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bord sous le nom de club breton, parce qu'elle avait été organisée par des représentants de la Bretagne, Dès le 1 er juillet elle comptait parmi ses membres les Sieyès, les Le Chapelier, les Lanjuinais, les Lameth et les Robespierre. Ce club, où s'élaborait la constitution libérale à donner à la France, c'était l'embryon du club des Jacobins.
Dans le public, où transpiraient les menées des conspirateurs de la cour, l'irritation croissait de jour en jour.
On y avait fort mal accueilli une vaine protestation de la noblesse contre la réunion des trois ordres. La capitale était inondée de brochures violentes, dirigées principalement contre le comte d'Artois et madame de Polignac,
l'amie, la confidente de Marie-Antoinette,
Un déploiement inusité de forces à Paris et dans les environs na fut pas de nature à calmer les inquiétudes et les soupçons.
Le médecin Marat, dans un opuscule empreint du sombre génie qui l'obsédait, engagea le peuple à 1 laisser combler la mesure, et à attendre le jour 4e la justice et de la vengeance. Joignez à cela la disette croissante, le pain rare, les farines de mauvaise qualité, une fouie afiamée se pressant aux portes des boulangers, et vous aurez une idée des sentiments qui animaient la population parisienne au mois de juillet 1789.
L'Assemblée nationale, elle-même, s'offusqua des préparatifs militaires qui se faisaient sous ses yeux. Pourquoi ces continuelles allées et venues de troupes entre Paris et Versailles ? Contre qui devaient agir ces trains d'artillerie et ces batteries menaçantes? Pourquo.
tout ce sinistre appareil de la tyrannie au moment où la nation ne songeait qu'à se reposer dans la liberté?
Voilà ce que Mirabeau demanda dans un discours frémissant de patriotisme. 11 fut, séance tenante, chargé par ses collègues de rédiger une adresse au roi pour, réclamer le renvoi des troupes. Humble et ferme à la fois, cette adresse n'atteignit pourtant pas son but. La réponse du roi, dictée par d'imprudents conseillers, fut d'un vague
et d'une sécheresse sous lesquels perçait la menace.
Renvoi de Necker. — Irritation croissante.
Tandis que Mounier présentait à Y Assemblée un ordre de travail sur la nouvelle constitution du royaume, la cour continuait à masser les régiments autour de Paris et, comme pour jeter un défi à la Révolution, le roi renvoyait Necker, le ministre populaire, pour mettre à sa place M. de la Galaizière, et le baron deBreteuil, qui voulait qu'on brûlât Paris au besoin.
Les autres ministres furent changés
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également et remplacés par des hommes comme le maréchal de Broglie, de La Porte et Foullon, non .moins odieux au peuple.
Pendant ce temps l'Assemblée entendait la lecture d'une assez pâle Déclaration des droits de la façon de Lafayette. La nouvelle du changement de ministère, connue à Paris dans la matinée du 12, y causa une fermentation extraordinaire. C'était un dimanche, il y avait foule dans les rues. La vue des fantassins et des cavaliers, qui sillonnaient la ville, jointe à cette nouvelle, porta au comble l'exaspération des masses.
Le Palais-Royal , où la foule se pressait haletante, était tout en fièvre.
Vers midi un jeune homme monte sur une chaise, tenant d'une main une épée, de l'autre un pistolet, et d'une voix vibrante crie : Aux armes ! En . même temps il arrache une feuille d'arbre, et en pare son chapeau en signe de cocarde. Ce jeune homme, inconnu encore, c'était Camille Desmoulins. Tout le monde suitson exemple.
Puis la foule s'écoule et se répand sur les divers points de la ville, s'armant au passage, qui de sabres, qui de bâtons, qui de haches et de pistolets.
Plusieurs engagements eurent lieu
dans la journée, aux Porcherons, à la
place Louis XV, où bivaquait Besenval avec ses régiments, et dans le jardin même des Tuileries; où le prince de Lambesc chargea à la tête de ses dra-
gons. Quelques personnes furent tuées ou blessées. Ce n'était là que le prélude d'événements plus graves.
La journée du lendemain fut relativement calme, mais de ce calme lourd qui précède les grands orages. Le peuple s'arma de toutes parts comme il put, et les électeurs se constituèrent à l'hôtel de ville en pouvoir permanent,
Tandis que naissait^ cette redoutable autorité de la Commune, l'Assemblée prenait, à Versailles, les résolutions les plus énergiques. Après avoir entendu Lally - Tolendal regretter en termes éloquents et passionnés le renvoi de Necker, elle décida qu'une nouvelle députation se rendrait immédiatement auprès du souverain pour lui demander
encore l'éloignement des troupes et rétablissement d'une garde bourgeoise.
