‹ Les origines de la societe moderneChapitre 11 sur 20 · TIS · texte numérisé non relu

TIS

71i*TU.

LuiTPBRT, 700*701. Astotr,

défendre de la plus odieuse attaque. Accusée d'adultère» elle était tombée dans la diaprâce , quand un de ses sartileurs , nommé Carell» vint demander au roi qu^il lai fût

permis de combaltre corps à corps raccusnteur de sa maîtresse , et de faire éclater ainsi à tous les yeux Tinnocence de Gondeberge. Le roi y consentit , et le combat eut lieu devant le penple assemblé* Le champion de la vertu en sortit victorieux aux acclamations do la multitude , et la reine recouvra tous ses honneurs. Rodoald , qui l'avait condamnée d'abord si facilernenl , ne tarda pas à tomber^ dit-on, sous le poignard d'un mari outrage.

Avec lui s'éteignait la postérité de Théodelinde. Mais la nation était tellement attachée à la mémoire de celte pieuse reine, qu'elle appela au trône (653) Aripcrt, fils de son frère Gundoald, et ainsi ce prince , qui appartenait à la famille des Agiiolfmges de Bavière , devint le chef d'une dynastie étrangère à la race lombarde. Comme il avait été élevé dans la religion catholique^ il en favorisa le clergé , et en bàlissanl île nouvelles églises, il attacha de plus en plus ses sujets à la foi romaine.

A sa mort, ses deux fils se partagèrent ses états, et établirent leur résidence» Bertarid à Milan et Godeheri i Pdvie. Mais Tambition de régner seuls les eut bientôt armés l'un contre Taulre. Godebert plus faible ou plus violent, appela à lui le duc de Bénévent, GrimoaM, en lui promettant sa sœur en mariage. Grimoald» aussi ambitieux que les deux frères » accourut avec une armée, assassina Godebert et par ce meurtre épouvanta telle* ment Bertarid, que le malheureux prince abandonna sur le champ son royaume pour se réfugier auprès du khakan des Avars (662). Celui-ci lui avait juré devant son idole de ne jamais le livrer à ses ennemis , mais les menaces de la eoor de Pavie le forcèrent à Téloigner de ses états. Las de fuir, Bertarid prit la résolution d'aller se jeter entre les bras de son heureux rival. L'usurpateur, il est vrai , venait d'épouser la ûUe d'Aripert» et cette princesse avait averti son

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frère que Grimoald était bon et généreux. Bertarid lui envoya doac HuauU^ son conûdeat, pour lui faire connaître son dessein , el encouragé par le succès de sa mission > accouml auprès de Grimoald. Il voulut se jeter à ses pieds, mais le roi le retint et Tembrassa : « Ah I vous êtes vrai- » ment un prince très-chrétien, lui dit le proscrit, je le » savais; aussi pouvant vivre parmi les payens, ai-]e mieux » aimé venir implorer votre clémence* Voyez en moi voire » serviteur. » — c Par Celui qui m'a donné la vie » reprit B le roi , dont c'était le jurement favori, puisque vous avez » mis votre confiance en moi, il ne vous sera fait aucun » mal, mais je veillerai à ce que vous puissiez vivre ici > honorablement. » Et il lui donna pour demeure un palais*

Toutefois Tempressement avec lequel les habitants

de Pavie veuaieni icndre leurs devoirs au fils de leur ancien roi , alarma les ministres de Grimoald. Ils lui firent entendre qu'il était perdu, s'il ne faisait transporter le prince dans un château éloigné; et Ton convint que, pour le mettre hors d'état de se défendre , on lui ferait passer la iiuil à boire. Le roi lui envoya donc quantité de viandes et de vins, en Tinvitant à se livrer à la joie. Bertarid, appelle tous ses amis , on se met à table, et le prince commençait à oublier ses malheurs, quand un ancien serviteur de son père trouve moyen de l'avertir è voix basse du dessein de Grimoald. Bertaiid, ^ans changer de conlenance, continue de boire, et bientôt, feignant d'être ivre, se lève de table, renvoie les convives, écarte tous ses gens, et fait pari à Hunulf de ce qu'il vient d'apprendre. Déjà son palais était environné de gardes. Hunulf, fécond en ressources , lui fait jjrendre un habit d'esclave, le charge de matelas, et le pousse devant hii hors du palais, en le frappant de son bâton, et criant qu'il aimerait mieux ne boire de sa vie que de tenir téte à cet ivrogne de Bertarid* Les gardes riaient aux éclats et les laissèrent passer sans défiance. Arrivé hors des murs ^ le prince gagne à cheval

la ville d'Asli, qui lui était dévouée, et delà se rend en France auprès de Chiolaire III , roi de Neustrie et de Bourgogne. CependanI Hunulf était retourné chez lui , et un fidèle domestique , demeuré seul au palais , n'avait rien épargné pour conlenir jusque bien avant dans le jour l'impaitence des soldats. Quand, après avoir enfoncé les portes, iU se furent convaincus de l'évasion de Bertarid , furieux ils se jetèrent sur le serviteur et le traînèrent par les cheveux devant le roi. Celui-ci l'interrogea et ayant tout appris de sa bouche : « Que pensez^vous^ dit-il à ses courti- » sans , que mérite cet homme ? )y Tous par flatterie répondirent qu*il méritait la mort. « Et moi, reprit Grîmoald, » par Celui qui m'a donné la vie, je juge qu'il est digne > de récompense > pour avoir sauvé son maître au péril ) de sa vie. > Et le comblant d^éloges , il l'admit parmi les officiers de sa maison; il conserva é^^alement à Hunulf tous ses biens et y ajouta de nouvelles faveurs. Mais Hunulf no pouvait être heureux, sachant que son maître élait dans rinbrlune^ U vint trouver Grimoald : c Prince, lui dit-ii , » je vous rends grâce de vos bienfaits; mais, si vons me » permettez de vous parler avec franchise, j'aimerais mieux 1 partager les malheurs de Bertarid que de vivre partout » ailleurs dans les délices i> Les sentiments de Tautre offîder étaient les mêmes. Le roi, attendri jusqu'aux larmes de tant de fidélité et de désintéressement, leur accorda non sans regret leur prière cl leur permit encore d'emporter tout ce qui leur appartenait.

663. Ce magnanime usurpateur était aussi un habile et vaillant guerrier. Les Franks l'apprirent bientôt à leurs dépens. Ils étaient venus jusqu'à la ville d'Asli pour rétablir Bertarid sur le trône : Grimoald alla d'abord camper •à leur vue ; puis , comme s'il eut craint une bataille , à l'exemple de Cyrus dans sa campagne des Massagètes, il se retira tout à coup, laissant son camp bien pourvu de vivres et surtout de vin. Les Franks, au lieu de le poursuivre, pillèrent le camp et se livrèrent h la débauche

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jusqu à la nuil. Us étaient tous ensevelis dans le sommeil, quand Giimoald , revenant sur eux , en ût un si grand carnage qu'il n*en resta qu'un très petit nombre pour aller porter chez eux la nouvelle de cet effroyable massacre.

Constant 11 en Italie (Juillet 663). — A peine étaitil délivré de celte guerre qu il apprit Tarrivée de Cons- Umt II en Italie (1). Jusqu'alors aucun des empereurs de Byzance n'avait entrepris ce voyage. On les croyait très satisfaits de garder les provinces et les villes qu'ils possédaient dans la Péninsule, c'esl-à-dire l'exarchat de Ravenne, le duché de Home et ceux de Naples, de Gaële et d'Amalû avec quelques villes de Calabre et du Brutium. Aussi la ré^ solution de Constant avait*elle étonné FOrient et donné lieu aux plus étranges conjectures. On disait que son IVère Théodosn j assassiné par ses ordres, venait toutes les nuits TeiTrayer dans son sommeil ; que son ombre sanglante se présentait à lui en babils de diacre, et que tenant en ses maips une coupe pleine de sang , elle lui criait d'une voix terrible : «r Bais , mon frère. » D'autres prétendaient que son attachement au monolhélisme et les cruautés qu'il avait exercées sur le pape Martin (2), ne lui permettaienl plus de demeurer en sûreté à Constantinople* Mais la raison qu'il publiait lui-même était le désir d'enlever aux Lombanls l'Italie, et de rétablir à Rome le sié^e de l'Einj ire, disant que la )mre inéritail plus de considcration (lae la fille.

11 avait donc équipé une flotte nonibreuse, et après avoir craché contre Constantinople , qui retenait mal-

(1) En réunissant à ce qui suit le récil des pertes que les Arabes el les Lombards firent essuyer à l'Empire, de 641 ù GG8, ou aura 1 liibluiic du règne de ConstaDt II , de ce prioee qui , i)our conjurer les calauiitcs dont le menaçaient les armes musulmanes , conçut et exécuta en 643 le dessein d'envoyer en Chine demander du secours à rempereur Tal-Tsoung.

(S) Y. rUiiioire de VEglise,

gré lui l'impéralrice el ses trois ûh , il avait fait mettre à la voile pour la péninsule Ausonienne. Débarqué à Tarente, il répandit un instant la terreur parmi

les Lombards du voisinage, emporta et rasa Lucérie, opulenlc cité de l'Apulie, détruisit de fond en comble Edane^ ville épiscopale à cinq lieues de Bénévenl, et se mit en mesure d'assiéger celle dernière. Romuald, fils de Grimoald, administrait alors le duché (1) ; il fit aussitôt demander du secours à son père, et en attendant , il repoussa vaillamment tous les assauts de l'ennemi, ruina ses travaux, brûla ses machines. L'empereur découragé prit le chemin lie Naples» laissant vingt mille hommes à Saburrus» un de ses lieutenants. Saburrus s'était flatté de rétablir l'honneur des armes romaines ; et le combat de Formies fut véritablement acharné, la victoire vivement disputée de part et d'autre, jusqu'à ce qu'un lombard, nommé Amalong, ayant percé de sa lance un cavalier napolitain, Tenleva de cheval et le tint élevé au dessus de sa téte à la vue des Romains. Ceux-ci furent à l'instant saisis d'une telle frayeur, qu'ils ne songèrent plus (ju'à sauver leui^ jours, et prirent la fijite. Désespérant de réduire les î.ombardb, Constant vint alors à Rome pour réparer ses pertes aux dépens de ses sojets. Il ne leur donna d'abord que des marques de dévotion et d'une pieuse libéralité; mais, au bout de douze jours, sur le point de partir, il reprit ses présents, pilla les basiliques, enleva tous les ornements, tous les vases précieux échappés à l'avidité des Goths et des Vandales , et n'épargna même pas le bronze dont était couvert le Piainthéon, disposé en église depuis 608 ( Sainte^Marie-des- Martyrs ). Il desLinail tout ce butin à rorncmcnt de Constantinople. Mais il voulut d'abord séjourner en Sicile, el vint s'établir à Syracuse. Les Siciliens étaient dans une grande joie de voir l'empereur fixer parmi eux sa résidence ; la

(1) 11 gouverna jusqu'en 678, époque fie sa iiiurt. (îriinoaUl avait eu ce Ul», ainsi que deux fillM, d iin« noble captive, uoinméc itta.

joie ne fut pas longue. Ils éprouvèrent bientôt, ainsi que la Calabre» la Sardaigne el l'Afrique» l'insatiable avidité de ce prince, qui mnltipliait les impôts et les exigeait avec inhumanité. On séparait les femmes de leurs maris, les enfaîils de leurs pères. On dépouillait les temples, on enlevait les vases sacrés. Jamais celle île, la plus riche et la plus fertile de Tunivers, n'tivait été si cruellement pillée. £nfin, le 15 juillet 668, pendant que Constant était danà le bain, un de ses serviteurs, après lui avoir versé de Teau chaude, lui déchargea le vase sur la tête avec vio* lence et le tua.

Sa mort permit à Grimoald de venger ses injures et de poursuivre ses conquêtes. Tandis qu'il marchait au secours de Bénévent, les habilants de Forum-Popilii avaient maltraité son armée. Il surprit celte ville la veille du saint jour de Pâques, à Theure du bapléme, tua sur les fonts mêmes les diacres qui baptisaient les enfants, et ût un tel carnage des habitants, qu'an temps de Gharlemagne la ville était encore à peine habitée. Pendant ce temps-là, Romuald s^alliait aux Bulgares d'Alzecus, en leur abaadoimant plusieurs villes désertes du Samnium avec leur territoire (i), et secondé par eux^ prenait Bari, Tarente^ Brindes et toute Vaneienne Calabre (S) , en sorte qu'il ne resta plus aux empereurs dans l'Italie méridionale que Gaëie^ Naplesy Amalfiy Otrante, Gallipoli et quelques villes sur le bord de la mer dans le pays des Brutiens.

(I) V. VHitt, des Bulgarés,

(S) Les empereurs, après roccupalion de la plus grande partie de ntalîe par les Lombards^ avaient d*abord partagé ce qui leur restait en deux provinces, qui prirent plus tard le nom de th^$t,Vmi de ces thèmes eomprenait la SieiU, l'autre les possessions dltalie ; et comme les villes

céiohres de Brindes, Tarenle et Otrante, faisaient de la Calabre la meilleure et la plus florissante partie de ces possessions, le second thème fui nommé le thème de Calabre. Puis, quand l'Empire eut perdu la Calabre, ce nom resta au Bruttum , dont une grande partie continuait d'être soumise à l'Empiro de Conslantiimple. Ccsi ainsi que le nom de Calabre passa deU poiuli^ oi teutaiede l italie à la pointe occidentale.

Le jeune duc Fiornuaîd, cédant aux vive? instances du prêtre Barbalus, s'était converti pendant le siège de Bénévent; son père Grimoald, une fois la guerre terminée^ abjura comme lui Tarianisme^ et leur exemple entraîna* pour toujours le reste des Lombards. Celte révolution religieuse amena une nouvelle réforme des lois, et fonda l'indépendance des papes, comme l'usurpation de Grimoald avait consommé l'indépendance des ducs, ses complices. Les excès de Tune et les atteintes portées à Tautre» voilà ce qui causera la ruine de la monarchie lombarde. Grimoald mourut en 678 de la rupture d'une veine. C'était un prince aussi vaillant que sage , plein de vigueur et d'activité (1). On l'enterra dans la basilique du saint confesseur ÂnibroisCi qu'il venait de construire à Pavie.

678-686. — Dans ce moment-là même, Bertarid, se trouvant encore trop près de l'Italie, se disposait & passer de la Gaule dans la Bretagne, a Déjà le navire avait mis à la voile, quand on entendit une voix du rivage, qui demandait si Bertarid était à bord du vaisseau. Comme on eut répondu que oui, la voix qui criait, reprit :« Alors dites* lui I qu'il retourne dans sa patrie, car voici le troisième jour » que Grimoald a quitté ce monde. » En entendant ces paroles, Bertarid revint sur ses pas, et n'ayant pu trouver personne sur le rivage, il pensa que c'était un avertisse- ^ ment du ciel. » Il courut donc en Italie, renversa du trône Gmbaldf fils de Grimoald, encore enfant, et fut de nouveau proclamé roi par tous les Lombards. Le malheur l'avait instruit: il régna dix-sept ans avec sagesse pour le bien de l'Eglise et de ses sujets, et transmit le pouvoir à son fils Cunibert, héritier de sa bravoure et de sa douceur.

Cmiberl, — Mais bientôt l'ambition à'Ala^^his, duc de Trente, vint troubler la paix du royaume. Depuis longtemps déjà il avait conçu l'iniquité dans son cœur ; il avait gagné

(I) Il était chauve, ajoute Pauf diacre, et portait uuo longue t>arl)c.

deux frères, Aldon et Graiisou, citoyens de Brescia, et beaucoup d'autres Lombards. Il oubliait les bienfaits de Cunibert; il oublia la fidélité qu'il lui avait jurée» et profitant d'une absence du prince, il s'empara de la royauté et du palais. Gunibert s'enfuit dans une île du lac deCôme, où il se fortifia, et tous ceux qui le chérissaient tombèrent dans une grande tribulation , surtout les prêtres et les clercs , qu'Alachis avait en haine, et auxquels il prodiguait les plus ciniques outrages. Toutefois le sauvage tyi-an ne devait pas garder longtemps le trône qu'il avait usurpé. Un jour qu*il comptait sur une table des pièces de monnaie, il en tomba une à terre, et le iiis d'Aldon la ramassant pour la rendre, Alachis lui dit : c Ton père en a » beaucoup; mais bientôt, si Dieu le veut» il faudra qu'iV » me les donne. » Le petit enfant comprit, et rentré chez lui vers le soir, il dit tout à son père. Aldon et Grauson effrayés s'entendirent , et étant venus trouver Alachis, ils l'engagèrent à sortir de Pavie pour chasser avec la brave jeunesse lombarde. Us promettaient de garder la place pendant ce temps-là avec les autres fiâties^ et même de lui apporter la tête de l'ivrogne Gunibert. Alachis se laissa persuader et partit pour la YUlc, immense forêt en deçà du Pô. Mais Aldon et Grauson allèrent chercher Gunibert et le ramenèrent à Pavie. « Alors tous les citoyens el surtout révéque, les prêtres et les clercs, les jeunes gens « et les vieillards, coururent à lui, versant des larmes avec des actions tic grâces à Dieu ; et lui, les consolant avec bonté , leur donnait à tous le baiser de paix.

1» Cependant on vint dire à Alachis qu' Aldon et Graus<m avaient accompli leur promesse et au delà, et qu'ils avaient apporté non la téte de Gunibert, mais Gunibert tout entier. Aussitôt Alachis entra dans une grande colère contre eux, et frémissant de rage, il revint par Plaisance dans les pays du nord ; il y gagna quelques villes è sa cause, en forga d'autres à s'armer pour elle... et s'avança près du Champ de la Cotiranm^ où Gunibert arrivait. Gelui-ci , pour éviter

une lutte trop sanglante, lui envoya proposer un coiiibat singulier. Mais Âlachis n'y consentit pas, et comme un toscan essayail par des raisons d'honneur de l'y déterminer, il répondit : « Cunibert est ivrogne et stupide, mais il est hardi i etnierveillensement fort.Car, au temps de son père, quand • nous étions tout jeunes, il y avait dans le palais des brej hïs (berbices) d'une prodigieuse grandeur, et lui, étendant » le bras et les saisissant par la laine du dos^ les enlevait 9 de terre, ce que je ne faisais pas. » Le Toscan entendant ees paroles lui dît : c Puisque tu ne veux pas hasarder un ù corabal siiiL^ulier, lu ne m'auras plus pour allié. » Et aussitôt il passa à Cunibert... Comme la bataille allait se donner, Zénon , diacre de l'église de Pavie s'approchant de Cunibert : < Seigneur, roi, lui dit-il, notre vie est toute » en toi ; si tu péris, le tyran Âlachis nous livrera tous à la » mort. Ecoute mon conseil : donne-moi ton ai mui c , je » marcherai contre lui et je le comballrai. Si je succombe,

> tu resteras encore à ta cause ; si ]e triomphe^ il te sera » plus glorieux d'avoir vaincu par ton serviteur, • Le roi, après une grande résistance , cédant aux larmes de ses fidèles , donna son armure au diacre,., et le combat commença. Alachis se dirie^ea contre le clerc qu'à ses armes , à sa taille^ à sa tournure il prenait pour le roi , et le tua; mais, quand il lui eut fait couper la tète, il entra dans une grande fureur, parce qu'il reconnut la tête d'un clerc, et il cria : « Voici le vœu que je fais : si Dieu me donne la

> victoire, je remplirai un puits de Idichair des clercs (1).» — Cependant Cunibert se montrait aux siens et ranimait leur courage. En vain proposa-t-il une seconde fois un combat singulier, Alachis refusa de nouveau : « Et 9 vraiment , disait^il aux siens , je ne puis accepter ; car, » depuis mon serment, j'aperçois l'image du saint archange

(\) «... Taie mine faci<» votum, til si inilii Deus iteiiim vicloriam dcderit, quod ununi puteuiu de testiculis impleam clericorum. » (P. WAC.^ Hb. r>, G, 40.)

» Michel qui me menace.» — «C est la peur, w lui répondit l'un d'eux, <i qui te fait ainsi voir ce qui n'est pas^et c'est un » peu lard t'en aviser.» La bataille recommença aa bruit des trompettes, et ancun des deui pat*tts ne reculant , il se fit

un grand carnage. Enfin le cruel Alachis Loinba mort...., son armée prit la fuite , et ceux qu'avait épargnés le fer se noyèrent dans l'Addua ; la tête du tyran fut tranchée, ses jambes coupées, et il ne resta qu'un tronc informe (i). »

700-712, — Cunibert rentra victorieux dans Pavie, et régna en paix jusqu a Tan 700, époque de sa mort. Ses sujets le regrettèrent amèrement; a car il était d'une bonté remarquable, d'un courage héroïque et d'une piété sans exemple.» Sa valeur et sa fermeté avaient contenu la turbulence des grands; mais, après lui, pendant douze ans» ils livrèrent la Lombardie aux horreurs de la guenc civile. A peine Luitbert, lils de Cunibert , est-il monté sur le trône que Jiagumberif duc de Turin, le renverse. Mais l'usurpateur ne jouit que quelques mois de la royauté ; il là lègue en mourant à son fils Aripert, qui feit étouffer dans un bain Luitbert, et force Ansprand, tuteur de ce jeune prince, à s'enfuir chez les Boiariens. Le clergé n'eut qu à se louer du nouveau roi ; il rendit à l'église de Rome le patrimoine des Alpes Cottiennes, dont Rotharis s'était autrefois emparé, et se plut à enrichir de ses dons les basiliques sacrées. U surveillait soigneusement l'administration de la justice, parcourait sous un déguisement les villes de son royaume, afin de connaître par lui-même ce qu'on y disait de lui, ne recevait jamais que dans le plus humble costume les ambassadeurs des puissances étrangères, et ne leur faisait servir ni vins de prix, ni mets recherchés, de peur que l'Italie ne devînt pour eux un objet de convoitise. Mais Ansprand étant sorti de sa retraite en 742, descendit en Italie à la tête d'une puissante armée, et Aripert^ après une bataille douteuse, n'osant point compter sur les Lom-

(1) Paul Diacbe , c. S6 , 38, I. i.

bards, se reiiruU en France, quaini, au pa^ia^e tlu Tesin, il se noya.

LuiTPBAND (71^744).— ^nsprand, prodami roi, vécut à peine assez de temps pour assurer la couronne à son fils*

LuUprand. Celui-ci devait la poi 1er plus longtemps et plus glorieusement qu'aucun prince de la monarchie lombarde. Hais il lui fallut d'abord la protéger contre l'ambition des grands vassaux. Rotharid, l'un d'eux, el son propre parent, avait formé le projet de Fassassiner au milieu d'un festin, el avait fait cacher des hommes armés dans sa maison. Le roi l'apprend, le mande eu son palais et s'assure, en portaot sur lui la main, que ses vêtements cachent une cuirasse. Bolharid, se voyant découvert, se rejette aussitôt en arriére, tire son épée et veut en frapper Luitpi*and ; mais un garde retient son bras, d'autres surviennent, el le rebelle est immolé sous les yeux de son maître. Un autre jour ou vient dire au jeune monarque que ses deux écuyers ont conspiré sa mort ; il part seul avec eux pour la forêt, et là, mettant tout à coup Tépée à la main : c Vous

> songiez à me tuer, leur dit-il ; allons, accomplissez votre

> dessein, je suis prêt à recevoir vos coups. » A ces mots, les coupables se jettent à ses pieds, lui avouent leurs criminelles intentions et implorent sa clémence. Luitprand leur pardonna, car il était généreux autant que brave.

