Les origines de la societe moderne
Jusqu'à Tan 474, Thistoire de l'Orient s'élait confondue avec *celle de TOccident. Constantinople et Ravenne avaient eu les mêmes périls à conjurer ou à combattre ; Arcadius (395) et Honorius avaient tous deux lutté conti^e
Marie; Thêodose II (408) el Valenlinicn III, contre le laroucbe Attila. Thêodose avait même pris soin des affaires de l'Italie à la mort dllonorius. Ainsi fit Marcien (450) à la mort de Yalentinien et d^Avitus. Enfin Léon /er (457) avait accordé à la sollicitation de Ricimer le vertueux et vaillant Majohen» aux vœux du sénat et du peuple romain le pieux Ânthémius, qui se faisait un devoir de le consulter comme son père (1).
Zénon (474-491). — Mais, avec la victoire d'Odoacre el Tadhésion de l'empereur Zénon, toute unité fut rompue , el l'empire d'Orient demeura renfermé en lui-même. C'esl alors surtout qu'apparurent les tristes fruits de l'alliance des vices de Rome avec ceux de l'ancienne Grèce , et que se montrèrent dans toute leur laideur les plaies qui rongeaient cette société byzantine , atteinte de décrépitude et d^impuissance avant d'avoir connu la vigueur delà jeunesse. Insensible à l'aiguillon de la gloire, elle n'eut qu'une seule fois de Vambilion. Tout le reste de son existence, tant que les Barbares le lui permirent , elle le donna en proie aux vaines disputes religieuses, aux conspirations et aux intrigues de palais. La période des annales du Bas-Empire , dans laquelle nous allons entrer, est précisément la seule qui puisse nous offrir quelque intérêt, en nous montrant associée à tant de faiblesse et de misère une certaine grandeur de vues el d'entreprises qui en pallie l'énoimité.
(l) Voy. uu livre 1, chap. 1, ce qui ooncenie les règnes îles quatre premiers empereura de Constantinople.
Mais il faut, pour arriver aux beaux jours, traverser les régnes de Zénon et d*Anaslase, qui semblent réunir tous les désordres qui ont ailligé l'Empire pendant sa longue durée.
Zénon était de Tlsaune', et d'une des meilleures familles de celte province. Il avait épousé la fille de Léon , et Léon , en le pi*enant pour son gendre, lui avait donné le titre de paU ice avec le commandement de la garde isaurienne, qui régnait alors, pour ainsi dire, à Gonstantinople. Mal fait de corps, plus mai fait encore d'esprit , sans dignité , sans pudeur, sans bonne foi , sans bravoure et sans humanité , il souleva bientôt contre lui Vérina, la veuve de Léon , s'enfuit dans les montagnes de l'Isaurie pour ne point combattre , et laissa le sénat proclamer d'une voix unanime le frère de cette princesse, ce même JJasiliscus qui n'avait pas eu honte de sacrifier à Tor de Genséric l'armée qui devait lui servir à renverser la puissance des Vandales (47ô).Heureusement Basiliscus se montra plus tyran que Zénon. « Il osa favoriser, par complaisance pour sa femme, Thérésie d'Eutychès (1) et entreprendre de ruiner par un édit Fautorité du concile de Ghalcédoine.» Son impielé le perdit; à l'instigation du sénat, les généraux qu'il avait envoyés contre Zénon, ramenèrent en triomphe Texilé ^ ^t renversèrent Basiliscus , qui fut jeté avec sa femme et son fils dans une citerne voûtée, dont on mura Touverlure (477). Cette révolution soudaine , au lieu d'avertir Zénon , enfla prodigieusement son orgueil ; et acheva de développer ses mauvais penchants.
Passionné pour les jeux du cirque, il prit parti dans les courses de chars et se déclara pour la faction des Verts (2). Fière de sa faveur et comptant sur l'impunité,
(1) Sur cette hérésie et les autres affaires ecclésiastiques, voy. le chapitre de l'Etat dê lEgliM de 395 à TôS.
(â) Quaire chars (on D*en avait d*abonl employé que deux) couraient a la fois. Les conducteurs étaient distingués par des vêtements de couleur (liiTé rente, et se divisaient en blancs (al6oll), rouges (rutMlt), verts {proiini) et bleus (oeiMll)*
cette faction se laissa souvent emporter aux excès les plus féroces. Dans Antioche elle lit main-basse sur les Juils : pas un ne fut épargné. Quand Zénon apprit celle nouvelle, et qu'après avoir égorgé ces malheureux , on avait brûlé leurs cadavres: c Pourquoi donc, s'écria-l-il, ne les avoir > pas brûlés vifs, ainsi qu*ils Tauraient mérité? » En même temps il jetait le trouble dans l'Eglise par un fameux édit d'union (l'Ilénotique ), qui, pour ramener à la même croyance les Orientaux divisés par l'eulychianisme, (oui en confirmant la foi du concile de Ch a kédoine, en sacrifiait les décrets. Tant d'extravagances et de cruautés armèrent contre lui de nouveaux compétiteurs , que soutenait l'implacable Vérina. On remarque que le plus redoutable de tous par sa naissance et son caractère, Marcien , pelît-fils de l'empereur de ce nom, fut le moins mallrailé, quoiqu'il eût failli s'em[)aier du palais et tîe la personne de Zénon : ce prince se contenta de le faire ordonner prêtre (1). 11 ne manquait plus à un tel tyran que de donner dans les folies de l'astrologie , et de demander à la magie les secrets de l'avenir : ce fut un de ses derniers égarements. Il mouiml bientôt après d'une manière fort misérable. C'est sous son réelle que Théodoric, entraîné par les murmures de de son peuple , entreprit la conquête de l'Italie (2).
ÂNÀSTÂSE (491-518). — Un eunuque contribua avec la voulue de Zénon à élever Ânastase sur le trône ; un eunuque hérétique et un syrien brutal le gouvernèrent jusqu'à sa mort. Il était simple silentiaire (3) et déjà vieux, quand ia
(t) Anastase fit de la sorte entrer dans rEglise, croyant cnctiainer son
ambition, un frèio de Zénon, pins criminel encore que lui. On voit par plusieurs autres cas scml)Iahk's l'ordination faisnit partie de la péoa. lité politique du Bas-Eiiipiro. Quel abus des plus saintes choses I (Conf. Uhist. des dernières années de Tcmpirc d'Occident. ) (*) Voy. VHistoirc des Oslrogoths.
(3) Il y en avait trente au palais. Cette charge donnait droit au litre de sénateur.
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faveur d'Anadne, plus frappée peul-èlre des avantages de sa personne que de l'éclat de ses vertus, l'appela à régner. Il avait su fixer ralteolion du peuple et se concilier son estima par une excessive dévotion , venant à Téglise avant le chant du coq, s'en retirant le dernier, jeûnant souvent, donnant beaucou|) aux pauvres. Aussi, quand il paiiU la première fois au cirque avec les ornements impériaux, le peuple s'écria loul d'une voix: « Régnez^ » prince, comme vous avez vécu. »
Il régna sagement d'abord. L'avarice des princes et des préfets du prétoire avait introduit la vénalité des charges; il les donna gratuitement. Un odieux impôt, le chrysargyre, l'or de doideiir, qui se lirait de loul %e et de tout commerce, aflligeail depuis îongleui[)s l'empire ; il l'abolit à la lialisfaction universelle, et sa j)rudentc /'cououiie lui permit encore d*élablir sur ses revenus annuels une réserve de 40,000 marcs d'or (325,000,000 de francs). L'insolence des Isauriens menaçait à tout moment la couronne; il leur ordonna de sortir de Conslantinople, et de retourner en leurs pays ; et comme ils prirent les armes sous lacou^iuile d'un de leurs eouipalriulcs, évèque d'Apamée (i), il les battit et les reihnsit à l'impuissance. — Il abolit aussi les combats sanglants des hommes contre les bétes. Mais il ne craignit point d'ensanglanter TËmpire par son attachement aux spectacles du cirque. Zénon av^it protégé la faction des Verts ; Ànastase se déclara pour les Rouges. C'en fut assez pour allumer la guerre civile. La ville se remplit aussitôt de uinssacres el d'incendies ; Fcinpcreur i)er(lil dans ie tumulte un iils naturel; lui-même fut poursuivi à coups de pienes, et n'apaisa le désordre que par des concessions aux Verts. De tels maux auraient dà raffermir dans la résolution (ju'il avait exprimée, en revêlant la pourpre, de travailler à maintenir la paix dans
(1) Conon càI, je crois, le premier exemple qu'offre l'Orient d'uii ecclésiastique portant les armes.
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i'E^lise. Mais il songeait au contraire à faire triompher l'hérésie d'Eutychès , dont il clail secrètement entaché , et il allait persécuter sérieusement les catholiques, quand arrivèrent des ambassadeurs de Cabadès , roi de Perse»
CammenemeiU de Vifimsîan crimUaJU, — Amida^ conquise par les Perses, est recouvrée par les Impériaux;
paix entre les deux peuples. — Il y avait plus d'un siècle que l'empire vivait en paix avec la dynuîstie des Sassanides (1). Le voisinage des Iluns-Nephtaliles établis sur rOxus, tournait de ce côté toute la politique et les forces de la Perse. Grâce au secours intéressé de ces barbares» Gabadès venait de remonter sur le trône, d'où ses folies législatives^ ennemies de toute morale, l'avaient deux fois renversé. Ne pouvant, faute d'argent, leur payer la récompense de ce service, il députa vers Aaastase pour en obtenir. Mais il eut l'air de l'exiger : Anastase le lui refusa, et ce refus alluma ia guerre (502). Elle ne se fil point à l'avantage des Romains. Cabadès, après leur avoir enlevé plusieurs petites places, vint mettre le siège devant Amida^ la métropole de la Mésopotamie. ËUe était bien fortifiée et tint bon, pendant trois mois, contre les attaques des Perses. Le roi découragé donnait l'ordre de la retraite. Les gros- -sières railleries des assiégés le retinrent; il surprit alors une tour gardée par des moines en ce moment ensevelis dans le sommeil, égorgea les moines, et pénétrant par là dans la place, ordonna de tout passer au fil de l'épée. il avait déjà péri plus de quatre-vingt mille habitants ; Gabadès, le cœur plein de rage, traversait la ville, monté sur son éléphant, et animant la fureur de ses soldats. Un prêtre, courbé de vieillesse, se jeta au devant de lui et fléchit son courroux. Cabadès se* contenta d'emmener le reste de la population dans l'intérieur de ses états, où il
(1) Elle avait succédé en SS3 à celle des Parthes Ânacide»,
bâtit pour elle une ville (jui fut nommée Beh-an-Amid- Kavadf c'est-à-dire la meilleure qu'Amid de Cabad^ et qui existe encore aujourd'hui dans le Kbouzistan» sous le nom d'Afghan (i). Le bruit de la chute des remparts d*Âmida frappa les Romains d'épouvante. Anastase mit sur pied de nombreuses troupes et les chargea d'aller reprendre cette ville ; iiinis Cabadés, les aricUint en chemin, les tailla presque toutes en pièces. Une deuxième armée, plus heureuse, arriva sous les murs de la place, et l'ayant assiégée vainement, prit le parti de l'acheter aux Perses, que tourmentait la famine ; trente talents ou mille livres d'or en furent le prix. Bientôt après les deux souverains firent la paix, l'empereur fatigué de la guerre, le roi pressé d'aller surveiller ses frontières que menaçaient les Huns.
Les Arabes devasletU la Palestine. — Les Perses ne s'étaient pas levés seuls contre l'Empire. Dés 498 , les Arabes ou Sarrasins Scéniks, alliés des Perses^ s'étaient mis à courir la Palestine, la Syrie» brûlant les villages^ insultant les villes et n'épargnant pas même la pauvreté ; car ils allaient chercher les solitaires dans leurs retraites, renversaient leurs cellules et massacraient ou traînaient en esclavage ceux qui n'étaient pas assez tôt avertis pour prendre la fuite. Le gouverneur de la Palestine les avait dispersés, non sans peine, et avait pu rendre à l'Empire et au commerce l'île Jotabé^ que Léon avait laissé usurper en 47S par un allié suspect (2). Mais la pacification de ces contrées ne dura pai longtemps, et dès que la guerre
^1) T! imitait en cela Tun do ses ancêtres, Sapor I**", qui, après îa conqu( le d'Aulioche soms le n irne de Valérien, avait peuplé, avec ses i)riïjonniers,une ville de la lialivltmie, qui avait reeii pour la même raisun le nom de Beh-an-Andiv-Sihapour, la meilleure qu'Antioche de Schapour.
(2) Les marchands domicilies dans celte ilc faisaient le commerce de la Mer rouge ; ils se gouvernaient en république et ne payaient à 1 Etat qu'une certaine taxe sur les marchandises qu iis recevaient de Tlude.
se fut rallumée entre les Perses et les Romains, les Arabes, alliés des Sassanides, reprirent leurs courses vagabondes sur les terres de FEmpire» et les désolèrent sans rencon* tttVy dans les Bédouins du parti impérial, une résistance très énergique.
Les Bulgares se répandent dans la T/irace ci l'Illyrie, — En même temps les Ih'hinres, dont les Romains avaient commencé à connaître et à redouter le nom sur la fin du règne de Zénon, portaient le ravage dans la Thrace et rillyrie. Les meilleures troupes de ces contrées essayèrent vainement de les arrêter ; elles y périrent en grande par* tie. Le reste, pour sauver son honneur, prétendit que les barbares s'étaient procuré la victoire par des enchantements et des invocations magiques.
Ânastase fortifie les frontières de VEmpire, — Tous ces maux firent sentir à Anastase le besoin de fortifier Fem* pire en Orient et en Europe. Il mit en état de défense TkéodosiopoUs , ville d*Ârménie , et agrandit Dara , en
Mésopotamie, près de la frontière des Perses, qui ne cessèrent de demander la démolition do cette place. Dara n'était dans l'origine qu'un petit village; il l'entoura de remparts, y bâtit des églises, des bains^ des citernes, l'appela AnasUmopolisy et plaça la nouvelle ville sous la garde du corps de saint Barthélémy. En Europe il sembla tout sacrifier à Constantinople, et réduire l'empire aux environs de sa capitale, en élevant, à douze ou quinze lieues au nord, d'une mer à l'autre, une muraille de dix-huit lieues d'étendue, que ilanquaienl de distance en distance d'énormes tours.