Sur la réponse peu satisfaisante du roi, elle décréta, entre autres mesures, que les ministres disgracié s emportaient les regrets de la nation ; que tous les agents civils et militaires du pouvoir, que les ministres actuels et les conseillers de Sa Majesté, de quelque rang qu'ils fussent, étaient personnellement responsables de toute entreprise contraire aux droits du peuple et des malheurs qui pourraient suivre; que la dette publique était mise sous la sauvegarde de l'honneur français; enfin qu'elle persistait dans ses précédents arrêtés, notamment ceux des 17, 20 et 23 juin, dates impérissables dans nos souvenirs.
Diqi
Retournons à Paris, où de son côté le gouvernement improvisé de l'hôtel de ville décrétait les plus vigoureuses mesures.
La garde nationale était créée, et la cocarde verte de la veille, couleur de la livrée du comte d'Artois, remplacée par la cocarde rouge et bleue, couleur du chaperon révolutionnaire d'Etienne Marcel, à laquelle on ajouta bientôt la couleur blanche en signe d'alliance avec la royauté. Les faubourgs réclamaient à grands cris des armes; on fabriqua instantanément des milliers de piques; mais le peuple voulait des fusils, de la poudre et des balles.
Le prévôt des marchands, Flesselles, en se jouant de lui, et en le leurrant de
fausses promesses, assuma sur sa tête une responsabilité terrible.
Prise de la Bastille.
Le lendemain, 14 juillet, dès la pointe du jour, Paris présentait l'aspect formidable d un vaste camp retranché.
Les boutiques étaient fermées, le tocsin sonnait. Une foule immense, partie de la place de Grève, se rua sur l'hôtel des Invalides pour y chercher des armes. Au milieu d'elle on voyait, à la tète de ses paroissiens et revêtu de ses habits sacerdotaux, le curé de Saint- Étienne du Mont, comme en signe d'al-
liance du bas clergé avec le peuple, auquel se joignirent également un grand nombre de soldats échappés de leurs régiments. Les gardes françaises se firent «urtout remarquer par leur ardeur à appuyer l'insurrection.
De tous les points de la ville les masses se dirigeaient vers la Bastille, comme si Ton s'était donné le mot.
C'est que la vieille forteresse de Charles V avait, aux yeux de la population parisienne, une signification sinistre. C'était l'image même de la tyrannie sous son aspect le plus lugubre; elle détruite, il semblait que la liberté était assurée à jamais.
Bien que pourvue d'une garnison peu nombreuse, la Bastille n'en était pas
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moins formidable et menaçante par ses remparts et ses canons. Le comité de l'hôtel de ville essaya vainement de prévenir une collision entre ses défenseurs et le peuple. Pendant qu'un député de district, Thuriot de la Rosière, destiné à trahir plus tard la Révolution, parlementait avec le gouverneur, M. de Launey, la foule fit irruption dans la première cour, et l'attaque commença.
Après une fusillade de quelques heures, la Bastille capitula et ouvrit ses portes. Cette victoire coûta cher au peuple. Cent quatre-vingts des siens, tant tués que blessés, étaient tombés dans la lutte, tandis que la perte des assiégés avait été à peu près insignifiante. Aussi son exaspération fut-elle grande. De Launey et son major de
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Losme, que quelques généreux citoyens entreprirent vainement de sauver, payèrent de leur vie l'opiniâtre résistance de la place. Deux invalides et deux officiers, les lieutenants de Persan et de Miray, furent également sacrifiés après coup.
Le prévôt des marchands, Flesselles, succomba aussi pendant qu'on couronnait à l'hôtel de ville un des vainqueurs de la Bastille, le citoyen Élie. Du reste, sa mort fut un accident particulier. On l'accusait de trahison, de manœuvres infâmes. Comme on le menait au Palais-Royal pour qu'il eût à s'y justifier, il fut renversé d'un coup de pistolet par une main inconnue, au coin du quai Pelletier. Il faut plaindre assurément ces victimes des vengeances
populaires; mais il faut honorer surtout ceux qui ont péri pour une noble idée et qui ont arrosé de leur sang le berceau de la liberté.
Le peuple se montra d'ailleurs généreux dans sa victoire. Les Suisses qui l'avaient décimé furent sauvés par lui. Le triomphe devrait toujours rendre clément.
La prise de la Bastille causa dans la ville une joie indicible. L'espérance était dans tous les cœurs, le sourire sur tous les visages. On se sentait à l'aurore d'une vie nouvelle. Le soir toutes les maisons furent illuminées.
Seulement, craignant un retour offensif des troupes , les citoyens élevèrent partout des barricades, résolus à dé-
fendre jusqu'à la mort ce bien perdu depuis si longtemps, et recouvré en quelques heures... la liberté. Le peuple se mettait décidément de la partie, et prenait sous sa garde la Révolution qui, maintenant faite dans les idées, allait entrer dans le domaine des faits.
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