CHAPITRE I
état DE l'Église.
PaEMlÈKE PARTIE.
L PR0t>AGAT10N DU CHRISTIANISME EN OCGIDENT.
ÎSoub avons vu, au commencement de cet ouvrage (1), que, dès le milieu du troisième siècle, le christianisme, franchissant les limites de l'Empire et s'enfonçant dans les sauvages retraites des barbares avec les prisonniers qu'ils ramenaient de leurs excursions dévastatrices en Grèce et dans l'Asie Mineure, avait conquis à l'Eglise les Wisigoths, et que les "Wisigoths étant ensuite lombéb danb l'hérésie d'Arius, y avaient entraîné avec eux les peuples qui leur étaient alUés» les Ostrogoths, les Gépides, puis les Alains, les Suèves et les Vandales (2). La plupart des nations ger*
(1) Cf. le livre i, cbap. i des Invasions germaines^ ci VEtat religieux éeH*Bmpir0 vers Tan 395.
(2) Si toutefois le roi des \ aiiciaie8, Genséric, qui commeuça à régiiti en 4SS, ne passa point, ainsi que l'écrit Idacius, du catholicisme "à Fhéré- 8Îd ; car alors son peuple n*aarait pas reçu des Goihs les pr^ières prédications évangéliquos.
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maniques qui envahirent l'Empire étaient donc chrétiennes à répoque de leur invasion» mais chréliennes de la secle d'Arius. L'ËgUse ne se donna point de repos qu'elle n'eûl sdissipé les ténèbres dont elles étaient enveloppées, et elle eut la consolation de voir en Espagne les Suèves adopter la foi catholique sons Carinric (551); les Wisigoths sous Rekared,par Tinfluence dlngunde, sa belle-sœur; en Italie, les Lombards, d'abord sous Agilulf (603), grâce aux exhortations de la reine Théodelinde, et définitivement sous Grimoald (663), à qui son épouse Théodora,sœur de Berlarid, inspira une telle horreur deTarianisme, qu'il hàlit et consacra lui-même, à Pavie, une basilique en l'honneur de saint Ambroise, le grand antagoniste des ariens.
L'Eglise ne fut pas moins heureuse dans sea rapports avec les barbares encore païens au moment de l'invasion, et qui apportaient avec eux les croyances du paganisme dans les contrées où ils se fixaient. Les Burgundes se convertirent au catholicisme, immédiatement après leur pasaagsf in Rhin (èlS), et restèrent fidèles à la foi sous leurs 'okMf»6ottdicaire, GondiiAb et Ghilpérik. Puis, il est vrai, après Tan sous le règne de Gondebald , ils se firent ariens à l'instigation de ce prince ; mais, par les exhortations d'Avitn»^ évêque de Vienne, le fils de Gondebald, Sigismond, ik^ra puUiqaement l'hérésie, et une fois parvenu au trtee (546) , remit le catholicisme en honneur dans les élais paternels. Les Franksj à leur tour, renoncèrent aux idoles après la bataille de Tolbiac (496), et régénérés dans les eaux du baptême, devinrent les plus fermes appuis de L'£|^. Un siècle après (596), le grand pape saint Grégoire I entreprenait la conquête des AngUhSaxùns ^ la plus difficile et la plus belle peut-être de toutes celles que fit alors la reUgion. On a pu entrevoir la pari qu'y prit VIrlande, et comment elle contribua à féconder dans la Bretagne les premiers germes de la foi. Peut-être est-ce ici le lieu de faire connaître en quelques roots l'état religieux de cette île, que le zèle éclaire et fervent de son
clergé a fait sui nommer l'Ile des saints, Vèmeraude des mers.