La répression des complots et des résistances qui menaçaient son autorité, remplit ainsi, avec la réforme de l'Etat et des lois^ la première moitié de son règne. L'autre, plus intéressante, nous le montre engagé dans la querelle religieuse qui donna naissance au pouvoir temporel des papes, et ruina la puissance impériale en Italie.

Léon l haurien (7i 2-741 ) , et l'hérésie des Iconoclastes, — Cette querelle fut soulevée par Léon Illy dit l'Jsaurien. Ce fondateur d'une nouvelle dynastie était né en Isaurie, ou plutôt à Germanicia sur les conûns de la Cilicie et de la

Syrie, d'une famille fort obscure. Son père Conon était cordonnier de profession, et lui-rucnie cuiiiuiença parfaire le commerce de la mercerie et des bestiaux. Puis, sur la foi, dit-OQj de quelques juifs, qui lui prédirent qu'il deYÎmdrait empereur, il quitta ce métier pour celui des annes et entra dans la garde de Justinien H. Il était bien fait, d'une taille avantageuse et d'une bravoure qui ii avait d'égal que son talent naturel pour la guerre. Le prince l'eut bientôt distingué, et dès lors il ne cessa de s'élever jusqu'à ce qu'il eût atteint la plus éminente dignité de l'Etat, et que l'éclat de la pourpre eût brillé aux yeux du monde sur les épaules qui avaient autrefois porté dans les marchés publics des bailols de marchandises. Certainemeni Léon n'était pas un homme ordinaire. Mais il n'avait reçu aucune éducation. Après avoir été le père de ses sujets, il en de^ vint le tyran , dès qu'à l'exemple de ses prédécesseurs , il voulut toucher aux questions théologiques. Il avait eu dans sa jeunesse de grandes liaisons avec les Juifs et les Sarrasins^ et les railleries dont il les avait vus poursuivre comme une idolâtrie le culte des images , en lui inspirant pour ce culte de l'éloignemenl et de l'aversion , le disposèrent sans doute à croire^ lorsqu'il parvint à la couronne, qu'il était appelé à le proscrire dans le monde chrétien, il n'ignorait pas apparemment que, dès le temps de Zénon,an perse, qui d'esclave fugitif et manichéen, était devenu év6f oe d'Héliopolis,enSyrie,Xenaias, avait tenté d'abolir les images dans son église; et il pouvait être convaincu que, si ce prélat n'avait point réussi, c'était que le pouvoir temporel lui avait manqué. Le khalife Yezid II ne venait-il pas, séduit par un juif qui lui promettait quarante ans de règne et de plaisirs , de les interdire dans ses états ? Tezid était mort, à la vérité, au bout de quatre ans. Mais la fourberie du juif, qui la paya d'ailleurs de sa vie, était peut-être plus évidente que l'impiété de la mesure. Léon, en se proposant de l'appliquer à l'empire grec , jura de ne rien épargner pour y réussir, et l'on vit nattre pour la première fois sur

le Irône de Conslanlin , une hérésie iuut armée , revêtue de raïUorilé souveraine , eriviiriinée de menaces et de supplices. Constantinoplc avait bien eu des princes hérétiques ; mais Léon fui le premier empereur hérésiarque.

La quatorzième année de son règne (726), il convoqua le sénal et lui dit: « Pour reconnaîti-e tant de bieiifails ) dont Dieu m'a comblé depuis mon avènement à l'empire, » je veux abolir Tidolâtrie qui s'est introduite dans l'Eglise. » Les images de Jésus^Christ, de la Vierge et des Saints > sont autant d'idoles, auxquelles on rend des honneurs » dont Dieu est jaloux: en qualité d'empereur, je suis le )' chef de la religion ainsi que de l'empire^et il m'appartient » de réformer les abus. Ën conséquence, j*ai dressé un » édil pour purger les églises de cette superstition sacri- I lége. » Aussitôt, sans prendre les avis sur une mesure de cette importance, il publie son édit et donne des ordres pour l'exécution. Cependant les murmures qu'elle soulève, les menaces qu'elle provoque, la résistnnce qu'elle ren« contre, alarment le téméraire empereur. 11 n'a point entendu, dit-il, qu'on détruisît les images; il veut seulement (ju on Jes place dans les églises hors de la portée de la bouche el des mains (1), afin de soustraire à la profanation des objets si respectables. Mais bientôt son impatience se lasse de ce ménagement. 11 assemble le peuple, il prêche, il dogmatise ; en vain le patriarche Germain confond ses raisonnements ; réduit au silence, il s'emporte, et rugissant comme yn lion il frappe au visage ce vieillard presque centenaire, sur le siège duquel ses soldats vont installer un diacre corrompu (Anastase), qui lui avait vendu sa foi et sa conscience. Jean DanMschie , le fleuve d'or ( Chrysmhoas), dont lu plume ardente stigmatisait vigoureusement Terreur impériale, n'échappe lui-même qu'à grande peine aux perfides calomnies dont Léon le poursuit à la

(I) On uc couuaissail alors, (uiuiae encore aujourd'hui dans Tcglise grecque, que les images i>eintcs.

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cour de Damas. Mais c élaienl surtout les Tnoînes qui, rebelles à la pensée du tyran, excitaient toute sa fureur. U est vrai que^ trouvant crédit et puissance dans la propagation des images et de leur culte, ils menaçaient de dominer et d'asservir pnr là la nation, déjà trop portée à Tidolâtrie, et que Léon put se flatter d'ùter cm corps de VElal ses entraveSy en réprimant leur zèle ambitieux (1). Mais il ne sut que les persécuter dans leur foi. 11 les proscrivait, les emprisonnait, les écartelait, les massacrait, les livrait aux supplices les plus atroces. Entre le palais et Téglise de Sainte-Sophie était une superbe basilique, appelée \ Octogone y où de savants religieux s'occupaient de recopier les vieux manuscrits, d'enseigner les lettres et de prêcher la vertu. Désespérant de les amener è son sentiment, l'empereur prit le parti de les exterminer, sans épargner leur trésor de trente-six mille volumes. On environna rédifice, pendant la nuit, d'un grand amas de bois sec et d'autres matières combustibles, et on y mit le feu. Des gardes postés à toutes les issues en défendaient le passage, et ce cruel incendie réduisit en cendres et les livres et les professeurs. Tant de barbarie lit horreur à tout l'Empire. Les îles de l'Archipel, que leurs nombreux monastères faisaient nommer la mer sainUy abjurèrent sans scrupule leur fidélité envers un ennemi de Jésus-Christ, de la Vierge et des Saints. Elles armèrent une flottille, déployèrent leurs bannières sacrées, et lancèrent contre Byzance un certain Cosmas, qu'elles destinaient à l'enipiie ; mais le feu grégeois consuma leurs navires, et Cosmas, fait prisonnier, périt décapité.

L'Occident fut plus heureux. Une foule d'étrangers avaient été témoins de la persécution, et en avaient porté à Rome, en France la triste nouvelle. Aussi l'indignation était grande en ccb contrées. Elle s'exalta encore, quand on appnl en iialie que Léon, qui venait de frapper la

(1) Voyoz là dessus le chap. 22 de Moistbsquieu {Grandeur et décadence des Homains), îi\ ec la uot» 2 de la pago 183 (édit. û È col. Firmin Didot), qui en dvlermiue l'esprit.

Galabre et la Sicile d'une nouvelle capiU<tion^ voulait y assujettir toute la Péninsule, déjà épuisée par les ravages des Lombards. Le pape Grégaire II ^ qui illustrait alors

le Sainl-Siége par sa science et sa vertu, plaida la cause (les peuples accablés, et supplia l'empereur de ne point augmenter leurs charges. Il 1 exhorta en même temps avec beaucoup de force à révoquer un édit contraire a la pratique constante des fidèles, c Vous savez d'ailleurs, ajou- » tait-il, que la décision des dogmes de la foi n'appartient » pas aux empereurs, mais aux éveques, qui veulent en

> conséquence les enseigner librement. C'est pourquoi les

• évéqmsy préposés au gouvememetU de l'Eglise, ne se » mêleni imtU des affaires pubUqties ; que les empereurs 9 ne se mêlent donc pas non plus des affaires ecclésiastiques y I et se bonicnt à celles qui leur sont confiées,,. Apprenez,

> Seigneur, la différence qui se trouve entre les palais des I princes et les églises, entre Tempire et le sacerdoce ; » apprenez-le pour votre salut, et ne vous livrez pas opi- » ttiâlrément à la dispute (1)... Comme Vévêque n'a pas I droit (l'étendre son inspection sur le palais^ et de donner » les dignités royales; aussi Vempereur 7ie doit pas étendre » la sienne sur les églises y ni s'ingérer de faire les ëlec-

• tions dans le clei^é, de consacrer ou d'administrer les » sacrements, ou même d'y participer sans le ministère B du prelre. Il faut que chacun de nous demeure dans

> l'état auquel Dieu Va appelé (5). . . Et ne croyez pas, [après » avoir provoqué vous-même par votre édit la destruction » de vos propres images], nous épouvanter, en disant : » J'enverrai à Rome briser Vimage de saint Pierre, et je » ferai enlever le pape Grégoire, chargé de chaînes, comme

(1) Wilhred, roi lîo Kent vei*s 687, connaissait mieux celte différence querenipi^rcur Léon: C'est Je droit flnrai, (lisail il,i)c nommer /e* comtes, les aJâermans , les baiUis et les juges; mais il n'appartient qu'à l'archeréquc de gouverner l'église de Dieu et d y pourvoir. {Antiquités de i'église anglo sax. p.ir LiNGAnn, p. 22û.)

(2) Pouvoir du pape au inoyen-age^ p. S26etS37.

» Constant fit à Martin, Sachez que les p«ipes sont les » médiateurs et les arbitres de la paix entre TOrient et » rOccident, . Nous ne craignons point vos menaces ; i » vingt-quatre stades de Rome, vers la Campanie, nous » sommes en sûreté (1). Si vous voulez en iairc Tcxpé- Tà rience, vous trouverez les Occidentaux tout prêts à » venger les injures que vous avez faites aux Unenlaux ; 1 car k$ yeux des mtiùne satU fiasés sur nUre humMé; » eUes révèrent icHcis comme un Dieu l'apôtre saint Pierre, 0 Si vous envoyez quelqu'un pour renverser son image, je » vous en avertis, il pourra bien y avoir du sang répandu. M Pour moi, j'en suis innocent, et tout le crime retombera » sur votre téte (3). » L'empereur accueillit mal les observations de Grégoire, et son agent, le préfet de Rome, Basile, conspira la mort du pape, avec le cartulaire Jordan et l6 sous-diacre Lurion. Mais le peuple veillait à la sûreté de son pasteur. La conspiration fut découverte, Basile jeté dans un cloître, et ses deux complices mis à mort. Cet échec ne découragea point Pexarque Paul"; il rassembla des troupes et s'avança vers Rome, pensant y surprendre le pape. Les Romains, avertis à temps, prirent les armes ; les TosciSlius » les Lombards de Spolète et tous les habitants des environs accoururent aussi; Paul, trop faible contre cette multitude enthousiaste, retourna à Ravenne.

Cependant Léon voulait être obéi, et commandait qu'on détruisît en tous lieux les images des saints et des martyrs, menaçant de sa colère ceux qui réinséraient de suivre son édit, et le pape de Texil^ s'il en empêchait l'exécution. « Grégoire, ayant appris ces ordres, se prépara à résister à rempereur comme à un ennemi, rejetant ouvertement son héré-

(1) Suivant M. Ahxai d {Hist. d' Italie dans l'Vniv. pin. p. 60. ), h Grégoire veut parler ici [non du dislrict de Bénévent, mais] dus catacombes de saint ISiibasliea, sous la voie Appia, ou des papes furent martyrisés ; et son expression a quelque chose de mystérieux et de subUmc. »

(2) Extrait des deux ietlies qui nous restent de Grégoire H. (V. l'ouvoir du -pape au moyen-âge, avec la note 2 de la page 225.)

sie, el écrivant de tous côlés aux fidèles pour les prémunir contre «ne pareille impiété. Aussi, les habitants delà Penta* polo et les troupes de Venise, touchés des exhortations du Pape , refusèrent d'obéir a l'empereur , déclarant que jamais ils ne soutliii aiont qu'on aUeaLàià la vie du Pontife, et qu'ils étaient prèls à prendre sa défense. Ils anathémor Usèrent en conséquence Texarque Paul avec tous ses adhérents, et, au mépris de son autorité , se dmsirmi de toui câfés de [nouveaux'] dues, a6n de pourvoir ainsi à leur liberté cl à celle du pape. Bien plus , à la nouvelle des mauvais desseins de Léon, toute VItalie résolut de se choiair un aiUre empereur et de le conduire à CotistatUinople; mm le Papey qui espérait la conversion du princè, empêcha t exécution de ce dessein (1). i» Sa modération ne désarma point les parli^ansde l'empereur. Abandonnantla confédération à laquelle il avait feint de s'altaclier, Exhilaratus, duc de Naples, séduisit les peuples de la Campanie, et se mil à leur tête pour aller attaquer Rome. Mais les Romains le pré- Tinrent, le défirent et le tuèrent avec son fils. D'un autre côte les habitants de Ravenne, divisés entre eux, tenaient les uns pour l'empereur et les auLres pour le pape. On en vint aux mains el l'exarque Paul lut massacré dans la sédition.

C'est alors que Luitprand, croyant avoir enûn trouvé une occasion favorable d'agrandir ses états, sortit de son repos. Il se déclara contre l'empereur, prit Ravenne par ruse, el détermina toutes les places de l'Emilie et de la Pentapole à se soumettre sans résistance. Il occupa aussi Narni dans le voisinage de Spolète, et Sutridans le duché de Rome ; mais, a la sollicitation du pape, il évacua bientôt cette dernière ville, après l'avoir pillée ; seulement, au lieu de la rendre aux officiers de l'empereur, il déclara qu'il la remettait et en faisait don à saint Pierre et à saint Paul, c'est-à-dire à TËglise romaine (2) ^el celle donation d'un roi lombard fui,

(!) Anastasr , vit. pontif. r,

(2) Caslium clonalionem bealissiniis apostolis PeU'o in Paulo cmilleii» Langpbardoruin vex resliluit atque donavit. ânast., de vit, païuif» rom .

sinon le premier oï^rme, du inoins une des sources de la souveraineté temporeiie du Saint-Siège. Car, si nous regardons le patrimoine y nous voyons qu'il élaitdéjà considérable an temps de Grégoire4e-Grand (1)» et si nous considérons la puissance, nous savons que les hostilités des Lombards, la négligence des empereurs , TascendanL de la position et du caractère, raffeclion, le respect des peuples, avaient confondu dans la personne de ce saint pasteur de l'Eglise les dignités de prince et de pontife (2). Il semblerait donc juste de faire remonter au règne de Grégoire Toriginc de cette souveraineté.

Le nouvel exarque, Euiycliius, qui résidoitàNaples(729), essaya vainement de séparer Luitprand de la cause ponti* ficale I et de faire tomber Grégoire sons le poignard des impérialistes de Rome, a Le peuple , ayant intercepté ses lettres et pris connaissance de ce cruel dessein , aurait mis en pièces le courrier, si le Pape ne l'en avait empêché. Ils analhématisèrent Eutycbios, jurant tous, grands et petits, de défendre jusqu'à la mort un pontife si zélé pour la foi;., et les Lombards, détestaAl la perfidie de Texarque, contractèrent avec les Romains une étroite alliance , par

(!) V.le chap. de Vllistoire de l'Eglise, ail finmi. — T>e plus, AripertII restituait à Jean VIl , comme une ancienne propriété de V Eglise romaine, lu pays (les Alpes CoUicnnes, qui comprenait la mIIc de Gènes et toutes les côtes voisines jusqu'aux frootières de la Gaule. — Quelques années après, les LomtMrds enlevaient à l'Eglise la Sabine, TOmbrie et la liarche d*Anc6ne. — Les patrimoines, que Léon l'Isauricn lui confisqua en Sicile et en Calabre, étaient si considérables, qu'ils ne rapportaient pas moîm de trois talents et demi d'or, plus de quatre cent mille francs de notre monnaie.

(S) ft Les infortunesde Rome, dit Gibbon,- et ce témoignage doit snffire»- » jetaient le pasteur apostolique dans les travaux de radministrationeldans » ceux de la guerre. Il envoyait des gouverneurs aux villes et auxboorg^'

V des , donnait des ordres aux généraux , soulageait la misère commune . »> traitait de la paix ou do la ranron des captifs avec Tenncmi. Quoi de » surprenant dès-lors que, remplissant à la fois ces fonctions et celles de M vicaire du Christ , il ait paru réunir ru sa personne les dip^itt's de >» prince et de pontife. » — Gonf. la première partie de ySist. des Lomùa rds.

laquelle ils s'engageaient à ne jamais souffrir qu'on l'in- (\u\èiàl cl à soutenir de tout leur pouvoir la religion cliiélienne. Cependant le pape, comptant beaucoup plus sur la proteclion de Dieu que sur celle *des hommes » redoublait ses aumônes, ses prières et ses jeûnes, et, tout en se montrant reconnaissant envers le peu[>le , il Vaverlissait de ne pas oublier l'attachement et la fidclité (fu'il devait à l'empereur (i). *» Grégoire était trop clairvoyant pour ne pas s'apercevoir que le zélc de Luitprand pour la religion n'était point désintéressé; il comp^renait très bien que ce prince ne s'était montré si généreux envers hii que pour Tenchaîner pai la reconnaissance et Tambîtion, TafTaiblir en le délachanl de Constanlinople, et se ménager une facile entrée dans Rome, privée de tout appui. Aussi habile politique que prélat vertueux, il songea donc encore à enlever Ravenne des mains des Lombards, et se tourna vers les Vénitiens^ chez lesquels Eutychius s'était retiré.

Venise venait de se former de la réunion de ses douze bourgades, et , dans une assemblée générale (697), de se donner un duc ou doge, qu'elle investît de l'autorité suprême. A lui seul appartenait le droit de convoquer rassemblée du peuple et de nommer les tribuns des lies, ainsi que les autres officiers civils et militaires. Le gouvernement, monarchique sans cesser d'être électif, eut successivement 56n siège dans Héraclée, Malamocco et Rialto. On n'avait point rejeté toute dépendance de la cour byzantine, et les empereurs, pour prendre acte de lem suprématie, s'empressaient d'accorder à la sollicitation des doges les litres pompeux de consul , de protospaihaire , et même de sé* bastocraior ou protosébastc. Le premier doge fut Paoluccio Anafesto, que couronna le patriarche de Grado. Marcellus lui succéda en 71 0, el, depuis 7%, Orso dirigeait les affaires, quand Grégoire II écrivit au duc et au

<l) Aaasi. , iJUi.

peuple de la Vénétie et de Vlsltie*,: c Failes en sorte que » la ville de Ravenne soit rendue à l'Empire et remise » sous Tobéissance de nos seigneurs , les illustres empe- 1 reurs Léon ei Constantin , afin que, remplissant toujours > avec zèle les devoirs que nous impose notre sainte » croyance^ nous puissions, avec l'assistance divine, demeur » rer inviolablement attaché à VEtat et aux empereurs, » Les Vénitiens, dont les circonstances avaient accru les forces et qui redoutaient le voisinage des Lombards , mirent aussitôt en mer une flotte chargée de troupes, qui débarquèrent aux portes de Ravenne. Hilprand, neveu du roi, en était gouverneur; elles le battirent et le firent prisonnier, s'emparèrent de la ville, vainquirent prés de Rimini un corps de troupes qui accourait à sa défense, et rendirent à l'exarque toute la Penlapole.

L'exarque reconnut le bienfait en sollicitant Tailiance de Luitprand, et le roi, irrité d'avoir en un instant perdu tout le fruit de sa politique , accueillit avec empressement sa proposition. Us espéraient par cette union, Eutychius soumettre Rome, Luitprand se venger et réduire les ducs de Spolète et de BénévenI, qui s'étaient soulevés à la faveur des troubles. Les ducs eurent bientôt fait leur soumission, et les armées coalisées s'approchaient de Rome. Grégoire II en sortit alors à la téte de son clergé, pour aller au devant du prince lombard , et il Vadoucit tellement par ses représenta^ lions j l'émut si fortement par la peinture des maux qu'il préparait à l'Eglise, et de ceux qu'il allait attirer sur lui-même et sur son royaume, o que les laiiiics lui tombèrent des yeux ; il se prosterna aux pieds du ponlife, lui pruiueltant de respecter le sanctuaire de la religion^ se dépouilla de ses armes et déposa devant le corps de saint Pierre son manteau, ses bracelets, son baudrier et son épée dorée, avec une courounc d'or et une croix d'argent (1). Ayant

(l) Le cli ii^c luuibaid ne fut sans doute pas étranger a ce résultai ; car, suivant une ancienne coutume, les cvêques, lors de leur sacre, étaient tenus à une promesae ou Bermeut (Tobéissanoe h leur métropolitain, qui

ensuite fait sa prière, il supplia le pape d'admettre aussi l'exarque & la paix; le pape y consentit, et Teiarque étant

entré dans Rome, [ y résidait depuis quelque temps, uniquement occupé celte fois de réloblir la concorde entre tous les habitants, quand] un séducteur, nommé Tibère et surnommé Pétasius, vint à Manlure en Toscane', où il en* ireprit de se faire reconnaître eroperenr, et se fit même prêter serment de fidélité par plusieurs villes. A celle nouvelle, Eutychius fut très alarmé; mais le pape l'encouragea et envoya avec lui, contre les perturbateurs, des troupes auxquelles il adjoignit les principaux de son clei^é. Etant arrivés à Manture, ils la prirent d'assaut, et firent mourir Pélasius, dont ils envoyèrent la téte à Gonstanlinople (1). »

Grégoire II mourut peu de temps après (731). Placé entre un roi catholique, qui le flattait pour étendre ses états aux dépens de l'empire^ et un empereur hérétique, dont il ne recevait que de mauvais traitements, toujours ferme dans son devoir, étranger à tout sentiment de vengeance ou de crainte, il avait été assez généreux pour arrêter les entreprises des Lombards, et conserver aux Grecs ritalie prête à leur échapper.

n eut pour successeur Grégoire IIL C^était un syrien fort doux, fort prudent et très versé dans les saintes écritures. 11 savait les psaumes par cœur et les interprétait avec une merveilleuse facilité ; il connaissait le grec et le latin , pariait bien et avec force ; surtout il était animé d'une charité ardente. Tandis qu'on célébrait les funérailles

cûiuprenail 1" rengagement de veiller aux iutcièts de rEgli&e, ^" celui d*élre fidèle à renipereur Après les conquêtes et la conversion des peuples «tu nord, cette seconde partie fut modifié pour 8*adapter aux eiroonstances patticttKëres où Be trouvait l*évêque, à qui elte était imposée. Ainsi .sous Orégoire-le-Grand , les prélats lombards juraient qu'ils 8*efforceraient de maioteoir une paix équitable cnlixî leur nation et les Romains. ( Liber ihiTwnê roman, pontif,, p. 71.) V. Limgard, Antiquités de VEgliU ULtonne. p, 538.

