‹ Les origines de la réformeChapitre 85 sur 198 · Isambert, XI, p. 10 (fév · texte numérisé non relu

Isambert, XI, p. 10 (fév

3. A.N., X»' 4837, f- 192. 11 y a le Salât où se trouve - grant quantité d'or, y a mines d'argent, de cuyvre... • (24 mars 1496).

4. A. D., Haute-Garonne, C. 2276, f» 107. Les Ktats de Montpellier (7 déc. 1504) reconnaissent que Baldini et ses ouvriers seront exempts de tailles pour leurs personne el biens meubles.

;i. A. 1)., n.-du-Khône, B. 1234 (lîiOi-1519).

dans d'autres régions, estimant « que tant que plus y aura de mines besongnant en nostre dit royaume, tant plus d'icelles pourra issir grant nombre desdits métaux à l'augmentation de nos droits et profits » *. Vers la même époque, les mines d'or, d'argent et de cuivre de Jussey sont mises en valeur par Guillaume de Bauffremont et, h Jalogny, près de Cluny, on exploite une mine de plomb. Celles de vitriol dans le Forez et Beaujolais sont ouvertes depuis 1469 '. Aux débuts du x\i* siècle, on s'attaque à celles du Creusot. Pierre Pelletier, s' de la Vèvre, et Symon Jobé s'étaient associés pour exploiter « toutes terres à tirer charbon ». Une autre société, fondée dans le même but, s'unit à eux IcK octobre 1511. Les deux groupes mirent en valeur les gisements houillers du Creusot, Blanzy et Montcenis ^. La découverte de mines d'alun en 1507 devait avoir des conséquences plus remarquables. Elle nous affranchit des aluns de Tolfa que le roi s'empresse d'interdire *. Mais cette prohibition qui atteint les finances du Saint- Siège est une des causes de notre rupture avec Jules II et du renversement des alliances européennes contre nous.

Ces progrès de l'exploitation minière devaient donner un très vif essor au travail des métaux. A la fin du xv" siècle, l'usage de la poterie de cuivre ou d'étain se généralise. Sur-

1. Isambcrt, XI, p. 97 (fôv. 1484). /c/., p. fi66 (juillet 1514).

2. A. N.. P. 13901, 429. En 1492, le duc de Bourbon donne à bail ses mines à Ph. de la Bcnée, marchand à Montbrison, puis en 1505, à Ant. Gastard, un Italien, et aux Barjot. Jacques Cœur avait déjà possédé des mines d'argent, de plomb, de cuivre à St Genis, Joux, Chissieux, confisquées en 1455.

3. Société éduenne, t. XII. Nouvelle série, p. 387. A. de Charmasse, Noie sur Vexploilalion de la houille au Creusot au XVI* siècle (Documents).

4. A. N., Grand conseil, V*^ 1044 (21 janv. 1512). Le roi avait fait venir en 1507, un Italien de Gaëte, Nicole Morange, et lui avait donné mission de « faire bcsoingner • toutes les mines d'alun, avec un traitement annuel de 200 écus d'or. Le résultat fut satisfaisant. Mais Morange étant parti, le roi concéda à un Fran^'ais, du Bourg, les mêmes privilèges et le nomma « maistre général et visiteur de toutes lesdites mynes d'alungs » du royaume.

tout, c'est rorfévrerîe qui se développe. Cette période de notre histoire est une de ses belles époques. Nobles et bourgeois se passionnaient pour les objets d'argent. On en porte sur soi, en ceinture ou en agrafes, on en a dans sa maison, sur sa table, drageoirs, aiguières, nefs, coupes. Déplus en plus, ces pièces d'orfèvrerie vont onricîhir les églises. On cite avec admiration celles que Louis XI a données à Saint-Martin : le grand treillis d'argent qu'il a fait faire, en 1478, autour de la châsse et où entrent ()770 marcs '2 onces de métal; les deux reliquaires d'argent et or offerts en 1480; enfin la statue du roi, à genoux, enrichie de perles et de pierres précieuses*. Ce sont là fantaisies de prince. Mais, plus modestes, les libéralités des particuliers sont aussi nombreuses. Reliquaires enrichis d'émaux, statuettes ou images, vases sacrés, tableaux, missels ou évangéliaires recouverts en argent ciselé, une foule de présents sont faits alors aux églises, qui disparaîtront dans les pillages des guerres religieuses. Aussi bien, les villes elles-mêmes travaillent à cette diffusion. Elles ont remplacé par des objets d'art leurs anciens dons, plus simples, de fruits ou de confitures. A l'entrée du roi, du gouverneur, de l'évoque, elles offrent sous cette forme la bienvenue : (*omme Amiens, en 1484, à M*" de Beaujcu, deux drageoirs, h Madame, un navire d'argent de 28 marcs; en 1493, à Anne de Bretagne, une fontaine d'argent; comme Lyon, en 1490, à Charles VIII, une coupe d'or, deux grands vases et une coupe d'argent doré, douze tasses d'argent, deux aiguières, deux pots, deux flacons, deux bassins, en tout pour une valeur de 2285 1. 8 s. 9 d. En 1501, les dépenses en orfèvrerie faites par la ville de Tours en l'honneur de Louis XII dépassent 2 471 livres -. De ces prodiga-

