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les égards et les respectueux ménagements pour les jeunes
patriciennes enlevées, ces mêmes Romains, « ayant stipulé
dans leur traité de paix avec les Sabins qu’ils n’assujettiraient leurs nouvelles épouses à d'autre travail qu’à filer de la laine », soit, en termes appropriés aux circonstances actuelles, à broder ou faire de la tapisserie. Peu s’en faut que le religieux Plutarque, touché de ces bonnes intentions et d’une conduite qui, « d’un acte violent et coupable fit l’action la plus sage et la plus politique ? », n’ap-
prouve le rapt qu’il raconte. Ce qu’il y a de positif, c’est.
qu'il trouve autrement répréhensibles les amours de Thésée pour Ariadne, Antiope, Anaxo de Trézène et Hélène que le coup de filet lancé de l’Aventin ou du Palatin sur le Grand Cirque, le jour de la fête du Dieu Consus ; car, « en cela, dit-il, on peut soupconner Thésée d’avoir été entrainé par le libertinage et l'attrait de la volupté * ». Ces préférences de conscience d’un moraliste et d’un honnête homme se recommandent aux réflexions d’une classe trop nombreuse de faux conservateurs, pour qui le mariage, à l'inverse des goûts de la plèbe aventine, paraît avoir moins d’attrait que l’hétairisme. Il n’est peut-être pas d’un exemple sans danger*que le même recherche à la fois l'argent des patriciennes et la grâce plus ouverte, souvent aussi plus attrayante des belles plébéiennes. Les sévérités de Plutarque, d’un côté, et son indulgence, de l’autre, ne rassurent guère sur le jugement que pourrait rendre, dans tels conflits à prévoir, la conscience rassise de la postérité.
La société autour de laquelle vint se grouper et qu’aryanisa le printemps sacré conduit par les frères jumeaux, était donc quelque chose d’analogue, sinon de tout à fait
1. Id, id, XVIL 2. Plut., Parallèle de Thésée et Romulus, VII. : st Id., id, > +
conforme, à l’état qualifié d’exogamique. L’hétaïrisme n’y était probablement plus, à l’époque où eut lieu le rapt des Sabines, une loi aussi rigoureuse qu’il paraît l’avoir été à Sodome, à Gabaa et chez les Benjamites, où il avait conservé son caractère religieux originel ; mais il ressort de la nature des mythes déjà exposés et de ceux qui le seront encore que, à l’origine, du moins, l’hétairisme de l’Aventin avait eu, lui aussi, ce caractère. La vierge, en effet, s’y associait à la volgivaga dans la même dénomination, ce qui implique la priorité du côté virginal de la divine Mère. Romulus et Rémus, qui figurent ici les dieux Indigètes, au nombre de deux, d’une foule de cités latines !, sont donnés comme issus tout à la fois d’une vierge et d’une prostituée : cela veut dire que, avant l’opposition établie entre ces deux aspects par l'intervention de l'énergie virile, la mère était bien, comme nous l’avons exposé, un principe neutre. L’ origine des frères jumeaux confirme donc d’une manière éclatante notre thèse. Ils étaient fils d’une vestale, c’est-à-dire d’une vierge; mais une fois le mâle posé, il fallait que cette vierge eût conçu de quelqu'un, et l’on imagina la séduction de Mars, le dieu à lance ou phallique. Puis, pour concilier avec cette idée la tradition de l’hétaire, qui s’y opposa naturellement, d’après ce que nous avons développé dans les précédents chapitres, on donna pour nourrice ou seconde mère aux jumeaux une louve, qui les allaita dans la grotte symbolique du Lupercal : le terme de louve, comme on sait, est en latin un synonyme de prostituée *. Aussi le scholiaste de Virgile a-t-il pu dire
1. Notamment Tibur et Préneste. On lit dans Virgile, Én. VI, 670 : Tum gemini fratres Tiburtia mœnia linquunt. Et Servius, V. Æn., parlant de Préneste, dit, d'autre part : Zbi erant Pontifices et Dii Indigetes, sicut etiam Rom&æ; erant etiam duo fratres qui Divi appellabantur.
2. Les Latins, dit Plutarque, Romulus, IV, donnent le nom de louves aux femelles des loups et aux femmes qui se prostituent.
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que l’histoire de cet allaitement n’a été imaginée que pour déguiser la honte de la naissance des pères du peuple romain *. Et cette Acca Larentia, qui aurait ensuite élevé les deux frères, était tout à la fois, selon plusieurs auteurs anciens, une hétaire et symboliquement une Mère chthonienne : le nom de Larentia se rattache à un radical étrusque ar, qui signifie « seigneur », et qualifiait, conséquemment, la louve Accàä comme « dame » Mania, mére des Mânes infernaux et des Lares.
1. Quod autem a lupa aliti dicuntur fabulosum figmentum est ad celendam auctorum romani generis turpitudinem, Serv, I, 273.