Troubles religieux, — Hais, tout en fortifiant ses états par de nouveaux remparts, depuis qu'il jouissait de la paix, Anastase n'avait rien omis pour ébianler la foi. Il poussa l'extravagance jusqu'à vouloir réformer les saints
Evangiles, prétendani qu'ils avaient été composés par des gens illeitrés, et envoya ses ministres entonner, un dimanche, dans réglise, une formule hérétique, qui ne
pouvait manquer de blesser les oreilles des orlhodoxes (1). Ceux-ci les interrompirent par des cris ; en un instant réglise fut transformée en champ de bataille ; mais la fureur des partis s'y trouvait trop à l'étroit ; on courut dans le cirque dresser camp contre camp, bannière contre l)annière ; le sang y coula abondamment. Ivre de carnage, la multitude se range ensuite en procession, et marche au palais, en chantant des litanies entrecoupées de mille cris séditieux; elle veut livrer aux bêles les loinislres de Tempereur , déposer Fempenjur lui-même. On ont grande peine à Tapaiser ; entin , au bout de trois jours, le pauvre empereur se hasarde à se montrer : Il est prêt, dit-il^ à faire le sacrifice de sa couronne. Ses larmes, ses sanglots touchent le peuple ; on le prie de conserver le diadème. Il jure de son côté de ne plus troubler le culte et de respecter les dogmes. De nombreux supplices scellèreni le pacte. Cette eflVoyable révolte avait coulé dix mille hommes.
Cependant Anaslase ne se pressait pas de réparer les maux qu'il avait faits à TEglise. On vit à la suite de la révolte éclater une guerre de religion, la première qui eût ensanglanté le monde chrétien (515). La religion en fût du moins le prétexte et servit à couvi ir l'ambition de son auteur. Vitalien, dont le père avait reçu de Léon h^' le titre de César, souleva la Thrace et la Mésie, et appela sous ses drapeaux grand nombre de Huns et de Bulgares ; le
(I) Elle était du luoiiiB employée par les hérétiques, et, comme telle, suspecte aux fidèles : c'était le Trùagion ordinaire (que le peuple chantait dans les églises d'Orient, quand le prêtre arrivaità rautel)» avec raddition que nom mcltoiia en caraeteres italiques : « Dtin saut, Dtnr foit, » Dieu immobtil, qui avex Mêerueifié pour noui, atbz pmé de nocs. » On sait que rEglise latine a consacré le Trisagion grec dans roffice du Vendredi saint.
fanatisme et Tamour du pillage lui donnèreiil en (rois jours soixante mille hommes. Vilalien fit d'abord avec eux de terribles courses dans la Thrace, puis forçant la longue muraille, il rangea les environs ei les faubourgs de Gonstantinople, tandis qu'une flotte, composée de barques légères, qvi*ï\ avait réunies à la hâte» pressait vivement la villu du cùté du détroit. C'était la première fuis que celleci voyait la mer se tourner contre elle et porter l'ennemi sous ses murs. La pensée d'un combat naval effraya tout le monde ; les gens de guerre refusèrent de s'embarquer : « Nous n'entendons rien à ce genre de bataille» disaient^ » ils; nous aimons mieux nous avilir par cet aveu, que » d'exposer par une coupable présomption le salut du » prince et de l'Empire. » 11 fallut faire un général d'un ministre qui n'était pas homme de guerre, et lui donner le commandement de tous les vaisseaux qu'on put trouver dans le voisinage. Il est vrai que Marin avait entre les mains de quoi anéantir la flotte ennemie. Un savant athé^ nien^ nommé Proclus, qu'Anastase avait fait venir, lui avait remis une matière composée avec du soufre et d'autres ingrédients, et lui avait dit : « Combattez après le lever du
> soleil , et vous verrez s'en aller en cendres tous les » vaisseaux où vos flèches porteront quelque portion de
> cette matière. » Ses paroles ne furent point trompeuses. La bataille était à peine engagée qu'un feu dévorant, que le mouvement et le soleil seuls suffisaient pour allumer, anéantit les premiers vaisseaux de la flotte de Vitalien. Les autres prirent la fuite et se retirèrent sous Ânchiale, la place d'armes de cet étrange zélateur. L'empereur ne lui donna pas le temps de s'y fortifier, et lui fit aussitôt porter des propositions d'accommodement. Vitalien dicla ses conditions ; Il voulait, entre autres choses, que l'on convoquât, sous la présidence du pape, un concile général, pour y réformer tout ce qui avait été fait contre l'intérêt de l'Eglise catholique , et que le sénat et les magistrats garantisse! par un serment solennel la parole
cTînastase. Ânastase accepta toul sans honte ; mais Tlncorrigible despote n'en recommença pas moins plus tard à persécuter les catholiques. La mort, cette fois, Tarréta dans l'exécution de ses criminels desseins. Il périt, dit-on, frappé de la foudre (1).
Jdstin 1er (5i8-5â7). — Anastase étant mort sans postérité y le grand chambellan du palais eut la pensée d'élever sur le trône un certain Théodoric de ses créatures, sous
le nom duquel il comptait régner, et remit au vieux Justin, capitaine des gardes, une soimne d'argent considérable pour lui acheter les suffrages de Fermée et du peuple. Justin distribua en son propre nom l'argent , et se fit élire malgré ses soiiante-huit ans et sa naissance. Le temps était déjà loin, il est vrai, où ce fils d'un pauvre paysan illyrîen , après avoir passé ses premières années à labourer la tcne, accablé de misère, s'était décidé à quilier la diarrue pour aller chercher un meilleur sort. Il était venu à pied à Gonslantinoplc avec un sac sur l'épaule et sans autre provision qu'un mauvais pain bis; il s'était fait soldat, et, par sa bravoure, s'était successivement avancé jusqu'au rang de chef de la milice impériale. Il ne savait ni lire ni écrire et se servait pour signer d'une lame d'or, où l'on avait grave à jour les quatre premières lettres de son nom. Sa femme était une esclave barbare, qu'il avait achetée dans les premières années de son service. JHouvelie Hélène du nouveau Constantin ^ elle eut le bon sens de ne se point mêler des affaires de l'Etat^ et conduisit celles de sa femille avec une prudente fermeté. Justin ne se montra pas moins sage dans ses rapports avec l'Eglise , qu'il parvint heureusement à pacifier. On ne saurait toutefois, sans encourir le reproche de partialité, passer sous silence ses persécutions contre les ariens, qui
{l)yoy., au règne de Théodose-le-Gnind {BiH. én Oëirogc4kt) , rexpéditien qu'Anaetaae dirigea contre r Italie.
provoquèrent en Italie de si fâcheuses roprésailles de la part de Théodoric et des Ostrogolhs. Mais le fléau de son rrgne , ce fut la passion déclarée de Jvstinien , son neveu , pour la facliou des Blerfs. Les Verts, irrités de la préiérencc , s'emportèrent à toutes sortes d'excès. Les Bleus f provoqués et assurés de rimpunité, ne gardèrent aucune mesure ; ils prirent, pour se distinguer, Textérieur et le vêtement des barbares, dont ils avaient toute la férocité, laissèrent croître, comme les Perses, leurs moustaches et leurs barlies, comiuo les Huns se rasèrent le devant de la tète et porlèrenl des robes à manches excessivement larges, qui venaient se resserrer au poignet. Le reste du costume était également celui des Huns. D'abord ils ne sortirent armés que la nuit, et n'attaquèrent que les Verts, Puis ils osèrent dépouiller les passants richement vêtus , et quelquefois les tuer pour les empêcher de se plaindre. Enfin, enhardis pai lu silence de la justice, ils massacrèrent en plein juur avec une merveilleuse dextérité : ils s'étaient exercés à tuer un homme d'un seul coup, et en faisaient gloire. Il n'y eut plus rien de sacré pour eux, ni l'asile des lieux saints, ni l'honneur des femmes. Par eux, le fils extorquait de l'argent à son père, le débi* teur contraîgrnalt son créancier & lui remettre ses obligations. En un mot, le désordre était à son comble. Ce ne fut qu'au bout de ivo\< ans que l'empereur ohm it les yeux à la triste réalité. Pour y remédier, il nomma préfet de Constantinople un homme ferme et vigilant, qu'il disgracia ensuite pour la juste sévérité avec laquelle il avait frappé un coupable illustre. Un autre préfet, trouvant le mal déjà fort assoupi, acheva de ramener le calme dans la ville.
Justin n'en jouit guère. Sentant sa fm approcher, il se décida, non sans quelque regret, à conférer le titre d'auguste à Justinien , son neveu, qu'il trouvait encore trop jeune malgré ses quarante-cinq ans. Sans doute il songeait avec effroi aux maux qu'avait engendrés sa passion pour
les spectacles, aux prodignlilés jjar lesquelles il avait dissipé les finances de l'Empire cL le Irésor d'Anastase, à la singulière perfidie avec laquelle, ne pouvant souffrir la popularité do Vitalien , il avaii fait poignarder ce général dans le palais impérial même » après lui avoir juré la foi fraternelle en communiant avec lui. Hais la voix du sang l'emporta sur les appréhensions du monarque. Ce fut quatre mois après avoir pris son neveu pour collègue que Justin mourut. Il lui léguait une guerre, pour avoir accepté l'hommage des Laziques , peuple chrélien de Tlbérie et de la Golchide » jusque là soumis à la suprématie des Perses, et pour avoir repoussé une singulière demande que lui fit Gabadès. Ce prince avait prié Téropereur d'adopter ChosroéSy un de ses plus jeunes fils, qu'il aimait par dessus tous les antres , et auquel il désirait assurer contre les entreprises de ses aînés la protection de rEmjùre. Justin craÏLinil quelque perfidie, et fit répondre à Cabadcs qu'à l'égard des étrangers on ne connaissait, chez les Romains, que l'adoption militaire , laquelle ne conférait aucun droit à l'hérédité.
Règne de JustiHWH,
JusTiNtEN (527-565). — Caraclère général de son règne. Jamais peut-être règne ne présenta réunies dans un plus éclatant contraste la profusion et l'avarice, la splendeur et la misère, les prétentions et l'impuissance, la gloire et Tignominie, Tandis que l'Empire se hérissait do forteresses et se couvrait de superbes monuments , loin de soulager les impôts, on semblait livrer aux fermiers de l'Etat la fortune et la vie des citoyens ; et plusieurs furent * contraints d'abandonner des terres dont le revenu ne pouvait plus suffire aux exigences du fisc. On vendit les emplois et les dignités, la justice et les lois. L'armée elle-
même fui privée du bénéfice des cinq pièces d'or qu'elie touchait tous les cinq ans, et les vétérans , après avoir versé leur sang pour de vaines conquêtes^ furent réduits
à mendier leur pain. Les cliàlcaiix-forts n'arrêtèrent point les LarlnuTs ; les paysans s'y entassèrent et s'y aiïamèrenl; la campagne , devenue déserte , présenta le spectacle de la plus triste désolation. Sur quelques points , les persécutions religieuses préparèrent les voies aux ennemis de l'Empire; ainsi l'historien de ces temps nous apprend que la destruction des Samaritains dépeupla entièrement la Palestine ; a et ce qui rend cl; lait singulier, remarque » -Montesquieu, c'est qu'un alTaiblit l'Empire, par zèle » pour la religion, du côté j)ar où, quelques règnes après, » les Arabes pénétrèrent pour la détruire. — Ce qu'il y j» avait de désespérant , ajoute-t-il , c'est que , pendant que > Tempereur portait si loin l'intolérance, il ne convenait k» pas lui-même avec l'impératrice sur les points les plus ^ essentiels : il suivait le concile de Chalcédoine , et l'im- » pèralricc favorisait ceux qui y étaient opposés, soit qu'ils » lussent de bonne foi , dit Evagre , soit qu'ils le fassent à dessein. »
Théodora^ sa femme ^ l'affermit sur le trône par son énergie ( la Nika )» — Bélisaîre et sa femme Antonina. — Nai M's. — Cette impcralrice si peu orthodoxe (1) se nommait Tlièndora. Justinien, malgré les vœux de sa mère, qui en mourut de douleur, l'avait épousée sous le règne de Justin» aussitôt après la mort de sa tante qui s'était constamment opposée à cette alliance* Fille d'un ancien gardien des ours de TamphithéâtrCi Théodora, après avoir dévoué sa première jeunesse aux plaisirs publics du peuple de 6yzance, en exposant sur les tréteaux une honteuse lubricité, s'était attachée à un tyrien qui venait d'obtenir le gouver-
(i) Ce fut à son instigation que Bélisaire exila ]e pape Sylvèie qu-elle irouvait trop rebelle à ses vttes(V. YHist. âêê (htrogotht).
nement de la Cyrénaïque ; puis, abandonnée, elle s'était mise à parcourir rOrieat, comme elle disait, jusqu'à ce qu'un songe brillant la ramena à Constantinople. iustinien
vil alors la belle Cyprienne et l'aima. Une loi de Justin, qui abolissait la sévère jnrisf)ruclence de l'anlKiuilé, lui permit d'associer à ses baulcs destinées ceUe comédienne libertine, ll lui mil le diadème sur la tète, lui ilt prêter serment, comme à un collègue, sur les Evangiles» et la proposa aux hommages de ses sujets, qui ne connurent pas de plus grande faveur que celle d'être admis à lui baiser les pieds. Dès lors rien ne se fil sans son concours ; aucun emploi, aucune dignité ne se conféra sans son agrémenl; finances, tribunaux, arn)ées, tout lui fut soumis, comme le cœur et l'esprit de son mari, « qui déclare » gravement, dans une de ses NovcUes, qu'il a consulté » la très respectable épouse que Dieu lui a donnée. » Justinien, pour tout dire, en avait fait sa providence et celle de TEmpire. 11 est vrai qu*il lui dut un jour la conservation de sa couronne et de sa vie.