1. Mt' moires de In Soc. archéoL de Touruine^ t. XX (1870), p. 276,

2. Amiens, A. M., BB. li, fOO \\ — Lyon, /d., BB. 19, r* 169, 177.— Tours. Mém. delà Soc, arcfi., t. XX, p. 299. En 1506, le roi avait Umilé la fabrication (les objets d*or et d'argent. Cette interdiction fut rendue inutile

lités, la cour d'ailleurs donne Texemple. Louis XII, prince économe, fait ouvrer cependant pour le château de Blois des tableaux d'argent. Sous François P', Tachât d'orfèvrerie est prodigieux. En 1514, le roi dépense en vaisselle, en chaînes d'or et autres pièces, 18000 livres; il donne 40000 livres à sa mère pour des acquisitions semblables et gaspille 27 273 livres en objets de cuivre et d'étain *. — On conçoit, avec des débouchés pareils, Ténorme accroissement de l'orfèvrerie française. Celle ci s'est répandue dans toutes les villes, dès la fin du w^ siècle. A Dijon, par exemple, en 1482, il y a (( foison d'ouvriers » et la municipalité est obligée de faire des remises d'impôts aux orfèvres que la concurrence réduit en pauvreté *. Le stock de métal ouvrable ne pouvait plus suffire aux besoins. Dans certaines villes, par exemple à Amiens, les orfèvres s'ingéniaient à donner au laiton l'appa rence de l'or et de l'argent. Il fallut que les statuts corporatifs ou les ordonnances municipales missent fin à ces abus^. Ce n'est pas seulement dans le travail des métaux que la France affirme sa vitalité industrielle. Elle adopte et fait sienne la grande découverte du temps : l'imprimerie. Introduite à Paris en 1470 par un Français, Guillaume Fichet, et trois Allemands, Michel Friburger, Ulrich Gering, Martin Crantz; à Lyon, en 1473, par un Liégeois, Wilhelm Kœniget trois maîtres de Nuremberg, Nicole Pilgrim, Martin Reinhardt

par les exemptions presque aussitôt accordées. B. N., Fr. 5093. Permission donnée aux villes d'Alençon, Argentan, de faire forger à Rouen de la vaisselle d'argent pour 300 marcs (f* 00).

1. A. N., KK. 289. Comptes de la recette de Languedoïl (!5n-lol8), ^■ 268, 410, 414, 418, 422, 423, 429, 430, 437, 453, 457, etc.

2. A. M., Dijon, L. 06C. Remise dMmpôts à un orfèvre ne gagnant rien parce qu*il y a en ville • foison d'ouvriers • (1482). Cf., L. 669, 670, 672, autres remises à des orfèvres.

3. B. M., Amiens, BB. 18, f» 23, « plusieurs desdits orfèvres se ingèrent vendre ferures d'étain • (7 février 1498). La ville déclare que les orfèvres ne pourront vendre que ferrures en or et en argent. Us ne pourront non plus mettre sur les objets qu'ils fabriquent de fausses pierreries.

