‹ Les origines de la religionChapitre 178 sur 219 · VII. — ANNA-DIDON · texte numérisé non relu

VII. — ANNA-DIDON

Virgile d’avoir faussé l’histoire pour les besoins d'une thèse qu’on lui prête. Virgile n’a pas eu les préoccupations es

que l’on croit; ce n’est point pour expliquer la haine de deux peuples rivaux qu’il a conduit son héros sur la côte lybique et la placé dans les rapports que l’on sait avec la fondatrice de Carthage. Quoique le poète latin ait incon-

testablement fait plus qu'Apollonius de Rhodes, qui, dans

ses Argonautes, n’a à peu près chanté que la fable ; quoique la pensée dominante de son œuvre soit une pensée patriotique et qu'il y ait accordé ses modulations et plié son rhythme, on ne saurait méconnaître qu’il a scrupuleusement respecté les traditions dont il s’est inspiré. Il les a quelquefois mêlées, interprétées même arbitrairement et. sans esprit de critique, mais il ne les a point altérées sciemment. Que le père de la nation romaine, quel qu'il

soit dans l'Histoire, ait eu ou non la vie agitée et les relations que dit Virgile, il n’importe, au fond; ce qu’il y a de.

véritablement intéressant pour notre thèse, c’est de savoir. si l’Énée mythique dont il s’agit ici, et qui est bien l'Énée que Virgile a identifié avec le père de sa nation, se rattache et appartient tout à la fois aux origines de Rome et à celles de Carthage. Or, nous croyons pouvoir offrir des preuves suffisantes de la parenté religieuse de ces origines et de l'identité, par conséquent, du pieux amant de Didon avec l'Enée plébéien du Latium et de Rome.

Virgile, tout en qualifiant de Sidonienne la reine de Carthage ‘ et en lui faisant dire à Énée qu'elle avait vu jadis à Sidon Teucer banni de sa patrie *, n’en donne pas

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