Les Verts ne cessaient de troubler les jeux par leurs clameurs. L'empereur avait gardé le silence jusqu'à la vingt^uniéme course (1); à la fin perdant patience: « Inso- » lents, s'écria-t-îl par Torgane d*un crieur, êtes-vous » venus pour voir le spectacle ou pour outrager ceux qui » vous gouvernent? Silence, juifs, manichéens, samaritains ! » — Tu nons appelles juifs et samaritains, répliquèrent » les Verts ; que la mère de Dieu nous soit en aide à tous 1 • — Allez donc vous faire baptiser sous l'invocation d'un t seul nom (allusion aux erreurs des manichéens) l — 11 I l'a dit» vocifèrent les Verts; tirez de Teau, je veux 1 être baptisé sons l'invocation d'un, seul nom. — Enfin » demeurez en repos ou je vous fais casser la lêle. — » Nous sommes victimes de Tinjuslice ; si nous te parlons » dans notre ailliction, que ta puissance ne s'indigne pas...
(1) n y en avait vingt-einq.
» Tout homme libre, soupçonné de rapport avec les VertSf
i> est aussitôt mis à mort. — Vauriens, pendards, méprisez- »i vous donc la vie? — Oui, c est bien cela, qu'on fasse » disparaître notre couleur... Ah! plùt au ciel (]ue Snbba- » tius (le père de Juslinien) ne lût jamais né ! il n'aurait > pas eu un fils homicide,.. > — A ces mots les Bleus se lèvent avec fureur, et remplissent Thippodrome de leurs voix menaçantes. Les Verts, cédant à une lutte inégale, courent remplir Constantinople de terreur et de désespoir. En vain le préfet de la ville s'efTorce de contenir les uns et les autres. Les deux partis se réunissent contre lui; on réduit son palais en cendres, on massacre les gardes et on force les prisons. Les prêtres, accourus avec les reliques, sont impuissants à rétablir Tordre. Les Hérules auxiliaires^ en les renversant brutalement, ne font qu'augmenter le tumulte. Irrité par ce sacrilège, le peuple se bat avec d'autant plus do courage qu'il croil se battre pour la^cause de Dieu; et en un instant la ville, en proie au fer et au feu, présente une horrible confusion, du sein de laquelle s'élèvent, en une vaste clameur, mille cris menaçants contre les favoris de l'empereur. Le célèbre jurisconsulte Tribo* nien était du nombre : on Taccusait de vendre la justice et de trafiquer de la rédaction des lois, inventant des lois nouvelles , abrog^eanl ou altérant les anciennes au gré de son avarice. Justinien les renvoya tous. Mais celte condescendance, loin de calmer les séditieux, ne les en rendit que plus ûers et plus insolents. L'empereur alors sortit de son palais, escorté de ses gardes et tenant entre ses mains le livre des Evangiles, protesta par ce livre sacré qu'aucun citoyen ne serait recherché, s'ils rentraient dans le devoir : « Vous êtes innocents, ri ]diita-l-il ; c'est moi qui » suis le seul coupable. Ce sont mes péchés qui m'ont » atliré ce malheur, en fermant mes oreilles à vos plaintes » légitimes. t> Ce ton contrit et humilié les remplit de mépris pour Justinien ; ils vinrent prendre Hypatius^ un neveu d'Ânastase, et Tentralnant au forum de Constantin,
malgré sa vertueuse résistance et les larmes de son épouse^
ils le proclamèrent augusle cl, au doluul d une couronne, placèrent sur sa tête un riche collier. Juslinien désespéié voulait fuir, une galère rallendait au bas de l'escaiier de ses jardins ; Théodora le retint: « Quoi fuir ! s'ècria-t'elie; n fasse Dieu que je cesse de respirer le jour où je cesserai » d'être saluée du nom d'impératrice I César» si vous voulez i prendre la fuite, vous possédez des trésors ; voilà la mer, » et vous avez des vaisseaux ; mais craignez ijuo 1 amour » de la vie ne vous expose à un exil misérable et à une u mort ignoujinieuse. Pour moi , je m'en liens à <'.ette j» maxime de rantiquilé, qu'il n'est pas de plus glorieux » (orobeau qu'un trône. > Sa fermeté rendit le courage à l'empereur» et le courage inspira des ressources. Le chambellan Narsès edt bientôt, à force d'argent, regagné une partie des Bleus, et divise les factieux. BrUsnire se mit ensuite à la tête des troupes, et, pénétrant dans le cirque, y fit un carnage horrible de la multitude qui s'y était amassée. Trente mille hommes périrent dans celle fatale . journée. Le malheureux Hypatius, renversé du pavois dans l'aréne» fut réservé pour le supplice. Ainsi finit, dix jours après qu'elle eut éclaté, cette mémorable sédition, connue sous le nom de Nika, victoire, parce que ce mot servail de ralliement aux rebelles (582).
Bélisaire, n qui Jnslinien l'ut surtout, avec Théodora, redevable de sa conservation, était alors disgracié, et sa disgrâce n'élait point méritée : il la devait à la générosité ' de son caractère qui lui acquit l'alfection du peuple et de l'armée , à d'éminentes vertus qui l'ont fait comparer à Scipion, qu'il surpassait, à la puissance de son génie militaire qui lui a valu de la postérité le litre de dernier des Romains^ et (jui le placera toujours au dessus des plus grands héros de l'antiquité » si , prenant sagement pour mesure du mérite des hommes , le niveau de leur siècle et de leur pays » on considère la vigueur et l'habileté aveo lesquelles il sut constamment enchaîner la victoire malgré
l'exlrême faiblesse iiuinéi i(|Lie des années qu'on lui donna, malgré répui^emenl des citoyens dont la valeur n'était pas moins suspecte que ia probité des intendants chargés de la solder, malgré l'avilissement général du temps , dont Fétrand^e timidilé de Justinien était peu propre à relever les Grecs. Il n'a manqué à Bélisaîre , aOn d'être sans re- * proche , que d'avoir eu moins de faiblesse pour une femme qui ne craignait pas de couipromellre par d'éclatantes débauches, l'honnciir d'un tel époux et d(» punir par le meurtre d'indiscrètes révélations. Aulonina était fille et petite-fille de cochers du cirque. Tout-à-tour la compagne et l'ennemie, la servante et la favorite de Timpératrice Théodora , elle aussi sauva la fortune et peut-être la vie de son époux. Kilo ne lui épargna point rhumilialion d'une nouvelle disgrâce, mais à sa sollicitation, alors que Bélisaîre, étendu sur son lit, altendail dans l'agonie du chngi in et de la terreur, la mort qu'il avait si souvent bravée, Théodora lui envoya dire : « En considération des prières » d'Antonina, je vous fais grâce delà vie; et je vous per- 1 mets de garder la moitié de vos trésoi^. Témoignez de 9 la reconnaissance à qui vous en devez ; et qu'elle ne se » montre point par de vaines |)aroles, mais dans toute vo- » tre conduite à venir. » On dit que dans le transport de sa joie , Bélisaire se prosterna devant sa femme , baisa ses pieds, et jura d'êlre à jamais l'esclave soumis d'Antonina.
Tel fut le principal soutien de TEmpire. L'histoire des Goths , qui nous l'avait déjà montré, nous a également révélé l'autre , Narsès , le même dont nous venons de voir l'habile conduite préparer le succès do Bélisaire. A ces deux hommes revient toute la gloire militaire du régne de Justinien.
Jtislinien commence par fortifier de toutes paris les frontières. — La première pensée du nouvel empereur fîit de reconquérir l'Occident et de rétablir l'unité du vieil
empire romain. Le moment paraissait favorable pour
raccomplissemenl de cet ambilieux projet. Byzance rép:nail sur soixante-quatre provinces, qui coinplnienl près de mille cités (i), cl les ressources de rOrienl étaient encore respectables , tandis que la plupart des peuples du nord, une fois établis dans les pays du midi, en avaient pris d'abord la mollesse, et s'étaient rendus incapables des fatigues de la guerre. Mais les Perses menaçaient , les barbares ne cessaient d'inquiéter les provinces d^Europe. Jiislinien s'occupa donc en premier lieu de continuer Fœuvre d'Anaslase, en fortifiant la frontière de Test et surtout celle du nord. Il renforça le défilé des Thermopyles et l'isthme de Corynthe, releva les murs de cette ville, renversés par un tremblement de terre, et remit en état les boulevards d'Athènes et de Platée, qui tombaient en ruine. 11 répara l'ancienne Ulpiana, dont il fil la den.rihne Jmiiniana ; agrandit et ceignit de remparts l'ob^rur village de Tauresiurn où il était né, dota la nouvelle place de splendidcs édifices, y établît un métropolitain et un préfet qui étendait sa juridiction sur les sept provinces guerrières de rillyrie (2), et la nomma la première Jmiiniana. Il construisit aussi de longues murailles dans la Crimée pour protéger les Golhs pasteurs qui l'habitaient. De nouveaux forts s'élevèrent de tous côlés. H y en eut tant qu'on ne songea pas à leur donner des noms^ six cents et plus. La Thrace seule en eut cent-six près du Rhodope, vingt-huit aa centre et cinquante-deux sur le Danube. Cette ligne du Danube, la plus menacée, présentait aussi l'aspect le plus formidable ; quatre- vingt places de premier ordre étaient destinées à en défendre le passage. — Euxisie, l'on ferma les gorges des montagnes de l'Arménie. On compléta les redoutables fortilications d'Amida,deDara (Anastasiopolis), et les deux villes furent reliées par de nombreux châteaux.
fl) li y en avait neuf cent treat6-cioq.
(2) Les» deux Dacie^ (inlérieure et riveraine}, la Uardaaie, la Prévalilaiue, les deux Mésieë cl la deuxième Macédoine,
Théodosiopolis, Constantine, Carrhes, Ëdessedans la Mésopotamie ; ZéDobîe, Chalcis^ Sora dans TEuphratésiennc,
présentèrent bientôt aux Perses une barrière menaçante. Paliiiyrc, rendue à son .iiUiquc splendeur, fut confiée au duc d'Enicsse et char^^éo) de protéger la Syrie et la Palestine contre les Sarrasins. Juslinien ne laissait aucune position sans défense^
Première guerre d'OrienU m de Perse ( 529-531 ). — Mais ces précautions servirent précisément à rnllumer la guerre sur les burds du Tigre. Il avait envoyé l'ordre à Bélmiire, gouverneur de Dara, de construire une forteresse sur la gauche de Nisibe ; et Bélisaire s'élant mis aussitôt en devoir de lui obéir^ déjà la muraille était très haute» quand les Perses vinrent sif^ifier au gouverneur de Dara qu'il eût à se désister d^une entreprise contraire aux traités, ou qu'ils allaient Ty contraindre parles armes. L'honneur des Romains ne pouvait leur permettre que la lutte ; elle ne tourna point à leur avantage ; grand nombre de guerriers furent tués ou tombèrent, avec Guzès, leur général» aux mains de l'ennemi» et les Perses rasèrent la forteresse. L'empereur voulut alors tenter la voie des négociations, et envoya un ambassadeur à Gabadés avec des présents magnifiques; Cahadès accepta les présents et congédia Fambassadeur avec une lettre, où le roi des roisy le fils du soleily le souverain d'Orient, s'adressant av fils de la lum^ au souverain de l'Occident^ accusait des maux de la guerre l'avarice romaine (celle d'Ânastase et de Justin), et entendait que Justinien l'aidât à fermer les portes Caspiennes (i), et contribuât aux frais d'une bar-
(l) On (Mucasti'uncs. (h\ a|>pclail ainsi le grand défile qui, traversant (lar le milieu la grande ciiaine du Caucase, conduisait de IJbénc daus le pays des Alains» iToù vient qu*on le nommait aussi porte deë Alain» et rmpart d^ibérit. — A l'est, entre les montagnes et Ja mer, est un autre défilé plus célèbre, .celui de Drrbend, connu sous les noms dÇe jN»rfe ifs fsr, pofU de tifor, porte ou rempart det Buna, portes Mbaniennet., Cabadès
riére commune, qui meltait les deux empires à Tabri des iovasioDs des Scythes. « li faut, lui disait-il, me salisfoire » sans l'elard ou t'attendre à une guerre sanglante ; et^
» cûiiinic je ne veux point dérober la victoire, je l'avertis » que je te laisserai respirer jusqu'au printemps » Au printemps quarante mille Perses arrivèrent devant Dara (530) ; Bélisaire, récemment investi du commandement des troupes d'Orient, n'avait que vingt-cinq mille hommes à leur opposer ; mais cette petite armée comptait de nombreux barbares» des Huns, des Hérules, et croyait à la bonté de sa cause. Bélisaire, après avoir inutilement tenté d'amener le <»énérnl ennemi à des sentiments pacifiques, avait fait attacher au haut des enseignes les lettres envoyées de part et d'autre, comme les pièces authentiques du procès sanglant que Dieu allait juger lui-même. Le combat fut très acharné des deux côtés ; mais enfin la valeur des Immortels dut plier sous l'effort des cavaliers Huns , et le reste céder à une surprise des llcrules. Les Perses n'étaient plus invincibles; ils le niuiitrèrent deux fois encore dans la Persarménie. CiCpendant ils ne perdirent point courage, et, laissant les places fortes de côté, ils prirent la route d'Ântioche .au nombre de quinze mille seulement, et s'avançèrent sur TEuphrate , où Bélisaire, à la tête de vingt mille hommes, les arrêta près de Gallinique. C'était la veille de Pâques, et ce jour là tous les chrétiens sans exception observaient jusqu'au soir le jeûne le plus rigoureux. Néanmoins, pleins de présomption et d'impatience, les Romains voulurent combattre sur-le-champ. Leur général leur représenta vainement que le désespoir pouvait doubler les forces de Fennemi , tandis que les leurs étaient affaiblies par le jeûne et par la fatigue d'une longue marche. Ils l'interrompaieiit insolemment par des cris , surtout lesisauriens
etCbosrors, son fils, forUfièrent ces passages par un mur qui se prolongeait à plus de trois cents milles de la oôte Caspienne « par dessus les colMnes «t h travers les vallées dn Daghestan et de la Géorgie.