et Mathieu Huss, elle ne tarda pas à rayonner dans toute la France. Toulouse (1476), Angers, Albi (1477), Chablis, Vienne (1478), Poitiers (1479), Chartres (1482), Troyes (1483), Bréhant, Loudéac (1484), Reims, Tréguier (1485), Rouen (1487), Grenoble, Embrun (1490), Narbonne, Tours, Orléans, Angoulême (1491), Uzès, Nantes, Cluny, Châlons (1493), Màcon (1494) , Limoges (1495) , Provins (1496) , Péri gueux (1498), telles furent, à la fin ^u xv'' siècle, les étapes de rinvention nouvelle. Cette diffusion avait suivi deux courants distincts. En Bourgogne, Dauphinc, Languedoc, elle fut Tœuvre des maîtres allemands de Lyon. En Normandie, Ile-de-France, Poitou, Périgord, Limousin, Anjou, Bretagne, elle fut duc à l'initiative des maîtres français de Paris. Ceuxci, les Le Rouge, les Marneffc, n'avaient par tardé sous Charles VIII et Louis Xll à supplanter leurs concurrents étrangers. Leurs artisans essaimèrent dans le Nord et rOuest. En ces régions, l'imprimerie fut exclusivement une industrie française*.

Ces faits, comme Timprimerie elle-même, devaient avoir leurs conséquences intellectuelles et morales. Les résultats industriels ne sont pas moins importants à signaler. La nouvelle découverte ne s'était pas seulement propagée dans la plupart des villes; dans chaque ville, elle avait fait naître tout un commerce. A Paris, en 1522, sur 195 chefs de métier connus, il y a 17 libraires; à Lyon, de 1473 à 1500, plus de 160 imprimeurs viennent s'établir. Devant ces ateliers nouveaux, disparaissent peu à peu les anciens métiers du livre, parcheminiers, enlumineurs. A Dijon, en 1488, les (( écrivains » ne peuvent plus gagner leur vie « à cause des escriplures en moule »; à Toulouse, l'art de l'enluminure est ruiné ^. Ce fait est général. La France retrouva heureuse-

1. Sur le (léveloppenienl de l'imprimerie, voir Lahando, Vimpriprimeric en France au XV" siècle (1900).

2. Sous Louis XI, Tenluminure est en pleine prospérité. Certains seigneurs font même venir des enlumineurs allemands (^nri.e/uAfiVit,Xni,

ment dans l'extension de l'imprimerie, les ressources et la renommée que lui faisait perdre la disparition des manuscrits. Elle ne produit pas seulement pour elle-même, elle exporte à l'étranger. Paris expédie en Allemagne des ballots de papier et des chargements de livres. Nos libraires sont en relations avec Baie, la Hollande, les villes et les universités du Rhin, Cologne, Strasbourg, Bonn, avec Venise. Les éditions des Le Rouge, des Marnefle, des Bouchet peuvent rivaliser avec celles de leurs rivaux italiens ou allemands. Louis XII protège d'ailleurs les libraires-imprimeurs contre les fermiers de la traite foraine qui prétendent les soumettre aux droits. En 1513, il affranchit le commerce des livres de toute imposition *.

A cet essor des industries textiles, des métaux, du livre, allait répondre le progrès des arts décoratifs *. Dès le milieu du xv" siècle, la paix, le retour du bien-être et du luxe leur donnent une impulsion nouvelle. Dans la période antérieure, la Bourgogne avait été notre plus grande éducatrice; son art, réaliste, un peu lourd, avait rayonné dans les régions voisines : le Languedoc, la Normandie, le centre de la France. Cette influence se prolongea, mais subit un partage. Depuis Charles Vil, les corporations d'art, peintres, « ymagiers », sculpteurs sur bois, verriers, brodeurs, tapissiers, se multiplient. Retenons ce fait : elles sont françaises. L'in-

4901, p. 220). Enlumineur de Cologne appelé dans la Marche. — Dès le milieu du règne de Charles VUI, l'art de la miniature est en décadence. A Dijon, les copistes ne gagnent plus leur vie (A. M., Dijon, L. 668, 1488). Id., 677 (1500) • La science d*escripture est de petit profit à cause des livres d'impression qui se font depuis longtemps ». Il en est de même k Toulouse.

1. Isambert, XI, p. 642 (2 avril 1513). L'ordonnance intervint à la suite de nombreux procès entre les libraires et les fermiers de Timposition foraine.

2. Sur le développement des arts décoratifs, voir E. Molinier, Histoire générale des arts appliqués à Vindustrie, I, ivoires (1896), II, le meuble (1897). — Vitry, Michel Colombe et la sculpture française de son temps f Paris, 1901.

