N., LL. 1063, r 104 V"). Ensemencement de 41 arpents de terre en blé à Dampmartin. — /i/., 1115, f** 12i v**. Labour et ensemencement en blé de 28 arpents de jachères à Esmans (l.iOC). En 1510, sur les terres ensemencées à Esmans, il y a 20 arpents 1 q' en froment, 26 arpents et demi en avoine, 7 arp. 1 q' d'orge, 3 arpents en blé niéteil, 3 arpents en seigle (LL. 1000, T 229).
3. Ceci est visible notamment pour les baux des moulins. Cf. A. D., Yonne, H. 7.56. A Molinons, le moulin est accensé en 1469 pour 54 setierd par quart froment, orge, seigle, avoine; en 1517, il vaut 6 muids de grain froment.
vallée de la Saône, la plaine du Languedoc, elle est, dans d'autres régions, inférieure à la consommation locale. Par suite, si Tannée est mauvaise, si le blé devient rare, ces provinces se voient menacées. En 1303, en Normandie, la récolte étant manquée, les tenanciers ne peuvent payer leurs redevances et les pauvres se nourrissent de pain d'orge *. En 1305, en 1306, en 1313, en 1316, la rareté du blé entraîne encore une élévation de prix. Mais ces troubles sont passagers. En tout cas, on ne voit plus les disettes et les famines dont la France a tant souffert dans les deux premiers tiers du xV siècle et même en 1482. Dans les années favorables, la France produit assez de blés pour exi)orler en Angleterre, en Espagne, dans les Pays-Bas. Ce trafic est, nous le verrons, un des gros éléments de son commerce. Cette prospérité de la culture eut d'autres résultats. Elle favorisa les transactions, éleva le taux de la rente et de la valeur du sol; dans la richesse générale la richesse du sol entre pour une large part. Elle eut enfin des conséquences sociales que nous aurons à examiner, dont la plus importante fut le progrès civil et politique des communautés de paysans.
En même temps que la richesse foncière, s'accroît la richesse industrielle. Languissante, épuisée jusqu'à la (in du règne de Charles VII, l'industrie se ranime avec la paix. Les guerres d'Italie lui impriment un nouvel essor. Aux débuts du xvr siècle, elle est, comme l'agriculture, une des forces vives de la France.
Cette renaissance a eu des causes diverses. Elle fut en partie l'œuvre de la royauté qui, par ses mesures protectrices, les exemptions accordées aux villes, les privilèges reconnus
l. A. l)., Soinc-Inférieiirc, G. Iss.
aux métiers, rintroduction d'industries nouvelles, comme celle de la soie, contribua puissamment à ce réveil. Elle fut la conséquence de l'organisation corporative qui assura le progrès des méthodes et de la bonne fabrication. Mais elle se rattache surtout aux exigences croissantes des besoins, du bien-être, du luxe, à ces contacts qui se multiplient au dedans, entre les villes, au dehors, entre les Etats. Maîtres ou artisans voyagent beaucoup dans cette fin du xv* siècle. Ils circulent en France, comme à l'étranger, pour s^nstruire des meilleurs procédés : ils vont en Flandre, se former au travail de la draperie, en Allemagne, s'initier au travail des 'métaux *. Pour créer ou rétablir leurs métiers, nos villes font elles-mêmes appel aux concours les plus divers. Il est curieux, par exemple, qu'un événement aussi tragique que la destruction d'Arras, en 1479, ait eu des résultats heureux pour l'industrie textile. Amiens accueille les émigrés qui lui apportent la sayetterie. En obligeant chaque ville de France h envoyer à « Franchise » des hommes de métier, Louis XI leur fit prendre contact avec la Flandre et contribua «i répandre ses procédés de fabrication ^. A leur tour, nos cités industrielles de la Somme ou de la région normande voient se propager leurs méthodes. En 1487, Poitiers leur emprunte des tisserands et des foulons. En 1496, Paris appelle des
\. Fagniez, Documents relatifs à Vhistoire de l'industrie et du commerce, t. II, n* 152 (avril 1469). — Isambert, XI, p. 46i. Ordonnance du 22 nov. 1506, « parce que plusieurs maistres (orfèvres) sont aUés en pays estrangers •. — Voir encore A. M., Amiens, BB. 14, f 119 v", un chapelier d'Amiens allant travailler en Flandre (16 déc. 1483).
2. Thierry, Recueil des monuments de Vhistoire du Tiers État (Doc. In.). Région du Nord, t. II, n* 144 (4 juin 1480). — Délégués des villes envoyés à Arras sur la demande de Louis XI. Bourges envoie 40 chefs de famille. Mém. de la Commission historique du Cher, t. I, 1857, p. 219. — Achats faits de draps d'Arrns à Millau, Toulouse, Rodez, Albi, Villefranche. Louis XI n octroyé lettres pour • contraindre réaument et de fait par prise de corps et de hicns les marchans -. Mém. de la Soc. des lettres, sciences et arts de VAveyron, t. XV, p. 264. J. Artières, Notice historique sur la draperie de Millau,
ouvriers drapiers de Rouen et leur offre l'exemptiou des tailles s'ils consentent h s'établir*. Ces échanges se généralisent; une petite ville comme Riom veut-elle créer des métiers de tapisserie, elle s'adresse à Felletin. Ce sont des ouvriers de la Marche qui font naître en Agenais les « ateliers de verdure^ ». Tours a une école célèbre de maîtres « ymagiers tailleurs de pierre » qu'on appelle des différentes régions. Une foule de centres industriels se sont ainsi créés ou ranimés à la fin du xv« siècle : Tours, Rouen, Amiens, Paris, Reims, Bourges, Le Mans, Poitiers, Limoges, Montpellier qui rayonnent dans les provinces les plus diverses. L'instabilité même de la classe ouvrière, le compagnonnage, enfin l'afflux des étrangers : Allemands, Flamands ou Italiens, hâtèrent encore ces pénétrations réciproques. Ce fait a été un des éléments les plus puissants du progrès industriel.
De toutes les industries nationales, la plus ancienne, la plus florissante a été la draperie. Ruinée en partie par la guerre de Cent ans, elle reprend, à la fin du xv' siècle, une très grande vitalité.
De cette fabrication, la région du Nord était toujours le foyer le plus intense. Trois groupes s'y détachaient : les villes de la Somme, Amiens, Abbeville, Péronne, Saint-Quentin, Montdidier; les villes de l'Oise, Beauvais, Noyon, Compiègne, Chaumont; mais surtout la Normandie. Au xv® siècle, celle-ci est la grande productrice. Aux yeux de toute la France, Rouen est la « principale ville » de la draperie*. Avec elle, c'est la province tout entière qui travaille : Bernay, Louviers, Saint-Lô, Vire, Bayeux, Lisieux, parmi les villes libres ou seigneuriales; Laigle, Falaise, Argentan, Aumale, parmi les bourgs. Aux environs mêmes de Rouen, Darnetal commence à faire concurrence à la métropole. Dans une