el les Lycaaniens , qui veDaient de quitter leur charrue pour les armes , et qui n'avaient jamais va Tennemi. A
peine le signal du coniliaL eut-il été donné , que ces campagnards prirent l'épouvante avec les Arabes auxiliaires que commandait le ghassanide Aréthas, el, jetant le désordre dans les rangs, ils livrèrent aux Perses une victoire.complèle sur la cavalerie. Mais l'infanterie tint bon , et ne se laissa point entamer. La nuit seule vint séparer les combattants. Rappelé après ce léger revers, Bélîsaire remit Farmcc à Sittas, qui soutint assez bien le poids de cet honneur pour peruicUre ù reiupereur de faire des propositions de paix. La mort de Cabadés était arrivée sur ces entrefaites , et le testament de ce prince appelait son troisième fils à régner. Les inquiétudes que donnait au nouveau roi sa position domestique, le déterminèrent à accorder une suspension d*armes, (]ue Justinien désirait beaucoup achelei*. Chosioàs-yimlilrvan (le généreux) vit les ambassadeurs romains à ses pieds; il accepta onze mille livres d'or pour prix d'une paix perpHneUe ; on rendit de part et d'autre (ou les les places prises dans la guerre , et la démolition de Dara tant sollicitée fut suspendue y à condition que le général de TOrient ne résiderait jamais dans cetle ville*
Deuxième (jiw^rre (540-562). ■ — Mais celle tameuse paix perpétuelle ne dura que huit ans , précisément le temps qu'il fallut aux Romains pour reconquérir l'Afrique et sou- ' mettre un instant l'Italie. Ces succès avaient excité l'envie de Ghosroès» et rallumé dans son cœur ambitieux la passion de la gloire militaire. Puis le roi des OstrogothSi "Vîligès , sur le point de succomber, lui avait envoyé des ambasï^ad.jurs pour lui représenter que Justinien n'avait demandé la paix qu'afin d'acquérir des forces et de préparer une nouvelle guerre: « N'avait-il pas traité les Goths » comme ses amis, tandis qu'il subjuguait les Vandales ? » Ët n'était-il pas à craindre qu'une fois maître de l'Italie,
» il ne tournât ses armes contre la Perse ? Rompez donc a la paix , disaient-ils ; n*hésitez pas à la rompre, pendant » que nous occupons les armées romaines. U vaut mieux » assurer son salut en prévenant l'ennemi, que s'exposer à » tout perdre en attendant ses coups.» Chosroèsse laissa aisément persuader pnr de telles paroles, et sans autre motif que les hoslflUrs (huiulsées do reuipercur, sans déclaration de guerre, il cuira tout-à-coup en campagne. La première place qu'il prit fut Sura; il la détruisit de fond en comble , puis il dit à un envoyé de Juslinien qu'il avait retenu jusque là : « Va dire à ton maître que tu as laissé » ChosroèSj fils de Cabadès, sur les ruines de Sura» » La ville d'Hiérapolis fut plus heureuse; elle était forte et bien défendue : Ghosroès eut peur d'y perdre son temps, ses soldats, et consentit à passer outre, moyennant deux mille livres pesant d'argent. Bérée voulut se racheter au même prix ; mais elle n'aurait pu résister à une attaque , le barbare exigea unç rançon double, et comme on ne put la recueillir entière, il réduisit la place en cendres. Tl promettait d'évacuer la Syrie pour raille livres d'or. Mais les habitants d'Antiochey toujours insoUuls , irritèrent son àme impétueuse par les railleries les plus outrageantes; il la prit en présence d'un des envoyés de Justinien, la brûla et en égorgea la population» tout en protestant, avec ces hypocrites soupirs qui étaient familiers au Juste de la Perse, qu'un trophée souillé de sang ne pouvait plaire à Cliosrot^ , puis il consentit à donner audience aux ambassadeurs. Us vouaient demander la paix; le roi répondit par une nouvelle demande d'argent: « Et ne comptez pas» ajouta-t-il, sur une paix perpétuelle
> pour une somme une fois donnée. L'amitié ne dure pas
> plus que l'argent qui la paie. Il me faut une rente an- • nuelle ; à ce prix je garderai les portes Gaspiennes et » laisserai subsister Dara. » — o Mais, répartirent les J> ambassadeurs, c'est un tribut que vous demandez aux » Romains. » — a Non, c'est une pension, comme celle
B que vous payez aux Huns, aux Sarrasiùs pour défendre » vos frontières. » On offrît, avec 5,000 livres d'or comptant,
500 livres par an; et Chosroès sali^ldit regagna ses états, non sans rançonner les villes qui se trouvaient sur son passage, et non sans essayer de surprendre Dara (540).
C'était une perfidie trop outrageante pour la majesté de FËmpire ; Jusiinien chargea Bélisaire d'en tirer vengeance. Or les LazeSf chrétiens de la Golchide, fatigués de la tyrannie des officiers impériaux, qui avaient fait de Pétra le centre d'au uionopole ruineux pour un pays dont les cuirs et les esclaves consliluaienl toute la richesse, venaient de se donner au roi de Perse, et Chosroès, accouru en Lazique avec une armée, faisait le siège de Pétra dont il finit par s'emparer^ quand arriva en Syrie le vainqueur de Genséric et de ViUgès. 11 n*avait point d*armée; les troupes de ces quartiei's-lâ, sans habits et sans armes, n'eussent osé paraître devant l'ennemi ; il en fil une avec laquelle il envahilla Perse, mais findocilité de ses prénéraux rompit toutes ses mesures, et le réduisît à l'impuissance. Il dut revenir sur ses ()as et fui encore une fois rappelé à Conslantinople. 11 n'y demeura pas longtemps; Chosroès répondait à l'invasion de la Perse par le pillage de la Syrie. La crainte parlant plus haut que Tenvie, on renvoya Bélisaire en Orient, et, comme à l'ordinaire, sans lui donner de troupes. Ce fut pour lui l'occasion d'un nouveau triomphe d'autant plus glorieux qu'il ne le partageait point avec la fortune. Après avoir rassemblé tout ce qu'il put trouver de soldats, Thraces, Illyriens, Goths, Hérules^ Maures et Vandales, il était venu résolument camper sur FEuphrale. Bientôt il apprend que le roi lui envoie des espions sous le titre d'ambassadeurs ; il s'avance au devant d'eux avec six mille chasseurs de la plus haute taille cl de la mine la plus fiére. La mâle contenance de ces troupes, f aspect imposant d'un gros corps de cavalerie qui, sur la rive opposée du fleuve, semblait en garder le passage, les tentes qui, placées à
quelque distance les unes des autresi semblaient de loin
mulliplier leur nombre, les exercices guerriers auxquels se livraient des soldais liabilement dislribués clans la plaine, tout cela déguisa si bien aux yeux des ambassadeurs la faiblesse réelle de l'armée romaine, que, sur leur rapport, Ghosroés se bàia de regagner la Perse. Ce fut la dernière campagne de fiélisaire ; une disgrâce, qui ne fut point la dernière, l'en récompensa : on disait que, sur un faux bruit de la mort de Justinien; quelques commandants de SCS troupes s'étaient avisés de tenir des propos injurieux pour la mémoire du prince. Nous avons vu à qui le sauveur de TEmpire dut son salut dans cette circonstance. Cependant Chosroès^ moins découragé qu'à bout de ressources, s'était décidé à se rapprocher de Justinien, et l'on, avait enfin (545) solennellement ratifié de part et d'autre le traité de 540.
Guerre Laziqnc. — La Lazique n'y était pas comprise; il fallut encore payer pour elle, au prix de 2,000 livres d'or, une trêve de quatre ans. Chosroès ne Tavait du reste accordée que pour mieux préparer l'entière soumission de ce royaume. Il voulait en transplanter les habitants en Perse et les remplacer par des adorateurs du feu. Ce fut là ce qui le perdit. Les Lazes revinrent à l'empereur ; ils Faidèrenl à rernruiuérir Pélra et la cùle maritinie de la Colchide. Après bien des hostilités, ù peine suspendues par de nouvelles trêves qu'il vendait iori cher aux Romains, Chosroès, complètement battu près du Phase, consentit enfin à une paix où l'avantai^e et l'honneur étaient encore pour la Perse. Elle fut faite pour cinquante ans. Le roi renonçaii à la suprciiiatic de la Lazique ; mais Tempereur achetait la liberté de conscience des chrétiens de la Perse par un tribut annuel de trente mille pièces d'or. Le traité une fois scellé par leurs plénipotentiaires respectifs, les deux princes le ratifièrent chacun par une lettre où ils se donnaient le titre de frère (562).
Relations avec la Chine. — Entre les deux Irailés (551 ), Justinien, indigaé de voir une nation idolâtre et ennemie s'enrichir encore aux dépens de son peuple par lecommerce de la soie^ dont elle était maîtresse sur terre et sur mer, avait encouragé deux moines perses établis en Chine à lui rapporter des œufs de ver à soie. Ils en cachèrent dans une canne, et iiiUudui^ireiil ainsi (^Intideshueinciit dans l'Einpii e les dépouilles de rOrienl. Un jjarvint à clevpr cns vers, et ie mûrier blanc commença dès lors à se propager si bien dans le Péloponnèse que la péninsule en prit bientôt le nom de Morée, On ne paya plus d*impôts à la Pei^e que pour le maintien de la paix. CeUe*ci n'avait jamais paru à l'empereur trop chèrement achetée au prix des trésors et de l'honneur de l'Empire; uiuis il avait toujours eu fort à cœur d'enlever aux Orientaux le monopole du commerce de la soie, qui leur procurait de grandes richesses. On peut même dire que ce commerce entra pour beaucoup dans les guerres et les négociations des empereurs avec la Pei^e, et dans les relations qu'ils entretinrent de bonne heure avec les peuples voisins des frontières de la Chine. Car les annales chinoises témoignent de leur constante sollicitude pour correspuiitire directenient avec la Sérique, et nous apprennent que, repoussés par les Scythes et les Perses dans toutes leurs tentatives au nord et au sud de la mer Caspienne, les Romains essayèrent de bonne heure la voie de la raer rouge. Us parvinrent ainsi aux ports de la Chine sous le règne de l'empereur An-Tm (Ântonin*le-Pieux ) (1), au temps même où Ptolémée décrivait à Alexandrie, sans doute sur les récits de leurs navigateurs, les villes du pays des Sinœ; et les ambassades ne manquèrent pas depuis pour établir des rapports réguliers entre les deux nations, en même temps que les armes s'efforçaient d'arracher à la Perse de meilleures conditions commerciales. Reconnaissons toutefois que^ sous Justinien , les guerres d'Orient furent des guerres éminemment défensives.
(1) y. M. DK Saint-Martix dans Lhbrav, î. imi, c. 81,
Guerre des Vandales (533-534). — Motifs de succès pour
rentreprise. — Ce n'élaienl pas ces guerres qui pouvaient illublier le règne de Justmieii. Il faut chercher sa gloire extérieure à rOccident, dans les expéditions qui se firent contre les Germains établis en Espagne, en Italie et en Afrique. Ëocore l'état de ces peuples rendait-il le succès à peu près certain. Nous avons déjà dit que cette vigueur^ qu'ils avaient apportée du nord, s'était insensiblement aiiiullie sous le soleil du midi, ei (ju'ils en étaient venus à supporter difïicilemenl les fatigues de la g:uerre. « Les Vandales surtout languissaient dans la volupté ; une table délicate, des habits efféminés, des bains, la musique, la danse, les jardins, les théâtres, leur étaient devenus nécessaires... Ils ne donnaient plus d'inquiétude aux Romains, dit Malchus, depuis qu'ils avaient cessé d'entretenir les armées que Gcnscric tenait toujours prêtes, avec lesquelles il prévenait ses ennemis, et étonnait tout le monde par la facilité de ses entreprises (1). » — Ensuite tous « ces barbares, dont Tart et le génie n'étaient guère d'attaquer les villes et encore moins de les défendre, en laissèrent tomber les murailles en ruine. Procope nous apprend que Bélisaire trouva celles d'Italie en cet état. Celles d'Afrique avaient été démantelées par Genséric, comme celles d'Espagne le furent dans la suite par Witiza, dans l'idée de s'assurer de ses habitants ['à}, d Enfin, tandis que la cavalerie des Romains, généralement composée de Huns et d'Hérules, était très exercée à tirer de l'arc, a celle des Goths et des Vandales ne se servait que de l'épée et de la lance et ne pouvait combattre de loin : c'est à cette différence que Bélisaire altribuait une partie de ses succès (3). )-) Au reste les liomains d'alors avaient, comme les anciens, pour principe de combattre contre une seule nation avec les avantages de toutes les autres. Mais ce qui
(i) MoNTKsotJiBtTf Grandeur et décadence des Romains^ c. 20. (8) Id. ibfd.
(3) id. ibid.
les servit peut-être par dessus tout dans leurs guerres, c'est que, les barbares étant ariens et persécuteurs, leurs sujets, qui étaient orthodoxes, loin d'avoir pour eux Iîi moindre affection, ne souhaitaient rien tant que d'en être délivrés, et regardèrent volontiers les Romains comme des sauveurs. C'est ce qui se vît bien d*abord dans Texpédition contre les Vandales,
Coup d'œil rclrospcciif sur la succession des rois Vandales jusqu'à Gélimer. — Prctexte de la guerre. — Le préhîxiG de cette expédition fut une querelle de famille. Genséric avait réglé la succession au trône, non par ordre de prîmogéniture de père en fils, mais par rang d'âge entre tous les membres de la famille. Par cette règle il avait voulu assurer à son peuple un gouvernement sage, et il remplit sa maison d'assassinats.
D'après l'ordre de succession qu'il avait établi, le fondateur du royaume d'Afrique avait eu pour successeur (477) Hunérkf son fils, qui fut, durant huit ans, le plus acharné persécuteur qu'eût jamais eu la religion.
Gondatnond , neveu d'Hunéric , était ensuite monté sur le trône (484). Après avoir quelque temps marché dans la voie de son prédécesseur, il s'était repenti , et avait rouvert les églises, rappelé les [)as(eurs et le troupeau dispersés. Sous son régne, les Maures s'emparèrent de toute la côte du détroit de Cadix à Gésarée.