(lucnce itaiienne, aux débuts du xvi' siècle, a pu changer le caraclère et l'inspiration du mouvement, elle ne la pas créé. Il vient de Flandre ou de Bourgogne, il naît spontanément sous l'aiguillon des besoins nouveaux ; il répond à ce goût croissant de la décoration qui se fait jour. Dans cette première Renaissance, nous sommes redevables surtout à nousmêmes. Là où le métier d'art apparaît, c'est un foyer d'activité nationale qui s'allume.

De ces foyers, la région de la Loire, la Touraine, est le plus intense ^ Résidence de la monarchie, elle est aussi le centre de l'art. Elle a donné naissance à une de nos grandes écoles de peintres avec Jean Fouquet, puis Bourdichon; sous Louis XI, Charles VIII, Louis XII, elle est également Féducalrice des « maîtres tailleurs de pierre » avec Pierre Valence, Michel Colombe et leurs élèves. De 1500 à 4515, cette influence des maîtres tourangeaux se répand comme leur renommée, eu Normandie, où le cardinal d'Amboise leur confie la décoration de Gaillon, en Auvergne, où Jacques d'Amboise leur fait élever cette merveille de Tart de transition, la fontaine de Clermont. Tours a aussi ses brodeurs, Jean HuUot, celui de Louis XI, Jean Galli, celui d'Anne de Bretagne et ce prodigieux Etienne Bcsnard qui, en 1518, a illustré pour Louise de Savoie « quatre-vingts istoires des Bucoliques de Virgile». — Dans l'Est, à la fin du xv" siècle, en Champagne, la renaissance de Tarchi lecture religieuse fait apparaître à son tour une école de sculpteurs : celle de Troyes '^ Plus au sud, après le déclin de l'école dijonnaise, c'est Lyon qui va jouer le même rôle d'éducatrice. La grande ville n'est pas seulement la pre micre cité industrielle ou commerçante de la France, elle devient une métropole de l'art. En 1496, elle organise en

1. Mém, de la Soc, archéoL de Touraine, XX, 1870. Gh. de Grandmaison, Doc, ine'd. pour set^ir à l'histoire des arts en Touraine. — /d., XXXIII. E. Giraudet, Les artistes tourangeaux.

2. Ko>chlin et Marquet de Vasseloi, La sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au XVI* siècle, Paris, 1900, 1" partie.

LA llENAISvSANCE ÉCONOMIQUE. 239

corporations ses peintres, tailleurs d'images, verriers, parmi lesquels on cite Jean Perréal, Jean Blin, Jean Prévost, et plus tard Jean de Saint-Pricst et Pierre d'Aubenas (fui, en 1508, décorent son hôtel de ville. Aux débuis du xvi* siècle, Mathieu du Carpel a fondé une manufacture de « verre de cristallin » que la ville, en ioii, encourage par une subvention*. — Dans le Midi, c'est toujours la Provence qui continue les traditions de la maison d'Anjou et de l'école d'Avignon. Ses ateliers de peintres d'Aix, de Sisteron, ses sculpteurs de Marseille sont justement célèbres; des étrangers, comme le Messin Pierre Roux, à la fin du xv'' siècle, viennent s'y établir *. En dehors de ces centres, un grand nombre de villes ont, elles aussi, leurs corporations de peintres ou imagiers, comme ceux d'Auxerre qui décorent, en 1506, la cathédrale de Sens. Dans cet épanouissement des industries d'art, quelques villes pourtant gardent leur monopole. La sculpture sur bois, dont l'éclat est très vif dans la seconde moitié du xv*" siècle, a ses principaux centres à Paris, Rouen et Amiens. A Rouen, les huchiers ont travaillé aux boiseries de Gaillon, à Amiens, aux stalles de la cathédrale. Limoges fabrique des émaux peints qui commencent à apparaître vers 1490*. Felletin, Paris, Rouen, Amiens, Beauvais ont

1. N. Rondol, Les sculpteurs de Lyon du XIV* au XV W siècle, Paris, 1884. — A. M., Lyon, BB, 28, f 165 V.

2. Revue hislor. de Provence, juillet 1901. N. Coste, Recherches sur l* art provençal, p. 438. — Bull, archéol, du comité des trav. histor., 1883, Barthélémy, Doc, inéd., sur divers sculpteurs inconnus de Marseille du XV* au XVI* siècle, p. 442.