(1) AnAST. im.

de Grégoire II, tout 1c peuple de Rome, comme par une inspiralion d'en haut, l'enleva de dessus le cercueil où il priait et le fit ponliie. Son premier soin fui d'assembler un concile pour juger la question des images ; Léon en avait fait lui-même la demande à Grégoire IL Quatre-vingttreize évéqûes se réunirent dans l'église de Saint-Pierre, et, en présence de la noblesse, des magistrats et du peuple, ils déclarèrent exclu de la table sainte et séparé du corps des iidéies quiconque s'élèverait contre la coutume antique, et violerait le respect dû aux images de Dieu, de Jésus- Christ, de sa bienheureuse Hère et des saints , en les détruisant , les profanant ou les outrageant par des blasphèmes. Ce décret fut signé de tout le concile, et le pape fit aussilùL partir le défenseur Constantin pour le porter à Léon ; mais ce messager fut arrêté en Sicile et jeté dans* un cachot. A son tour, ritalie entière écrivit à Tempereur pour obtenir le rétablissement des images ; ses envoyés furent également saisis et retenus en prison pendant huit mois. Ce ne fut que la troisième lettre qui parvint à Léon. ËUe le jeta dans une étrange fureur. Résolu de diâtier tous les Italiens, il arma une puissante flotte, et en donna le commandement à Manès , préteur des Gibyrrhéoles (1), avec l'ordre de lui auiener le pape, pieds et poings liés. Mais les vents et la mer devaient proléger Grégoire et l'ilalie. A peine la flotte était-elle arrivée en vue de Ravenne, qu'une violente tempête rassailHt: grand nombre de vaisseaux furent engloutis avec les soldats quMls portaient; les autres, dispersés sur la côte, se rallièrent non sans peine et débar(|uèrcnt leurs troupes. Une embuscade attendait celles-ci près de Ravenne ; elles y tombent et ne parviennent qu'après de grandes pertes à rogagner la flotte. Elles n'étaient point sauvées ; les Ravennates avaient leurs barques prèles; ils s'élancent à la poursuite des na-

(i) Cb thème comprenait la Carie* la Lycie, et toute la côte jusqo^àla Ciiicie.

vires grecs , les attaquent avec fureur, les coulent à fondv

el rentrent victorieux dans le port.

Léon se vengea de ce terrible échec en confisquant tous les patrimoines que l'église de Rome possédait dans ses états,^ et en détachant de la Juridiction de cette église, pour les soumettre au patrîarchat de Goustantînople, les pro«> vinces situées en deçà de l'Italie , la Grèce, TUlyrie , la Macédoine: c'était ravir le bien des pauvres, et préparer le funeste schisme qui plus lard s'opéra dons la grande famille chrétienne. Mais ritalie ne vit plus du moins d'armée grecque sur ses cdfes , et Rome n'ayant plus rien à craindre désormais des Byzantins, Rome affranchie de l'autorité des ducs innpérianXjput éprouver quelque joie à revêtir son administration d'une forme répubhcaine et à voir reparaître le style du Sénat et du Peuple romain.

Cependant le repos n'était encore donné ni à l'Eglise ni à l'Italie. Attaqué par Luitprand, pourn'avoir pùint voulu associer contre le pape ses armes à celles de son roi (1 ) , Thrasimond, duc de Spolèle, était venu chercher un asile à Rome, et Grégoire refusant de le livrer, Luitprand se vengeait par la prise de quatre villes du duché de Rome , Amérie, Polimartium, Horla et Blera. Ainsi la guerre était de nouveau déclarée entre les Jwutahis et les Lombards ; et l'issue n'en pouvait être douteuse. Au milieu des Justes alarmes que lui causait l'abandon de son peuple , le pape se ressouvint du conseil que les empereurs avaient autrefois donné à ses prédécesseurs de recourir à l'alliance des Franks contre les Lombards (2) , et écrivit à Charles- Martel , plusieurs lettres très pressantes, où il le conjurait de ne po^pr^/i^^ à V amitié du prince des Apôtres celle im roîf qui ne craignait point de dépouiller l'église de Sai^U'Pierre des richesses dont la piété du maire et de ses

(1) Grégoire HI, Uttre de Grégoir$ UM à CharUs USarM.

(S) Célait le conseil de Maurice en 575. Anastase assure que Grégoire U le suivit le premier eu 729, pour conjurer la ligne de Luitprand, el de Texarque.

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parents (Savait orné; puis il lui euyoya une députation

solennelle, chargée de lui renieltre les clefs du tombeau de l'apôtre avec une petite poi liuu de ses liens et d'antres présents si nombreux et si magnifiques^ que de rnémoin d'h&mme m n^en avait vu de semJflables (744) (1). Les ambassadeurs de?aieiit aussi lui offrir, au nom du pape, des seigneurs et du peuple romain , la dignité de crnisul, et lui remettre une lettre de Grégoire, qui, en conséquence d'un décret adopté par les seigneurs de Romey portait que le peuple romain , renonçant à la doinimUion de l'empereur, suppliait Charles de prendre sa défense ^ et avait recours à sa protection invmdbte (2). Charles reçut avec de grands égards l'ambassade du pontife , et parut accueillir favorablement ses propositions; mais peut-être était-il trop étroitement uni au roi Luitprand (â), dont l'alliance était nécessaire à la sécurité de la Ganle méridionale, pour exaucer les vœux du Saint-Siège. Peut-être aussi la maturité de l'âge , hâtée par les épreuves qu'il avait traversées , lui faisait-elle redouter une entreprise aussi difficile que celle d'aller combattre au delà des monts un peuple guerrier, dont la terre avait tonjours été fatale aux Franks. Gré* goire Ili dot lui envoyer peu après une seconde légation ; cette fois, ce fut la mort elle-même qui se chargea d'en prévenir l'effet. Elle enleva du même coup Charles, l'empereur Léon et le pape (741).

Celui-ci eut pour suecessenr Zadmrie^ dont la prodence et la sagesse sauvèrent^ presque seules» le peuple romain. Comme le duc de Spolcle ne tcnail aucune des promesses qu'il avait faites cm pape Grégoire et aupalricc de Rome ( *), Zacharie se rapprocha de Luitprand et l'aida de tout son pouvoir à faire rentrer Thrasimond dans l'obéissance.

(1) Fredegaiiii Chronieon eontinuai,, d. 110 (l. i du recueil de Duciiesoes).

(2) Annal, met., ann. 741 (L m du recueil de Duch.). (9) V. Paul diac, 1. vi, c. 53.

(i^ AifAST., Xachariœ Wlo.

Luttprand devait remellre au pape , en récompense de ce service , les quatre places qu'il avait enlevées au duché de Home ; mais, après le succès, il sembla peu disposé à tenir parole. Zacharie , sans perdre courage , sort de la ville avec le clergé » va trouver le roi à Terni et l'émeut par ses pieuses remontrances, au point qu'il en obtient non seulement pour le Saint-Siège et VEtat rvnmin la restitution promise, mais encore pourTéglise celle d'une grande étendue de terres, que les Lombards avaient usurpées depuis plus de trente ans dans la Sabine , TOmbrie et la Marche d'Âneône. Luitprand fit aussi la paix pour vingt ans, rappela de toutes les provinces, de la Ttiscie lombarde et des villes transpadanes tous les captifs, et les renvoya libres.

L'exarcbat n'avait pas été compris dans le traité, et Luitprand se disposait à le ressaisir. En cette extrémité , Texarque Eutycbius , l'archevêque Jean , et tous les Ravennales , toutes les villes de la Penlapole et de l'Emilie , écrivirent au pape dinlercéder pour leur délivrance ; et le pape fit aussitôt porter au roi ses vœux avec des présents; mais voyant qu'il ne pouvait vaincre sa dure résistance, il quitta Rome de nouveau. Comme il approchait de Ravenne , tout sortit à sa rencontre , tout sexe , tout âge , toute condition ; ils rendaient des actions de grâces au Tout-Puissant et disaient, les larmes aux yeux: » 11 vient » avec bonté, notre pasteur, qui a quitté ses brebis pour » accourir vers nous, qui*allions périr. »Et en effet, ils échappèrent, grâce à l'habilelé et aux vives inslances de Zacharie, L'exarchat fut délivré, les villes prises, rendues sous les yeux du pape, et les habUatUs furent rassasiés dr hlé , d'huile et de vin. Luitprand mourut deux ans après (744), avec la réputation du plus grand roi qui eût gouverné les Lombards.

744-752.-1.08 liabitants de Koine et de Ravenne eurent beaucoup de joie de cette mort ; mais le moment n'était pas éloigné où cette joie allait *se changer en deuil. Hildebrandj neveu de Luitprand , qui l'avait associé au

Irone ({uelque leiups auparavant, ne put jouir davanlugc de la dignilé royale. Les seigneurs lombard? l'en dépouillèrent et en revêtirent /ta<c/it5« duc de Frioul.Ratcbis, après avoir lenlé de prendre Pérouse, se laissa toucher par les exhortations du pape , et peu satisfait d'avoir déposé les armes, renonçant a la couronne qu'il portail depuis cmq ans, se retira au montCassin. }laisAstolf, son frère, n'eut pas plus tôt été appelé à lui succéder (750), qu'il résolut d'achever ce que ses prédécesseurs avaient tant de fois tenté ?;ms succès. Il rompit h paix de Lmlpi iiml et s'empara de Ravenne (751 ) , de Tlslrie et de la l'entapole (752). Entychius se retira à Naples, et ainsi iinit l'exarchat, qui subsistait depuis cent quatre-vingt-cinq ans. Constantin Gor pronyme mit le peu de villes italiennes qui lui restaient sous la dcj)endance du pîitiice de Sicile avec les noms deUiêmc de Sicile (1) ou (fe Sin'lc et de Calabre. Astolf ne voyait plus que Rome qui bornât ses conquêtes; s'il pouvait s'en emparer, il se Oaltait d'emporter sans peine tout le reste. Mais le pape Etienne II, qui venait de succéder à Zacbarie (752), ne se laissa pus intimider. Après avoir inutilcmenl employé la voix de )a persuasion, il appela les Franks(2).

(1) On là sont venus P la diblinction jadis établie entre, la Sicile at( delà du Faro (détroit (!e Messine) et la Sicile en deçà du Faro; 2° le nom de royaume def tJeti.r Sfrifos donné plus tard au royaume de Naples. (Ugh. Italiasacra^ t. u, in archiep. S. St

(2) Nous aurions pu Iraeei* ici en quelques lignes la fin des Lombards ; mais riiistoiro de ]p?ir rbiiU' jiiôsrnlr trop d intérrt et se trouve trop intimeineiit Ih'c a cri le de la j»'riode. Carolingien no. du moyen-àpe, qui est pour nous roljjft d un tia\ail spécial, pour que nous ayons cru din oir l'abréger dans la mmUo vue d'otlrir en ce preuiicr ouvrafze l'ensemble des destinées du j>Luj»H- li Aliioii». Abrégeons d'ailleurs en général Je moins possible, car les détails sont la vie de l liisloirc, comme ils en renferaient lès meilleurs enseignements.

GHAPITRE IL

LES FAâNKS

DEPUIS, L'ÉDIT de 615 IUSQU'a L' avènement DB PÉPIN-LE-BRBF'

Fin du rèf/nede ClilolairelL: — L'éditde 615 avait porlé à la royauté mérovingienne un coup dont elle ne doit point se relever. Mais le système politique qu'il venait de condamner avait été trup longtemps suivi , el présentait aux rois Uop d'avantages pour ne pas être Tobjet de quelques regrets. Aussi le débat engagé entre la royauté et ses leudes n'est-il rien moins que terminé; et, comme il était à la fois el dans les passions des hommes et dans les nécessités de la situation , il ne finira qu'avec la dynastie elle-même.

Chlolairc semble avoir assez docilement porté jusqu'au bout le triste fardeau que lui avait imposé sa victoire. Suivant le chroniqueur contemporain, associé ^ comme on le sait, à toutes les passions des grands, « c'était un prince

» savant dans les lettres, craignant Dieu, magnirKjue pro- » lecteur des églises et des prêtres, charitable envers les » pauvres, bon pour tout le monde et par dessus ioui fort 9 patient, » 11 avait commencé par donner à vie la charge de maire, auparavant révocable à la volonté du roi; quand ^Uiiiiaciiaii t' vint à mourir (0^27), il voulul encore faire onx Rurgundes une nouvelle faveur : il les convoqua dans la ville de Troyes, cl les pria de choisir eux-mêmes le maire du palais. Mais les leudes <le Bourgogne répondirent

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unanimement qu'ils ne voulaient point choisir le maire, et qu'ils le recevraient plus volontiers de la main du roi.

Dagobertf rùi d'Ausirasie. — Toutefois ce roi si débonnaire « se livrait avec trop d'ardeur a la chasse, et

T) cédait trop facilement aux suggeslions tics femmes » et (les jeunes filles; c'est pourquoi les leudes mur- » murèrent contre lui, » les Austrasiens surtout: ils se souvenaient de Brunebild^ et n'étaient pas disposés à se laisser gouverner par les femmes de la Neuslrie. Afin de les apaiser, Chlotaire leur donna pour roi son fils Dagoberî (622), en lui associant comme tuteurs et conseillers des personnages qui devaient leur être très agréables. L'un était l'évêque de Metz, Ammilf, t qui avait autrefois servi de gardien et d'instituteur au jeune prince , et que le peuple de Metz, louché de sa grande piété, avait tout d'une voix demandé pour pontife (619), bien qu'il eût à peine trente ans, et que, loin d'avoir jamais songé à entrer dans les ordres sacrés, il fût marié et déjà père de deux enfants^ Ghlodulf et Ânségise. L'antre, Pippin ou Pépin de Landen, remplissait les fonctions de maire da palais , et avait une grande réputation de justice. Pépin était ami d'Amoulf ; a il Tassociait à toutes les affaires; et • s'il se trouvait quelques ténèbres dans son esprit, car U 9 ignorait les lettres^ Amoulf, comme un interprète fidèle, 9 lui faisait connaître la divine volonté.» Par leurs lumières et leurs efforts unis, ils formèrent Dagobert à l'art de gouverner, et le jeune prince régnait depuis trois ans avec bonheur, quand, sur l'avis des leudes austrasiens, son père le fit venir à Giichy pour lui faire épouser Gomatmde, sœur de la reine Sichilde. La fMe fut très-brillante ; « mais, D le troisième jour, il s'éleva lout-à-coup entre le père et B le fils une sérieuse querelle. Dagobert [peu satisfait des » limites que Chlotaire avait assignées à l'Austrasie] de* » mandait, pour le soumettre à sa domination, tout de qui o avait autrefois appartenu à ce royaume [du cdti des Ar«

» donnes el des Vosges], el ('JiloUiiii' ret'nsail avec Ibrcc do » le lui céder. Â la Ou les deux rois choisirent douze » seigneurs d'entre les Franks, pour que leur jugement

> termioâl cette contestation ; et parmi ces seigneurs était » Arnoolf, avec d'autres Avéques... Ils décidèrent que » Chlûîaire fernil droit à la demande de son fils; et ainsi » Ghlolaire ne garda que les pays placés en deçà de la

> Loire avec la Provence (635). >

Heureuse expédition centre les Saaeons. — Mert de Chlo^ taire H. — Au milieu du calme qui suivit cet anaiigenicnt, Ja naiiou saxonne, que le Weser séparait des Franks, pensa qu'elle aurait tort d'envoyer plus longtemps le tribut de cinq cents vaches que )e roi Chiotaire I^^* lui avait imposé, et par la volonté de son roi Bertoald, des messagers vinreni jusque dans la ville des Meldes (Meaux), dire au roi de Neustrie : « Je sais que toi, Ghlolaire, » tu n'es pas prêt à réunir tes forces pour combattre » ma puissance ; je sais que tu ne peux pas mettre » un si grand espoir dans ton faible cœur. C'est pour » quoi je vais ménager ta terre; nous ne la ravagerons » plus désormais , car elle n'est plus à toi, mais à moi. A Je me prépare avec contiauce à y aller habiter glo- » rieusement. Mais je t'ordonne de venir au devant de

> moi ; c^est toi-même qui me conduiras par cette terre » (]uo je ne connais pas encore. Là seulement nous déci-

> derons, moi et les miens, à qui nous ferons la guerre; » car ce n'est pas sur toi ni sur cem qui t'euvîronaent^ que » nous devons faire la première épreuve de nou armes. » c Lorsque ces paroles furent arrivées » en frappant ses ê oreilles, jusqu'à l'âme du roi Chiotaire, sur le champ son

fiel s'enflamma. D'une voix iuribonde et les yeux rouges de » sangy il prononça contre les envoyés saxons une sentence ) de mort irrévocable. » Mais le bienheureux Faro^ évêque des Meldes, ayant obtenu qu'on en remit l'exécution au lendemain» «alla trouver secrètement ces malheureux, qui

» élaient tout ireniblanls, el leur persuada que le clirislia- >k nisme seul pouvait les sauver de la niorl présente, en les y sauvant de la mort éternelle, lis inclinèrenlàses paroles,» reçurent le baptême avec une robe blanche, signe de lear régénération ; et le roi, frappé d'une si grande merveille, les renvoya sains el saufs dans leur pays. Mais à peine étaient-ils partis, que Dagoberl convoqua les leudes de son royaume, et, passant le Rhin m personne^ vint attaquer les Saxons. Ils combattirent vaillamment, et Fun d*eux déchargea sur la téte du jeune roi un coup âesaeks si violent, quele casque se rompu, en laissant échapper une mècbf do longs cheveux. Arf^/ra, son porte-bouclier, Tayant aussitôt ramassée : f Cours vite, lui dit Dagobert ; porte à mon » pére ces cheveux de ma tète ; dis-lui qu'il vienne à notre » secours, avant que tous les hommes de notre armée ne » soient tombés sur le champ de bataille. » L'envoyé parfit, la raêche de cheveux en main, et arriva une nuit à la maison de Ghlotaire. En recevant ce message, le roi, saisi d'une vive douleur, se leva aussitôt, assembla les Franks qui se trouvaient autour de lui^ et se porta en toute hâte au delà du Rliia. Les Saxons se trouvaient alors de i dutre côté du Weser qu'ils avaient repassé. Quand bis Austrasiens virent arriver Chlotaire avec ses compagnons, ils battirent des mains en poussant de grands cris de joie, et les deux troupes réunies vinrent placer leurs tentes sur les bords du fleuve. « Le duc des Saxons demanda ce que signifiait tout ce bruit. « Le soigneur roi Chlotaire est » arrivé , lui cria-t-on de la rive opposée ; c'est pour 9 cela que les Franks se réjouissent. » Mais il répondit avec des éclats de rire très bruyants : « Vous avez peur, et » vous êtes assez Ibus pour vouloir me persuader ce men- )) songe. Ce Chlotaire que vous prétendez avoir avec vous, 9 nous savons qu'il est mort, n Cependant Chlotaire était là. Pour cacher sa présence , il avait relevé ses cheveux gris sous son casque : en entendant les paroles de Bertoald, il en* leva le casque, et ses cheveux tombèrent en se déroulant

sur ses épaules. Berloald reconnut qu'en effet c'était le roi, et lui dit d'un ton railleur : « Tu étais donc là , faux

» animal ! * A ce mot Chlolairc, ne contenant plus sa colère, s'élance dans le fleuve avec son cheval , et se met à poursuivre Berloald. Il le saisit au corps, et les deux armées demeurent spectatrices du combat. Berloald se défendit vaillamment ; les deux chef^ luttaient avec de terribles efforts, semblables à ces guerriers des vieilles poésies barbares , qtii ffn'saicnt tout trembler autour d'eux. Enfin Ghlolaire , quoique embarrassé d'une cuirasse , et d*une colle de mailles appesantie par l'eau, fit tomber Bertoald et le frappa à mort II plaça sa téte au bout de sa lance et retourna vers les Franks. Ceux-ci tout joyeux l'aidèrent à ravager la terre des Saxons et à tuer tout le peuple , sans y laisser aucun homme dont la taille surpassât la longueur de son épée (627). Un poète inconnu, sans doule quelque clerc, célébra cet exploit en langue latine, suivant h rustidU du iemp^ (^)} Bt de tous côtés , chez les Franks,

(1) Celle Chanson île rjostc ( ùuuiiCHijiiil aiitsi :

Cliantons Chloter, le roi des Franks, Qui est allé cumbaltrc contre les Saxons. Mal sm-ail advenu aux envou's Saxons, Sans rillustre Faro de la laie des Burgondcs.

A la fl ode celle Strophe et des suivantes, onehanlailee lerraiii: Quand les envoyés Saxons vinrenl en la terre des Franks , Où était le soigneur Faro.

Hs passèrent par la ville des Meldes. et Dieu les inspirait. Pour qu'ils ne fussent pas tués par le roi des Franks.

De Chlotario est canere rege Frankorum ,

Qui ivît pugnare in genlem Saxon um.

Quam graviter provenisset missis Spoihhtî

Si non fuisset inciytus Faro de geute liurguuUiouum.

Qoando veniunt missi Saxonum in terram Frankorum , Faro ubi erat princeps,

liislinclu Dei transeunt per urbem Moldorum . Ne interficiantur a rege Frankorum.

Tiré de b f^ie de 5. Faro al 4c la Chronique ût Frédég,

retentirent la générosité de Faro et la gloire du roi Cblotaire* Mais celui-ci ne survécut que quelques mois à sa victoire.

Dagobert^ seul maître de la Gaule. — Dès qu'il iuL mort (628) , Dagobert envoya inviter les giaiids et les évèques de Bourgogne et de Meustrie à le reconnaître pour leur roi » et se mit en marche pour Paris à la tête des bandes austrasiennes y afin d'appuyer ses messagers. Car il avait un jeune frère du noiii de Charibert , à qui son oncle Bradulf travaillait depuis longtemps à assurer rhéritage de ces contrées. Mais > outre que ce Charibert n'était pas entièrement sain d'esprit , et n'avait aucune capacité pour les affaire^ (1 ), Dagobert avait eu le soin de mettre la main sur le trésor paternel. Aussi, quand il fut arrivé à Reims, les leudes Bourguignons accoururent à lui et le reconnurent roi ; les Neuslriens firent de même, et de celte manière le fils aîné de Chlotaire devint seul maître des trois royaumes. Cependant à. la fin, touché de pitié et suivant de sages conseils, il consciitil à lairc un sort au fils de la reine Sichilde, et il lui céda, pour qu'il vécût en riche particulier, les pays situés entre la Loire les Pyrénées, a sous la condition que jamais Charibert ne loi » redemanderait rien du royaume de leur père. Charibert M établit sa résidence à Toulouse , soumit deux ans après ju toute la Gascogne et agrandit un peu son lovaume. »

Dés lors le nom de Dagobert fut grand par toute la terre des Franks. L'amour de la justice était la principale qualité de ce prince. Il jugeait souvent lui-même, et parfois la foule se pressait si fort autour de son tribunal qu'il ne donnait point de sommeil à ses yeux et prenait à peine queltjue nourriture, toujours attentif à ce que nul ne s'éloignât de lui sans avoir obtenu justice. Aussi, vers l'année 6â0,

(1) Frkdec. Chroiiic: Sed ejus voluntas pro siniplicitate parum sortitur cfTectum.—KtC. S, Sigibert., 3. ; Qui ChariL)ertu8, propter simplicitatem nimiam, minus idoneus eral ad rogni gubernaculum.

réunit-il les hommes les plus habiles dans la connaissance des lois, et leur coofia-t-il le soin de revoir celles des différents peuples qui composaient le royaume des Franks, afin

d'abolir les unes, do corrip^er les antres, et d'en faire de nouvelles plus claires que les anciennes et plus conformes à l'cspril du temps. Ils rédigèrent de la sorte, sous la présidence du roi, les nouveaux codes que devaient suivre les Allemands^ les Bavarois, les Ripuaires^ les Xeusinens , les Burgondes et les Uomaiiis.