Puis était venu (496) le frère deGondamond, Thrasimmd^ dont le fanatisme ternit malheureusement les brillantes qualités. Celui-ci chercha d'abord à séduire les catholiques par l'appât des honneurs et des richesses réservés à l'apostasie. Mais sa modération ne tint point contre la fermeté de leur foi , et il renouvela contre eux la persécution d'Hunéric. Thrasimond avait épousé Amalfride, sœur du grand Théodoric ; et cette alliance , comme nous l'avons déjà vu, lui avait assuré , avec la possession de Lilybée en Sicile , les services d'une petite armée de six mille Goths.
Peul-élre à la mort de son époux (533]» Amalfride euUellc
la pensée d'employer le dévouement de ces soldats à supplaiilci au profit de son fils le successeur légitime, ou peutêtre celui-ci craigiiil-il seulement une telle tentative (1): à peine Thrasimoud eut-il cessé de vivre que les Goths furent massacrés , et la reîne veuve jetée dans un cachot où elle mourut.
Le fils d'Hunéric , le petit-fils de Genséric pouvait enfin à son tour posséder tranquillement la couronne. Hildéric était un prince lort doux , fort clément et si ennemi de toute guerre , que le nom seul l'en feignit frémir. Thrasimoud» au lit de mort» lui avait, fait jurer de ne jamais tolérer les catholiques ; mais il préféra les devoirs de la justice et de Thumanité à Tobligation d'un vœu impie » et commença par rappeler les prélats exilés. La protection qu'il accorda à TEglise , blessa les préjugés de ses compatriotes; les prêtres ariens le traitèrent en secret d'apostat ; les suidats lui reprochèrent de n'avuir pas le courage de ses ancêtres. Petit-fils de Valenlinien III par sa mère Eudoxie y il s'était » dès le vivant de Justin » lié d'une amitié très étroite avec Justinien » et les deux princes entretenaient cette , liaison par de fréquentes ambassades. On répandit le bruit qu*Hildéric songeait à livrer l'Afrique à l'empereur. Un prince vandale, Gélimer ^ aigrissait le méconteatement public. Séduits par ses insinuations perfides» les seigneurs de la nation se donnèrent à lui; il s*empara d'Hildéric, le précipita dans les fers et prit le titre de roi (530).
Préparatifs de l'expédition. — San arrivée en Afrique, — Justinien saisit cette occasion d'intervenir dans les
affaires d'Afrique. Toutefois le découragement de*ses ministres en apprenant un tel dessein , Fébranla fort un
(1) Le passage suivant de Cassiodore^emble donner quelque autorité à la première supposition : « Si succeâsio debeatur cUteri, numquid » fèmfna in eo mnMfu potuii inwnirif » Far. ept'fl. ii, 1.
I. .ant dans sa résolution. 11 était prêt à renoncer à mù politique qui , disail-on , allail ruiner le trésor , et qui pouvait compromettre la gloire militaire et la tranquilUlé de l'Empire. Mais les évêques le rassurèrent : « Ecoutez
y ma vision , s'écria l'un d'eux ; le ciel ne veut point que » par une vaine timidité vous laissiez l'Eglise catholique • i> gémir sous la tyrannie des Vandales. Qu'il prenne les » armes, m'a dit le Seigneur; je combattrai pour lui , 9 moi le Oieu des batailles , et je disperserai ses ennemis, » qui sont les ennemis de mon fils, a* En même temps on apprît à Consfantinople qu'un parti puissant se formait pour llildcric, que la Tripolitaine était prête à se détacher du royaume, et que le gouverneur de la Sardaigne venait de proclamer son indépendance. Tous les scrupules dès loi^ s'évanouirent cl on ne s'occupa plus que des préparatifs de l'expédition. Dix mille hommes de pied , la plupart Thraces et Isaurîens, et cinq mille cavaliers, dont six cents Huns et quatre cents Hérules, montèrent sur quatre-vingtdouze navires de guerre servis par deux mille rameurs , tous de Constanlinople. Les chevaux , les bagages, les munitions de guerre et de bouclie furent embarqués sur cinq cents bâtiments de transport, que conduisaient vingt mille matelots Egyptiens, Ioniens et Ciliciens. Le baptême d'un soldat sanctifia l'entreprise, et la Hotte pat partir, ayant pour lui servir de guides, le jour, les voiles de pourpre, et la nuit, les fanaux élevés aux mâts des trois vaisseaux qui portaient Bélisaire et ses équipages. Elle arriva ainsi devant Zacynthe, dont les babitmts, qui n'avaient pas oublié l'horrible barbarie de Genséric envers leurs aïeux, accueillirent les Romains comme des vengeurs, et épuisèrent File pour augmenter leurs provisions. Celles-ci furent complétées en Sicile, où , selon les ordres d'Amalasonthe , alliée de Justinien, et qui avait aussi une vengeance nationale à exercer, les officiers gulhs s'empressèrent d'ouvrir à l'expédition les magasins du gouvernement. En même temps le secrétaire deBélisaire,
rhîstorien Provope, courait à Syracuse, s'informer de i'clal présent des Vandales, et apprenait par hasard Theureuse nouvelle que leurs meilleures troupes venaient d'èlie envoyées en Sardâigne , sous la conduite d'un de leurs plus valeureux princes. Enfm , au bout de trois mois passés dans la crainte perpétuelle d'un combat naval, auquel elle n'était pas dressé» , la flotte s'arrêta prés de SuUecte , à cinq journées de Garthage. Une source abondante que fil jaillir la bêche d'un soldai, en travaillant à la construction du premier camp , ranima toutes les espérances et releva tous les courages.
Campagne de Bélisaire, — Ruine de l'empire Vandale. — Captivité de Gélimer. — Bientôt l'armée se mit en marche pour Garthage , précédée d'un manifeste aux Vandales , dont Bélisaire avait grand soin de séparer la cause de celle de Gélimer : a Nous ne prétendons pas , disait-il , » vous faire la guerre, ni rompre les traités de paix conclus » avec Genséric. Nous n'en voulons qu'à votre tyran, qui, » au mépris du testament de Genséric , tient dans les fers » votre roi légitime. » Tous demeurèrent donc tranquilles et l'on put approcher de la ville jusqu'au dixième {dedmus) mille. Là le frère de Gélimer attendait les Orientaux ; il se pressa trop de les attaquer, et , vigoureusement repoussé par les Huns, il ne relira de son ardeur d'autre profit qu'une mort glorieuse. Quand Gélimer, égaré dans les montagnes , arriva sur le champ de bataille avec son armée, il vit Âmmatas étendu sur les cadavres de douze Romains qu'il avait tués. Il pleura la destinée de ce prince et celle de Garthage ; puis , avec l'intrépidité du désespoir, fl chargea les escadrons ennemis qui s'avanf aient , mais il ne put résister aux armes et à la disc iiiline des Romains, qui triomphèrent surtout dans cette seconde action. En Âiyant dans les déserts de la Numidie » il eut du moins la consolation d'apprendre qu'on avait exécuté ses ordres secrets, et qu'Hildéric n'existait plus.
Bélisaire se présenta sur le soir aux portes de Carthaj^e. Elles élaienl ouverte;^ ; on avait aussi enlevé les chaînes qui fermaient l'entrée du port; une illumination générale témoignait l'allégresse des h i!)itants , qui ne cessaient de répéter ce vieil oracle : « Le 6r poursuivra UBj et à $m » Umr le B poursuivra le G , où Genséric et Boni face » Bélisaire et Gélimer étaient l'objet da contraste. Le vainqueiir s'assit avec ses officiers à la table servie pour le roi, tandis que les catholitiues , prenant possession d'une é<^lise que les prêtres ariens venaient d'abandonner au milieu des préparatifs d'une solennité religieuse, achevaient de tout disposer pour le lendemain.
Gélimer eut beau implorer le secours des Maures et du roi des Wîsîgoths; ni Theudis, ni les Maures ne remuèrent ; ceux-ci lireiit iiirnieà l'Empire leur soumission. Sans alliés, sans appui, l'inlortuné monarque rappelle alors de la Sardaigne son second frère Znnon , qui avait avec lui les meilleures troupes du royaume, et tous deux viennent attaquer les Romains près de Trioaméron^ La victoire y fui «ssez longtemps disputée; mais enûn, la garde de Bélisaire ayant donné , et Zanon étant tombé en faisant des prodiges de valeur, le désordre se mit dans l'armée des Vandales , et la réserve des Huns n'eut plus qu'à s'élancer pour achever la ruine de Gélimer, 11 se retira snr le mont Pepva avec les débris de son armée , et y demeura trois mois, bloqué et en proie au tourment de la faien. Elle le vainquit , et il fit demander à ses ennemis un peu de pain , dont il n*avail mangé depuis si longtemps , une éponge pour laver ses yeux , malades des pleurs qu'il ne cessait de répandre, et une harpe pour chanter ses malheurs et ceux de la nation vandale. Enfin il vit un jour un de ses neveux et un jeune maure des plus misérables se prendre à la gorge pour s*arracber de la bouche un méchant pain d'orge cuit sous la cendre. A ce spectacle^ il se rendit. Bélisaire le reçut dans Garthage même» dont les murailles venaient d'être relevées ; en ce moment sa raison parut
s*égarer, el, en abordant le général romain, il lit un grand éclat de rire. Une calomnie rappelait celui-ci à Gonslanti-
nople ; il y conduisit son prisonnier, et triompha, mais à pied. On portait devant lui les dépouilles des lois vandales, le livre des Evangiles tout brillant d'or et de diamants, et les vases du temple de Jérusalem , autrefois transportés à Rome par Titus, et de Borne à Cartbage par Genséric. Gétîmer^ vêtu d'une robe de pourpre, marchait à la suite de Bélisaire ; arrivé dans le cirque, dés qu'il vit l'empereur sur son trône, il répéta plusieurs fois ces paroles: « Vanité! Vanité ! Tout eut vanité! » Justinien lui donna de grandes terres en Galatie, où il vécut dans l'abondance avec sa famille ; mais il lui refusa le titre de patrice, parce qu'il persista dans Tarianisme.
Tel fut le résultat de Texpédition entreprise contre les Vandales : deux batailles en trois mois avaient suffi pour ruiner leur empire ; cent soixante mille hommes s'étaient dispersés devant seize mille, ou plutôt devant cin(( luillc seulement; caria cavalerie seule avait agi. Bientôt le nom même des Vandales allait disparaître. Justinien, avant le départ de Bélisaire, avait réglé le sort de rÂfrîqno reconquise ; il l'avait divisée en sept provinces, la Tingitane, la Mauritanie, la Numidie, la Carthaginoise, la Byzacéne, la Tripolitaine et la Sardaigne, qui venait de reconnaître, avec la Corse et les Baléares, la domination romaine. La religion fut rétablie dans tout son éclat , et rexercice public du culte arien interdit. Le préfet du prétoire réunit, suivant l'usage de ce régne, les pouvoirs civils et militaires, et en Afrique, comme en Italie, on iie larda pas à donner le nom d'emrqiie au représentant de l'empereur.
Giterre gothique m Italie (53-4-554). — La conquête était à peine terminée que déjà Justinien, ne mettant plus de bornes à son ambition, avait ajouté à ses surnoms de Vandalicus et ùiÂfriim les titres de GoihÛMs et de Fran-
ciciis (1). Ce dernier, qui était faux, n'attestait que la vanité de celui qui osait Tusurper ; Taulre, prématuré, devait se réaliser, en Italie, par la valeur de Bélisaire et de Narsàs, en Espagne par l'iniprudence d'un anibitieui. Les Ostrô-
golhs furent attaqués les premiers en 534 , et entièrement anéantis. Nous ne nnieinlrons pas sur cette guerre, dont on connaît déjà le prétexte et les principaux événements.
— en Espagne (554). — L'année même où, par la prise de Gompsa, Narsés achevait la conquête de l'Italie, une occasion &i'o0rît à l'empereur d'intervenir en Espagne. Depuis Textinction de la race des Baltes (534), les Wisigotlis élisaient régulièrement leurs rois. A la mort de Theudis, le premier, qui fut élu, la possession du sceptre donna lieu à une guerre civile. Âthanagild sollicita la protection de Justin ion contre Agila^ son compétiteur, et promit de céder à i'Ëmpire une. grande étendue de pays en récompense de ce service. Agila fut défait et tué , et les Romains prirent possession de Valence , de Cordoue, de la Béliquc uricatale et d'une partie de la Lusitanie jusqu'à Ebora dans l'intérieur des terres. Ils ne purent aller plus loin. Atlianagild, le premier, combattit ces redoutables alliés. Mais leur courage et l'appui de l'Afrique devait les maintenir environ soixante-dix ans en Espagne* ns avaient partagé leurs nouvelles possessions en deux provinces^ sous le gouvernement de deux patrices. En 624, Suintilla gagna Tun, vainquit Vautre, et les obligea tous deux de soi tir du pays, IxVfrique venait de leur être fermée par un roi-poète, Sisebuty qui avait pris Tanger et Geuta.
Effets de ces conquêtes. — Invasions de peuples nouveaux (Ogors'Turcs). — Telles sont les brillante» conquêtes qui ont fait , en partie, la gloire du régne de Justinien.
(I) 16 Décembre 533 (deuxième et troisième préambule da DigesU).
a Plus elles liireiU rapides, moins elles eurent un établissement durable. L'Italie et l'Africiue étaient h peine conquises, qu'il fallut les reconquérir (1). » On les avait enlevées aux rois, il fallut encore les disputer au patriotisme des peuples. On sait avec quelle héroïque opiniâtreté les Goths défendirent leurs foyers ; Yitigès captif, ils y laissèrent tous la vie. En Afrique, à peine Bélisaire fut-il reparti que les Maures se soulevèrent. Les auxiliaires ariens et beaucoup d'autres soldats se révoUoKint aussi , les uns par fanatisme , les autres par ambition. Ceux-ci avaient épousé des veuves ou des filles de Vandales , et , prétendant hériter des terres que Genséric avait assignées à ses compagnons d'armes, ils les redemandaient aux avides intendants du fisc, qui, dans la nouvelle répartition des impôts , songeaient surtout à créer à l'Afrique des richesses imaginaires pour la dépouiller ensuite légalement de celles qui lui restaient. La guerre dura plusieurs années et fut très sanglante. Le sol africain , s'il faut en croire rhistorîen de ces temps, but seul , sous Justinien , le sang de cinq millions d'hommes. Quand Procope y aborda pour la première fois , il admirait la population des villes et des campagnes, l'activité du commerce et de Tagricullure. Moins de vingt ans après , le pays n'offrait plus qu'une muette solitude.
