‹ Les origines de la religionChapitre 197 sur 219 · VII. — ANNA-DIDON · texte numérisé non relu

VII. — ANNA-DIDON

« Je descends, et sous la conduite du dieu, je traverse sans obstacle les flammes et les ennemis. »

Descendo, ac, ducente deo, flammam inter et hostes Hebediori. 2,

Du moins, le scholiaste de Virgile l’entend-il ainsi : « Il en est qui pensent, dit-il à propos de ce ee qu'il y a des divinités qui participent des deux sexes?. » Macrobe a Je même commentaire.

-Unautre hot le plus saillant peut-être de la physionomie deDidon , complète l'identité que nous venons d'établir entre Ja reine de Carthage et la erande Mère énéenne : c'était, - comme celle-ci, une divinité à lance. Nous avons exposé - plus haut, dans ce même chapitre, en parlant du tumulus * + de Polydore, le symbole de la lance associé au tumulus. re Ona dû se convaincre, par ce qui a été dit, que cette association, dans l'hypothèse justifiée d’un hermaphrodisme succédant à la neutralité originelle de Ja Mére divine, équivalait à la conjonction de Mars et Vénus en Orient et de Mars et Vesta dans le Latium. Or, à Carthage, dans le temple dédié à Élisa, au centre de la vieille ville, devant la double statue de Didon et de Sichée était une épée, celle-là même qu "Énée, d’après une tradition, aurait, donnée à la reine et dont celle-ci se serait frappée sur son. bücher *. Cette épée, croyons-nous, n’était autre qu’un

En "M0 2. Ducente deo, secundum eos qui dicunt utriusque sexœus partieipationem habere numina. Est etiam in Cypro simulacrum barbatæ Veneris, quod Appoôÿrov vocatur, cui viri in veste muliebri, mulieres in virili veste. Servius, ad Æn.

8. L. c.—Cf. Phornutus, Speculatio de natura deorum : « Venus. autem est masculum atque foœmellam induens potentia. » 4. Silius Italicus, I, CO : Zpsa sedet tandem œternum conjuncta Sychæo : ante pedes ensis Phrygius. — Cf. Virgile, En., IV, 646 : Conscendit furibunda rogos ensemque recludit Dardanium, non hos quœsitum munus in usus.

équivalent des Pénates et, symboliquement, du fascinus ou phalle qui figurait parmi les sacra de la rotonde de Vesta à Rome. Une de ses qualifications, en Italie, à côté de celle de hasta Martia, pour désigner probablement la conjonction de Mars-Vénus ou le côté hétairique du mythe, était, comme nous l’avons vu, celle de hasta pura, qui nous semble se rapporter plutôt à l'opposition des deux sexes dans la même dénomination, soit au fascinus associé à Vesta, et reproduire Le côté virginal que nous avons constaté dans ce même mythe, Or, si l’on restitue le nom entier de Sichée, qui, d’après Servius, le scholiaste de Virgile, était Sicharbas!, on a un composé sémitique Zekhi herb, dont le sens est précisément celui du latin hasta pura ou « lance pure? ». La voyelle finale du radical, dans le latin Sichœæ-us, répond d’une manière exacte à la finale du premier mot de Zekhi-herb, ce qui confirme, au point de vue étymologique, l'assimilation en question. Nous rappellerons, pour compléter le sens de l'opposition établie entre Enée et Sichée, un trait intéressant : l’affectation avec laquelle le poëte s'applique à faire ressortir que Didon était vierge, quand elle fut unie à ce dernier”, et qu’ « elle ne connaissait pas encore le prix de l’amour *»,

Me:

Et Ovide, Fastes, III, 549 :

Prœbuit Æneas et causam mortis et ensem :

TIpsa sua Dido concidit usa manu.

4. En., I, 343 : Quoties poeta invenit nomina vel in metro non stantia, aut mutat ea aut de his aliquid mutilat. Nam Sichæus Sicharbas dictus est. — Var., Sicarbas, Sacarbas, Socarbas et Siarbas.

Page 1