VII. — ANNA-DIDON
quand elle consentit « à briser les liens de la pudeur‘ », pour se donner à Énée, cette affectation, en déterminant la signification hétairique de la dénomination An dans Auna et dans Ænæas, confirme celle de hasta pura pour Sichée. Sichée était à la grande Mère énéenne ce qu'était à Cybèle le jeune Atys, celui-ci tout à la fois un pin, emblême phallique, et un mâle sans virilité, par conséquent une hasta pura aussi*.
L'association de la lance avec l’idée aphrodisiaque date de la transition de la mère neutrius generis à la femme et remonte à une époque très reculée. On a constaté que toutes les divinités femelles, en Asie, simples variantes ou développements de l’idée originelle de mère, avaient, souvent dans la même dénomination, quelquefois avec des noms séparés, non seulement les deux aspects opposés virginal et hétaïrique, mais encore une face de courtisane et l’autre de guerrière; c’est ce que M. Guigniaut appelle, sans l'expliquer, « les contrastes de pureté et d’impureté, d'énergie belliqueuse et.de volupté sans frein. » Nous croyons que l’aspect guerrier, opposé dans la même dénomination divine à l’aspect voluptueux, a été déterminé par l’association de la lance, soit pure ou impure, comme symbole phallique, avec la Vierge Mère ou la Mère pandémos; c’est probablement cette opposition qui explique la guerrière tout à la fois dans Enyo-Bellone, l’Anaïtis courtisane des deux Comanes du Pont et de Cappadoce, et dans l’Astarté phénicienne, qui était Vierge, d’après Sanchoniaton, et que les monnaies représentent le plus souvent ar-
ra 0 ‘ . . . Solvitque pudorem.
D'après la Fable, Cybèle aurait confié à Atys le soin de son culte, à condition qu'il garderait une éternelle virginité ; mais Atys ayant violé son vœu, la déesse l’en punit en lui envoyant un accés de frénésie, pendant lequel il se châtra. Cybèle le métamorphosa ensuite en un pin,
mée de la lance‘ comme la Céleste de Carthage ellemême, sa correspondante ?. Dans la mythologie grécolatine on trouve également la lance attachée aux mêmes contrastes de la vierge et de l’hétaïre, ici généralement séparées. Vesta %, Minerve * étaient des lances pures, Lastæ puræ; l'Aphrodite yxeto (Venus hastata) de Chypre, l'Aphrodite ovpareix (Venus militaris) de Mylara en Carie, celles de Cythère, de Sparte, de Corinthe, l'Aphro= dite voxngépoe (Venus vicérix) de Smyrne, de Pergame, d'Argos et des Samnites, la Vénus militaris des Romains ® et la Vénus victriæ identifiée par eux à leur Victoria, l'Aphrodite armée du bouclier d'Arës”7, la Vénus de Sylla combattant avec les armés de Mars, etc., étaient, au contraire, des lances impures ou, plus exacte ment, ce que les Latins appelaient hastæ Martiæ. Nous venons de dire que ce symbole remonte très haut. Onlé trouve rattaché, en effet, à la dénomination originelle de la Mêre divine, comme dans l’'Enyo, Anath, Anaïtis, de Comane; et, en Égypte, trois stèles de la XIX° dynastie, des musées de Paris, de Londres et de Turin, représen-