‹ Les origines de la revolution Ernest HamelChapitre 9 sur 10 · G LES ORIGINES · texte numérisé non relu

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mier ordre, le duc d'Orléans en tête, se décidèrent, le surlendemain, à venir se joindre aux communes. Il fallut un ordre exprès du roi pour entraîner le reste.

Le 27 juin la réunion était un fait accompli.

Comment, après avoir encouragé ellemême les ordres privilégiés à la résistance, la cour prêtait-elle les mains à cette humiliation ?

Ah! c'est que depuis quelques jours on sentait dans l'air comme un orage prêt à éclater. Des relations directes s'étaient établies entre les communes et l'Hôtel de ville de Paris. Déjà la Révolution était descendue dans les couches

inférieures de la société, et le peuple paraissait disposé à prendre l'initiative du mouvement.

Le Palais-Roj'al était devenu un forum, où du matin au soir on délibérait sur les affaires publiques.

Dans la journée du 26, une adresse d'encouragements à l'Assemblée fut rédigée au café de Foy, et couverte de trois mille signatures.

La cour eut peur. Tout en hérissant de troupes les abords du château de Versailles., elle crut prudent de faire une concession à l'opinion publique, en priant Necker, le ministre encore populaire, de ne pas abandonner son poste, et » û n engageant la nobles e

à courber la tète devant la volonté des communes.

Désormais, on peut le dire, la souveraineté appartenait, non plus au roi, mais à l'Assemblée nationale.

La nouvelle de la réunion des trois ordres excita dans Paris une joie folle.

L'esprit satirique du peuple se répandait en plaisanteries quelquefois sinistres. On allait disant partout que prêtres et nobles s'étaient décidés à délibérer par tête de peur d'être réduits 1 à le faire sans tête.

Les gardes françaises et le peuple.

L'armée elle-même, cette forteresse vivante du pouvoir absolu, chancelait, menaçait de passer au peuple, comme si pour la première fois elle se fût aperçue qu'elle en sortait.

Un jour les gardes françaises qui avaient été impitoyables lors de l'affaire Réveillon, ayant reçu Tordre de charger leurs fusils dans un moment d'effervescence populaire, refusèrent d'obéir..

Une centaine de soldats se débandèrent même pour aller au Palais -Royal

fraterniser avec les citoyens. A peu de temps de là, onze d'entre eux ayant été enfermés à l'Abbaye, le peuple en foule courut à la prison, en força les portes, et mit les prisonniers en liberté.

Une compagnie de dragons et une de hussards qui arrivaient bride abattue, prêtes à charger, s'arrêtèrent comme saisies de respect devant cette multitude désarmée. Les cavaliers remirent leurs sabres au fourreau ; on apporta du vin, et ils burent, avec le peuple, à la • santé du roi et de la nation ! Quel changement depuis deux mois ! Les soldats délivrés furent logés et nourris aux frais des citoyens, et quelques jeunes gens partirent précipitamment pour Versailles afin de réclamer en leur faveur l'intervention de l'Assemblée.

DE LA RÉVOLUTION jTi

Mais déjà les agitations populaires commençaient à faire peur aux membres les plus influents du tiers état, aux révolutionnaires de la première heure. Le jour même de la réunion des trois ordres on avait entendu Mirabeau, le grand agitateur du Midi, proposer à ses collègues d'inviter solennellement * les électeurs à contribuer au maintien de la paix publique et de l'autorité royale ; cette fois encore il se leva pour flétrir les troubles de la capitale. L'Assemblée s'associa en partie à ses vœux, en adressant au roi une déclaration destinée à être affichée et imprimée.

Dans cette déclaration, tout en invoquant la clémence royale en faveur des coupables, elle conjurait le peuple de rentrer sur-le-champ dans Tordre, et témoignait de son profond respect pour

le pouvoir de Sa Majesté, duquel, disait-on, dépendait la sécurité de l'empire. Réintégrés volontairement àl'Ab-

baye dans la nuit du 4 au 5 juillet, les clients du peuple de Paris furent graciés presque aussitôt.

Toutefois, cette mesure de clémence n'arrêta pas la fermentation dans l'armée. On s'y plaignait tout haut de ce que les grades fussent interdits au courage et au mérite plébéiens et réservés à la noblesse seule. Les privilégiés cherchaient à s'expliquer, par de petites intrigues , ces aspirations générales vers l'égalité ; ils ne s'apercevaient pas <jue la Révolution grandissait, grandissait toujours comme par un phénomène naturel.

Le parti de la résistance. — Le club breton.

Mécontentement populaire.

Un parti de la résistance, dont l'âme était le comte d'Artois et la reine l'inspiratrice, s'était formé à la cour. On y complotait, sans trop de mystère, de dissoudre les états généraux, de restaurer purement et simplement l'ancien despotisme et de mettre Paris à la raison.

Aux conciliabules des gens de la réaction, le parti du mouvement opposa les siens. Il se forma, au sein même de l'Assemblée, une société connue d'à-

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