Mande. — Les fréquentes pirateries des habitants de rirlande y avaient amené sans doute de bonne heure, des
eôtes de la Gaule et de la Bretagne, des captifs chrétiens, qui gas:nèrent leurs maîtres à la religion du Christ. Car le plus habile seclateur de Peiage, Geleslius, était, d'après saint Jérôme, un irlandais, et saint Prosper ne craint pas de dire que les efforts du pape Célestin, qui donna PoUadiiis pour premier évèque à Flrlande, avait rangé cette île parmi les pays chiéliens, in Christum credentes (1). Mais le paganisme y comptait de nombreux adeptes, (rautant plus difTiciles à converlir, que les indigènes formaient deux tribus qui ne s'étaient pas encore mêlées, celle des habitants primitifs, que la plus antique tradition du pays signale comme des Milésiens venus de la Galice, et celle des ScotSy moins anciens dans l'île, dont ils avaient subjugué les premiers possesseurs (2). L'armoricain Pa^rt/^, né en 387 à Boulogne en Picardie (S)^ se chargea de leur porter la parole de vie* Enlevé a seize ans par un pirate scot, il avait été transporté en Irlande , et pendant six ans, tandis qu'il gardait les troupeaux de son maître, il avait appris la langue du pays; puis, s'étant enfui, il était venu à Tours', oii saint Martin avait fondé une célèbre école, et après y avoir étudié les sciences et la morale chrétienne, il était allé se perfectionner dans la vie religieuse au monastère de Lerins. De là il se rendit à Rome, et y reçut avec la bénédiction du pape Géleslin le pouvoir de prêcher rËvangiie. Fait évéque à Eboria ( Evreux ?
(t) M Ad Scotos in Christum eredentes ordinatus a papa GelesUno Pal- Uidiui pHmos episcopus miltitar. » (Psosmi CAronte., adann. 431.)
(3) Ce n'cfit que de 510 à 520 que le nom de Scoti devint commun à tons les Irlandais, et que leur Ile fut aussi connue sous le nom de ScoHa que sous oeloi à^HibtrrUa,
(3) Bonavtm Javerfur, Boulogne de la Térouane.
pour remplacer Palladius, qui venait de mourir, il prit avec lui quelques compagnons, et partit, en 432^ pour la Seoiie, Bien àccueilli de Léogaire > le roi suprême de l'ile, il lui fit aossilôt part de la borne nùuvMSy éiasi qu'aux chefs de tribus réunis auprès de lui. Un barde fameux fut sa première conquête; Cr nall, frère de Léogaire, crut ensuite à sa parole ^ ainsi que plusieurs grands du pays ; mais la plus célèbre conversion qu'il opéra fut celle des sept fils d'un petit roi et d'une grande masse de peuple assemblé à Connaught ; ils étaient douze mille environ^ et tous lurent baptisés à la source d'Enardhac. Bien des jeunes filles, au sortir du baptême, se vouaient à la vie ascétique, et le nombre de ces religieuses croissait avec les résistances qu'elles rencontraient dans leurs familles. Sainte Brigiée^ en fondant pour elles plusieurs couvents, dont le plus important, celui de Kildare, date de 490, les soumit au joug d'une règle. Plusieurs chefs, gagnés par de légers présents, remirent aussi leurs enfants entre les mains du saint, qui les instruisait et les associait à son apostolat. Ainsi la foi se répandit promptement dans l'ile^ mais son triomphe n'y ftjt assuré qu'au vi« siècle, après la conversion de Mouchertach (513-533), le premier des grands rois qui ait renoncé au paganisme.