Dagûbcrt apporta le même soin à l'adminislnuiou du palais, et appela aux charges supérieures les hommes éminents par leur science et leur piété. Le sceau royal fut remis à Aodoënas (StOuen), surnommé Dadon, pendant qn^Eloi, son intime et tendre ami, gouvernait le trésor de la cour. Celui- ( i était veau de Limoges, au temps de Cliiotaire, et par son admirable adresse à travailler les métaux précieux, non moins que par sa rare probité, il avait mérité d'être admis dans la confiance du roi sans prêter le serment accoutumé. Personne mieux que lui ne pouvait répondre aux désirs du nouveau monarque, à cet amour du faste etde la magnificence qui Ta fait comparer à Salomon. Aussi « le roi l'aimait tant, que souvent il Quittait la foule des i grands, même les évéques, et venait voir Eloi dans le K secret. Tout ce qu'Eiui lui demandait, il le lui accordait ^ sur le champ. » L'orfèvre commença donc à remplir le palais de ses chefs-d'œuvre ; mais sa sainteté le portait à travailler de préférence pour la décoration des églises, et il n'y eut bientôt plus une province dans les trois royaumes^ qui ne s'enorgueillît d'un monutnenl sacré, dont lu beauté ravissait les yeux. Le nom d'Eloi en devenait très populaire dans la Gaule.

Mais ce n'était pas comme orfèvre seulement que le trésorier de Dagobert avait une prodigieuse renommée

<Ians toules les classes de la u.uion. Il était encore le iie*i de la royauté avec tout ce qu'il y avait de souflrant dans le royaume. Ce qu'il obtenait de la générosité du

monarque, il « remployait à faire des aumônes aux pauvres, » à racheter les captifs, à soulager les malades.» Le rachat

des esclaves surtout était Tobjet de sa constante sollicitude. Apprenait-il l'arrivée d un chargement de ces victimes de la guerre, il accourait sur les rives du fleuve, et pour tout ce qu'il avait d'argent ce jour-là» il faisait prix avec le maître des esclaves. Il en rachetait vingt, trente, cinquante, quelquefois cent, quelquefois le bateau tout entier; et si le nombre des malheureux excédait la valeur de ce qu'il pouvait présentement donner, il détachait sa rîclie ceinture, ou bien tirait ses souliers, qui étaient garnis d'or, et les sacrifiait pour compléter la somme, «r Quand il avait ainsi racheté des esclaves, il les amenait devant le roi, et les affranchissait par le denier. Ensuite il leur offrait de choisir entre trois conditions: s'ils voulaient retourner librement dans leur patrie, il leur en fournissait avec empressement tous les moyens; s'il y en avait qui voulussent rester avec lui, il s'accommodiiii à leur désir très volontiers, non pour les traiter comme des esclaves, mais comme ses frères ; enfin, s'il pouvait persuader à quelques uns d'embrasser la vie religieuse, il leur faisait ouvrir un monastère et les pourvoyait de tout ce qui était nécessaire à leur nouvelle vie... Eloi ne sortait d'nillaurs jamais qu'une luuiLilndr' de pauvres n'affluât autour de lui, comme les abeilles autour de la ruche ; » et il donnait à tous. Bien plus, à l'heure du soir, lorsqu'il allait prendre son repas, il envoyait régulièrement ses serviteurs de tous côtés, pour lui amenei lcs pauvres, les étrangers, les mendiants qu'ils pourraient rencontrer, a Et quand on les avait amenés, prenant lui-même les fonctions de serviteur, il les aidait avec une extrême gaîté d'âme; il leur ôlait leur charge de dessus les épaules, secouait la poussière de leurs habits avec des serviettes, leur versait Teau sur les mains, et remplissait de vin la coupe qu'il leur présentait à boire. Enfin il les faisait ranger à sa table , rompait le pain , et servait chacun à sa place. Lorsqu'après toutes ces choses, leur faim élail satisfaite,

delM)iit devant onx, ou assis au cuiii do la table, sur un peùL banc grossièrement fait , il mangeait quelque léger morceau, de ceux qu'avaient laissés les convives. »

Cet homme si simple était pourtant l'homme le plus puis* •

sanide la cour. Aussi habile à donner des avis qu'à travailler l'or et les pierreries, « profond dans le conseil, élo(|uenl » dans les alïairesdu siècle, i» comme il habitait dans la maison royale , il arrivait souvent que le roi l'appelât , même avant le jour, pour le consulter. C'était à lui que s'adressaient d abord lesaniljassadeurs des puissances <^lrangères : ils priaient Kloi de les aider et de leur enseigner la conduite qu'ils devaient tenir; quelquefois même, quand ils avaient dépensé dans la route tout leur argent, ils lui en demandaient un peu, et Torfévre leur en donnait sur le champ.

Grâce à lui surtout, Dagobert était au comble de la gloire, et faisait l'admiration des peuples civilisés de l'orient et du midi. Son nom se répandait jusque chez les barbares

du nord: les Avars et les Slaves du Danube lui témoignèrent publiquement leur respect , et les Slaves mêmes lui envoyèrent offrir leur soumission.

Mais il est naturel que la magnificence appelle les plaisirs, et la tutelle de Pépin de Landen (1) ne laissait

an jeune roi que fort peu de liberté. C'est jjuurquoi il scmpressa d'échapper à ce joug, dès qu'il put le faire sans danger, et il vint fixer sa résidence en Neustrie, à Clichy, dans la villa favorite de son père. Il y avait dans cette cour de Neustrie, où la flatterie et la beauté brillaient de tous leurs attraits, quelque chose de corrupteur qui gagnait facilement le cœur des rois. En changeant de demeure, Dagobert changea aussitôt de caractère et de conduite ; et les éloges ([ue les chroniqueurs lui avaient

(1) Des 62.'), Arnouif s'étiit retiré dans les solitudes des Vosges, au mont Horeml)ert, en fa< e du mont Habend ([u'hahitait. an milieu de plusieurs frères, son auu Uouiaric {Bomarici mons^ Kemircmoiil).

jusqu'alors piviilii^ués fuiit place à d'amères censures, dont souffre encore iu mémoire du plus brillanl des mérovingiens. Déjà, en 628, sous préiexte de siérilité, il avail répudié sa femme Gomatrude, pour épouser une esclave saxonne de sa domesticité, la belle NanihUde, qui devint une reine habile, et qui sut gouverner à la fois avec douceur un prince voluplueux cl un royaume agité. L'année suivante, comme il visitait TAustrasie, il se laissa encore séduire par urne jeune fille, nommée Bagneirude^ l'épousa incontinent, et en eut, dans la même année, un fils auquel on donna le uoin de Sigebert. « Il eut ainsi, dit Frédégaire,

> jusqu'à trois reines en même lemps(l), sans compter un

> nombre prodigieux de concubines, dont il serait fatigant 9 d'insérer ici les noms. » Il leur prodigua Tor et les pierreries, et quand il eut épuisé le trésor en ces folles prodiga* lités, ne trouvant plus rien à ^loiuicr, a il dépouilla les » églises, les monastères et les ieudes (2). » Le prêtre Âmandus vint inutilement des bords sauvages du Rhin , où il prêchait les peuples, réprimander le roi avec toute la sévérité de saint Colomban ; Dagobert le chassa de sa présence avec ignominie, répondant à ses remontrances par un outrage, dont il devait lui exprimer à genoux son repentir, après la naissance de Sigebert. Pépin lui-même» qui avait suivi son pupille à Paris, était contraint d*ftser de la plus adroite réserve ; car les cmurtisofis , qui redour taioU Vamiérité de son caractèie, lui imputaient toute

(1) Ces trois reines sont Nanthilde, WulfgondeetBerthild.

(3) Le LSvre dê$ miraete» 4$ saint Martin^ ahbé de Ferfoy» va même jusqu'à dire que, pour payer les gens de guerre, Dagobert leur fiartagoa les biens des monastères. Hais Tauteur de ce livre, qui vivait an xi« siècle,

se trompe assurément; car, s'il y eût eu confiscation d* une grande partie du domaine ecdésiastique, Amandus n*eût point gardé là dessus le silence, et nous trouverions au moins un exemple de restilulion dans rhistoiiedes

sucros<rnrs de Dagol)crt. Peut-ôlre ce prince s est-il borné à confisquer au prolil de son trésor des objets d art ou des niélaux préeioiix , suivant en cela l'exemple de son père, qui fit transporter à Paris, h cause de son beau timbre, la grosse cloche de 1 église de Saiul-Etiennc de Sens.

sorte de mauvais desseins, [niur anjager rimpélueux roi

ù le ttwr. Mais l'éducalion religieuse de Dagobert avait

encore sur son âme quelque puissance , et malgré sa

fougue naturelle, il respecta plus son ancien mettre que sa propre famille.

Dès 628, en eiïel, il avait fait tuer Brailuli , l'oncle maternel de Cliaribert, et quand arriva la mort de celuici (6â0)y il fit égorger son fds aîné Ghilpérik: tout le royaume d'Aquitaine, ainsi que la Gascogne, fut réuni au domaine, et le duc Baronte vint enlever au nom du roi les riches trésors de la viclime, non sans en détourner à son profil une part très consitlérable. Mais les deux Irères puiaés de Ghilpérik, Boggis et Bertrand, étaient parvenus à s'échapper ; « et la Gascogne, quoi qu'en dise Frédégaire, ne se laissa point soumettre. Le duc Âmandus, qui la gouvernail, était grand-pére des deux jeunes princes par Gisèle , sa fdle. Il prit en rnain la défense de leurs droits, et inonda l'Aquitaine de ses Gascons. La formidable expédition que Dagobert envoya contre eux (6S6), sous la conduite de son référendaire et de six dncs qui lui étaient subordonnés, ne produisit qu'une soumission équivoque et temporaire; et la charte d'Alaon, d'accord avec les chroniques contemporaines, fait foi que l'Aquitaine et la Gascogne demeurèrent aux descendants de Gharibert. Il paraîtrait néanmoins qu'elles ne leur restèrent qu'A titre de ilef héréditaire on d'apana-^e^ et sous les réserves habituelles de foi et dliunimage envers le roi des Franks; car plus tard, lorsque Gbilpérik II, engagé dans une lutte à mort contre les maires d'Austrasie , appellera à son secours le duc Eudes, petit-fils de Gharibert, il aura soin de lui envoyer une couronne (For, comme un signe de royauté, et la marque d'un pouvoir désormais indépendant (i). i

(I) Fréd^ig. contin.^, 107.: Ejiis auxiiium postulantes rogant, regnum et muncra tradunt. — CltarL Alaon. a. Si5. — Lroubrou, HiMi, des institut carùl» p* 612.

— iOU —

On avait pu voir au début de cette affaire quelle était

la rapacité des liommos de la cour ; leur insolence n'était pas moindre, et finit par attirer sur la nation une guerre désastreuse. Depuis que le frank Samon , dont nous avons parlé ailleurs (1), régnait sur les Tchèques, le commerce que la France faisait avec Constantinople par la vallée du Danube , seniblail avou' pris une nouvelle activité. Mais la jalousie ne tarda pas à diviser les deux peuples et h éclater entre eux d'une manière violente. Un jour que des négociants franks passaient par la terre des Slaves , ceuxci se précipitèrent sur eux, en tuèrent un grand nombre et les dépouillèrent de leurs marchandises. Aussitôt Dagobert envoya vers Samon un ambassadeur^ nommé Sichaire, pour l'inviter à réparer les violences commises par ses sujets. Samon, plein d'orgueil , fit de son côté donner à Sichaire Tordre de ne pas même venir jusqu'à lui.Hais l'ambassadeur, mettant bas ses riches liabits , endossa le vaste manteau fourré, que portaient les Slaves, parvint sous ce déguisement jusqu'au roi, à qui il demanda justice, et, comme celui-ci éludait toute réponse, il osa lui faire des menaces, disant que lui et son peuple devaient soumission iDagobert. (( Samon oflt nsc lui répondit : « La terre que nous habitons » est à Dagubert , et nous sommes ses hommes , mais à i» condition qu'il voudra conserver amitié avec nous. — - Il o n'est pas possible, répartit Sichaire , que des Chrétiens, » serviteurs de Dieu , fassent amitié avec des chiens. — » Si vous êtes les serviteurs de Dieu, répliqua Samon, nous » sommes les chiens de Dieu ; et puisque vous agissez tous A les jours contrairement à sa volonté, nous avons reçu » la mission de vous déchirer de nos dents. » Ët là dessus on jeta Sichaire hors de la présence du roi des Vénèdes. »

Dagobert n'eut pas plus tôt appris le traitement fait à son envoyé, qu'il ordonna de lever, dans tout le royaume d'Austrasie , une armée contre Samon. Il engagea en même

<t) V. livre u, ch. «.

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temps les Allemands et les Lombards à soutenir sa cause, et les uns et les outres ayant répondu à son appel , remportèrent séparément sur les Slaves une éclatante victoire, et firent un grand nombre de prisonniers, qu'ils vendirent mv les marchés de la Gaule et de Tllalie. Mais, quand les Auslrasiens vinrent à leur tour, les choses changèrent de face. Après avoir inutilement attaqué pendant trois jours Wagasliburg (Voitsberg), où s'était renfermée Télite des gaerriers Vénédes, ils furent taillés en pièces, et laissant là, pour fuir, leurs tentes et tous leurs équipages , ils s'en retournèrenl iJous leur pays. Après leur départ , les Vénèdes se répandirent dans la Thuringe et la ravagèrent affreusement. Us renouvelèrent ensuite à plaisir les mêmes dévastations f pendant que les Âustrasiens restaient dans leurs demeures ; car ceux-ci étaient irrités que Dagobert, après les avoir (jniltés pour aller liabiter en Neuslrie , les dépouillât encore tous les jours; et c'est à ce mécontentement plutôt qu'à leur courage que les Slaves devaient leur victoire. Les Saxons profitant de ces circonstances envoyèrent proposer à Dagobert de garder contre les Vénèdes les marches du royaume des Franks , à condition qu'on leur remettrait le tribut annuel de cinq cents vaches qu'ils payaient au fisc depuis Chlolaire. Dagobert, par le conseil des Neustriens , accueillit favorablement la proposition , et les députés Saxons prêtèrent serment sur leurs sabres , selon la coutume (632). Mais cette promesse n'eut aucun effet ; les Vénèdes continuèrent leurs coui ses dans la Thuringe et sur la frontière Franke , et les Saxons ne bougèrent pas. En même temps Dervan , duc des Sorabes (Serbes), peuple dWigine esdavonne, et qui avait autrefois été soumis aux Franks, se rangeait avec ses sujets sous l'obéissance de Sa mon.

Alors Dagobert prit le parti de se réconcilier avec les Austrasiens. Il vint à Metz, assembla tous les leudes d'Austrasie et leur fit reconnaître pour roi son fils Sigebert, alors âgé de deux ans (G3a). Il donna au duc Adalgis , à*

Pépin el à saint Cunibert , métropolitain de Cologne , le soin (le Tenfant , avec le gouvernement du palais el des affaires. « Dès lors les Ausli asiens défendirent avec courage » et succès, contre les Vénèdes, la frontière du royaume des > Franks. »

Mais Tannée suivante , Nanthilde donna au roi an autre fils, qu'on appela CloviSy et aussitôt, inspirés par un sentiment de répulsion contre l'influence austrasienne , les Franks d'Ouest prièrent Dagoberl de lui assurer la succession de Neustrie et de Bourgogne. Par son ordre , les Âustrasiens, les Neuslriens et les Burgondes se réunirent donc dans une assemblée générale , et on lit le partage entre les deux enfants. Les leudes de Sigebert levèrent tous la main, et jurèrent que la Neustiie et la Bourgogne appartiendraient sûrement à Clovis après la mort de Dagobert. Les Neustriens durent à Jeur tour jurer que YAustrasie, qui égalait la Neustrie et la Bourgogm pour le nombre d hommes et l'étendue du territoire, ;q)|)arliendrait en toute intégrité au roi Sigebert, à l'exception du duché de Dentelin,qui reviendrait à Clovis, parce qu'il avait été jadis injustement enlevé par les Austrasiens (634). Le vieil antagonisme des deux peuples se réveillait, et les Nenstriens se monlraient bien décidés à ne laisser ])asser aucune occasion favoi-able d'assurer ou de reconquérir leur nationalité. Ce sera désormais leur rôle pendant toute cette dernière période de la première race , et ils le reprendront de nouveau sons la seconde. Leur patriotisme et leur vanité n'y étaient pas seuls intéressés ; ils étaient encore bien aises d'avoir au milieu d'eux une cour, c'est-à-dire un théâtre toujours ouvert à l'ambition et aux intrigues, une source de grâces et de faveurs.

Il ne paraît pas que la gloire de Dagobert ait souffert de ce partage et des défections qui l'avaient amené. Si lesVénèdes el les Serbes s'étaient délacbés de la France, si la ruse des Saxons les avait délivrés du tribut , si les Frisons se donnaient un duc (Adalgise), et si celui que Dagobert donna

aux Thuringiens (Khaduii) aspirail déjà à l'iadépendance» la monarchie n^en conservait pas moins tout son éclat aux yeux des puissances étrangères. L'empereur de (ionstanti-

nople (Héraclius) recherchait l'alliance de Dagobert ; son secours assurait le Iriofnphe de Sisenand sur Suintila , roi des Wisigoths, et le règne de la dynastie Bavaroise plaçait en quelque sorte les Lombards dans sa vassalité. Au dedans les Gascons reconnaissaient sa suzeraineté, et les Bretons de TArmorique , après avoir fait des dégâts en Neustrie , avaient suivi leur exemple. Dagobert leur avait envoyé son habile trésorier, pour inviter le duc JiidicaUf qui venait de prendre le titre de roi, à réparer leurs violences et à lui jurer soumission. Judicaîl vint à Clichy, prêta le serment demandé, et reçut de riches présents. 11 est vrai qu'il aima mieux manger à la lable de saint Ouen, que de paraître à celle du roi, « au milieu des courtisans et des « femmes de la cour, » et que, loin d'avoir rien perdu de son indépendance, il put à son retour faire valoir sur la turbulente noblesse de ses états son titre de roi, désormais légitimé (636). Dagobert était vraiment un grand prince, et il peut à boa droit passer pour le Louis XIV de sa dynastie , puisqu'il eut du Bourbon , avec des sentiments pieux, la munificence, l'amour du faste et des arts, la valeur, la fortune, les faiblesses et les revers. Aussi, quand il mourut (bo8), fut-il universellement regretté. On déplorait les fautes qu'il avait commises, mtraînépar la légèreté de l'âge et la fragilité humaine ; et mais on aimait à croire » que ses abondantes aumônes et les prières des nombreux

> saints dont il avait d'une main si libérale enrichi les ba-

> siliques, lui obtiendraient sans peine le pardon du Dieu I très-miséricordieux,

Neustrie. — Clovis U (638-656). — Après sa mort, les leudes de Neustrie et de Bourgogne se réunirent, suivant

le droit et Tusage, pour élever le jeune Clovis sur le pavois. Clovis n'avait que cinq ans. ^ga^ qui avait succédé

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à Warnachaire dans la mairie, et à qui Dagobert avait recommandé en mourant les intérêts du nouveau roi, partagea Tautorité avec la reine-mère Nanihilde» mais en retenant pour lui-même la part la plus considérable. u C'était un homme d'une noble naissance et d'une grande » richesse ; sévère observateur de la justice, habile à parler, > toujours prêt à répondre; on ne lui reprochait qu'un peu 9 d'avarice. Par son conseil , on rendit aux leudes tout ce » qui, sur Tordre de Dagobert, leur avait été injustement » enlevé au profit du fisc, » et ce fut par celte mesure de prudence que s'annonça le nouveau règne (1).

Ce fut aussi quelque temps celui de l'habile Nanthilde. i£ga étant mort en 640, elle fit donner la mairie de Neustrie à Erchinaald (Archambaud ), parent de Berthrade , mère de Dagobert, et qui jadis avait acheté Nanthilde elle-même sur un marché d esclaves. L'année suivante, « étant venue avec » son fils à Orléans , dans le royaume de Burgundie.., elle » fit élever, par Télection de tous les évéques et de tous » les ducs , à la dignité de maire du palais, Flaochaty frank » d'origine, et lui donna en mariage sa nièce Ragnoberle. » Mais il paraît que celte fois son habiielé la trompa. Les deux maires^ plus attachés à leur pouvoir qu'à leur bienfaitrice, se liguèrent contre elle, et se souienarU par m mutuel secùursy ils mirent les seigneurs dans leurs intérêts, ens'engageanl par lettre et par serment à conserver chacun d'eux dam ses honneurs et ses dignités y ainsi qu'en leur amitié (2). Nanthilde, désabusée, se retira dans un cou-

(1) Ce futau»! éTapréi ton ov^t, et coBforinémeatà la dénuuiâe du roi d*AustrAsie, que le trésor de Dagobert fut apporté à Gompiègne, où lea deni princes se hportagàrent égàlêm$ni, après avoir réservé à la reine-mère le fjsff dê tout ce gtie four pén aoait acquiâ depuis ^Hl Vaoait ipoutk* ( Fie de Uagohtft.)

(9) Fréd^iftire ne dit ceci que de Flaochat ; mais il fout également l'entendre d*Erchinoald, car « c'était un homme d*wn ésprit prudent, plein de » respect pour les serviteurs de Dieu, niidiocrement riche, elpoMé^roNf à w fin merveilleux degré l'affection de tous les grands ((ti royaume. » ( Vie de Mkigiiftert,) Comment avait- îl gagné cette affection T

veiil, et y mourut aussitôt (641). Ainsi se développaient de jour en jour les conséquences du fatal traité de 615. Le gouvernement passait aux mains de raristocratie, et les maires n'en voulaient plus tenir le dépôt que de sa bienveillance.

Auslrasie. — Sigebert H (633-656). — {ChUdebm).— Les événements marchaient encore plus vite en Austrasie. Pépin de Landen venait d'y mourir (640), et Grimoaldy son fils, ne devait lui succéder, en 64-2, qu'après avoir fait assassiner un rival du nom d'Oilion. Dans Tintervalle, et lorsque les Austrasiens pleuraient encore la perle qu'ils venaient de faire, Radulf^ duc de Thuringe» se révolta contre Sigebert, comptant, pour se rendre indépendant, sar la faiblesse du roi, Tinsubordination croissanle des seigneurs, et les intelligences qu'il entretenait secrètement avec plusieurs d*entre eux. Tous jurèrent cependant qu'ils immoleraient le rebelle. Mais quand il fallut aller le forcer sur la colline où il s'était retranché (i), la division se mit dans le conseil des grands, c les uns voulant combattre le » même jour, les autres attendre au lendemain. » Ce que connaissant Radulf, « et bien assuré que la plupart des I ducs ne voulaient pas l'attaquer avec leurs troupes, » il se précipita de son camp sur l'armée de Sigebert, et en fit un grand carnage. Ayant ainsi remporté la victoire, il regagna la colline. Sigebert, saisi d'une douleur extrême, restait assis sur son cheval, pleurant abondamment et regrettant avec amertume ceux qui étaient tombés. Ënfin il se retira avec les débris de son armée sous ses tentes, non loin de l'ennemi, et le lendemain, voyant qu'il ne pouvait lien contre Radulf, il lui envoya des messagers, afin de pouvoir repasser le Rhin en paix. Radulf ne méconnut point dans ses paroles la domination de Sigebert ; mais, après le départ de ce prinee, ne contenant phis son

(0 Sur les bords de 1 Unslrull.

