II. — MEMBRA DISJECTA A
mot. Dès le principe, en effet, Zeus, Diespiter, ne fut que le jour, l’'éther lumineux ou le ciel éclairé ! : en sanscrit, Dyaus-piter, parent de Diespiter et de Zeus, n’est encore qu'un appellatif pour le ciel visible et le jour°. Il est vrai. qu’en grec la personnalité de Jupiter est plus accentuée, même dès le commencement ; cependant elle n’apparaïit, à ce premier abord, que comme le développement de la donnée sanscrite. Quoique doué d’une conscience, il n’en est pas moins celui qui pleut*, celui qui tonne“, celui qui éclaire*, dans le sens physique. Nous ne pouvons suivre ce dieu à travers les transformations par lesquelles il passa pour arriver à l’état épuré des derniers jours du polythéisme ; qu’il nous suffise de rappeler que le Zeus des tragiques est déjà fort éloigné de celui d'Homère, et qu’enfin celui de l'École stoicienne, notamment l’adorable Zeus de Cléanthe, n’a guère plus rien de commun avec le Dyaus qui.pleut, tonne et fait jour. Depuis que les divinités helléniques ont modifié leur physionomie originelle de phénomênes ou énergies physiques, pour revêtir un caractère plus moral, on les voit se fondre peu à peu les unes dans les autres, s’effacer individuellement et converger, comme simples catégories, vers le Dieu suprême, qui finit par les
1. Le grec Z:dc à pour correspondant védique Dyaus, dérivé de la même racine que DYUT = rayonner. Il se rattache à dyu et à div, d’où dev et le lat. deus, divus, dies, qui s'appliquent à tout ce qui brille, mais plus particulièrement au jour et au ciel.
2. Max Müller, Lectures on the science of language, second series, Lecture X.
8. “loov, daov, © qike Led, nat This apobpac Tv Alnvaiwy «ai TOY ratôtwv. Pleus, Pleus, Ô cher Zeus, sur les guérets des Athéniens et les champs. Cité par Max Müller, Lectures, etc.. 2 ser., p. 433.
4, Dium fulgur appellabant diurnum quod putabant Jovis, ut nocturnum Summanti. Festus, p. 57.
D. Cf: les expressions sub diu, sub dio, sub Jove, pour signifier : à la belle étoile. Ennius, cité par Max Müller, a ce passage, qui ne peut s'entendre que du ciel visible : « Aspice hoc sublime candens quod invocant ones Jovem. »
abimer en luit. Aussi peut-on dire que, fonte le chris- . tianisme apparut, ces divinités faisaient double emploi avec Jupiter ainsi généralisé, et que, par conséquent, elles - étaient devenues inutiles, swperstites. La nécessité logique demandait leur exclusion du culte; car le monothéisme Aa existait dans les idées, et le polythéisme n'était plus qu'une swper-stitio. Le mysticisme néo-platonicien, en faisant de la population de l’Olympe une glorieuse assem— blée de chérubins, d’anges et d’archanges à invoquer, tira la dernière conséquence de tout cela. Qüe fut done le - christianisme ? La forme neuve par laquelle toute révolution accomplie s'affirme et proteste contre le retour au passé.
Néanmoins, il y à, dans les procédés qui ont mené à la transcendance les deux dénominations de Jupiter et de Jehovah, une différence radicale. Jehovah n’a atteint, en effet, à la hauteur où il est monté qu’en s’élevant sur des ruines et des corps morts: le meurtre des prêtres de Baal, qu'Élie immola à la gloire du dieu jaloux de Juda dans le torrent de Cison, * est l’image de son triomphe. Ces quatre cent cinquante prophètes égorgés pour assurer la
1. « Vers la fin de l'empire, dit M. Gaston Boissier, le plus grand nombre des théologiens admettait qu’il n’y avait en réalité qu'un Dieu et se donnait beaucoup de peine pour confondre les autres en lui. De son côté, le peuple accomplissait le même travail en faveur du vieux - Jupiter. | epuis Homère, on le regardait comme « le père des . homm es « des dieux », et il était naturel qu'on eût l'idée de prendre la première des divinités en fa ire la divinité unique. . . Après 2528 l'avoir mis au-dessus des &- divinités, on en vient à croire qu n'y “ à en a pas d’autres que lui. C'est ce que laisse entendre le peuple dans Re les hymnes qu’ ’il chante en son honneur; il le salue dans ses temples en disant qu'il est le Dieu des dieux et qu'il possède seul la puissance divine : Deo deorum qui solus potes. On peut donc affirmer qu'au Ile siècle c'était une opinion générale aussi bien chez les ignorants que chez les lettrés qu'il fallsitiramencr de quelque façon tout ce monde de divinités à un Dieu unique. » (La Religion romuine Mouse au, tonins, t. II, pp. 417 et suiv.)