3. Molinier, ouv. cit., II, p. 19 et suiv. A Rouen, il y a des ivoiriers signalés en 1507 {Id. I, p. 193). A Amiens, en 1494, il y a 200 maîtres environ qui travaillent le bois (B. M., BB. 16 ^ 273). — Id. AA. 13, r 35. Règlement pour les caielliers : le métier s'étant « puis naguère fort augmenté en laquelle ville » (15 mai 1521). — Limoges, Soc. archéol. du Limousin, p.- 32. Guihert, Vorfévrerie et les orfèvres de Limoges, p. 35. — Les émaux peints à Vexposition rétrospective de Limoges {i%B&). — L'art des peintres- verriers n'est pas moins florissant à Lyon, Tours, Chartres, Troyes, Auxerre, etc. Un grand nombre de verrières sont

leurs ateliers de tapisserie, créations exquises de couleur, de groupement, qui se répandent sur les murs des églises, des châteaux, des hôtels de ville. L'influence étrangère ajoute à son tour à ces richesses. Dès 1470, sous l'impulsion de René d'Anjou, les médailleurs italiens Pietro da Milano et Laurana sont venus en France, bientôt suivis de Nicolas Spinelli et de Jean de Candidat En 1502, c'est un Italien, Jérôme Solobrini, qui fonde à Amboise une fabrique de terre émaillée et prépare les découvertes de Bernard Palissy '.

Draperie de laine ou de soie, orfèvrerie, librairie, travail de la pierre ou du bois, broderies, tapisseries... toute l'industrie française se résume en ces créations. Dans ce réveil économique, plus que tous les autres peut-être, les métiers d'art se sont ranimés. L'unité politique a rendu leurs procédés plus uniformes, elle n'a supprimé ni l'autonomie de l'inspiration, ni la variété des détails. Regardons-en quelques reliques : vieux meubles , coffres ou bahuts , boiseries anciennes , chasses d'or ou d'argent, stalles d'Amiens ou jubé d'Albi, portail de Tours, palais de Rouen. Rien n'est plus exquis. Ce sont toujours les formes, les traditions du Moyen âge, mais avec quelle fantaisie dans les détails! Quelle grâce svelte dans l'expression! Sur la pierre, le bois ou le métal, les vieux maîtres ont jeté l'entrelacement des arcatures et des rosaces, les gerbes fuselées des colonnes. C'est un éblouissement. il semble que sous cette ciselure de dentelle qui la recouvre, la matière s'évapore, impalpable, invisible. A leur tour, les figures humaines qu'elles supportent ou qu'elles encadrent ont perdu la rigidité première. Rien en elles de heurté ou de dur, mais aussi rien d'agité ni de théâ-

refailes dans les églises aux débuts du xvii* siècle. Cf., pour le pays chartrain par exemple, A. D., Eure-et-Loir, G. 178, 185.

1. Dès 1493, il y a à Lyon, parmi les ouvriers d'art, un graveur de médailles, Louis le Père, qui sera graveur de Charles VIII et de Louis XII (A. M., ce. 2).

2. Mémoires de la Soc. arch, de Touraine, t. XX. Cf., Giraudet, mém. cit.

Irai. Elles vivent et elles pensent, graves et sereines, enveloppes d'âmes*. Cet art est bien nôtre, caprice et raison, fantaisie et réalité. — 11 allait cependant disparaître. Dès 1505, peintres ou sculpteurs italiens commencent à le renouveler. Après 1515, Timitation étrangère et classique, sous Tinfluence de Técole de Fontainebleau, va prendre sa place. Elle ne le fait pas oublier et les dernières œuvres de l'art « gothique )) restent comme le témoin, non seulement de notre goût industriel, mais aussi de notre génie national dans ce qu'il eut de plus spontané et de plus pur.

Aux produits de la terre et aux œuvres de Tindustrie vont s'ajouter les bienfaits de l'échange.