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orgueil y il se conduisit en roi , et ne craignil point de conclure des traités avec les Wénédes et les nations voisines.

Le nouveau maire ne songea pas à Tinquiéter dans son indépendance. U méditait d'autres pensées, comme on le vit bientôt. Car, lorsque Sigebcrt vint à mourir (656), laissant un jeune fils nommé Dagobert , Grinioald , après avoir fait tomber sous les ciseaux la chevelure de cet enfant, cfaai^ea Didon, évéqne de Poitiers» de le conduire en Irlande, et lui substitua son propre fils Childebert. Mais Tusurpalion était trop prématinéc pour réussir. Un parti puissant, qui jalousait la maison de Pepin, tendit des embûches à Grimoald; on le conduisit adroitement à Paris avec son fils, sous prétexte de faire alliance avec le roi Glovis, et là tons deux, retenus prisonniers, périrent dans un cacliul obscur. Ceci se passait quelques mois après la mort de Sigebert.

Le royaume reste indms de 656 à 660, — Glovis réunit alors les trois royaumes ; mais, livré à la débauche et à

tous les excès de la table , depuis plus de deux ans , il avait perdu la raison (1), et il ne tarda pas à suivre son frère au tombeau. Il laissait trois fils, Chlotaire III ^ Childérik II et Théodaric III ^ nés d'une esclave saxonne, nommée Bathilde, que des corsaires avaient autrefois enlevée sur les côtes d'Angleterre , et que le maire du palais, après ravoir prise à son service pour sa grande beauté, avait lait épouser au roi son maître. Erchinoald, en homme prudent, maintint le royaume indivis et partagea la tutelle des jeunes princes avec leur mère. Mais Bathilde n'était ni moins vertueuse , ni moins habile qu'elle était belle ,

(1) Voy. les Gett, reg, franc , c 44. Fuit Chlodovcus omni spurcitiœ deditus , fornicarius et inclusor feminarum , gula et ebrietate coutentus. - — Et vit, Dagob. ad fin. — Or, c'est chez Erchinoald que Clovis connut BaihiUlf , iaquelle exerçait dans sa maison les fonctions dïchansou {poriUatrix), — Scrail-il téméraire d'accuser le maire du palais d'avoir i)reci|)ite son roi dans le désordre pour mieux Je dominer ?

el sa courte aiiaunistration fui signalée par de sages réformes. Elle défendit le trafic des esclaves par toute la Gaule, essaya d'adoucir le sort des pauvres tributaires^ que les impitoyables exigences du fisc réduisaient quelquefois à la nécessité de vendre leurs enfants , et ouvrit à Tinfoi lune de nombreux monastères. Elie s eiïorça aussi de bannir de Tcglise la simonie, qui faisait alors de grands ravages. Tandis qu'elle était occupée de ces soins , Erchinoald vint à mourir (660), et lesFranks, d'abord indécis, confièrent à Ebroin la charge de maire du palais.

Nemirie : Chlotaire III, Théodowc 111. >— Ausirasie : Childérik II, Clovis lUf Dagobbrt II. — Ebroin, — SaitU Léger. — Ebroîn commença par tuer l'évêque Sigebrand,

qui avail la confiance de la reine, et contraignit ensuite la reine elle-même à prendre le voile dans Tabbave de Cbelles (664). Il aurait voulu, comme son prédécesseur, gouverner tout Tenipire, mais les Aiistrasiens ne le souffrirent pas et digèrent un roi. Childérik II leur fut donné avec Wulfoald, pour maire, tandis que Chlotaire 111 était reconnu roi de Neustrie et de Bourgogne par les soins d'Ëbroïn.

« Né dans les derniers rangs de la société, i Ebroïa se montra le plus redoutable adveràaire de Taristocratie ; il

«alreprit de délivrer la royauté de la constante oppression des grands, ligués contre elle, sauf à retenir pour luimême, au détriment du prince qu'il servait, tout ce que son despotisme pourrait arracher à leurs communs ennemis. Mais les moyens politiques auxcjuels il recourut étaient trop violents pour réussir. Le premier fut de choisir les ducs, les gouverneurs dans une autre province que celle où ils avaient leurs possessions, leurs esclaves^ leurs dientsJsolés ainsi de leurs moyens personnels de puissance, ils seraient devenus les simples hommes du roi, et n'auraient pas rendu les charges héréditaires dans leurs familles. Le second fut de rapprocher les iois , les usages

divers des Dalîoos qui composaient Fempire des Franks,

cl de les fondre en une loi territoriale ^ où dominerait sans doule Fesprit louiain. Lbroïn >^('fiiblait d'ailleurs « s'être » donné la mission de tuer, de mettre en fuite ou d empri-

> sonner tous ceux d'entre lesFranks qui, nés d'un sang » illustre , pouvaient porter ombrage & son autorité. U les

> remplaçait ensuite par des gens qui. . . n'osaient résister a » ses ordres impies. » i lninme il devait crnindi c que sa conduite n'allumât quelque révolte, alin de prévenir luule tentative audacieuse, € il fit un édit tyrannique pour que » nul ne pût se présenter au palais sans en avoir reçu 1» Tordre. » Tous étaient dans l'abattement , craignant qu'il ne voulût les persécuter ainsi plus à l'aise, quand le roi Chlolaire vint à sortir de cette ville (G70).

Ehroïn aurait dû convoquer solonneUemetU les gra^ids^ mais il proclama Théodaric IIJ de sa propre autorité. Alors les grands de Neustrie et de Bourgogne , transportés dMndignation, bc rendent auprès de Childéric, mettant le feu aux maisons de ceux qui refusaient de les suivre, et reviennent avec lui et le maire Wulfoald, pour se venger d'Ebroïn. La victoire fut facile. Ëbroïn, abandonné des siens, se réfugia dans une église; on envahit aussitôt son trésor et on le dissipa. Pour lui, on voulait le tuer ; mais quelques évêques et particulièrement saint Léger , évêque d'Autun , intercédèrent en sa faveur, et on se contenta de l'envoyer en exil au monastère de Luxeuil. Childérik ayant ensuite ordonné qu'on lui amenât son firére Théodoric^ des flatteurs osèrent couper les cheveux du malheureux enfant, et le présentèrent en cet état. Le roi l'interrogea et lui demanda ce qu'il désirait qu'on fit de lui : « Je me vois, repondil-il, » injustement dépouillé du royaume, et je ne désire que » le Dieu du ciel pour juge. > On le rélégua au monastère de Saint-Denys.

Le nouveau règne, selon l'usage, commença par des édits réparateurs. C'était saint Léger qui avait jusque-là conduit, dirigé le parti de la noblesse, et pour cette raison

Ebroïn Im uvnit loujuurs témoigut' une hanie violente ; c'était lui qui, ])i\v ses conseils et son iniiépidilé , venait de renverser cet homme inique; Childcric le fit maire da palais (i), et suivant ses conseils accorda, à la sollicitation des seigneurs, « qu'on observerait la loi et la coutume de » cliacun, selon sa pall ie, comme faisaient jadis les juges ; » que les gouverneurs d'une province ne pourraient entrer j» dans une autre , et que la liberté de tous ne serait plus » opprimée, comme auparavant, par la violence d'un seul » maître» i Gela dura trois ans en tout. Le roi mérovingien, « cédant à de miiuvaiscs inspirations, car il élnil {Vumi » grande jeunesse, » revint peu n peu aux traditions de ses prédécesseurs, et, suivant l'expression d'un savant publiciste , rentra dans l'arbitraire comme dans un bien de famiUe. Saint Léger n'hésita point à lui reprocher ses injustices cL son mariage incestueux avec la lille de son oncle (2). Mais il ne fit qu'irriter Childéric, qui ordonna qu'on le conduisit au monastère de Luxeuil.

c Le ciel ne devait pas tarder à venger le eourageuK » prélat, n On vit renaître tous les excès dont Ebroïn subissail encore la peine ; et le roi, emporté par la fougue de son caractère , alla jusqu'à faire attacher à un arbre et battre de verges, comme un esclave, un frank de race floble,nommé Bodilon. Ce châtiment irrita toute la noblesse, et Bodilon, s'étanl armé avec un grand nombre de mécontents, vint dans la foret de Bondi, où il tua Cliildérik, ainsi que la reine, alors enceinte, et leur liis enfant (073).

« A cette nouvelle, les exilés sortirent de leurs retraites^ » comme on voit les serpents venimeux sortir de leurs i cavernes aux premières chaleurs du printemps. Leur fu* » rcur s'exhala avec une telle force , et produisît un tel D trouble dans la patrie, qu'on crut tout à fait que la venue de » l'Antéchrist approchait. Les gouverneurs des provinces

(Ij Vit, S. Lendeij.. par Ursin, auleur contenipotaiii. (â) BilîcliilUc, lillc de $igel)ei-l.

» commencèrent, à Tenvi les uns des autres, à s*atlaquer » avec une htiuie horrible ; et comme il n'y avait point de » roi établi au faîte du pouvoir, chacun voyait la justice dans n Ba propre volonté» et agissait sans redouter aucun frein.» Cependant le roi Théodùric III avait été replacé sur le pavois, et le maire Wulfoald s*étant enfui, les Neustriens, par le conseil de saint Léger et de son frérc Gérin, lui avaient donné pour successeur un certain Letidésius, fits du vieux maire Ërchinoald» si cher à Taristocratie. Mais la vie du cloître et le froc du moine n'avaient pas étouffé l'ambition d'Ebroïn; c il releva sa lêle venimeuse, et, » comme une vipère à qui reviennent ses poisons, feignant > d'être dévoué au roi Tliéodoric, il se mit en marche pour 9 aller au plus tôt vers lui avec ses compagnons » et saint Léger. Les deux adversaires s^étaient juré une amitié inaltérable dans le malheur. Ils avaient reçu tous deux, en sortant, la bénédiction de l'abbé ; ils firent ensemble leur entrée solennelle à Autun, au milieu de l'allégresse universelle du peuple, heureux de revoir son pontife^ après l'orage de la persécution. Gomme ils continuaient leur route, Ebroïn disparut & moitié chemin, jeta le froc^ reprit sa femme (1), vint tomber à Timproviste, à la tête d'une armée d'Austrasiens, sur le roi Théodoric, qui se tenait à Saint-Cloud , et le poursuivit dans sa fuite jusqu'à Bais sur la Somme, où il s'empara de son trésor. U promit ensuite fidélité à Leudésius, l'engageant à un plaid ou ils feraient la paix , et le malheureux maire ne s'était pas plus lut livré qu'il le lit mourir.

Mais il lui fallait son titre et un roi à gouverner, il prend alors» pour intimider Théodoric, un tout jeune enfant qu'il prétendait fils de Chlotaire III, le proclame roi sous le nom de Clovis III, et cherche ensuite les moyens de se défaire du seul rival qui puisse encore lui disputer le pouvoir. Deux de ses partisans^ Waimer et Diddon, se chargent de

(1) Ad mulierem, ut canis ad vomitum, rediens. Vit, S, JUodêg,

lui en épargner l'embarras, et dirigent une armée sur Aulun. A cette nouvelle saint Léger, qui était occupé à remelLre en ordre le& ailaires de la ville, iit briser à coups de marleau sa vaisselle plate^ et en distribua les morceaux au peuple, il prescrWit en outre un jeûne de trois jours, parcourut l'enceinte des murs avec la croix et les reliques des saints, se proslernanl contre terre à chaque porte, et priant Dieu avec larmes que^ s'il l'appelait au martyr, il éparg;nât du moins son peuple ; après quoi il rassembla Ions les fidèles dans l'église, et demanda pardon à chacun. Cependant la ville était entourée , et les vociférations de l'ennemi, semblables aux ahoiements des chiens, ne cessaient (le retentir nuit et jour autour des murs. L'évêque fit descendre un prêtre par dessus le rempart, avec mission d'aller demander aux hommes d'Ëbroïn ce qu'ils voulaient. Hais eux répondirent avec menaces qu'ils ne se retireraient pas qu'ils n'eussent pris Léger et assouvi leur fiiK ur dans son sang, à moins qu il ne jurât iidéiilé à Glovis. L'homme de Dieu jura qu'il était résolu n mourir plutôt que de s'écarter un instant de la fidélité qu'il avait promise à Théodoric ; et comme les assaillants , sur cette réponse, meltaient déjà le feu aux portes, il communia avec le pain et le vin en présence du peuple, dit adieu à tous ses frères, en leur recommandant, comme le Christ à ses disciples, la mémoire de sa passion, et s*étant fait ouvrir les portes, il s'avança en faisant porter devant lui les croix et les reliques. On se conLoiita pour le momcnl do lui arracher les yeux; après quoi on assigna à un certain Bobbon, qui avait été chassé de l'évéché de Valence et frappé dUmaihème^ la ville d'Aulun pour la posséder ou plutôt pour la dévaster.

Mais c'était peu pour Ebroïn ; il ordonna au duc de Champagne, Waimer, de conduire saint Léger dans une forêt et de l'y laisser mourir de faim. 11 ne mourut pas, et Waimer, ayant vu là le doigt de Dieu, le fit cacher dans un couvent. 11 y resta deux années, au bout desquelles on l'en lira pour le présenter au roi avec son frère. Ce roi n'était plus

Clovis , mais Théodoric : Glovis avait disparu depuis qu'Ebrom avait réussi, par le secours d une certaine faction, à se faire accepter en qualité de maire par son compétiteur. L'homme de Dieu, en abordant Ëbroïn, lui dit: a Tu veux régner par l'oppression sur toute la France, et » tu ne fais que flétrir la gloire que lu as acquise, quoique » indigne. » A ces mots le maire, entrant en fureur, ordonna de séparer les deux frères. Gérin fut lié à un poteau et lapidé incontinent. Pour le bienheureux Léger ^ on n'avait garde de le faire mourir si promptement. On le promena nu-pieds à travers une piscine semée de pierres algues comme des clous ; puis on lui tailla les lèvres et les joues, on lui arracha la langue, et après Tavoir honteusement dépouillé, on le conduisit na et tout sanglant par les rues ; enfin on le livra entre les mains d*un bourreau , qui le plaça sur une vile bêle de somme, et, s'étant pris de pitié pour lui, le conduisit au monastère de Fécamp, au fond de la Neustiie. Il y vécut encore deux ans, louant Dieu nuit et jour ; après quoi, irrité de voir que son ennemi fût de son vivant honoré comme martyr, Ebroïn feignit de vouloir venger l'assassinai de Ghildéric, et convoqua un concile pour faire dégrader le saint, comme complice de sa mort. Mais les prélats lui demandèrent vainement s'il se reconnaissait coupable ; il se contenta de répondre que Dieu savait ce qui en étaiL Alors on lui déchira sur le corps ses vêtements sacerdotaux, et le comte du palais fut chargé de le mettre à mort ; le comte ne voulut pas voir sa fin et chargea de rexéculion quatre de ses serviteurs ; ils conduisirent le saint au fond d'un bois, et^ tandis que trois d*entre eux le suppliaient de leur pardonner, le quatrième lui trancha la tête(1). Ainsi Thommedu peuple triomphait, au nom de la royauté, du chef de rarislocratie franque ;

(1) Peut-être n'est-H pas inutile d*avertir que les faits relatifs â saint Léger ont été complètement dénaturés par l^historien Simonde de Sisraondi.

mais il triomphai L dans le sany à la manière du peuple. Ce sang ne tarda pas à retomber sur sa lèle.

Cette même année, déjà fameuse par la mort tragique de l'évëque d'Autun, le devint encore par celle de l'inforluné Dagùheri IL Dépouillé dans son enfance par un usurpateur et relégué en Irlande, il avait été, au imlieu des troubles qui suivirent le meurtre de Childérik, rappelé de l'exil par les soins du duc Wulfoald, et ramené en Auslrasie par rentremise de miniWilfrid, évéque d'York (674). Mais il paraît qu'il ne put jamais oublier son malheur, et qu'il s'appliqua trop à le rappeler à ceux qui en avaient été les instruments. Les leudes conspirèrent contre ses jours el le tuèrent avec le conseiiUmenl des évêques (1). Sur ces entrefaites, saint Wilfrid revenait de Rome , chargé de reliques et d'autres objets sacrés, qu'il destinait à l'ornement et à la consolation de son église ; surpris dans sa marche par un des indignes prélats qui avaient fait mourir le roi, il faillit un instant subir le même sort; « Qui te donne, lui disail-on, la har- » diesse de paraître sur le territoire des Franks, toi qui » mériterais la mort pour nous avoir ramené ici Dagobert»

prince sans foi, chef sans courage, qui ruinait nos villes, » méprisait le conseil des seigneurs , humiliait comme t Boboam son peuple sous le tribut , et n'avait aucun res- I pect pour les églises de Dieu ni pour ses pontifes? 11 en » a été payé comme il le méritait, et tu peux voir son » cadavre gisant sans honneurs. > Mais saint Wilfrid répondit aux Austrasiens avec fermeté: « J'ai f iit ce (jne je » devais, en secourant l'exilé et en prulégeant rinluriune; I j'ai méprisé l'injustice des hommes et obéi à la justice • de Dieu, i

Austrasie. — Peimîv d'Héristal. — Il est probable que celle révolution fut en partie l'ouvrage de la puissante famille qui , après avoir déjà joué le premier rôle dans la

(t; SameH Wilfrid. mta, apud dom BoUQ. U m , p. 000-S05.

ruine de Brunehild, allait profiter de celle de Dagobert pour renverser la dynastie. Des deux branches dont elle se

composail, la première, celle de Pépin de Landcn, exerçait de temps immémorial une influence héréditaire sur les tribus comprises entre la Meuse, la Forét-Charbonuière et Ja frontière des Frisons. L'autre, celle qui reconnaissait pour chef saint Amouif, dominait principalement, à ce qu'il st iiiblc, sur le pays Messin, dont i illustre prélat était en (juelque sorte le patron religieux et politique. Le gouvernement despotique de lirunehiid les avait rapprochées ; un ma< riage cimenta leur alliance. An$ef^6, fils de saint Arnoulf, épousa Begga, fille de Pépin de Landen, et de ce mariage naquit Pcpin d'Hcrtstal, père de Charles-Martel et aïeul de Pepin-le-Bref. Demeurés sans chef par la mort de Wulfoad et Tassassinat de Dagobert, ce fut à ce Pépin d'Héri^tal, ainsi qu'au duc Martin, autre petit-fils d'Arnoulf par saint Cbloduif , que les leudes austrasiens confièrent le pouvoir suprême. Le premier soin de ces deux princes fut de replacer sous le joug les nations Iransrhénanes, StièveSy Bavarois et Saapons, qui avaient profité des derniers troubles pour le secouer (678). Après quoi , poussés par les transfuges de la Neustrie, ils vinrent, l'année suivante, attaquer Ebroïn à Luco-fago (1). Mais ils avaient mis trop de confiance dans leurs forces; battus et contraints de fuir, ils furent rudement poursuivis par le vainqueur. Martin se jeta dans la ville de Laon, et s'y fortifia. Ebroïn, voulant s'épargner les longues fatigues d'un siège, lui envoya en députation iEgilbert et (chose triste à dire) Réol, évéque de Reims , pour le séduire par de nombreuses promesses; car ils prélèrenl sur des châsses, dont les reliques avaient été enlevées , des serments de nulle valeur, Martin y ajouta foi et n'eut pas plus lôt franchi Penceinte de Laon, qu'il fut mis i mort (2) (G79).

(i) Ce lieu semble être le même que Latotao, où s*était déjà donoée line grande bataille en 596.

(î) Tous eee traits de perfidie justifient bien le mot de Salvien : Franei

Celle vicloiro,on augrncnUiiil raiiilace d'Ebruiii, précipjla sa ruine. Aussitôt après le supplice de saint Léger, il s'était remis à persécuter les grands, faisant mourir les uns, dépouillant les autres et les bannissant en pays étranger. Comme ses violences allaient toujours croissant, il arriva qu'enfin il enleva presque tous ses biens à un fi nnk, nommé Hermanfried , qu'il employait dans Tadminislralion des finances. Menacé de perdre encore la vie , Hermanfried , après avoir pris conseil des siens , rassembla pendant la nuit une troupe d'amis /et s'étant jeté sur Ebroîn, au mo^ ment où il sortait pour se rendre à matines, il le frappa du glaive (681) et s'enfuit en Auslrasie. Ainsi finit cet homme assurément remarquable par ses glandes vues politiques et l'indomptable énergie de son caractère. Cette énergie dégénéra souvent, il est vrai , en perfidie et en cruauté. Mars il no faut pas oublier que nous n'avons, pour juger EbrnVn, que les écrits passionnés de ses adversaires, ftqoe ces écrits eux-mêmes sont des témoignages irrécusables que , SI les qualités du maire n'appartiennent qu'à lui, ses défauts étaient ceux de son siècle.

Sa mort replaça la royauté mérovingienne sous le joug du traité de 015, et rendit à la maison des Pépins tout son ascendant. Waradon, que les Franks donnèrent pour suc- Cesseor à Ebroîn, conclut la paix avec elle ; et, sauf une courte période, durant laquelle son fils Gislemar^ après l'avoir supplanté , surprit par un faux serment l'armée ansli asienne et lui tua à Namur un grand nombre de nobles, son gouvernement peut être considéré comme dépendant de celui do Pépin d'Héristal. Mais, à la mort de Waradon (686), Berthaire , son gendre, qui le remplaça, reprit la politique d'Ebroïn et de Gislemar. Ce Berlhaire, s'il faut en croire le chroniqueur, ([ui esl toujours du parti du plus fort,^* était un homme d'une petite (aille ,

metifiaces, qui setailencorc plus vrai, s'il s'appliquail à lous les hir1)cnres. Nous expliquerons ailleurs les désonlies du clergé i^V. plus bas p. 2S8 el sq., cl le rhapilrc sur V Eglise ].

0 de peu d'intelligence, colère et léger, et méprisantsouvent

» ramiliéel les conseils des Franks, [c'est-à-dire, des grands], T> qui s'en indi^rnèrent.» Aussi beaucoup d'entre eux, abandonnant le maire y se lièrent à Pépin par des otages, et Texcitèrent à venger leur cause« 11 envoya d'abord une ambassade à Théodoric, pour l'engager à rappeler tous les exilés de la Ncustrie. « J'irai bientôt moi-même chercher CCS serfs fugitifs, » fut toute la réponse de Berthaire. Elle décida Pépin à les ramener à la tête d'une armée. « Quand 9 il eut rassemblé ses guerriers : « Ecoutez-moi, leur dit t Pepin^ et apprenez ce qui me contraint & cette guerre* » J*y suis surtout provoqué par les lamentations des prêtres » et des serviteurs de Dieu , qui plusieurs fois sont venus D me trouver, aûn que je secourusse par les armes les > églim injusleynent dépouillées de leurs patrimoines. Mais 9 un autre motif m*a porté à cette pénible entreprise : ce « sont les gémissements et les larmes des nobles franks » réfugiés auprès de moi , qui , accablés par tant de mal- 0 heurs, pensent que je puis en les secourant mériter la » protection du ciel. » Ces motifs ne paraissent cependant pas avoir fort rassuré le duc austrasien sur l'issue de la bataille; car il commença par négocier et offrir de l'argent (1). Elle se donna dans un lieu nommé Testry en Vermandois (687) , et Pépin , plus heureux qu'il n'osait peut-être l'espérer , battît fierthaire et Théodoric et les poursuivi! jusqu'à la Seine en soumettant tout le pays. Berthaire fut tué par les siens , à l'instigation de sa bellemère. Théodoric fut pris, et « Pépin, ayant en sa possession le roi et ses trésors,... retourna en Auslrasie (â), » après avoir établi son illustre prisonnier dans la ferme de ifamacea (3) , et placé auprès de lui, avec le titre de maire

(1) ^Rfial. JKfel. : Multa pondéra auri et argenti se sibi dare spopondit

(2) Fbbdbo. Chronie» eonltn. «

(3) Saivaot MabiUon , c*est Maumaguet oa Mommarquei , §ui la rive gauche de rOise, vers rembouchure de VAisnc , aux environs de Compicgne.

