VII. — ANNA-DIDON
phalle générateur associé à l’idée de la Mère et l'orgiasme corybantique. Il est donc permis de voir dans les Cabires de véritables Pénates, d'autant plus que, d’après la tradition, c'était de Samothrace que venaient les Pénates troyens et latins et que, comme divinités tutélaires, ces mêmes Pénates portaient le nom de «grands dieux » et de « dieux puissants », qui n’est que la traduction du nom sémitique Xabirim, origine certaine des Cabires. C'était, du reste, l'opinion d’un ancien, Cassius Hemina, cité par Macrobe!. Ilest bien vrai que, en Phénicie et dans tous les pays couschito-sémitiques, d’où ils paraissent venir, c’est au nombre de huit que les Cabires s'offrent à nous, représentant de la sorte les sept astres supposés errants et Esmoun ou le huitième, qui n’était que l’orbe cosmique, souvent figuré sous la forme d’un serpent replié sur luimême et enserrant les orbites des sept autres°. Mais ce nombre n’est pas originel, et nous avons des exemples qui prouvent bien évidemment qu’il ne date que de l’époque de transition du Chthonisme au Sabéisme. Les Cabires existaient même chez les Sémites comme divinités chthoniennes avant de devenir des dieux sidéraux, et c’est au temps de ce premier état que remonte leur migration en Phrygie et dans les îles de la mer de Thrace. Nous venons de dire que le terme de Xabir signifie « grand », au féminin Æabirah et au pluriel Xabirim et Kabiroth. S'il n’est pas téméraire de voir une simple traduction grecque de ce mot dans l’épithète de meyiotn ou la « grande » donnée à Astarté par Sanchoniaton Ÿ, — ‘Astéprn ñ peyiorn, —
1. Cassius Hemina dicit Samothracos Deos eosdemque Romanorum Penates proprie dici @eods meyaæhous, Oeods Ypnotouc, Oeods Guvaroüc. Noster hæc sciens ait : cum sociis Penatibus et magnis Diis, quod exprimit Geoùs meyd&houc. Macrobe. Saturn., III, 4. — Servius, Æn., I,
2. Movers, Untersuch. über die Religion und Gotiheiten der Phœnizier, p. 527 et p. 591.
il ne doit pas l’être davantage de voir également une Xabirah dans Rhéa ou Cybèle, la divine mère chthonienne, surnommée la Grande Déesse, la Grande Mère des Dieux. D'autre part, un cylindre publié par M. Lajard ‘! porte l’image d’une pyramide à degrés, que surmonte une main colossale et autour de laquelle se trouvent groupées sept petites figures, avec une huitième plus grande et le bâton du commandement à la maïn. Si, comme on a tout lieu de le conjecturer, ces figures représentent bien les Cabires de l’époque sabéique, leur association à un monument dans lequel il est impossible de ne pas reconnaître la tour symbolique de la maïn d’Anu, dont le sens a été expliqué aïlleurs et qui n’était qu’un tumulus transformé, ne permet pas de mettre en doute leur origine chthonienne et tout particuliérement énéenne.
En se séparant d'Helenus et d'Andromaque, les Troyens firent voile vers l'Italie, dont ils ne tardèrent pas à apercevoir les côtes. Ils prirent même terre en un port que dominait un temple de Minerve et que Virgile ne désigne pas autrement, mais que l’on pourrait très-bien placer à Porto-Venere, non loin de cette même Hydronte où Étienne de Byzance fait aborder les Crétois qu’une sécheresse, ditil, avait chassés de leur île *. Après y avoir invoqué la reine des combats, Pallas %, une des dénominations du côté virginal et guerrier de la divine Mère, et y avoir sacrifié à la patricienne Junon, leur ennemie, conformément aux conseils d'Helenus, ils s’éloignèrent effrayés des menaces