Bien plus , a ces conquêtes, qui avaient pour cause non la force de Fempire, mais certaines circonstances particulières, [jointes à une folle ambition,] perdirent tout. Pendant qu'on y occupait les armées , de nouveaux peuples passèrent le Danube et désolèrent Tlllyrie , la Macédoine et la Grèce (2). u On peut même dire que les succès de Bélisaire en Italie ouvrirent la Péninsule aux Gépides et aux Lombards, puisqu'en enlevant les Goths à la Pannonie et au Norique , ils renversèrent rimportante barrière du Uautr
(1) HoNTBSQ., <aM.
Danube , que Théodoric el $a fille avaient si fidèlement gardée (1).
La goerre des Perses touchait à sa fin, quand on vit venir à Constantin 0 pic des ambassadeurs d'une nation jusqu'alors
inconnue (558). Leur liabillenienl resseniLlait à celui des Il uns (inut ils étaient une tribu ; leur haute taille , la férocité peinte sur leur visage , leurs cheveux (onifînnt par derrière en longues tresses nouées par des rubans , inspiraient au peuple autant d'effroi que de curiosité. Leur véritable nom étail celui à'Ogcrs (Ounnougours^Oogours^ Ouîgours); mais pour se rendre redoutables , ils avaient pris celui des Avares , peuple naguère ti*ès puissant. Ils venaicut du Caucase, où leur camp était pour lors établi, el ils voulaient oiïrir à Juslinien leurs services : « ^ous » sommes en état, lui disaient-ils, de vaincre et de détruire » tous les ennemis qui troublent aujourd'hui votre repos. » Mais il nous faut pour prix de noire alliance et ponr > récompense de notre valeur , des largesses , une pen- » sion et de fertiles domaines., > Le vieil empereur dis* simulant Tinsulte , acheta Tamitié des Avares, et leur muiitiant le chemin de ranciennc Dru ie, les poussa contre les nations ennemies de Rome. Pénétraol dans le centre de la Pologne el de rAllcmagne, ils exterminèrent plusieurs tribus de Bulgares et d Esclavons^ et ce qui resta de ces nations devint leur tributaire et leur vassal. Justinien songeait à établir en Pannonie de si terribles alliés» afin de balancer la force des Lombards. Mais il en fut détourné parTarrivée â Gonslantinople d'une nouvelle ambassade étrangère, qui venait lévcier à FEmpire l'existence et le num d un autre peuple. Les TurcSy esclaves des Tartares Goueï ou Joiian-Jûuaîif les vrais Avarf ^, pour qui ils exerçaient avec habileté le métier de forgerons, étaient enfin sortis des cavernes de T Altaï, à la voix d'un de leurs frères, nommé ThùUrMm^ et avaient anéanti leurs maîtres en 554. Ils
(1) Gibbon, p. 160.
avaient ensuite livré à 1q vaillante nation des Ogors une bataille sanglante ; trois cent mille Ogors avaient ee jonr^là
mordu la poussière, et leurs cadavres jonchaient une étendue de quatre journées de chemin. Le reste se souuiit et reconnut la domination des Turcs, à l'exception de vingt mille guerriers qui aimèrent mieux s'exiler. C'était ce faible, débris d'un grand peuple qui était venu imposer ses services à FËmpire, et dont la valeur inquiétait Justinien. Mais le troisième khakan (1) des Turcs, le grand Dizaboule, ayant appris ([u'ils acquéiaieat en Europe une nouvelle puissance, s'était décidé à les poursuivre de ses négociations jusqu'aux bords du Danube. Ses ambassadeurs reçurent de l'empereur de magnifiques présents et la promesse qu'aucun asile ne serait accordé aux fugitif Avares. Toutefois Jastinien ne put empêcher ceuxH:i de venir s'établir sur les frontières de la Mésie et de la Pannonie» où ils demeurèrent d'ailleurs iuri tranquilles jusqu'à sa mort.
CofislantinopLe, menacée par Zabergan, est sauvée par BéUsaire. — Ce fut très heureux pour TEmpire. Car, cette même année 558, le Danube ayant gelé^ Zabergan^ roi des Huns Goutourgures, vint avec des Slaves» traversa le fleuve, icwajîea la Macédoine et la Thrace, et franchit le mur d'Anosiase par les brèches que venait d'y faire un tremblement de terre. A son approche, Juslinien se hâta de faire cacher dans la ville ou transporter au delà du Bosphore les vases sacrés des églises qui étaient hors des iBùrs; puis il envoya contre les barbares les écoles de son palais. Mais elles n'étaient plus composées que de riches bourgeois, qui, pour jouir de certains privilèges,
(1) Ainsi s'appelaient d'abord les chefs des Jonan-Jouan, depuis l'an 40i, où le sixième de leurs rois, Thou-Loun, avait fondé eu Asie un vaste empire, compris entre Kharachar (petite Bouckaric) et la mer orientale (ToDg haï); mais w minamt U paistanee de ee i)euple, Thoa-Men s'appropria le titre de ses chefs.
achetaient l'honneur d'y entrer; ils revinrent épouvantés» après avoir laissé sur la place grand noitibre d'entre eux. Il fallut bien olors recourir à Hélisoiro, cl tirer le héros de sa disgrâce. Son nom seul suiEt pour réveiller tous les courages. A sa voix accoururent une foule de citoyens et de paysans fugitifs, auxquels se joignirent trois cents Yétérans de cette garde qui avait autrefois vaincu sous les ordres de l'illustre capitaine. On réunit ensuite tous les chevaux qui purent se trouver dans Constantinoplc, et la petite armée vint bravement allariiier les barbares. Ils ne purent tenir devant le terrible Béiisaire^ et après avoir perdu quatire cents hommes, ils gagnèrent précipitamment leur camp en se tailladant le visage de désespoir. Malheareusement il ne fut pas possible à Béllsaire de poursuivre cet avantage. L'envie, qui, à la vue du péril, s'était tenue cachée dans l'ombre du palais, reparut après le succès pour retenir sa bouillante ardeur. Justinien craignit que celui (}ui régnait déjà si bien sur le cœur du peuple, n'aspirât à lui succéder ; il le rappela et Bélisaire rentra dans l'obscurité.
Mari de Béltsaire — ^de JusUnim. — 11 en fut bientôt tiré par une infâme accusation (563). On venait de déeouvrir une conspiration contre les jours de l'empereur; l'un
des conjurés avait nommé deux officiers de la maison du vainqueur des Golhs et des Vandales ; et la torture avait porté ces serviteurs à accuser leur maître. L'empereur n'hésita pas à croire coupable celui qui l'avait si fidèlement servi pendant quarante ans» confisqua tous ses biens et le retint prisonnier. Son innocence fut bientôt reconnae et on le rétablit dans sa fortune. Mais il mourut huit mois après; et Justinien, qui lui devait des statues, s'empara d'une partie de ses trésors. Le reste fut laissé à Antonina, qui le consacra à rétablissement d'un couvent. — Faut-il ajouter que c'est à tort qu'on répète depuis sept cents ans que Bélisaire eut les yeux crevés et fut ré-
tluit à mendier son pain? Rien de plus connu que ce mot emprunté à un mauvais vers grec, cité par un moine du xu^ siècle: « Donnez une obole on fjénêral B élis aire (i) . » Une tradition qui vient d'une si pauvre source et que publie si tard un auteur sans jugement, qui aura confondu la disgrâce d'un misérable (Jean de Gappadoce) avec celle de notre héros, ne pouvait tenir devant l'examen de la critique; mais les chefs-d'œuvre qu'elle a produits en propageront sans doule longtemps encore Terreur avec la moralité. Justinien survécut peu à rillvislre victime de son ingratitude. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-trois ans après en avoir régné trente-huit (565)«
Intérieur. — Mommenis, — Justinien avait eu des succès dans la guerre, mais des succès inutiles et qui ne
pouvaient honorer que les généraux qui les lui avaient obtenus. Le temps a fait justice de ces vains trophées ; la vraie gloire du règne de Justinien n'était point là. Serat-elle dans la magnificence des monuments qu'il a fondés? Procope a employé six livres à les énumérer et à les décrire; et les innombrables merveilles que ce pompeux panégyrique propose à notre admiration» sont bien propres à nous donner une haute idée de la puissance et de la richesse de l'Etat qui les lit éclorc en si peu de temps. Constant inople seule vil s'ouvrir vingt-cinq églises en l'honneur du Christ, de la Vierge et des Saints, la plupart ornées de marbre et d'or, et placées parmi de beaux arbres sur le bord de la mer ou sur les hauteurs qui dominent les côtes de TEurope et de TAsîe. La plus magnifique est celle de Sainte-Sophie, qui avait été à moitié dcUiiite pendant la Nika ; dix mille ouvriers travaillèrent sous l'œil du maître à la relever de ses ruines. Quand, six ans après en avoir jeté les premiers fondements, il &k célébra la dédicace : a Gloire à Dieu, s'écria-t-il^ qui
(1) Guioir, p. IST.
» m'a jugé digne d^achever un si grand ouvrage ! O
» Salomon, je t'ai vaincu ! » Bientôt cependant un tremblement de terre vint renverser la partie orientale de la coupole et humilier Torgueil du Salomon ronuiin ; mais sa persévérance sut réparer le mal et conserver un temple qu'on ne cesse d'admirer depuis treize siècles.
La Mésopotamie et la Syrie, TÂrménie et TAsie Mineure, la Palestine et TËgypte, TEurope et l'Afrique reçurent aussi de grandes marques de la muniûcence impériale^ que secondait atlitiii ahlemenl le talent d'Anlhémiiis de Tralles et d'Isidore de Miiet. Mais opposons à tant de largesses le traûc des lois, les conûscations pour crimes imaginaires, les suppositions de dons volontaires, et les disettes factices^ fruit de coupables manœuvres ; opposons à tant de splendeur les tremblements de terre qui marquent, pour ainsi dire, les années du régne, et qui font périr à Antioche deux cent mille personnes, à Béryte l'élite de la jeunesse romaine, qui y étudiait les lois civiles; puis les effroyables ravages d'une peste opiniâtre, qui éclata en 543, pour ne disparaître qu'au bout de cinquante ans, après avoir exterminé des millions d'hommes ; enfin cette incroyable dépopulation dont les invasions annuelles des barbares affligeaient la Grèce , et que Procope évalue à deux cent mille âmes par chaque lacurâion ; el Ton demeurera convaincu que les constructions de Justinien, dont la plupart n'eurent d'ailleurs, comme ses conquêtes, qu'une existence éphémère, loin d'avoir eu pour principe ou pour effet le bonheur des peuples, n'ont contribué qu'à les surcharger, et que la prospérité de TEmpire ne fut qu'apparente.
Rapports avec VEffUse. La gloire de Justinien sera-t-elle donc dans ses rapports avec l'Eglise? Il fit beaucoup pour elle assurément. Nous venons de voir combien de superbes basiliques il lui donna. En Palestine, il bâtit ou répara de nombreux monastères, creusa des puits, fonda des hôpitaux
pour le soulagement des pèlerins flatigués. Il ferma les écoles d^Alhèncs, où se professait une pliilosophie hostile à la religion de TKtal (529). Il alla même jusqu'à persécuter les sectes répandues dans TFlmpire ; son dessein était de les ramener toutes à une même opinion^ et, pour les y réduire, il avait interdit aux adeptes l'entrée des charges, et décrété l'exil ou la peine de mort contre les opiniâtres ou les relaps. Tant de sévérité provoqua des révoltes ; il y en eut en Phiygie, en Samarie; on les noya dans le sang, au risque de dépeupler des provinces entières. Celte cruelle intolérance ne pouvait manquer d afltH 1er à son tour le catholicisme. H était diiUcile qu'un empereur qui écrivait sur rincamation, et qui aimait à disputer au milieu d'un cercle d'évèques dociles sur les questions les plus épineuses, ne tombât point dans quelque erreur. Déjà il avait osé dire au pape lui-même : « Soyez de mon avis, ou je vous enver* » rai aux extrémités de TEmpire. » Agapet avait tenu bon, et Tempereur avait dù céder. Mais sa légèreté et sa vanité naturelles finirent par le perdre, et Ton vit celui qui avait soufiert que sa femme appuyât ouvertement toutes les hérésies, tomber lui* même, à ses derniers moments, dans celle des Phantasiastes^ qui soutenaient l'impassibilité du corps de Jésus-Christ, persécuter les prélats qui refusaient de souscrire à celle opinion, et descendre dans la tombe au bruit des analhêmes dont l'Europe et l'Afrique la foudroyaient/
Légùlatùm, — son caractère. — Ce qui a surtout recommandé le régne de ce prince, ce sont les travaux législatifs qu'il fit entreprendre ; encore n'ont-ils été d'aucun profit pour ses propres lois, < où l'on voit, dans le cours
de quelques années , dit Montesquieu , la jurisprudence varier davantage qu'elle n'a fait dans les trois cents dernières années de notre monarchie. Et ces variations sont la plupart sur des choses de si petite importance, qu'on ne voit aucune raison qui eût dû porter un législateur' à le
Digitizeci
faire, à moins qu'on n'explique ceci par l'Histoire secrète^ et qu'on ne dise que ce prince Tendait également ses jugements et ses lois (1). i Quoiqu'il en soit, Justinien, trou- ▼ant avec raison que la législation de l'Empire n'était qu'un
immense chaos, rc^ulut de la mettre en ordre.