Liigiiizeo by

de Neustrie , un certain Norbert , chargé pour ainsi dire

de le garder à vue. 11 n'y avait donc pas eu de seconde invasion de la Gaule par les Gcrmalm ; aucune terre n'avait été prise aux vaincus , aucun des guerriers aos- Irasiens ne s'était établi de force parmi eux ; seulement la royaaté ide Neustrie fut effacée de fait, et la domination passa des bords de la Seine à ceux de In Meuse. C'était en un mot la victoire de VAmirasie sur la lyeustrie^ de l'aristocratie sur la royauté , des coutumes germaniques sur les principes de la législation romaine.

Afin d'affermir sa domination, Pépin éleva son fils aîné» DrogoUj sous le nom de duc, à la dignité de maire du palais de Burgundie (1), et pour se réconcilier avec le parti qu'il avait combattu , lui fit épouser Austrude , fille de Waradon, et veuve de Bertbaire, pour qui la faction populaire avait un profond respect. Puis, quand son lieutenant Norbert vint à mourir, il désigna, pour lui succéder dans la mairie de Neustrie , le frère puiné de Drogon , Grimoald, a qui était un homme d'une grande douceur, » rempli de bonté et de bienveillance, faisant de larges au- )» mdneSy et adonné à l'oraison. » Le hasard servit en outre & étendre et à fortifier l'influence du duc austrasien parmi les franks; car Pepin vit descendre au tombeau trois rois de la maison de Mérovée. Théodoric mourut quatre ans après la bataille de Testry (691) , dans la ferme de Mamacca. Des trois fils qu'il laissait, l'aîné sous le nom de Clovis III, arriva seul d'abord au trône ; car il avait été convenu que TAusUasic n'aurait plus de roi ; mais quatre nouvelles années s'étaient à peine écoulées (C91-695), que Glovis mourait aussi , à peine âgé de quatorze ans. Child^)ert III, son frère cadet , lui succéda , et porta la

(1) Ou le fait généralemoit, avec Frédégaîre et lea Gestes dea rois franks, duc de la Champagne ; maia les Annales dè Metz doivent avoir raison, en le nommant ' duc âe$ Burgundêt , Drogonem duem potuit Surifundiofiiim ; car U est peu probable que Drogon n*aît été qne duc de Champagne» alors que son frère puiné devenait maire du palais de Neustrie^

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couronne de 695 à 711^ sans exercer d'ailleurs aucune autorilé. Â sa mort le litre de roi passa à son fils (1), Dagoberl III , encore enfant, dont les cinq années de règne (711-715) s'étendirent un peu au delà de la vie de

Pépin.

Cependant la victoire de Teslry, en affaiblissant la royauté et en assurant l'isolement et l'indépendance des grands, avait été pour les peuples du nord et du midi le signal de la révolte et de l'émancipation . L'Aquitaine était redevenuo un pays romain y qui n'avaiL plus rien de commun avec l'empire des Fraiiks , les nations [germaniques s étaient donné des ducs, et ne se souvenaient plus qu'elles eussent autrefois payé trilmt à l'Austrasie. A la voix de Pépin» rassemblée générale des Franks résolut (690) de repousser d'abord les efforts des barbares de la Germanie; et reprenant la lâche glorieuse qui leur était départie, les Austrasiens portèrent à la fois sur le Hbin la guerre et le christianisme. Ils commencèrent par attaquer Radbod^ duc des Frisons^ ({ui prétendait s'affranchir de la suzeraineté des rois franks. Ce duc et son peuple étaient encore idolâtres y et depuis quelque temps leur conversion était le principal but des missions du clergé saxon et irlandais. Saint VVilfrid, injustement dépossédé de son siège d'York par rarchevêqu& de Cantorbéry, et allant à Rome demander justice au pape, avait passé dans la Frise l'hiver de 679» et avec le consen» lement du duc Algise, il y avait ;uinoncé la banne nouvelle. (jrand nombre de seigneurs et plusieui s milliers d'iioinmes Uu peuple avaient cru à sa parole» et quand Ëbroïn, séduit par ses ennemis, envoya des messagers à Al(^se, avec des lettres où il lui promettait un boisseau de sous d'or» s'il lui remettait l'évêque Wilfiid ou sa tête, le duc ayant fait lire cette lettre en présence du saint et de ses compagnons» des envoyés d'Ebroïa et d'une grande foule de Frisons, la

(1) Ainsi, par suite des ronvcntions passées entre Pépin et Théodorrc, après la journée de Testry, CMotaire, le troisième ùï& de celui-ci, ne put parvenir au trône.

prîr, la déchira et la jeta au feu, en disant aux messagers: « Dites de ma part à votre maître : ainsi puisse le créateur 1 détruire le royaume et la vie de celui qui se parjure et

» ne garde pas les traités. » Les envoyés s'en retournèrent confus, et le premier apôtre de la Frise put continuer Irauquillemenl son œuvre et son voyage. Dix ans s'étaient écoulés depuis sa prédication, quand Pépin avec les Franks s'avança vers les eôtes de la mer du Nord pour cbercber Radbod ; il lui livra bataille entre le Rhin et la Meuse, auprès de Du^stedea (m dessus d'Uuecht), le vaiii^juit, le mit en fuite et s'en retourna chargé de dépouilles. Le maire n'en dut pas moins reporter presque chaque année la dévastation dans ce pays, jusqu'à ce que Radbod ayant demandé la paix, Pépin, pour unir les deux familles en même temps que les deux naliuns, fU épouser à son fils GiimoaLdy Tlieusinda, la iille du duc.

Le northumbrien WiUebrard n'avait pas peu contribué à ce résultat. Il était venu en Frise avec onze compagnons aussitôt après la bataille de Duersteden, et FV^pin s'était empressé de les appuyer, défendant de Icui faire aucun mal, et comblant de faveurs ceux qui abjuraient le paganisme. De cette manière ils convertirent un grand nombre d'idolâtres. Pépin fit ensuite nommer Willebrord archevêque des Frisons (696), et l'établit dans la cité des Willes (Wiltaburg), nommée Trajectum par les Gauluis-Uumains (Utreckt), La réputation de ce prélat se répandit au loin et lui attira de zélés coopérateurSy parmi lesquels se distingua saint WtUr franmy archevêque de Sens. Saint Wulframm pénétra dans la Frise indépendante, et parvint à se faire écouter de Radbod. Le duc soutïi it qu'il baptisai son fils, et lui-même avait déjà mis un pied dans la fontaine sacrée du baptême; mais, avant d'abjurer, il demanda au missionnaire en quel lieu se trouraient les âmes de son père, de ses aïeux et de tous les héros dont sa nation vénérait la mémoire. — « En enfer, répondit Wullramm ; mais quicun(|ue croira 2> désormais et recevra le baptême, sera dans la joie ctcr-

Djgitized

» nelle avec Jésus-Chriî^l. — Je ne puis me résoudre^ dil le )» farouche Frison, à quiller la compagnie des princes mes X» prédécesseurs, pour demeurer avec un petit nombre de > pauvres dans ce royaume céleste ; j'aime mieux suivre » les anciens usages de ma nation. » Eûi disant ces paroles, il ressortit du baptistère.

Pépin fit encore beaucoup de guerres, de 709 à 712, contre les Allemands, les Bavarois, les Saxons et plusieurs auti*es nations de la Germanie. En 713, il tomba malade et se fil transporter è sa villa de Jopil, située sur la Meuse, près de Liège et vis-à-vis d^Héristal. Coiimie il sentait sa fin approcher , il appela à lui Grimoald , pensant déposer entre ses mains le fardeau du pouvoir (1). Son espérance fut trompée. Tandis qu'il faisait sa prière è Liège, devant la châsse de saint Lambert, Grimoald fat frappé par un païen et expira sous le coup. Ce fils de Pépin lui était né, ainsi que Drogon , d'une ferimie nommée Plectrude; mais a une autre femme, noble el » belle , Alpaïde , » lui avait donné un troisième fils , du nom de Charles (Karl, te fori^. Car Pépin avait conservé l'aiititjue usage de la polygamie, privilège honorifique des princes germains ; saint Lambert, évêque de Maestrich, ne craignit point de lui en faire un crime, et un jour qu'il était assis à la table du duc avec Alpaïde, il refusa de bénir la coupe de cette dernière. Drogon, frère d'Alpaïde, vengea cet outrage en laisant attaquer le courageux prélat par le toit de sa maison. C'était faire un martyr du défenseur des droits de Plectrude et de ses fils. La dévotion lui érigea un temple à Liège, et les honneurs qu'il y reçut purent paraître à Charles une nouvelle ofiTense. Toujours est-il que Pépin , soupçonnant Charles d'avoir armé le bras du meurtrier de Gî irnoald, le fit mettre en prison sous la garde de Piectrude,el choisit, pour lui succé^

(1) Drogon, scm 0k aîné, avait été eiiipuilf, unqanb auparavant, par une iièvro violente.

der dans la mairie, sous la tutelle de son aïeule, Théodoaldf fils naturel de Grimoald (1), qui avail tout au plus six

ans (714).

Etablir cet enfant sur un roi de seize ans^ c'était, dit Montesquieu , mettre un fantôme sur un fantôme. Les Neustriens le comprirent bien, et « s'étant soulevés..,, iU livrèrent bataille dans la forêt de Guise i Théodoald et aux anciens tendes de Pépin. Là périt une quantité innombrable de guerriers. Théodoald, séparé de ses compagnons, se sauva par la fuite » jusqu'à Cologne, où il ne larda pas à mourir, et la déroute des Austrasiens fut complète. Ainsi redevenus libres, les Neustriens élevèrent à la dignité de maire du palais un certain firank, nommé Ragmfred, et s'avancèrent jusqu'à la Meuse, ravageant tout sur leur chemin, en même temps qu'ils s'alliaient au duc Radbod, et l'excitaient à envahir de son côté le territoire des Franks. Puis Dagobert IU étant venu à mourir, ils tirèrent du cloître un certain Daniel, dont ils avaient eu soin de laisser grandir la chevelure, le dirent fils de Childénk II et le nommèrent Chilpérik //(715); « car, dit Erchambert, quand la descendance des rois vieiUà ma^iquer, les Franks ccdderUam sont dans Vusage de couronner celui qu'ils trouwnt le plus proche des Mérovingiens (2).

Charles-Martel (716-741). — La Neustrie avait reconquis la supériorité dont elle était déchue depuis la mort de Frédégonde. Humiliés, opprimés par elle, les Austra** siens tirèrent Charles de sa prison, et le prirent pour chef, f C'était, disent les Annales de Metz , le soleil qui renaît, î et qui paraît plus brillant après une éclipse. » Toutefois, le nouveau duc ne fut pas d'abord heureux. Comme Ragenfred arrivait à grands pas, tandis que Radbod se mettait en mouvement avec ses Frisons, Charles se jeta tout

(1) Ce priuce l'avait eu de la iiUe de Radbod, duc des Fiisons.

(2) ËaaiAiiBCRT, fragm, ann. 715, apud dom Bouquet, t. u, p. 691.

d'abord sur ceux-ci et fut défait (716). ProAtant du succès de leurs alliés d'oulre-Rhia , les Neustriens opérèrent aTCc eux leur jonction à travers ta forêt des Ardennes, et s'avancèrent jusqu'auprès de Cologne, dont ils mirent i ' feu et à sang les environs. « lis ne s'en reloumèrent pas sans avoir reçu de Plectruck un grafid nombre de présents ei de trésors. Mais, dans leur route, et au lieu dit AmbUf (i), Farmée de Charles leur fit essuyer un grave échec. Peu après, Charles, ayant de nouveau rassemblé ses guerriers, marcha contre Ghilpérik et Ragenfred. Ils en viai eut aux mains le 21 mars 717, qui était le dimanche de la Passion, dans un endroit du canton de Cambrai, nommé Vinci. H se fit là des deux côtés un grand carnage, [et Ton combattit très longtemps avant de savoir à qui resterait la victoire ; maij) la vaillance éprouvée des houimes de l'Est finit par remporter]. Ghilpérik et Ragenfred prirent la fuite, et Charles les poursuivit jusqu'aux portes de Paris. £tant ensuite retourné vers Cologne, le jeune duc prit possession de cette ville, qui lui ouvrit ses portes. Plectrude lui rendit les trésors de son père et remit tout en son pouvoir. Il voulut alors avoir un roi , et proclama CMotaire /F, [peiUrêtre fils de Dagobert II (719)].

€ Cependant Chilpérik et Ragenfred n^avaient pas en* core désespéré du succès de leur cause. Ils envoyèrent des messagers au duc d'Aquitaine, pour lui demander du secours, et le séduisirent en lui donnant le titre de roi et des présents. Eudes leva donc une armée de Gascons , vint à eux^ et ils marchèrent ensemble (2) » jusqu'à Soissons , où ils rencontrèrent Charles. Mais Charles les battit si bien qu'il leur fut impossible de se rallier. Eudes courut se mettre à couvert derrière la Loire , emmenant avec lui Chilpérik et le trésor royal. Quant a Ragenfred, il se soumit au vainqueur , renonça è

(1) Dans ]('. Liiiibourg.

(à) irRKUEa, continuât.

h iiiaine du palais de iNeuslrie et ubtiul en échange le duché d'Aujou. Sur ces entrefaites, Ghloiairc IV vint à mourir, et Charles offrit la paix au duc d'Aquitaine, sons condition qu'il lui livrerait son royal allié , et qu'il lui iLiaiL soumis. Kudes accepta Todie, el Chilpérik passa dans le camp de son ennemi, « qui se conduisit miséri- » cordieusemcnt envers lui, et l'établit roi sous son auto- » rilé (1). » Mais ce prince mourut Tannée suivante (730), et Charles^ qui avait besoin d'un nouveau roi , proclama Thicrrl I\\ fils de Dagoberl. La Neiislrie était décidément assujellie à l'Ausdasie , el la puissance du fiis de Pepm égalait celle de son pére.

Les barbares du nord et du midi vont désormais occuper toute l'attention et toute l'énergie de Charles. Il contraignit v^ans Irop de peine les Allemands , les Bavaroh et les Smabea à reconnaître la suprématie des maîtres de la Gaule (725). Mais les Saxmis résistèrent à ses attaques multipliées. Â la faveur des troubles civils, ils avaient porté leurs ravages dans les provinces de l'Austrasie où. s'était lurraée, pour la première fois, la conféd<M ation franke. ils avaient assujetti d'anciens peuples Iranks, les AUmires et les Bructères , et les nouveaux chrétiens que les missions avaient faits parmi ces daiiiers, avaient été dispersés comme la paille au souffle du vent. La Thunnge t'I la HessCy livrées aux flammes, avaient été réduites à abjurer le christianisme, pour calmer les fureurs de leurs eaoemis. Partout, sur le Rhin, les^lises épiscopales étaient sans évéques, et le baptême avait cessé d'être administré. Il semblait que les Saxons eussent résolu de relever de ses ruines leur antique domindlion, et de restaurer dans toute la Germanie le culte des anciens dieux, ijue devenait l'occident, le monde entier, si on ne parvenait à arrêter celte double invasion du. paganisme et de la barbarie? Charles n'arriva point à soumettre la fierté de ce peuple, qui

(I) Ànnal, Met,

marquait encore, comme aulrefois, la limite de ses possessions par d'affreux désens: c'était une guerre impitoyable qu'il devait laisser à son fils et â son petit-fils. Hais, en

pénétrant six fois dans le pays sauvap:o dt s Saxons, et en les combaltanl avec vigueur, de 718 à 738, il réussit à mettre des bornes à leur ambition et à leurs ravages. 11 6t plus encore. Il ne s'agissait plus seulement, comme jadis, de refouler la barbarie ; il ne suffisait même plus de la poiu suivre jusque dans ses retraites, et de Técraser au foyer même oii elle s'alimentait depuis tant de siècles. Il fallait aussi que le christianisme, plus puissant que les légions de l'Empire ou la bâche d'armes des guerriers austrasiens, franchît le Rhin à la suite des armées, et qu'il travaillât avec l'appui de leurs victoires à fixer la sauvage et mobile Allemagne derrière ses grands fleuves, en propageant jusqu'au pôle la civilisation chrétienne. L'avenir de la civilisation elle-même était à ce prix; elle ne pouvait demeu* rer slationnaire et indifférente à la conTersion des barbares, sans compromeltre ses destinées. Ce fut la gloire de Charles de l'avoir compris, et d'avoir appelé à son aide, dans cette lutte opiniâtre, les ministres de la religion.

Ils ne lui manquèrent pas, comme nous le verrons plus bas, et Charles, tranquille de ce côté, put tourner tous ses efforts contre les Smrasins, qui s'avançaient, en accuaiulaiit les ruines, à la conquête de la France et de l'Europe entière. Nous savons déjà combien l'alliance du duc d'Aquitaine et du berber M unuza fut fatale à ce dernier; elle n'avait pas été moins funeste à Eudes. Le prince Charles, en ayant été instruit, avait levé une armée, passé la Loire, mis le duc en déronle et ravagé sa terre (731). H dut en coûter à la fierté du vaincu, quand, au passage de la Garonne, Âbderrahman eut ensuite culbuté ses Aquitains et ses Vascons (732), d'être contraint d'implorer le secours du maire austrasien. Déjà c plusieurs seigneurs français , du un chroniqueur arabe, ùlaient venus se plaindre à Charles de l'excès des maux occasionnés par les Musulmans, cl

lui représenter la honle qui devait rejaillir sur ic pays, si on laissait ainsi des hommes armés à la légère, et en général déaués de tout appareil mililaire, braver des guerriers munis de cuirasses et armés de tout ce que la guerre peut offrir de plus terrible. Charles leur avait répondu : « Laissez-les faire ; ils sont au moment de leur plus grande » audace, et ressemblent à un luirent qui renverse tout » sur son passage^ L'enthousiasme leur tient lieu de cui- I rasses» et le courage de places fortes. Mais» quand leurs I mains seront pleines de butin, quand ils auront pris » du goût pour les belles demeures et les aises de la vie, » quand r«inil)iiion se sera emparée des chefs, que la di- I vision aura pénétré dans leurs rangs, alors nous irons » à eux, sûrs de la victoire. » Ce fut en effet ce qui arriva. Ils approchaient de Tours, traînant après eux leurs femmes et leurs enfants, avec d'iuiiiienses dépouilles, dont la conservation ralentissait leur marche autant qu'elle devait refroidir leur ardeur; ils venaient de s'engager entre les deux rangs de collines qui, prés de la ville, enserrent le bassin de la Loire, ({uand le bruit se répandit parmi eux que Charles s'avani;ai[ à la tête des vieilles bandes qui lui avaient concjuis une partie de rAllemagnc. A celte nouvelle, Abderrhaman, trop habile pour combattre dans celte espèce d'arène, que commandaient de tous côtés des hauteurs^ recula, quitta les bords de la Loire, et se rabatlit sur Poitiers, suivi de près parles Franks, (jui l'atteignirent aux environs de celte ville. Ce fut sans tloute un moment solennel que celui où se trouvèrent en pK seuce ces deux puissantes armées, dévouées chacune à la propagation et au triomphe d'une religion et d'une civilisation particulières, chacune émue à l'aspect d'une nalure (|ui lui est étrangère, et sentant que do celte lutte avec des ennemis inconnus dépend le sort du monde. Durant sept jours^ on s'observa, on escarmoucha. Enfin un samedi, à l'aube d'une matinée d'automne (octobre 732), Abderrhaman donna le sigiial de 1 attaque. Les escadrons arabes s'ébran-

lèrent el se précipitèreni avec ardeur ; « mais les bataillons franks éiaienl rangés comme des murs solides, comme des remparts de glace ; » ils s'y brisèrent sans les ébranler. Vainement les cavaliers succèdent aux cavaliers : ils s'avancent et se retirent avec une rapidité qui semble multiplier leur noîubrc , et leur courage persévérant renouveile pendant tout le jour ces charges impétueuses ; le succès ne couronne point leurs eûbrts ; le léger burnous des enfant du désert est impuissant à les protéger contre la redoutable épée des Franks, et ils tombent moissonnés par le fer ennemi. En lin, vers le soir, un corps d'Aquilains s*étanl détaché de Tarmée pour se porter sur le camp des Arabes, ceux-ci quittèrent le champ de bataille pour courir à la défense de leur butin. Abderrhaman voulut les rallier, et se jeta au plus fort de la mêlée ; il y trouva la mort. Cette mort, ce mouvement de retraite décidèrent de la victoire. Alors les Franks élevèrent leurs armes, comme pour demander du repos à leurs chefs, voulant se réserver pour le combat du lendemain ; car ils voyaient la campagne couverte au loin des tentes des Sarrasins. Mais quand , le lendemain au premier jour, ils se rangèrent en bataille, ils reconnurent que les tentes étaient vides el que Tennemi, effrayé de la perte qu'il avait éprouvée , était parti pendant la nuit et se trouvait déjà loin. La perte des Sarrasins ne fut cependant pas aussi grande que l'ont supposé les chroniqueurs de l'époque , en la portant à trois cent soixante-quinze mille hommes: les événements qui suivirent le prouvent assez. Ce qui est vrai, c'est que Charles, a qui les prodiges de valeur qu'il avait faits dans celle journée ont gagné le surnom de (Tudites) Martel^ sous lequel il est connu dans T histoire, ne se crut pas en étal d'inquiéter la retraite des Arabes^ et qu'il ramena ses troupes dans leurs foyers, content de leur avoir distribué le riche butin des vaincus.

La victoire de ce prince eut pour résultat indirect de convaincre Eudes d'impuissance; il rendit honimagc à

biaries-Martel poor tontes ses possessions, et quand 9 ^int

à mourir (735), son fils Hunold reçut hi duché d'Aquilaïue du maire du palais, en lui jurant fidélilé.