Le rétablissement ou la création de foires et de marchés fut la première forme de ce réveil commercial. Pendant les guerres, la plupart ont disparu. Les troubles ont rendu les grandes transactions impossibles : seul, le commerce de détail s'est maintenu dans la ruine commune. Mais avec la paix renaissent les centres de trafic. Roi, villes, seigneurs y ont un égal intérêt. Aucune mesure n'est plus propre à « repopuler )),à augmenter les revenus du souverain local, à contribuer aux finances royales, aides ou équivalents. Par suite, dans une foule de localités, la création des foires répond aux progrès de la culture, comme dans les villes, à l'extension de l'industrie. Ici, le marché natt spontanément; de même qu'aux époques anciennes, un pèlerinage est devenu groupement économique et l'affluence des fidèles provoque

1. Voyez par exemple, le sépulcre de Solesmes (1406) et, à Nantes, le tombeau de François II (1502-1501). — La réputation de nos maîtres français est telle qu'on les fait venir à Tétranger. L'un d'eux, Ph. Vigarny, de Langres, travaille» en Espagne, aux stalles du chrrui* de Burgos, de 1307 à 4512 (Mollnier, omd. cit.i I) p. 215).

l'affluence des marchands'. Plus souvent, il est l'œuvre des habitants, du seigneur ecclésiastique ou laïque. Dès Louis XI, sous Charles VIII, les chartes de concession se multiplient. La couronne en délivre 123, de 1483 à 1490; 152, de 1490 a 1498; 67 de 1498 à 1500. Bref, en vingt-cinq ans, plus de 400 foires ou marchés sont institués ou rétablis*. Ce mouvement est général. Il se fait aussi bien dans les pays riches de la Normandie, de la Bourgogne que dans les provinces plus pauvres du Centre, le Périgord et le Limousin. Il est continu. Ces créations se poursuivent sous Louis XII et François P'. Dès la fin môme du xv® siècle, les anciennes concessions ne suffisent plus. Les villes réclament des foires nouvelles ou la prolongation de celles qu'elles ont obtenues ^

La royauté ne se contenta pas d'accorder des permissions: dans un grand nombre de villes, pour attirer les marchands, elle octroya des privilèges. A Rouen, en 1477, Louis XI a autorisé le cours des monnaies étrangères et suspendu le droit d*aubaine; à Bayonne, à Lyon, à Nîmes, à Carcassonne, il a mis les trafiquants sous la sauvegarde royale et déclaré leurs denrées insaisissables*. En même temps, se multiplie le nombre des foires franches. La plupart des grandes villes, Rouen, Amiens, Châlons, Dijon, Troyes, Pézcnas, Lyon jouissaient de ces immunités, Charles VIII essaye de ranimer les foires de Troyes; il confirme celles de Nîmes et Montpellier (1487), Nantes (mars 1491), Melun (1493), Tournus (1494)*.

1. A. N., JJ. 234, n' 28. Rue en Ponlhieu, • où a grande affluance et apport de pellerins chacun Jour ».

2. Â. N., JJ. Registres 211-235. La plupart de ces concessions sont faites • pour repopuler et édifier •.

3. Cf. par exemple, Sens. En 1510, Louis XII concède à la ville trois foires nouvelles outre la foire accoutumée (A. M., CC. 10, avril 1610). — Créations nouvelles à Civray (A. N., JJ. 232, n» 145, 1499), Chaumont (/rf., JJ. 235, n« 339, 1500), etc.. dans de petites localités, /d., 231, n» 256 : Chàteauregnault. /d., î" 230, n» 258 : Guise.

4. H. Sée, Louis XI et les villes, p. 323 et suiv. — Bayonne, Saint- Esprit (A. N., JJ. 215, n» 48). Carcassonne (JJ. 216, n-» 147, oct. 1485). Vienne (JJ, 217, n-» 192, avril 1486). Confirmations.

5. Les privilèges de Pézcnas et de Lyon remontent à Louis Xl. Deux

LA UËNAISSANCE ÉCONOMIQUE. 243

Louis XII crée une foire franche à Dijon, une autre à Troyes. Les franchises se sont même étendues à de petites localités : Craonne, Nogent- l'Artaud, etc., à Saint- Denys, au bourg Saint Germain*. Dans ces villes privilégiées, les marchands ne trouvent pas seulement sécurité pour leurs biens ou leurs personnes, l'exemption des taxes d'entrée ou d'issue; ils ont encore, comme à Troyes et à Lyon, des juges spéciaux, les conservateurs des foires, qui souvent ne sont autres que le bailli ou le sénéchal-. Rien ne contribua plus que ces garanties ou ces faveurs à l'extension des échanges. Par elles, l'activité commerciale se réveille partout.

Mais il n'a pas suffi d'établir des foires ou des marchés, il a fallu encore donner aux marchands les moyens d'y parvenir : améliorer les rivières ou les routes, relever les ponts, sinon supprimer, du moins réduire les barrières fiscales. Ce fut l'œuvre à la fois du gouvernement et des intéressés euxmêmes. Par une série de mesures, ils assurèrent plus de rapidité et de facilité dans les relations.