Le plus ancien monument de celte législation est le recueil des fragments qui nous retient de la Loi des douze tablesy que Gicéron, par un aveugle et partial respect pour les institutions de Rome , plaçait au-dessus de tous les livres de la philosophie grecque. Devenue bientôt insuffisante » elle dut être éciaircie ou complétée par les magistrats chargés de rendre la justice. En montant sur son tribunal , le préteur annonçait donc par la voix du crieur et faisait inscrire sur une muraille blanche les principes qu'il se proposait d'appliquer aux cas douteux et les teiapéraments qu'apporterait son équité à la rigueur précise des anciens statuts. Dans la compositioa de son édit ^ il mettait à profit ceux de ses prédécesseurs et les lumières des plus célèbres jurisconsultes. Mais une juridiction si vague et si arbitraire était sujette aux abus les plus dangereux ; la loi Comèlia le prouva bien en contraignant le préteur à ne plus s'écarter de sa première proclamation. Les jurisconsultes d'ailleurs n'entendaient jias tous de la même manière l'interprétation des vieilles lois. Ici les Proùuléiens ou les Pégasiens , là les Sahinims ou les Cassiens , les partisans du fond et de la forme, de l'esprit et de la lettre (â). Adrien prit tous les édits des préteurs , et de leurs décisions les plus équitables composa YEdii per^ pétud. Ge fut le premier code invariable de la jurisprudence civile. Cependant les empereurs n'en continuèrent pas moins de publier en encre rouge des édits, des constitutions ; et
(1) MONTBgQ., C. aO.
(2) Sous la République, tous les jurisconsultes jouissaient indistinctement du droit de donner des consullalions. Cette lii)erté, limitée d'abord par Auguste, puis rétablie par Adrien , fut définitivement abolie par Conslaotiii.
souvent» à la prière des magistrats, ils durent intervenir par des rescriis dans les causes difficiles. En sorte que , si c la hache des éditset des rescrits impériaux « comme dit Tertullien» servitd*abord à éclaireir la forêt sombre et épi-
> neuse des anciennes lois, » ils ne lardèrent pas eux-rnênies, en se iiiullipliant prudi^neusement et en «^embarrassant les uns les autres , à réclaiiier un semblable remède. Ce fut pour mettre quelque ordre et quelque unité dans cette législation que furent publiés les codes Grégorim , HermO' génim et Théodosien, Les deux premiers , dont il ne nous reste que des fragments , sont de deux jurisconsultes particuliers du temps de Constantin ; ils embrassent les lois des empereurs païens depuis Tau leur de Védil perprtud .. Le troisième, que nous avons en entier, fut compilé en . seize livres par ordre de Théodnso 11 (538), pour consacrer les lois des princes cbrélieus, depuis Constantin jusqu'à son propre règne. Ces trois codes obtinrent une autorité égale dans les tribunaux , et le juge pouvait rejeter» comme supposés ou surannés , tous les actes que le recueil sacré ne renfermait pas.
Enfin Juslinien , en montant sur le trône , forma le projet de réduire en un abrégé d'une juste étendue, le nombre infini de lois , de règlements et de maximes judiciaires enfantés depuis tant de siècles. Il voulut d'abord rassembler en un volume, non seulement les lois contenues dans les trois codes de Grégoire , d^Hermogénien et de Théodose > mais encore celles qui , depuis la publication du code Théodosien, étaient émanées de rautorité impériale; et il choisit, pour composer ce recueillie célèbre Tribonien. Assisté de neuf habiles jurisconsalles , celui-ci se mit aussitôt à Tœuvre , élaguant , modifiant , interprr iant , coordonnant, le tout en vue de créer à Tomnipotence impériale de dociles esclaves ; et, quatorze mois après, parut en douze livres U Code de JusHnien. Les Instituées (553) vinrent ensuite, pour servir d'introduction à l'étude du droit, dont ils renfermaient, en quatre livres, les prin-
cipes élémentaires. — Les Pafidectes ou Digeste furent
donnés Tannée suivante. lU contenaient en cinquante livres les décisions de plus de deux mille traités de jurisprudence et le résumé de plus de trois millions de sentences ; on n'y remonte pourtant guère au delà d'Adrien, sans doute parce que les lois antérieures ne pouvaient plus guère convenir à la situation de l'Empire, et on s'arrête à la mort d'Alexandre Sévère. Ce prodigieux travail de dépouillement et d'interprétation avait été accompli en trois ans. On en donna, presque aussitôt après, une deuxième édition corrigée, qui a subsiste seule. Les Novelks sont le recueil des lois rendues par Justinien. Publiées en grec, elles furent, sous Justin 11^ traduites en ' latin assez fidèlement pour faire autorité; aussi les appelle-t'On encore Authentiques. Les trois autres recueils furent au contraire publiés en latin, et, sous Justinien même, à ce qu'on croit, traduits en grec pour Tutilité de rOrient, où se perdait peu à peu la langue latine.
Ces quatre collections forment ce qu'on appelle le Corps de droit rmmin. Là est renfermée toute la jurisprudence qui doit plus ou moins régir la plupart des nations modernes. Il faut en connaître la définition pour se faire une idée de ses prétentions ambitieuses : c La jurisprudence, dit le nouveau code, c'est la connaissance des clioses divines et humaines, la science du juste et de l'injuste. » Il semble qu'elle entende absorber la théologie. L'empereur, il est vrai, règle la forme de l'administration du temporel des églises; il a publié des lois sur la simonie, sur les électionsy donné des règlements pour les monastères^ Mais la théologie de son côté commence à empiéter sur le domaine de la jurisprudence : Justinien lui-même a reconnu au clergé la double juridiction civile et criminelle (1). On peut donc déjà facilement prévoir la lutte du droit civil
(1) Voy. sur ce poiot le chapitre dê VEgUêe, deuxième partie, Juri diction.
et du droit canoD. Quant aux autres caractères propres de cette législation, on peut les ramener à trois : io Elle est généralement humaine et équitable. Ainsi la
puissance du père et celle de Tépoux sont rcsticinlcs. Les femmes reçoivent des garanties pour leur dot, et acquièrent le droit de tutelle sur leurs enfants. Le système des successions, auparavant assis sur la cognalion et ragnation, est désormais fondé sur les lois de la nature ou le degré de raifection enli'e parents. La servitude n^est plus de droit naturel et la condition des esclaves est améliorée. Les affranchis sont assimilés aux citoyens, et, sauf les liens de patronage, jouissent de rindépendancc. — L'cchaffaudage des lois caducaires est renversé, et le taux de l'argent baissé de moitié.
2» Ëlle tend à abaisser les barrières entre les diverses classes de la société^ et cela, en établissant pour tous Téga- . lilé des peines. Celte égalité est surtout remarquable en * matière de crimes de lèse-majesté : hi majestatis crimine omnibus œqua est condition avait-on déjà dit auparavant.
3" Elle atteint certains délits que la loi ancienne n'avait pas songé à punir, la débauche par exemple.
Le vice secret de cette législation, c'est qu'elle donne trop au prince. Elle proclame hautement que son bon plaisir a ia force et l'effet de la loi : Qmd pincipi ploeuit, legis habet vigorein. C'était Taffranchir de toute obligation.
Quelques années après avoir doté TEmpire de ce code, où l'on avait eu soin d'omettre tout ce qui pouvait rappeler aux Romains leur ancienne liberté, Justinien cessa de désigner les consuls (541). Le titre n'en'devait être léga* lement aboli que dans les dernières années du ix« siéde, par Léon le Philosophe (1).
(l) On marqua d*abord les années ju8qtt*en &8T, à parHr de la pro' mière aprèê U consulat de Basile (le dernier consul) ; puis on suivit l'ère
de Vindiction romaine jusqu'au sixième concile général (681), où celle de la Création du înonde a prévalu eu Orient. — Quanta rOccitlent, l'ère de Jésus-Christ y fut inventée en Italie tlès l'an 590; mais elle n'est devenue légale et populaire qu'au x' siècle.
De la nutri de Jusimen au règne d'Hérackus (565-610).
Justin II (565-578). — Justin II ou le Jeune, neveu de
Justinien, lui succéda. Ses premières paroles furent des paroles d'équité: a Bleus, rappelez-vous que Justinien » n*est plus; Verts, songez qu'il existe encore. » Ses premiers actes furent des actes de tolérance et de bonté; il acquitla les dettes de son prédécesseur et rétablit la paix dans TËglise. Mais il ne tarda pas à montrer dans ses relations extérieures plus de hautenr et d'arrogance que de fermeté et de vigueur. Le septième jour de son règne, il reçut une ambassade des Avares, qui, faisant valoir la grandeur du khakan, dont les sujefs victorieux avaient traversé les rivières glacées de la Scylhie, et couvraient les bords du Danube de leurs innombrables tentes, lui demandèrent de continuer à Baïan les largesses par lesquelles Justinien avait annuellement cultivé son amitié. Justin avait un instant espéré les intimider par la pompe et réclat dont il était environné; mais, en entendaiiL lai tel discours, il retrouva toute la fierté des vieux Romains: « Oui, dit-il aux députés, je ferai pour vous plus que n'a 0 fait mon père; je vous donnerai une leçon plus utile » que tous les présents, je vous apprendrai à vous con- 9 naître. Vous nous offrez des secours, vous nous menacez » de la guerre: nous méprisons votre inimitié et vos » secours. Les vainqueurs des Avares sollicitent notre M alliance: craindrions-nous un peuple d'exilés qui fuit M devant eux? Retirez-vous de ma présence. > Ce ton de maître parut effrayer les Avares. Ils s^éloignèrent de l'Empire et allèrent attaquer Sigebert et ses Ostrasiens. Mais plus tard ils revinrent, et, par divers succès, contraignirent Justin à se montrer plus traitable (1).
(î) La destruction des Gépides y contribua puissamment.
Ce prince ne fut pas plus heareux contre Ckosroès, n avait concla un traité de commerce et d'amitié avec les
TurcSj indignés que la Perse les méprisât au point d'arrêter les caravanes et de brûler les soies des Sogduiles, leurs alliés. Il s'était fait en outre le protecteur des Persarméniens el des Ibériens, que Chosroès voulait convertir du christianisme à la religion de Zoroaslre , et il avait déclaré à l'envoyé du roi, que, si m osait les attaquer , U saurait bien les défendre. Ces griefs décidèrent Chosroès à la guerre ; il la fît en personne sans se trouver trop chargé de ses quatre-vingts ans, et vint droit à Dara, dont il entreprit le siège , pendant qu'un de ses généraux allait détruire les faubourgs d'Antioche et brûler la ville d'Apomée malgré la rançon qu'il en avait reçue pour l'épargner, il fallut la jonction des deux armées et six mois d'attaques continuelles pour réduire Dara. Ënfin cette place, qui^ depuis 67 ans, était pour les Perses un objet d'envie et d'inquiétude , succumlja , et Chosroès regagna ses Etats (578).
Déjà l'imprudence de l'impératrice Sophie avait causé la perte de l'Italie envahie par les Lombards, et Justin voyait encore les Maures ravager l'Afrique. Ces revers jetèrent le trouble dans Tesprit du prince et commencèrent à égarer par intervalles sa raison. Depuis quelque temps d'ailleurs une maladie cruelle, en le privant de l'usage de ses jambes, le retenait dans sou palais, et livrait PEnipire aux scandaleux excès d'une vénalité sans frein. Animé de bonnes intentions, et voulant remédier à une impuissance dont il s'apercevait malheureusement trop tard , il n'hésita pas à abdiquer, et il eut la sagesse et la magnanimité de prendre le plus digne pour successeur, sans s'arrêter aux dioiLs du sang. Son choix tomba sur Tibère, capitaine de ses gardes, en qui le peuple reconnut bientôt un nouveau Trajan (574). Rien de plus touchant que les paroles que lui adressa Justin, en lui remettant le diadème en présence du
patriarche et du sénat (1): c Dès ce moment, ajoula-t-il»
I je ne vivrai plus qu'autant que vous le voudrez , et » un mot de voire bouche me donnera la mort. Puisse 9 le Dieu du ciel et de la tcrro inspirer à voire cœur tout » ce que j'ai négligé ou oublié I » Justin vécut quatre ans encore , pendant lesquels le respect et la reconnaissance de Tibère ne cessèrent de justifier son choix» et les armes romaines d*humiHer Torgueil de Chosroès.
TiBÈRB (578-582). — Le nouvel empereur joignait à ses vertus TavaiUagc d'une noble Lcaatc, à laquelle on peut croire que Sophie ne demeura point insensible. Peut-être la veuve de Justin comptait-elle épouser Tibère et conserver ainsi son rang et son titre. Mais il n'était pas au pouvoir de ce prince de satisfaire son ambition ; car il avait épousé en sel^ret Ânastasie plusieurs années auparavant. En apprenant y par les acclamations du peuple , le nom de cette rivale inconnue, Sophie jura de venger l'outrage prétendu fait à sa bonne foi ; elle séduisit le jeune Justinien, son parent, par l'appât d'une couronne, et lui fit prendre la résolution de supplanter Tibère. Elle avait choisi pour l'exécution de ses desseins le mois des vendanges , où Tibère goûtait dans une solitude champêtre les plaisirs d'un sujet. Mais Tibère , instruit de ses vues , revint à Gonstantinople, et sa présence suffit pour étouffer la conspiration. Sophie fut privée de ses honneurs et confiée à la gaide d'un serviteur fidèle. Justinien, qui n'avait point hésite à venir offrir sa tète avec un trésor considérable , reçut de remfiereur son pardon et le commandement de l'armée d'Orient. Il se montra digne d'un tel bienfait.
Chosroès , enflammé par ses derniers succès , venait d'envahir l'Arménie et s'avançait vers MélUine^ quand Justinien l'aborda à la tête de tous les barbares qu'on avait pu rassembler des bords du Rhin â ceux de la mer
(I) ïhéophylactc Symocaila les cite (1. m. c. 11) comme authentiques.