Charles descendit ensuite (7â7) dans la Provence, pour arrêter les nouveaui progrès des Sarrasins, hès il avait pénétré dans la ftirgundie, dont les seigneurs, grâce aux discordes et aux guerres étrangères, s'étaient rendus à peu près indépendants, et s'élanl empare de Lyon , il afait établi ses juges jusqu'à Marseille et Arles, puis était revenu, chargé de trésors, dans le tvffaume de$ Franks, Mais les seigneurs Burgundes, ne pouvant se résigner au joug, s'étaient révoltés à la voix d Un ccilaiii Mauronle , qui avait fait alliance avec le gouverneur arabe de Narboone, et lui avait livré les places d'Arles et d'Avignon. Les Arabes redevenaient donc menaçants ponr la Gaule , et l'œuvre de Charles^Martel était compromise, s'il ne se hàiait de la consolider par dt; nouveaux succès. Il vint aussitôt avec son frère ChUdebrand, guerrier coui ageux , et après avoir repris Avignon au son des trompettes, il v mit le feu. Il s'avança ensuite sur Narboime et en forma le siège; mais la place était bien défendue par Athima^ son gouverneur; et une grande armée arabe, euvù\éc par l'émir d'Espagne, Ocba, sous la conduite d'Omar-Ebn-Khaled, débarquait dans le voisinage pour en assurer la délivrance. Forcé de se retirer, Charles se Tengea de cet échec en anéantissant l'armée d'Omar sur les bords de la J?trre (737), et en ravageant toîit le pays des Goths {\n Scptiuianie). 11 détruisit de fond en comble Nismes, dont les arènes portent encore la trace de l'incendie qu'il y alluma , renversa les murs d'Agdeet de Béziers, rasa Maguelonne, et portant le fer et le feu dans tous les châteaux qu'il put atteindre, s'efforça de n'en laisser aucun dont les Maures pussent abuser contre lui.

Cependant , quand il fut parti , les Sarrasins reprirent leurs courses, et de nouveau favorisés par le perfide Mauronte, ils s'établirent à Marseille et dans les villes des bords du Rhône , d'où ils inquiétaient la Ligurie. Aussi

Charles reprit contre eux les armes, mais cette fois de

coiu ei l avec Luilprand , roi des Lombards, L'effort réuni des deux nations enleva la Provence aux Sarrasins et les resserra dans la Septimanie (739). Obligés par la bravoure des Franks, autant que par leurs propres dissensions, à renoncer a la conquête de la Gaule, les Musulmans s'en consolèrent en disant que, « les Franks étant exclus d'avance du

> paradis , Dieu avait voulu les dédommager en ce monde 9 par le don d'une contrée riche et fertile, où le figuier, » le châtaignier et le pistachier étalent leurs fruits savou-

> reux (1). 9

Cet heureux résultat fit de Charles-Martel le héros le plus illustre de son temps ; la chrétienté le salua comme son sauveur, et le chef de l'Eglise, Grégoire III , lui envoya le titre de patrice romain avec de magnifiques présents.

On a dit que Charles-Martel n'avait pu entreprendre ou

soutenir tant de guerres sans récompenser ses fidèles par des bénéfices, et que l'étal du domaine royal, apauvri par la munificence des princes, l'avait contraint de porter la main sur les biens de TËglise ; qu'il avait dépouillé le clergé par un acté formel de sa volonté, et fait passer, eu glande partie du moins, la propriété ecclésiastique aut mains des seigneurs et des hommes libres. Mais celte assertion n'a pour elle aucun des mmmments hùtoriqxies de l'époque ; ni les chroniques, ni les- biographies des saints, ni les actes des conciles, ni la correspondance de Boniface n'accusent la mémoire de Charles ; et si nous voyons ce prince déposer son parrain, Févêque de Reims, Rigoberl, qui avait refusé de Tappuyer dans sa lutta avec Kagenfred; si nous le voyons exiler à Cologne, avec toute sa famille, saint Eucher, évâque d'Orléans, que de perfides courtisans avaient su lui rendre suspect ; enfermer à Bastonavîlla révêque d'Auxerre, Hainaïai , accusé de trahison dans la

(1) 11e ne cessèrent pourtant pas leurs incarsîons avant I*an

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guei ic d'Aqui laine ; condamner à une éternelle caplivité l'abbé Cœleslin (1), à cause de ses liaisons avec le maire «<ie Neuslrie, et laire tomber la tête de son propre parent, Widon, abbé de Saiat*WandriUe, engagé dans une oonspU ration , nous eomprenons que le fils de Pépin d'Héristal ne* recula devant aucune violence pour afTermir tout d'abord son autorité menacée par la royauté neu^Uie^ne et les partisans qu'elle avait en Austrasie, mais nous ne voyons pas que les complots qu'il eut à d^ouer lui aient servi de prétexte pour dépouiller TEglise de ses domaines.

Il fit sans doute ce qu'avaient fait avant lui les Ebroïn , les Dagobert, les Ghilpérik, pour ne pas dire la plupart de ceux qui l'avaient précédé dans l'administrai ion des allaires. U put donc, soit en retardant ou prévenant les élections » soit en imposant aux électeurs sa volonté , soit en réunissant plusieurs charges enlrc les mêmes mains , se servir des abbayes et des évèchés pour récompenser des parenls , des amis dévoués» s'attacher des seigneurs puissants, se créer un parti considérable. Ainsi aomma-t-il à la place de Rigobert le laïque Milon, qui l'avait suivi surles«hamps de batuiUc , et qui devint évêque de Trêves et de Reims ; ainsi donna-t-il à Widon le gouvernement des abbayes de Fonteneileet de Saint-Waast. Hugues, son neveu, occupait les trois sièges de Paris, de Rouen et de Bayeux; et il y a lieu de penser que Gerold et Gewitieb furent é la fois évôques de Ma yen ce cl de Worras.

On peut même adnieltre , si Ton veut , que celte intrusion violante des laies dans les bénéfices et les dignités ecclésiastiques s'accrat sous le gouvernement de Cbarles- Mertel , sans qu'il y prît tou|ours une part directe, parce que la décadence Loujouis croissante des mœurs religieuses, en affaiblissant l'autorité du clergé , exposa nalurellemcnt ses droits et ses propriétés aux attaques ou aux entreprises d'hommes aussi avides qu'audacieux. U n'était pas rare, à

(1) Ai)iM< 4le Blaiulinium.

• lu

— 2yo —

tfelle époque, de voir des évêques et des abbés qoiUer le froc ou la iiiilre pour le cas()uc cl l'épéc , leurs paisibles retrailes pour le lumuUe de la vie guerrière, et se plaiie* à enlretcDir celle agitation au sein même de la paix par des festins » des jeux et des chasses. Ils y dissipaieat leurs revenus , et puis, 8& fondant sur le principe , établi avec trop de confiance par les conciles, que les biens des églises sont la chose des évêques et que ceux-ci peuvent les aliéner en viager pour subvenir aux nécessités des clercs (1), ils vendaient les plus beaux domaines des évéchés et des monastères; quelquefois même, en prenant possession, ils commençaient par faire la part de leurs parents et de leurs amis. C*esl ainsi que, somla tyrannie plutôt que Vadministration de Teuthstndf le noble monastère de FonteneUe tomba^ dit le chroniqueur, dans la plus déplorable ignO' minie. Cet abbé de Saint-Martin de Tours c eut à peine » pris possession dadit monastère, qu'il lui ravit ses pro- » priélés les plus précieuses et le fit passer de l'état le ? plus prospère à la plus extrême pauvreté ; car il lui en- » leva le tiers à peu près de ses biens , qu'il distribua à » ses parents et à des hommes du roi (S). » On peut se représenter d'après cela )es désordres que durent introduire (Jaiis l'église ces hommes grossiers et charnels (3) qui n'avaient du religieux ou de l'évéque que la tonsure, et juger combien ils précipitèrent la ruine de la discipline ecclésiastique. « Les terres qui servaient à l'entretien des sol- » dats du Christ , dit le même chroniqueur, servent aujou^ y d'hui à nourrir des chiens; ce qui servait à entretenir i> des lumières dans l'Eglise^ devant Taulel du Christ , t> sert à payer des baudriers, des bracelets, des colliers » et des selles ornées d'or et d'argent. Et un peu plus loin : « Widon, le successeur de Teutbsind^ était du nom-

(1) Lav. Ctmeilio Galliœ , p. H n .

(2) Pkbtz, Jlfoftttiimifa GêrmaniiB, t. n. p. 383.

(8) Carnates homines et idiotae Allemanni , Bajuvarii . vel Franci- — Otolon, Bonif, vita, I. ii , $ i.

» bre (les clercs séculiers. Il avait toujours au côté cette » courte cpée que Ton appelle espadillon {semispatium)^ B portait une saie au lieu de chape , et se souciait très > peu des prescriptions canoniques. Car il se taisait tou- 9 jours suivre d'une meute nombreuse » avec Laquelle il » chassait à outrance , et il excellait surtout à atteindre » les oiseaux à coups de flèches , beaucoiij) plus occupé I de ces amuseaients que d'études et de discipline reii- I gîeuse. »

, Certes » les avantages mondains attachés à la possession des abbayes, des évéchés , et que trop de titulaires faisaient

briller à tous les yeux , étaient bien propres à allumer la convoitise dans le cœur des demi-barbares que nourrissait la terre austrasienne ; aussi conçoit-on qu*ils n'aient pas épargné le domaine ecclésiastique. Mais rien n'autorise à eroire que Charles-Martel ait provoqué ou même encouragé ces usurpations. Le mal était plus ancien que lui, et sans doute plus fort que lui. Tout ce qu'on pourrait lui reproclicr, e'est de Tavoir toléré; encore le reproche l'alleint-il moins que tous se^ prédécesseurs, puisqu'il ne fit qu'hériter de la situation , et que les guerres auiequelles il fut fatalement entraîné, durent encore malgré lui en aggraver le scandale.

Malheurcusemont il arriva que les désordres dont nous parlons , aiiectèrent plus qu'aucun autre Févêché de Reims; et bien que Milon , le profanateur des églises de Reims et de Trêves, ait, en dépit des injonctions du pape et du concile , continué pendant douze années après la mort de Charles ses impiétés et ses dépôt (einents , bien que le gouvernement de Pepin-le-Bref n'ait point été exempt de violences commises contre les maisons religieuses (i) , ce

(I) N*est*ce pas sous Pepiu , si ce n'est par ses ordres , qu*à une centaine de manses près, les domaines de l'évèché trAuxcrre furent livrés à

six Ciipitaines liavnrois ? N'est ce pas lui qui donna l'abbaye de rilnnfcuiîlc, avec le ronité d'Anjou, à un seigneur nommé (inïdulfc de Ravennc? Ncst-re pn.s lui qui. en 753, vendit à Widon la dij^iuti' (i ;thlH' Je Foutencllf, qu il cxi'K-a in-n^inul lreule-qu;iUe ans , livrant une grande partie des biens du monastère aux hommes du roi ?

bigiiiz

fut i'adiiiiiiii^iialiun de Charles, ce fui sa mémoire, que^ sous riiispiration d'Hincmar, évoque de Reims, les écrivains du clergé chargèrent, au milieu du sièclei pour intimider el arrêter les usurpatears des biens ecclésiastiques. Ils commencèrent alors A raconter qa*Eocher, révêque d'Orléans , ayant été ravi en extase vit ce prince touî'menlé par les démons au plus profond de Tenfer, pour avoir dérobé la propriété des saints; que , revenu à lui , le prélat recommanda d'aller au sépulcre de Gbarles , disant, en témoignage de la vérité de sa vision, qu'on le trouverait vide, el qu'en effet, lorsqu'on ouvrit le tombeau , il n'y pyrul que des traces de feu et un serpent qui en sortit à l'instant. La vérité est que saint Eucher mourut trois ans avant Tillustre maire du palais. Mais , en 858, guidés par Hincmar, les pères du concile de Kiersi n'en transmettaient pas moins tous les détails de l'histoire avec de nouvelles erreurs, que leiî savants béné-» diclins n'ont pas craint de signaler.

Assurément il y avait dans cette conduite une grande ignorance , pour ne pas dire un profond oubli des bienfaits de l'administration de Charles-Martel. Car, loin d'avoir dépouillé le clergé, il l'avait enrichi de ses dons; les églises d'Ulrecht et de Saint-Sauve, les monastères de Fonlenelle, de Saint-Maximin^ de Sainl-Denys , de Castres, de Saint- Gall , etc. • ont recueilli ses bienfaits et consacré le souvenir de ses pieuses libéralités.

• Boni face el ses missions. — Il avait fait plus encore; non-seulement il avait sauvé l'Eglise à la journée de Poitiers, mais il l'avait aidée à étendre le domaine de la foi, et à conquérir au catholicisme les peuples sauvages de la Germanie. C'est ici qu'apparaît VApoîre de V Allemagne , dont le nom trois fois illustre est révéré par toute l'Eglise. Missionnaire, il évangélisa les nations idolâtres do la Germanie, et travailla à les fixer au sol, en leur faisant goûter les bienfaits de la civilisation

chrétienne ; jjt inuil des Gaules et de rAllèniagne , il réforma les mœurs du clergé et releva de sa mine la discipline eeclésiastique ; légat de la coar de Rome, il rapprocha du Saint-Siège les maires austrasiens, et par cette alliance facilita leur élévation sur le trône, en même temps qu'il prépara la puissance temporelle des papes. Il était né à Wessex et avait étudié et enseigné avec éclat au. monastère de Nnscelle la grammaire > la poétique et les saintes Ecritures. Ordonné prêtre à trente ans, il avait montré tant de prudence et d'habileté, (lu'il n'était point dans la Grande-Bretagne d'affaire diflicile |)our laquelle on n'invoquât ses lumières et son expérience, a Mais, dit son biographe Othlon» déjà détaché des gloires humaines, il » cherchait ou il pourrait porter au loin le nom du Christ, i Aussi, dès 715, alla-t-il en Frise, avec la pei inibbion de son abbé, faire, sous le pieux AVillibrord, ses premières armes contre les païens. Contraint par la révolte de Ratbod, duc des Frisons, de regagner son tle, il aima mieux, à la mort de son ahbé, reprendre son pèlerinage et la prédication, que d'être élevé à la première place du raonaslère, et partit, en 718, pour Rome avec des lettres de recoininandation de son évéque Daniel. c< 11 traversa seul des mers et des • » contrées inconnues, jusqu'à ce qu'il eût rassemblé sur

> son chemin une multitude de serviteurs de Dieu» con- » duits vers le îiirino but et animés du même esprit que

> lui;... il put franchir sans peine, avec l'aide de Dieu, les » défilés des Âlpes, échapper à la férocité plus dangereuse 1 des Lombards, et arriva heureusement au terme de son i voyage. » Le pape Grégoire II Faccueillit avec des yeux riants et un visaye affable y l'interropen sur ses doctrines, et le chargea « d'aller porter la parole de Dieu aux nations

> incrédules. » Il se rendit donc dans la Thuringe, et il y répandait, depuis quelques années , avec autant de fruit que de zèle, la semence de la foi, quand le pontife, pour mieux s'entendre avec lui et récompenser ses services, le fit venir à Rome, et le revêtit de la dignité <Xévéque ré^

(/ioiiuui/c iJ'^S). Il se noniiimil aiurs Winlnalj mais t u le sacrant, Crpc^oire 11 changea son nom en celui de Bonijaœ^ sous lequel il esl plus connu. Boniface ne quilia point Rome sans avoir reçu des lettres du Saint-Siège pour le duc des Franks, et celui-ci ne manqua pas de lui accorder sa protection (1).

Puissamment secondé par Charles - Martel , Boniface convertit ou rappela au christianisme une grande foule de peuples dans la Frise^ la Hesse, la Thuringe, la Saxe et la Bavière. Partout il renversait les objets de la superstition païenne, corrigeait les prêtres dissolus, et fondait des monastères destinés à adermir et à étendre l'empire de la foi. Les obstacles ne lui manquèrent pas du côté des tribus barbares qui demeuraient attachées a la religion et à l'indépendance de leurs pères ; et nous voyons par ses lettres qu'une seule de leurs incursions ruina de fond en comble une trenlaine d'églises {%. Mais les plus grands et les plus pénibles lui vinrent sans contredit des membres du clergé qui se complaisaient dans le désordre, a Quelques-uns, écrit* » il à Daniel, son ancien évêque^ s'abstiennent des viandes 1» que Dieu nous a données, aussi bien que du pain et du )> reste, ne vivant que de lait et de miel. D'autres souji*. tiennent que ceux qui ont commis l'homicide et l'adul- » tère, tout en persévérant daus leurs crimes,, peuvent êtr^ » ordonnés prêtres. De telles doctrines nuisent beaucoup o au peuple, toujours prêt à suivre les docteurs indulgents. » Et nous voudrions rompre avec ceux qui les prêchent ; » car je me souviens qu'au temps de mon ordination, le

(i) «... Nous vous en avertissons, ét-n\ ait-il aux évêqvics, durs, comtes et » vicaires, afin qu'en quelque lieu qu'il passe, avec votre atlectioii et sous >' notre sauve:rarde, i! soit en paix et en sécurité, et qu'il puisse faire et » recevoir j UiUce. S il vieut à se trouver dans quelque nécessité non prévue «< par la loi, qu'il rcÀleen paix jusqu'à ce qu'il soit en uolre présence, lai, ]» comme ceux qui se réclameront de lui et qui espéreront eu lui. Que nul » n'ose lui être contraire ou lui porter dommage, et qu'il demeure en. M tout temps tranquille sous noire protection. . .»

(1) S. BoNiF. eptff. m, 9S.

^ pape Grégoire me fit jurer sur le corps de saint Pierre « que j'éviterais toute communication avec ces transgres- » seurs des canons ; mais je ne puis éviter de les rencon- » trer à la coar du prince des Franks qui nous soutient» » et sans la protection duquel je ne pourrais ni gouverner f le peuple, ni défendre les prêtres, les moines et les ser^ » vileurs de Dieu, ni empêcher les cérémonies païennes et » l'idolâtrie dans l'Kgliâe. Je me contente donc de ne » point communier avec eux et de ne point prendre leurs » avis (1). »

Au reste il faut reconnaître avec Boniface et le pape Zacliarie, qu'il y avail alors en ces parages grand nombre d'imposteurs (2), « qui portaient faussement le nom d'évêques et de prêtres, sans avoir jamais été ordonnés par de vrais évéques, se jouant des peuples et trou*blant le ministère de FEglise ; trompeurs et vagabonds, souillés (les crimes les plus abominables ; hypocrites et sacrilèges, échappés pour la plupart à la servitude, et qui, s'étant fait lonsurer, s'étaient transformés en ministres de Jésus*€lhrist» et vivaient à leur fantaisie sans reconnattre d'évêque. » Tous ces suppâts de Saian devaient assurément iilre moins faciles à convertir que bcaacou|) de païens. Mais le zèle de Boniface semblait croître avec les obstacles. Il dénonce au pape tantôt un prôUre scot (écossais) nommé Samton^ qui prétendait qu*on pouvait devenir chrétien sans baptême par la seule imposition des mains de T^éque ; tantôt Virgile, un des prêtres qui travail In icnl en Bavière sous sa conduite (3), et qui, non conlenL de semer la division entre lui et Odilon, duc de Bavière, enseignait cette doctrine perverse qu'il y a un autre monde et d'autres hommes sous la terre, un autre soleil et une autre lune;

(1) td. 9.

(î) Plus que de prêtres catlioliques, Zacuah. epist, 10. — Cf. OfliLON, Ub. 2, S <•

(3) El non saint Virgile, évoque de Sallzbourg, t omme le dit M. Miche- Jet, p. m.

L'irlandais Clément et le gaulois Adalbert troublaient aus?t TEglise Le premier prêchait, entreautres raonsti uosilés,que Jésas^hrist, en descendant aux enfers» avait délivré tonales damnés ; îl rejetait ranforité des conciles des Pères, atta^ quail le dugme de la pi Adeslination , la discipline et la morale de l'Eglise. L'autre érigeait des oratoires et des croix près des fontaines ; le peuple y courait et désertait les églises» disant : « Nous serons aidés par les mérites » de saint Adalbert. > Cet Adalbert était si révéré qu'on

disputait ses angles et ses cheveux pour les lionorer et les porter avec les reliques de saint Pierre. Lni-mème poussait Torgueil jusqu'à se comparer aux Apôtres el à ne vouloir consacrer d'église qu'en son propre nom. 11 disait à ceux qui venaient se prosterner à ses pieds et lui faire leur confession : « Je sais vos péchés ; vos plus secrètes » pensées me sont connues, il n'est pas hesuiii de vous > confesser ; vos péchés passés vous sont remis : allez en » paix dans vos familles, sûrs de votre absolution, i II avait reçu sa mission de Jésus-Christ par une lettre , c qui était tombée à Jérusalem et qui avait été trouvée par Tarchange saint Michel à ia porte d'Ephiem.Un prêtre, nonimé Icoré, Tavait lue et copiée, puis Tavail envo;yée à la ville de Jérémie à un autre prêtre nommé Talasius, et de proche en proche elle était arrivée par les mains d'un ange à la la ville de Rome, au sépulcre de saint Pierre, oii sont les clés du royaume des cieux. » Adalbert, comme disait le pape» avait entièrement perdu le sens» et il fallait certes que tous ceux qui Técoutaient eussent aussi peu de juge^ ment que des enfants ; mais il n'en était pas moins nécessaire qu'il cessât de tromper les esprits faibles (1), et sur la demande de Boniiace , Zacharie pria les fils de Charles de Temprisonner avec Clément.

Le pieux évéque allait poursuivant^ au cœur même de la chrétienté, tout ce qui pouvait s'opposer au succès de son

(1) Couciie de Aome m 745. ^ Conct^» t. vt.

apostolat. Ainsi se plaignait-il à Zacharie de quelques usages payens observés dans Rome. « Les Allemands, les Bavarois, 1 les Fraoks, lui écrivait-il, répètent ici qu^aux calendeis » de jaiivier,dans le voisinage de Téglise de Saint>Pîerre. on 1» exécute jour et nuit des danses sur les places publiques B à la manière des païdns, en poussant cuiiiroe eux des cris

> et en chantant des chansons sacrilèges ; ils racontent » que ce jour-là, et même la nuit, les tables sont chargées

> de mets ; que personne ne voudrait alors prêter à son » voisin ni feu, ni usiensiles, ni rien de ce qu'il aurait

> au logis. Ils ajoutent qu'ils ont vu des femmes porter » aux bras et aux jambes des philactéres et des franges, » comme c'était Tusage parmi les gentils, et offrir aux » étrangers toutes sortes de choses à acheter. Ces actes » deviennent pour des irens grossiers un objet de risée,

> et un obstacle à notre prédication, comme à la foi(1).» Boniface osa même demander au pontife s'il était vrai qu'il violât, comme on le disait, les saints canons, en permettant Pachat des dignités ecclésiastiques. Et le pape n'hésilait pas à se justifier, car il savait que le prélat n*agissait point par orgueil, mais par un zèle scrupuleux pour la maison de Dieu, dont il avait promis et dont il était jaloux d'assurer la pureté. Aussi voyons-nous la sollicitude de Boniface s'étendre jusque sur l'église anglo^ saxonne.

