II. — MEMBRA DISJECTA Fe
Syrie, dans le Liban, Esculape avait vu de nombreux bétyles dont on racontait des merveilles infinies. D'autre part, en revendiquant à tort ou à raison pour une de leurs « maisons de Dieu‘ » le sanctuaire de Baalbek, les Sabiens montraient, du moins, par là qu’ils le tenaient pour un Bethel. Il n’est pas douteux que le numen de ce sanctuaire, qualifié tout à la fois d’'Hélios et de Zeus par les Grecs, n’ait pris avec le temps un caractère solaire, comme, du reste, le numen de la plupart des Bethel de Chanaan : mais nous verrons dans la suite de ce travail que l’origine du symbole est double, ignée et phallique, et que la pétrification du soleil ou association de l’énergie solaire avec le feu contenu dans la pierre date seulement de l’époque spéculative secondaire où l’astre-roi, par suite d’un compromis avec le Chthonisme, devint principe de génération, détour— nant de la sorte à son profit tout un symbolisme déjà ancien. C’est donc avec raison que M. Charles Lenormant, en parlant des pierres consacrées par Jacob dans les différents Bethel, a pu dire que « le patriarche n’accomplit pas seulement un acte commémoratif, mais partagea la foi des populations païennes en la présence de la Divinité dans la pierre?. » L’onction du menhir, en effet, que pratiqua Jacob, était un usage païen, qui s’est perpétué en Orient jusque dans les premiers siècles du christianisme.
Le culte de Jehovah, qui n’était, à l’origine, que celui d’une simple variante dénominative de l'aspect générateur du Divin, comme nous l’établirons dans la suite, et qui, par conséquent , n'avait rien de plus monothéiste que le culte du premier dieu-générateur venu du paganisme, prit sa forme exclusive et d'opposition à l’époque seulement où le lien national se resserra, et il ne se maintint même bien dans cette forme qu’aux lieux d’où il était originaire.
1. Aboulfèda, trad. Reinaud et Slane, Baalbeck, p. 200. 2. Nouvelle Galerie mythologique, p. 51.
C’est de Samuel et de la prépondérance du prophétisme que date le développement jéhovique en Israël. Jusqu'à l'apparition des prophètes, qui furent comme les missionnaires de Jehovah, le culte de ce Dieu resta confiné autour de Schiloh et dans la tribu de Juda. Tout concourt à établir que l'unité, dont les besoins de la défense, depuis l’arrivée des Philistins, hâtérent la formation, se noua au sanctuaire dont les Aaronites étaient les desservants, et que ce furent les Juifs proprement dits, comme poste avancé contre ces mêmes Philistins et, par conséquent, les premiers en ligne, qui présidèrent à cette unité. La première assemblée générale de la nation, à Miçpha, rêéunit, suivant la Bible, quatre cent mille combattants, qui, après avoir scellé le pacte de la fédération sur l’autel de Schiloh, prirent « Juda pour général*. » Le livre des Juges donne, il est vrai, pour motif de cette fédération la guerre contre les Benjamites ; mais nous verrons dans le cours de ce travail que la guerre en question ne peut être de l’époque proprement dite des Suffètes d'Israël, d’où il faut conclure qu’il y a eu confusion de souvenirs.
Le monothéisme prétendu de Juda n’a donc pas eu pour origine l'unité du Divin, même en Israël. Quand Jehovah, dans un texte refondu, est qualifié d'Elohim ou Dieux, c’est qu’alors il a tout simplement absorbé dans sa personnalité jalouse, impatiente de toute rivalité, le divin de tous les Elohim réunis. Du reste, ce qui arriva un peu plus tôt pour lui grâce à l'isolement des tribus sémitiques, dont chacune formait une sorte d'État séparé, en lutte permanente avec ses voisines; grâce, par conséquent, à l'hostilité des dieux archigètes entre eux, s'était en grande partie réalisé pour Jupiter longtemps avant le christianisme, Lorsqu'on se reporte à l’origine de cette dénomination du roi de l’Olyÿmpe, on est frappé de l'étendue restreinte du
2 ERP BUT ES 2 HA au nn PL ME TARA Ed