Ce sont d'abord les cours d'eaux qu'il est nécessaire de rendre navigables. Nos grands fleuves, Seine, Loire, Saône, sont les routes naturelles et magnifiques qui permettent aux marchands de pénétrer au cœur même du pays. Dès la seconde moitié du xV' siècle, une série de travaux améliore les voix fluviales. Dans le Nord, lechevinage d'Amiens a fait reconnaître le cours de la Somme et élargir son lit (1485). En 4498, le cours de l'Eure est régularisé. Dans la région de

(les foires lyonnaises furent transférées à Troyes et à Bourges en 1484. Mais elles furent rétablies, en 1489, après trois années de démarches (A. M., Lyon, BB. 19, T'- 14, 15 v, 28, 38, 132). — Montpellier, JJ. 219, n- 30, mars 1487. — Nantes, JJ. 222, n« 20. -- Melun, Id., 226, n» 229. — Tournus, JJ. 222, n« 392, juin 1494).

i. Dijon. A. ])., B. 11 17 i. En 1502, la foire de juillet est reportée au 30 juin; le roi crée une autre foire, le 3 novembre (10 mai). — Troyes, B. N., Fr. 5093, f- 115 (avril 1510). — Craonne, A. N., JJ. 211, n* rm. — Nogent TArtaud, JJ. 216, n» 7.

2. Sur la juridiction des conservateurs, cf. Vacsen, La juridiction commerciale à Lyon {Mém, de la Société littérairCy 1877-1878).

la Loire, Charles VII et Louis XI ont déjà fait creuser le Claîn, la Sevré, la Vendée. Louis XII continue cette œuvre; il accorde a Niort, dont le port s'est ensablé, une aide sur les marchandises et les bateaux pour refaire les chaussées et déblayer la rivière '. En 1510, Bourges rend l'Auron et le Cher navigables jusqu'à Selles; huit ans plus tard, François 1" fait approfondir la Sauldre. Chatellerault songe à creuser la Vienne*. En 1518, sur la demande d'issoire, une enquête est faite pour rendre l'Allier navigable'. C'est la Loire olie-môme dont on améliore le cours. La société des marchands balise le fleuve. En 1497, Angers a fait réparer les levées : le roi a donné 1400 livres et promet 10000 livres pour ce travail. Louis XII nomme une commission chargée d'examiner les chaussées riveraines; François I*'' affecte 1()(KM) livres h leur entretien. Dans l'Est, on utilise la grande artère de la Saône et du Khone. Dijon se plaignait (hî ne pouvoir « tenir grand falot de marchandise » faute de rivière navigable. Elle a proposé à Louis XII de détourner la Saône jus(pi*à ses murs. Le roi recule devant une si colossale entreprise, mais il fait élargir l'Ouche jusqu'à son confluent (1511) *. Les levées du Rhône à Tarascon sont répa-

!. n. M., Amicna, GC. fia, f- iO ^(1^85). — Poitiers, B. M., CoUect. t'^onteneau, t. XX, p. 361, février 1506.

2. Pour le Cher, A. D., Loiret, A. 703. Comples de la seigneurie de lloiuoraiilin, l.iOU-liilO. — La SauUIre, A. N., KK. 2X9, f- 273. Le roi affecte i 000 livres à ce travail. Pour la Vienne, cf. A. 1)., Loiret, B. 3002. ftequtMe des habitants à rassemblée des marchands de la Loire pour quUls contribuent aux dépenses (1510).

3. Balisements faits dans la Loire par la Société des marchands(A. D., Loiret, B. 2920, 1516-1519). — A. M., Angers, BB. 10, f 5 v% U juillet 1497. Charles VIII avait fait venir des Hollandais pour faire les levées de la Loire (B- N., 25717, n- 204). - A. N., KK. 289, t' 261 (1517-1518). — Sur l'Allier, cf. ItuUetin de la Société iVémulation, t. ix, 1863-1866, p. 187, un curiou.\ prooès-verbal dos commissaires royaux pour rendre la rivière navigable depuis Issoire jusqu'à Pont-du-Chàteau (27 mai 1518). L'opposition des autres villes d*.\uvergne et des gens du Roi à Montf«»rrand lit échouer le projet.

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