Apôtre des Saxons du continent, il n'eût pu d'ailleurs oublier ceux de la Grande-iiretagne, dont il était soiti. Sa patrie était fiére de lui avoir donné le jour , et le lui témoignait d'une manière touchante. Sans parler des évêques, le roi de Wessex, Sigebald, et le roi d'Estanglie, jElbualdy lui écrivaient pour le prier de se souvenir d'eux à Faulei, et l'assurer qu'on faisait partout mention de lui, aux messes et aux sept heures canonniales. EUi^ilbert^ roi de Kent, lui envoyait un vase d'argent et

Ci)BoMF., epUt. ad Zachar,^ 132.

queliiucs autres présents, el lui cJeniandaii avec ses prières deux faucons, parce qu'il ne s'en trouvait pas de si bons en son royaume. A tous BoQi^ace répondait avec boDié, mais sans oublier jamais son caraclère ; il écrivait an roi des Merciens, Etbelbald : « Je vous loue des aumônes que » vous répandez, el de la videur avec laquelle vous ré-

> primez les violences et maintenez la justice el la paii 3 dans votre royaume. Mais nous avons appris, avec bi^ ji de ia douleur, que vous n'avez jamais épousé de femme » légitime, et que vous vous abandonnez a la débauche, D même avec des religieuses. Ignorez-vous donc 1 éiioniiilé » de ce péché, et les peines que l'Ecriture prononce conlre A» ceux^qui s'en rendent coupables? Sachez que les païens » mêmes punissent l*aduUére et la débaucîie dans Tan- » cienne Saxe. Si une fille a déshonoré la maison de son » pére, ou si une femme a manqué à la iidélité de son » mari, quelquefois ils la conlraignenl à se pendre , el » après ravoir brûlée, ils pendent sur le bùcber celui qui » Ta séduite; quelquefois ils assemblent une troupe de 9 femmes, qui mènent la coupable par les villages, et loi » ayant coupé ses habits jusqu'à la ceinture, la déchirenl

* en la fouettant et la piquant avec des couteaux, jusqu'à » ce qu'ils La laissent pour morte. Songez enfin à ia coa* n séquence de votre exemple pour vos sujets, et que la

> nation des Angles est fort mal famée pour ses moeurs, » en France et en Italie... (1) » Celle mauvaise réputation de son pays parait avoir douloureusement affecté le saint évoque. « Je ne puis vous taire, avait-il déjà dit à Culbert, » archevêque de Cantorbéry, ce qui déplait ici à tous les a serviteurs de Dieu: Thonnéteté et lar pudeur de l'église 9 saxonne sont décriées, et il ne serait pas impossible de » remédier au mal, si un concile et vos princes défendaient » aux religieuses et aux femmes les voyages fréquents à

• Rome. La plupart y perdent leur intégrité ; et il y a très

{l) Bon. epist. 10. ap. Baron, an. 745.

Digitiztxi by Googte

M peu de villes en Lonibardie, en France ou en Gaule, i dans lesquelles ou ne trouve quelque anglaise piosUtuée: » c'est un scandale a tonte l'Eglise. •

C'était ainsi que Bonifbce, tout en répandant la foi dans la Germanie, travaillait à la réforme des mœurs en France et en Angleterre, et unissait ces trois contrées dans une grande pensée de civilisation religieuse. Mais le principal, objet de son œuvre et de sa sollicitude était rAllemagne« Pour rendre ses efforts et ceux de ses compagnons plus fructueux, après un troisième voyage à Rome (738), où il reçut du pape Grégoire 111 le pouvoir de créer des évéques et d'organiser l'administration ecclésiastique en Bavière , il divisa ces paysen quatre diocèses {Saltzbaurg, FrUsingue^ haiisbmne et Pas9m)^ fonda ensuite les évéchés de Wvri^ hmrg et d*Etchstadt en Franconie, de Fulde et de Burabotirg en Hesse, d'Erfurt en Thuringe, et fil de Mayencela métropole du christianisme chez les Germains (1). 11 éleva aussi un grand nombre d'églises, de monastères, entre lesquels se distingua bientôt Tabbaye de FuUe^ glorieuse pépinière de travailleurs et de savants modestes, lumière de l'Occident dans les jours de ténèbres. Elle fut érigée dans la Hessu, sur les bords de la Fulde, au milieu des sombres loréls de Buchenwald, par les soins du bavarois Stuim, un des plus fidèles disciples de Boniface (744); et celui-ci lui en confia la direction , tandis que, dans les autres établissemenls, il avait rhabiludc de nommer des prêtres de sa nation. 11 en avait invité grand nombre à venir le trouver, et l'histoire remarque parmi eux Biochard et LuUe, les frères WiUibcM et Wumibald, WiUa et Grégoire, illustres rivaux de Boniface, sinon en génie, du moins en piété, en zèle et en vertu chrétienne. Les feumies, également conviées à prendre part à l'œuvre, avaient aussi passé la mer avec intrépidité et s'étaient faites les humbles

(\) En France, il éleva les trois é\èchés de Jiouen, de lieims et de Sens au raiîf; de métropoles. {Episi. ;>9 el tio.)

collaboratrices de ces hommes supérieurs. Le Khin» le Meia et le Danube ont été témoins de leur pieuse influence^ et les habitants des contrées qu'arrosent ces fleuves ont

appris au loin à reconnaître les heureux fruits de leurs efforts. Distinguons entre toutes sainte Ltébciy parente de l'apôtre. Sans négliger le travail des mains, elle s'était appliquée à la lecture et était devenue savante jusqu'à faire des vers latins , dont elle avait appris l'art d'une sainte fille nommée Edburge ; Boniface la mit à la tête de l'abbaye de Bischolsheim pour y former des religieuses, comme son ermite { ainsi se plaisait-il à nommer Sturm ) formait des moines à Fulde.

Quand le saint prélat ent, par toutes ces institutions, assuré le succès de sa géacreuse entreprise, usaiU du privilèp:e que lui avait accordé Zachane de désigner son successeur à l'heure où il se sentirait près de sortir de ce monde^ il fit venir auprès de lui son disciple LuUe, et lui résigna rarchevêché de Mayence , en lui disant: « Je vais achever la roule que j'ai commencée. Voici » bientôt le jour de ma liberté et de ma mort. Toi, trèsj> cher ûlSy termine , avec la construction des églises que » j'ai commencées en Thuringe, la basilique que j'ai éle- » vée à Fulde, et fais-y transporter mon corps usé par le » cours dei années. » Lu lie ne pouvait retenir ses larmes, et Boniface dut le consoler. Il régla avec lui les affaires de son diocèse, l'installa ensuite, avec le consentement de Pépin, en présence des évéques, des abbés, des principaux chefs du pays, et à l'âge de soixante-treize ans, simple missionnaire^ retourna dans les marais de la Frise, où il avait, quarante ans auparavant, prêché pour la prenniére fois. Il y trouva bientôt le martyr avec cinquante compagnons de son zélé ( 9 juin 755 ).

Carloman et Pépin (741-747). — Charles-Martel était

mort en 741 , sans avoir donné de successeur à Théodoric FV^ (737), et laissant trois fils, dont deux seulement béntèreni

de sa puissance par sa volonté et Vavis de ses grands, L'aîûé, Carloman, eut TAustrasie, la Sun vie, qu'on commeDçaU à appeler Allemagne^ et la Thuriuge ; l'autre, Pépin samommé le Bref pour sa petite taille , eut la Neostrie, la Bourgogne et la Provence. Grippons le troisième, réduit à quelques comtés, essaya vainement d'armer pour sn cause les Saxons , les Bavaiois, les Allemands et les Aquitains, tous iuipaUents de secouer le joug que leur avait imposé la puissance de Charles. 11 ne fit qu'attirer sur ces peuples une vengeance d'autant plus infaillible^ que , Carloman et Pépin commencèrent par s'assurer de sa personne, en le jetant au fond d'une prison (741 ). Théobald^ duc des Allemands^ fut abattu le premier, se soumit et donna des otages (74â)* La Bavière, cruellement ravagée par les vainqueurs, n'en fut délivrée qu'à la nouvelle de la révolte des Saxons (743). Ceux-ci, surpris et défaits après avoir perdu beaucoup des leurs, se déterminèrent en grand nombre à recevoir le baptême. Quant aux Aquitains, qui s'étaient avancés jusqu'à Chartres, menaçant toute la Neustrie, ils furent si malheureux et si vivement poursuivis au delà de la Loire que leur duc, Hunald, désespérant de jamais relever la dynastie dégénérée des Mérovingiens, alla s'enfermer au monastère de Tile de Khé, après avoir laissé la dignité ducale à son fils Waïfre (745).

Les princes franks n'avaient pas attendu ce moment pour s'occuper de remédier aux maux de l'Eglise, et rétablir chacun de son côté la loi de Dieu et les canons, ïiiéconmis sous V administration des derniers princes. Dès Tannée 742, le 21 avril, Carloman, le premier, de concert avec saint Boniface, avait réuni un concile en Germanie, où il ne s'en était pas tenu depuis quatre-vingts ans, et à la suite de ce concile, après avoir, sur l'avis de ses clercs et de ses barons, établi des èvêques dans toutes les cités, et placé au dessus de tous, comme archevêque, Boniface, l'envoyé de.saint Pierre, il avait ordonné « qu'un synode » fût convoqué chaque année , pour rétablir les droits de

» l'Eglise et amender la n i il: ion du Chrisl ; qu'on i cndîl et » qu'on restituât aux églises les biens dont elles avaieni été n dépouillés ; que les faux prêtres, les diacres et les clercs « adultères el fomieatenrs fussent chassés des bénéfices ec- 9 clésiasliques, dégradés et condamnési la pénitence (i).» Le concile avait d'ailleurs interdit aux clercs de porter des armes, de combattre et d aller à la guerre, de chasser ou de courir les bois avec des chiens^ ou d'avoir des épenriers ou des faucons ; il avait aussi soumis les prêtres aux évéques diocésains, et recommandé à ceux-ci de préserver leurs peuples de toute superstition païenne, sacrifices des morts, sorts, divination, caractères, augures, enchantements, feux appelés niedfyr.

L'année suivante {i^ mars 743), Carloman confirma toutes ces dispositions au concile de LepHnes ( près de Cambrai), imposa à tous les abbés et liioines de son roynume la règle de saint Benoit, et modifiant le capitulaire précédent en ce qui touchait les biens de l'Eglise, il prit une mesure fort délicate, destinée à concilier les intérêts de ceux qui les possédaient, avec les besoins et les nécessités de l'Etat. « Nous avons aussi décidé, dit-il, de » l'avis des serviteurs de Dieu et du peuple chrétien, à » cause des guerres qui nous menacent et des persécu- » Uons des peuples qui nous entourent, que nous retien- » drons, à titre de précaire et à charge de cens, pendant » quelque temps et avec la permission de Dieu, une

portion des revenus de l'Eglise pour l'entretien de notre > armée, à condition que chacun an il soit rendu à l'église j» ou au monastère un sol, c'est-à-dire douze deniers par )• maisonnée (3) ; de telle sorte que, si celui à qui le bien » a été prêté, vient à mourir, TEglise soit immédiatement

réintégrée. Et s'il arrive de nouveau que la nécessité

(1) Ap. Pkutz, t. m, [). 16.

i'i) Ou famille d'esclaves. Ceci n'est pas dans le dvcrvi, niais iô>ulle d'ane leUre que le pape Zacharie écri\ ail. l u 745, à saint Uonilace. tLK>m Boi'Q. t. IV, p. 95.)

0 inlcivienne et que le prince Tordonne, on renouvellera D la précaire, et il en sera passé acte une seconde fois. » Recommandons expressément de prendre garde que les » églises ou monastères, doni les biens auront été ainsi » donnés en précaires , n'aient à souffrir la pauvreté. Et » si elles en souffrent, cpi'on leur rende leur bien sans > déchet (4). » C'était là, comme on le voit, un comproniis enire deux intérêts puissants, qui laissait subsister le mal, tout en prétendant le réformer. « En effet , dit H. Lehuerou (2), il faut se garder de croire que les réformes décrétées au concile de Leptincs et ailleurs, après la mort de Charles-Martel, aient jamais été sérieuses. Les monuments ne permettent aucune illusion à cet égard. Non seulement les Carolingiens sont intervenus, sans ménagements et sans scrupules, comme les Mérovingiens, i toutes les époques de leur histoire, dans les élections ecclésiastiques; mais ils prodiguèrent les Lénélices de l'Eglise à leurs leudes, avec autant de complaisance [qu'on Tavait jamais fait]« Ni Charlemagne, ni Louis-le-Débonnaire, les plus pieux et les meilleurs princes de cette dynastie, ne font exception. » C'est que la situation était plus puissante qu'eux et \cs di)minait malgré eux. Le clergé le sentait bien lui-même; aussi se borna-t-il à faire reconnaître solennellement par le pouvoir le principe sacré de Tinaliénabilité de ses biens; il lui suffisait, au défaut d'une restitution immédiate, que son droit de propriété et de r»^lrnii lût proclamé, (jue le sort des terres qui lui avaient été ravies fût régularisé et fixé. Un jour viendrait sans doute, où plus puissant il pourrait avec succès invoquer ces titres» et rentrer dans ses domaines.

Pépin, de son coté, fit tenir à SoismiSj en 744, un concile, qui consacra les règlements de ceux qu'avaient assemblés Carloman , et qui fut daté , comme celui de

(1) KarioiiKiniu princ. capilul. a I , S. (i) P. 535.

Leplines , suivant Tére dé l'incarnation , dont le moine

Denys-le-Pelit avait le premier inlroduil Tusage en France dans le vi<^ siècle. Après avoir ainsi aidé son frère à assurer la paix dans ses états et à réformer tous les abus^ Carloman, enflammé d^un saint amour de piété^ remit son royaume avec ses deux fils (1) entre les mains de Pépin, se fit couper les cheveux et se relira au mont Cassin (747). Pépin cloîtra ses neveux et gouverna seul, s'intitulant maire par la grâce de Dieu.

Pepin-le-Bref (747-752). — Son premier acte, comme souverain de la France, fut de rendre Grippon à la liberté;

mais Grippon n'accepta le bienlait que pour soulever de nouveau les Allemands, les Bavarois et les Saxons, élernels ennemis du nom irank. C'était appeler sur eux de nouveaux malheurs. Les Saxons furent battus et consentirent , pour obtenir la paix, à supporter encore le tribut que Chlotaire leur avait autrefois imposé. « Un grand nombre voyant qu'ils » ne pouvaient résister à la bravoure des Franks et perdant » courage» demandèrent les sacrements chrétiens (2) (748).» Les Bavarois « non moins maltraités que les Saxons, furent contraints de reconnaître l'autorité de TaesiUm, fils mineur d'Odilon, auquel ils venaient de substituer le frank rebelle; et les Allemands, privés de leurs ducs nationiiux, furent désormais soumis à des comtes, nommés par Pepm (741)). Grippon, fait prisonnier, avait dû la vie aux prières de saint Boniface et du pontife. « Son frère le mit généreu- » sèment, en qualité de duc et selon l'usage, à la tête de » douze comtes (3). » Mais il voulut relever encore une fois la tête et il fut tué dans les Alpes par les Franks char* gés de le combattre. ( 753).

Certes y au milieu de tous ces événements , on est bien loin de soupçonner qu'il y eût en France un autre

(1) Drogon et Pépin.

(t) Fbbdig. Chrm* e€ni(n,, a. 747*

(3) Egihbard , Ànnaiêt,

roi que Pepin. Pour complaire aux Neustriens, le tmire du palais avait cependant placé la couronne, en 742, sur la tête d'un certain Childérik Ilf » dont rorigind est inconnue. Mais le roi, comme tous ceux qui depuis un siècle s'étaient assis sur le Irône , n'avail en lui d'illusiie* que son vnin tiUe. Depuis îa mort de Dagobert, en effet, c les trésors et les forces du royaume, » dit le secrétaire etrhistoriendeCharlemagne, « étaient passés aux mains des maires du palais ^ à qui appartenait réellement le souverain pouvoir. Le prince était réduit à se contenter de porter le nom de roi , les cheveux flo liants et la barbe longue , de s'asseoir sur le trône et de représenter Timage du monarque. H donnait audiénce anx ambassadeurs, de quelque lieu qu'ils vinssent , et leur faisait , à leur départ, comme de sa pleine autorité, les réponses qui lui étaient enseignées ou plutôt commandées. A Texceplion de son titre et d'une pension alimentaire , que lui réglait le préfet du palais, selon son bon plaisir, il ne possédait én proprè qu'une seule maison de campagne d'i|n fort nBodK|ue revenu, et c*esl là qu'il tenait sa cour, composée d'un très petit nombre de domee^tiques, chargés du service le plus indispensable et soumis à ses ordres. S'il fiallait qu'il allât quelque part^ il voyaj(eatt monté sur un ebariot traîné par des boeufs, et qu'un bouvier conduisait à la manière des paysans ; c'était ainsi qu'il avait coutume de se rendre ou palais et à l'assemblée générale delà nation, qui [depuis la bataille de Testry] se réunissait [de nouveau, mais au mois de mars] une fois chaque année pour les besoins du royaume ; c'était encore ainsi qu'il retournait d'ordinaire chez lui. Mais l'administration de l'Elat et tout ce qui devait se régler et se faire au dedans comme au dehors, était remis aux soins du préfet du palais (1). »

dette dignité était devenue, pour ainsi dire^ héré"

(1) LaiMUARD, vu. Carol. M,

diliiiie dnns la famille de Pépin, qui la portait avec un gfaad écial. Son père 4 avait purgé la France des tyrans qui partout s'en arrogeaient Tempire , et sauvé la tîhrétienté de ses cruels ennemis. » Pépin lui-même avait terminé heureusement plusieurs guerres très menaçantes; il était aimé du peuple et des grands pour son génie miiitaire et ses manières ailables, et n'était pas moins cher au clergé^ sur les intérêts duquel il veillait avec un soin éclairé. D'un autre côté , la nation possédait toujours le droit à^élire son roi et de choisir pour tel celui qui loi paraissait le ip\us capable, n'ayant jusqu'alors obéi qu à un usage, en le prenant dans la famille mérovingienne. C'est pourquoi, fatigués, non moins que leur maire, d'une fiction qui durait depuis trop longtemps» les Franks se décidèrent à envoyer à Rome Burchard , évêque de Wurtzbourg, et Fuldrad, abbé de Saint-Denis, pour demander au pape Zacharie qui devait être roi, celui qui en avait le titre et non la puissance , ou celui qui en avait la puissance sans en avoir le titre. Le pape répondit qu'il paraissait plus cmvmàbU de donner le nom de roi à celui qui en avait l'autorité. Et aussitôt, Childérik III ayant été tondu avec son fils, et enferme dans un monaslère, « Pépin fut procla- • mé roi par le choix de toute la nation franke(i).> Saint Boniface, pour imprimer à sa nouvelle dignité un caractère religieux, le consacra de Thuile sainte, comme avait fait autrefois saint Remi au fondateur de la monarchie (2), et la famille d'iléristal, la famille des forts, se substitua aux héritiers dégénérés de Clovis (752).

Quelque temps après (754), Childérik étant mort, le pape Etienne II, qui était venu dans le royaume des Franks pour solliciter le secours de leurs armes contre les invasions

(1) Frbdeg. Chnmie, eontin,

(ij C ost ce que prouve le lestauicul ilc saint Uemi, que Flodoartl nous a conservé, et I histoire de Grégoire do Tours, qui dit |>ositivemeut < que » Gtovis fut oint do sainlrehrème, » (1. 11. ) Grégoire le dit même de Bmaehild, 1. iv.

dès Lombards, « après âToir teça de Pépin la promessel ^'il défendrait FEglise romaine, » renouvela solennelle-

meiu le sacre du roi, donna ronction royale à ses deux lils, Charles et Carloman, qu'il nommdi pair i ces des Romains, ainsi que leur père, et retrancha de l'Eglise quiconque prùfogeraU d'éUre un roi mu (Tun aulre sang. L'union était assurée entre la papauté et la race de Pépin; te ré-> sultat de cette union fut, tout en affermissant la dynaslié naissante des Carolingiens, de garantir l'indépendance spirituelle du Saint-Siège el d'assurer la réforme du clergé iéns l'Europe occidentale.

Ainsi, en 7ôi, des cinq élats civilisés que présentait TBorope, un seul, la France, jouissait d'une forte unité

politique et religieuse ; une dynastie nouvelle en avait réuni toutes les parties sous son aulorité, et celle-ci, consacrée par la religion en mémo temps qu'affranchie de toute entrave, devait donner aux forces vitales du royaume une nouvelle impulsion aussi énergique que salutaire. La lutte des divers éléments de la nation frnnke et leur pacification sous le sceptre de Pépin , voilà le principal caractère de la période mérovingienne ; leur fusion s'opérera surtout sons les drapeaux de Cbarleroagne, et en face des Saxons, ces anciens ennemis du nom Frank, ces nouveaux

persécuteurs de la religion rnlholifiue (1).

La Grande-Bretagne ne jonii pj^s encore du même avantege; mais le christianisme, également professé par les vainqueurs et les vaincus, les y prépare ; la réunion des uns et des autres sous le sceptre d'Egbert doit servir Tinfluencc flos idé^s chrctionncs ; la lutte qu'ils auront à soutenir contre les Danois achèvera de confondre les esprits

(1) Voy* ei-dessus, p. iS3 et 1. 1« p. 64.

et les courages. — Du reste, entrés dans l'Eglise un siècle après les dominateurs de la Gaule, les Saxons de la Grande- Bretagne ont avec ardeur embrassé Tétude des sciences et

brûlent de répandre la vérité, dans le temps même où, chez leurs voisins, nulle désordres, mille maux ont obscurci les inteUigences et augmentent tous les jours la barbarie des mœurs. Grâce à ce contraste et au zèle des mission* naires saxons , le clergé frank revient à ses glorieuses destinées, et YAlionagne entr'ouvre les yeux à la lumière.

— Ici tout commence on renaît à la vie. Dans le midi au contraire, tout s'ébranle, tout s*efface, tout meurt. La monarchie élective des Wisigoths y après, avoir embrassé la péninsule Ibérique, a été refoulée dans les montagnes du nord^ ou elle se défend à grande peine. Ce qui Ta réduite à cette extrémité, ce sont les livalilés ambitieuses des grands , le mépris de l'autorité royale, raciion énervante du climat et d'une longue paix ; elle ne se relèvera qu'en se rattachant étroitement é la Croix, en se retrempant dans une lutte séculaire contre le Croissant.

Vempire Grec, élreiuL de toutes parts par la barbarie, épuise ses forces dans une résistance désespérée, dont ses révolutions de palais et sa folle passion pour les disputes théologiques augmentent encore les dangers. H y perd ses plus belles et ses plus riches provinces, et ne se reconnaît déjà plus en Europe que dans sn propre capitale. Le resie est devenu slave ou obéit aux Bulgares. Pour comble de misère, il prélude au schisme de Photius par l'hérésie des Iconoclastes, et voit l'Italie lui échapper sans retour.

Les Arabes , qui ont dépouillé la Grèce et soumis l'Espagne, semblent avoir également pris les défauts de ces deux états. Aussi leur empire , qui des frontières du Thibet s'étendait, en passant par le sud de la Méditerranée, jusqu'à l'océan Atlantique , n'a pas tardé à se partager, et risolement du Khalifat de Cordoue, quand l'Afrique aspire de son côté à Tindépendance , sera pour lui une cause de faiblesse et de dépérisscmenl.

Enfin Tambition des Lombards fait pencher leur monarchie vers sa ruine. Ils vont passer sous In dominalion des Franks, qui, des débris de la puissance Byzantine, formeront en même temps les Etats de l'Eglise. Tout est prêt pour l'accomplissement de cette double révolution, d*où doit sortir la restauration du grand Empire romain d'Occident, destiné, par sa foi et par ses armes, ù servir d'appui à la papauté.

Hais l'histoire de ces événements, avec lesquels une ère nouvelle s'ouvre pour l'Europe, appartient à la deuxième

période du moyen-âge, à la période carolingienne ; arrêtons donc le récit des événements extérieurs à l'époque de l'avénement au trône du fondateur de la deuxième dynastie, et voyons dans l'histoire de V Eglise et des Lettres , l'état intellectuel et religieux de la société pendant les quatre siècles que nous venons de parcourir.

LIVHË aUAÏRlËMË.

ÉTAT RELIGIEUX ET INTELLECTUEL IMC L'OCCIDEKT

ET DE l'orient, DE 395 A 752.

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