Caspieone. A la vue de celte redoutable armée» le vieux lion hésita, et pour la première fois il sentit la peur ; les
Perses tremblaient aussi : une charge impétueuse des Scythes vint les mettre en déroule et les préci[)iter dans FEupiirate. Les vainqueurs ne rentrèrent an camp que sur le soir, poussant devant eux les bêtes de somme chargées d'argent et de dépouilles avec le char et Tautel où brûlait le feu sacré. Ghosroès s'était enfui des premiers sur un éléphant, pour aller publier une loi aussi honteuse que sa défaite, la défense à tout roi de Perse de jamais marcher en personne contre les Homains (570). Cependant ceux-ci, profilant de la terreur qu'ils avaient inspirée, pénélrent au sein (îp la Perse et portent la dévastalion justju'au rivage de i ilyruanie. Ils y passent Thiver el ramènent avec eux tant de prisonniers, qu'un Perse ne se vendait qu'une pièce d'or. Ce nouveau malheur avait sérieusement déter* miné Chosroés à la paix ; il abandonnait tout pour Tobtenir, la Persarménie, ribérie, Dara. Elle allait se conclure, quand il mourut (579).
Hormidas f son fils et son successeur, rompit les négociations commencées et ralluma les feux de lu guerre près de s'éteindre* Mais l'habileté de Maurice devait triompher du sauvage orgueil de ce prince. Il vainquit les Perses à CaUinique (580), malgré la lâcheté ou la trahison d'un de ses capitaines, qui lâcha pied â la vue des cavaliers Sarrasins. 11 les baUilciiCi)re, l'année suivante, à Comtantinc.
Ces succès n'éblouiss^tient point Tibère, et ne lui faisaient pas perdre de vue le bonheur de ses sujets. Tandis qu'avec la charité d'un héros chrétien , il rachetait de ses oiBciers et de ses soldats de nombreux captifs pour les renvoyer dans leur patrie, dés qu'un fléau de la nature ou les ravages de la guerre affligeaient son peuple, il diminuait les impôts ou en remettait les arrérages. Le mérite n'avait pas moins de part à ses largesses ({ue l'infortune. Sa bienfaisance était telle que Gonstantinople crut qu'il avait décou-
vert un trésor : son trésor, c'était une noble économie et le mépris de tontes les dépenses vaines et superflues. Malheureusement Tibère vécut peu. Attaqué, dès la quatrième année de son règne, d'une maladie mortelle, il fit comme Justin : il choisit le plus digne pour son successeur et donna sa ûlle et TEmpire à Maurice, en exprimant au patriarche et au sénat Tespérance que les vertus de ce prince seraient le plus noble mausolée qui pût honorer sa mémoire.
Maurice (58^02\ — Son espoir ne fut pas trompé. Maurice commença par chasser de son cœur les passions tamultueuses, et, selon Tétran^e expression d'Ëvagre, son historien, par établir dans son âme l'aristocratie parfaite de la raison et de la vertu, 11 devint plus attentif que jamais à ménager tous ses moments, et s'occupa des intérêts de l'Empire avec autant de discernement que de courage. Il sut ranimer par ses bienfaits le goût des lettres ; lui-même nous a laissé un Traité de l'art militaire, fruit des observations qu'il avait faites à la tête des armées. La fortune du reste ne fut pas toujours aussi fidèle aux drapeaux de l'empereur qu'elle l'avait été au général luimême. Mais Philippious et Priseus n'en obtinrent pas moins assez de succès pour ébranler le trône d'Hormisdas.
Chosroès, en laissant à ce prince la couronne, lui avait aussi laissé ramilié d'un sage, dont les sentences, religieusement conservées par les Musulmans^ respirent la morale du christianisme, qu'il paraît avoir secrètement embrassé. Buzurç'^Mihir (I) avait dirigé l'éducation d'Hormisdas, et celui-ci, tant qu'il l'eut à ses côtés, ne cessa de s'inspirer de ses conseils. Mais quand l'âge, diminuant les forces du philosophe, Teul éloigné de la cour, Hormisdas, demeuré sans frein, s'abandonna tellement à ses passions qu'il osa bientôt se réjouir d'avoir fait expirer treize mille victimes
(1) GbA lai qui apporta de Vlnde le jen des échecs et les fables (Pantcbà- TantKft) de Pilpay ou plui6i de Bidpai, TEsope indien.
dans les tourmeiils. Tant de cruauté souleva les provinces
et enhardit les éternels ennemis do la Perse, les Romains et les Turcs. Menacé par les premiers, Hormisrlas eut l'imprudence d'accepter le secours des seconds. Les Turcs prirent en amis possession des villes du KUordçan et de la Bnctriane » et s'avancèrent ensuite vers les montagnes de rHyrcanie pour s'unir aui Romains. Le satrape Bahram n'eut que lé temps de rassembler douze mille hommes» avec lesquels il écrasa dans un défilé les sauvages enfants de l'Altaï , el courut contre les Romains qui venaient du côté de l'Araxe. Ils étaient prêts à le |)a^sor quand il arriva. Enorgueilli par la victoire qu'il venait de remporter, il laissa les ennemis maîtres de tlxer le jour du combat et de traverser eux-mêmes la rivière, s'ils n'aimaient mieux attendre le passage des troupes du grand roi. Mais son aveugle confiance causa sa perte. Il fut défait dans une bataille sanglante^ et Hormisdas , jaloux des premiers succès de son général , saisit cette occasion de l'humilier en lui envoyant une quenouille, un rouet et un vêtement de lenime. Justement indigné, Bahrom se révolte contre Hormisdas, tandis que la noblesse détrône ce prince et le soumet à un jugement public , chose inouïe dans les annales de l'Orient. Hormisdas essaie en vain de faire Fapologie de sa conduite^ et, en avilissant le caractère de Chosroès , Taîné de ses fils , de décider ses juges à prendre le seconii pour roi. On s'écrie de tous côtés; et, en un instant, par une cruauté bien propre à justifier toutes celles d'Uormisdas, on égorge sous ses yeux le fils qu'il préfère, on scie la mère par le milieu du corps, on le prive ensuite lui-même de la vue , et on le jette dans un cachot après avoir proclamé Chosroès IL Mais Bahram , qui ne voulait pas plus du fils que du père , force Chosroès à prendre la fuite et s'empare du sceptre sans opposition. Hormisdas n'était plus; un ennemi particulier venait de le tuer d'un coup do flèche. Chosroès , après quelque hésitation , prit le parti de se retirer sur les terres de l'Kmpire. Suivi de
ses concubines el de trente gardes, il vint à Gircésium, d'où on le fit passer à Hiérapolis. Maurice accueillit avec
bonté ses ambassadeurs, et, sans perdre de temps, rassembla , pour soutenir la cause du droit, une puissante armée , dont il confia le commandement au brave Narsès (i). Deux batailles décidèrent la querelle, l'une sur les bords du Zab^ Taulre sur les frontières de la Médie. Celle-ci s'engagea, pour ainsi dire^ sous les auspir ces de la Vierge , qui sembla répondre aux premières paroles de la Salutation angéliquc, qui servaient de mot d'ordre aux Uomains , en confondiint l'armée rebelle maigre l iiabilelé el le courage de son chef. Baliram s'enfuit chez les Turcs , où le désespoir abrégea ses jours. Chosroés , rétabli , reconnut la générosité de Maurice par la cession de Martyrapolis , de Dara et de toute la Persarménie (593).
Mais TEmpire, agrandi du côté de l'Orient, était, depuis dix ans, humilié en Europe. Tant que Maurice avait dû lulter contre les Perses, il avait été contraint de souflrir patiemment les insultes des Avares , qui , depuis la ruine des Gépides et le départ des Lombards , dominaient des Alpes au Pont-Ëuxin, du Danube à la mer Baltique , et ne mettaient plus de bornes à leur ambition. Déjà, sous Tibère, Baïan, leur khakan, avait jeté un pont sur la Save, en jurant par le feu. Dieu du ciel, qu'il n'avait d'autre dessein que d'établir de ce coté une communication facile entre deux peuples amis, et, le pont construit^ il s'était emparé de Sirmium , la dernière place qui restât aux Romains en Pannonie. Tout récemment il avait exigé des présents^ un éléphant, puis un lit d'or, puis une augmentation aux quatre-vingt mille pièces d'or qu'on lui payait. Tianquilie du côté de la
(Ij Ce Narsès ( st ditï* i ciit du vainqueur des Ostrogolhs , avec lequel il ne faut pas non plus conloiidi e un Fcrsarménien de ce nom » qui , après une bataille heureuse contre Bélisairc, quitta le« drapeaux du roi de Perse pour aller servir en Italie
Perse , Maurice se délermina à parier plus haut. U voulait
même marcher en personne contre les Avares; mais les lat iiics de sa famille, les pri»")ies du seiiat, une éclipse de suieil , l'agitation de la mer, le spectacle inattendu d'une fouie de mendiaals , la mort subile de sou meilleur cheval, la naissance d'un enfant monstrueux , tous sinistres présages « ébranlèrent sa résolution et le décidèrent à confier le salut de TËmpire au bonheur plus encore qu'à rhabîleté et à la bravoure de ses généraux. Priscus défit les baiiiaû's en ciiKj rencontres, leur prit dix-sept mille hommes et l^ur tua de nombreux pruerriers. Mai^ > victoires furent passagères et intructueuses ; on le rappela de peur d'irriter Baïan par plus de prospérité et d'attirer à Constanlinople de nouveaux ennemis. Pierre, le frère de Maurice, prit honteusement la fuite devant les barbares, en présence de ses propres soldats et des habitants d'une ville romaine, peut-être la célèbre Aximuntium, qui seule avait repoussé le fougueux Attila, GomnuiiUole, un jour, abandonna lâchement ses tr()uj)es au moiuent de combattre ; celui-là du reste était toujours mal portant à l'approche des barbares, et ne retrouvait la santé que dans le repos de Thiver. Avant lui, Philippicus, dans la guerre contre les Perses, après avoir battu les ennemis, avait tout-à-coup déserté son camp en présence d'un danger imaginaire. Quelle influence de tels capitaines pouvaient-ils exercer sur le soldat? Aussi vit-on l'esprit d'insubordination agiter plusieurs fois l'armée. Frappé depuis longtemps des abus de la discipline miiilaire, Maurice songeait à les réformer ; mais les troupes n'accueillirent qu'avec indignation l'édit qui prélevait sur leur solde le prix des armes et des vêtements. La facilité avec laquelle il pardonnait les révoltes, enhardit les factieux ; et leur insolence alla SI loia qu'elle finit par leur ôtcr tout espoir de conciliation. Sur ces entrefaites, les Avares offrirent à Maurice de lui rendre douze mille prisonniers pour une rançon de six mille pièces d'or; Maurice, par calcul plus encore que
par fermeté, refusa, et les prisonniers forent massacrés ;
ce ijui ne dispensa pas rerapereiir de donner vingt mille pièces d'or pour avciir la paix. Puis un ordre arriva d'hiverner en pays ennemi. L'armée perdit patience ; elle déclara Maurice indigne du trône, et, commandée par uH simple centurion du nom de Pbocas, se mit en marche pour Constantinople. Telle était robscurité dans laquelle avait vécu Phocas, que Tempereur ignorait le nom et le caractère de son rival. Mais, dès qu'il apprit que le centurion, audacieux dans les soulèvements, se montrait timide dans le péril : 4 iiélasi s'écria-t-il, s'il est lâche» il V sera sûrement un assassin. » Le malheureux empereur ne s'était pas trompé.
Phogas (602-640). — Phocas , mis en possession de
l'Empile par les acclamations du peuple, envoya ses satellites arracher Maurice du sanctuaire où il s'était réfugié. On massacra ses cinq fils sous ses yeux; à mesure que leurs têtes tombaient, le malheureux père répétait avec fermeté: « Vous êtes juste, ô mon Dieu, et vos jugements 9 sont remplis d'équité, t Cette scène tragique se termina par la mort de Tempereur lui-même. On jeta à la mer son corps et ceux de ses enfants ; mais leurs tètes lui eut exposées sur les murs de Constantinople (602), Bientôt après périt aussi tristement l'épouse de Maurice avec ses trois filles et une foule d'autres personnages. La ville nageait dans le sang^ tandis que Fusurpateur se livrait à de honteuses orgies, et souillait par une affreuse débauche l'honneur des familles.
Tant de despotisme souleva les Grecs. Le gendre même de Phocas, Crispus, qui redoutait la cruauté de ce monstre aux cheveux roux, au corps trapu et au visage balafré, encouragea secrètement la révolte à'Méracliusy exarque d'Afrique. Ce gouverneur reAisait depuis plus de deux ans toute espèce de tribut au tyran. Mais, la vieillesse amortissant en lui Tambition» il aima mieux charger du. salut
de TEmpire son fîls Héraclins et NIcétas, fils de Grégoire, son ami et son lieutenant. Le premier devait conduire à Constanlinople la flotte de Carlhage, l'autre les escadrons africains. A celui-ci étaient réservés les longs jours d'une route facile, à celui-là les périls d'un court trajet. Il était convenu que la pourpre impériale appartiendrait à celui des deux qui arriverait le premier. Phocas, aveuglé et trahi, ne songea pour ainsi dire à la défense que quand il vit de ses fenêtres approcher les vaisseaux d'IIéraclius avec les images du Christ et de la Vierge à leurs niàts (1). 11 essaya vainement d'opposer les Verts à Tinsurrection ; entraînés par Grispus, les Verts et le peuple saluèrent Héraclius empereur, et un seul homme, un sénateur que Pbocas avait indignement outragé^ suifit pour aller saisir ce tyran au milieu de son palais, devenu désert. On lui fit souffrir mille tortures; après quoi il fut décapité, et son corps mis en lambeaux et jeté dans les flammes. La révolution était consommée quand Nicétas arriva. Il ne murmura point de la fortune de son ami, el se contenta d'une statue équestre et de la fille de Tempereur. Crispns reçut le commandement de l'armée de Cappadooe ; mais son arrogance fit bientôt faire à l'empereur la judicieuse réflexion que celui qui avait trahi son père, ne saurait être fidèle à son ami, et on le condamna à embrasser la vie monastique.
(t) Uiinage du Christ, à en croire Cédrénus, n'était point une œuvre bumaine. C'est sans doute la même que Philippictts« un jour de bataille
(5ë6), promena devant les rangs de son armée, en versant des larmes à la pensée du sang qui allait se répandre. Ce jour-là, on entendit venir du ciel une voix éclatante, qui criait : « Mettez pied à terre et percez les che- )i vaux des Perses. » Uhistoire grecque est pleine de traits pareils, où à la mollesse asiatique s'allie la superstition barbare.