Alors on vit quantité de fidèles abandonner tout pour suivre la foi du Christ, les établissements pieux se mùlliplier pour recevoir les corpoi alions religieuses , et rirlande donner à l'Eglise une foule de nouveaux saints. Ce sont d'abord , de 432 à 542 , suivant un précieux monument de la fin du vu« siècle ou du commencement du vin«, trois cent cinquante évéques et fondateurs d'églises, Romains, Franks, Bretons ou Scots; « carîms les évéques d'Irlande étaient alors saints et plems de l'esprit de Dieu. Sous la conduite du Christ, tous observaientla même discipline,introduite par saint Patrick,avaient même liturgie, même tonsnre, même cycle pascal; et ce qu'une église rejetait, toutes le rejetaient également Ils ne
i>e séparaient du sexe avec Irop de rigueur, mais forts dans le Christ, ils sonienaienl la présence el la société des femmes» et en acceptaient le service, sans céder aux ientatioiis que leur vue peat faire nattre (1)... La deuxième 4»lassey de 540 à 506, comprend trois cents saints, dont la plupart ne sont plus des évéques , mais des prêtres , tanl abbés que moines, les couvents étant alors fort nombrenx. Ils avaient toujoui^s un même cycle pascal et une naéme .tonsure, mais diverses liturgies et règles monastiques. Ils tenaient une de ces liturgies des bretons David , Gildas et Cadoc. Ils interdisaient le service et l'entrée de leurs
cloîtres aux femmes. Parmi eux on cite entre autres
Gomgall qui éleva» en 559, le célèbre monastère de Banchor ou Bangor^ aux environs de la baie de Carrikfergas, el qui gouvernait trois mille moines disséminés en différentea maisons , puis le roi du Leinster méridional , Cormac , qui passa ses dernières années à Bancbor. La troisième classe comptait un petit nombre d'évêques et de prêtres, en tout cent personnes. Ces saints ^ retirés dans les déserta^ Vivaient d'herbes, d'eau et d^aamônes; ils ne possédaient rien en propre, avaient diverses règles ou liturgieset divers genres de tonsure, les uns gardant leurs cheveux, les auti'es ayant la corona. Ils ne s'accordaient pas non plus pour la fixation de la Pàque, les uns célébrant la résurrection de Jésus-GbrisC le quatorzièmé jour de la lune^ les aûtreâ le seizième. Ils virent passer les règnes de quatre dynasties jusqu'à la grande niorlalité (605-065) (2). » Ainsi plus le nombre des saints diminuait, plus leur dévotion était ardente , leur méditation profonde » leurs abstinences rigoureuses 9 leur lutte avec les sens impitoyable, tl: semble que le génie religieux des Orientaux, qui avait fait de Lérins une petite Tbébaïde, élail passé tout entier dans
(l; « Ceci prouve contre ceux qui prélcudeul que les prêtres el évéques « d'Iriamlc étaient alors mariés. Ils ont été, au contraire» toujours tenus V au célibat. » Dorllikgbb, t. ii« p. 177.
(3) DoBLUflGCB, (. it, p. l77*t7S.
l'Irlande avec saiiU Patrick. Mais on sent aussi qu*il y a dans cette aspiration à risolément , à Tindépendance, une onue de péri) pour l'église irlandaise, et que tdt ou tard b discipliné et les niœurs en souffimnoe védamerofit më
rtfoime énergique. Toutefois « les Irlandais gardaient la doctrine elle-mênic dans toute sa pureté ; on ne Ironvait cbez eux ni schismes, ni hérésies ; mais ils honoraient dans le pontife roiiaitia le dief de l'Egalise, et par lui se trouvaient ea rapports continuels avec les autres églises de la catho-licité. n
L'ocfidenl n'avait point d'ailleurs en ce temps-là de meilleures écoles que celles des couvents d'Irlande, parmi hsiinellés se distinguaient alors l*école de CUmard, fondée par saini Finnian en 330, et celle de Lismore , qu'établit » en 640^ saint Gataldus. » Aussi, tandis que des armées de barbares livraient l'Europe au pillage et k la misère^ tous les amis de la science et de la vie monastique venaient-ils du continent ou de la Bretagne chercher un asile sur cette terre^ encore exempte d'agitation. De leur côté de pieux irhndais, passant les mers ^ atlai^t porter l'Evangile aux populations idolâtres, retremper lâ foi des autres peuples et répandre en Europe les lumières de la civilisation chrétienne. Ainsi Eriffithan» à qui sa simplicité a fait donner le aem ée €!Qhmbm^ ms lequel il est connu , après avoir fondé un couvent à Tircmnel, d'où sortit plus tard la ville deDerry, aujourd'hui Londonderry, vint au milieu du vi« siècle s'établir dans l'île de Hy ou loua , l'une des Hébrides, nommée depuis I-Kolumbkili , et delà porta la M dans toutes ces ties , cbee les Pietés du nord de la Grande-Bretagne , et parmi les colonies de Scots ou Irlandais établies, vers 503^ entre le golfe de Glyde et les monts Grampians. Dans toutes ces missions il éleva grand nombre d'églises et de monastères, et par là , quoique simple prêtre» il exerça extraordinairement et assura i ses successeurs, les abbés de Hy, une juridiction ecclésiastique jusque sur les évèques de sa vaste province. Quand la
mort vint surprendre saint Coloiiiban au milieu de l'assemblée (les fidèles (nO?) (1), un autre saint prenait possession au nom du Christ des états Anglo-Saxons et ouvrait une nouvelle carrière à l'infatigable activité des Irlandais i^),
Dexuc caractères prhicipaux des unissions cfiez les barbares. — Deux choses irappent surtout dans ces grandes missions. La première ^ c'est l'active et salutaire coopération de la femme à Tœuvre de TEglise. Âu commencement du monde, elle avait initié Thomme au mal et préparé à sa postérité une vie de fatigue et de misère ; maintenant elle lui ouvre le chemin de la vertu et du boulicur, et n'omet rien pour le réconcilier avec lui-même et avec le ciel. Aussi, tandis qu'elle avait aux temps anciens vécu dans la servitude et rhuroiliaUcm, la femme, en préparant le cœnr de Thomme aux enseignements de la religion, s'est-elle assuré le premier rang dans la société chrétienne. 11 était impossible, en efîct, que les peuples, héritiers du bienfait, ne se transmissent pas de siècle en siècle la dette sacrée de la reconnaissance» et il devenait naturel que l'influence de celles e& qui le guerrier barbare vénérait déjà comme un souffle de Fesprit divin, s'en accrût prodi^^ieusement. Sans doute celle influence sera bien des fois méconnue, et demeurera longtemps obscure encore dans le chaos du moyen-âge (â);
U) L'époque de sa mort témoifpue aatez qu'il ne faut {las le confondra ainsi que Ta fait M. Aug. Thierry, avec l'irlandais du même nom, qui fonda dans les Vosges le monastère de Luxeuil, et, en Italie, {wès de la Xrcbia, celui de Bobio, où il mourut en 615.
(2) Voy . sur la miasion de saint Augustin IBiêMre des Jinglo-Samm» 1. 1, p. 206 et sq.
(3) En ôSt, par exemple, à peu près à l'époque où Mahomet en Arabie refiis^iit aux femmes, mmme étant d'une condition inférieure à celle des hommes, une place <laiis son paradis, en Gaule, au concile de Mâcou, on discuta gravement 1 1 question de savoir si elles appartenaient à l'espèce humaine, et se trouvaient comprises dans rac<.'eptation générique du mot homme. L'un des prélats soutenait la négative; mais les arguments de SCS collègues, ût.iycs de plusieurs passages de T Ecriture sainte, le firent changer d'opinion ((jrég. de Totss, 1. viii, c. 20).
mais elle n'eu résistera pas moins à toutes les atteintes, et par différentes causes on la verra reparaître enfin , acceptée de tous, dominante, ornée des plus vives couleurs du
christianisme el de la poésie, et la chevalerie, associant le culte des femmes à celui du Dieu qu'elles avaient appris à bénir, nous transmeltra sa belle devise : Dieu et les darnes^ comme un écho de cette reconnaissance séculaire que la grande famiUe chréUenne portait en son cœur, qu'elle y entretient* encore précieusement, et qu'elle y conservera aussi longtemps que la femme gardera la pureté de sa foi.
Les missions du y* au viii« siècle ont ensuite présenté ce caractère que leur marche était diamétralement opposée
i celle des missions apostoliques, et qu'au lieu de s'adresser d'abord aux peuples, comme dans le monde romain, l'Eglise se proposa pour but de ses premiers efforts la conversion des chefs barbares. C'est que la misère des peuples de l'Empire les rendait bien plus propres à goûter les consolantes vérités de la religion, tandis que l'ascendant des chefs de guerre sur leurs compagnons, duces ex virtutc sumunt , suffisait , dès que ceux-là s'étaient convertis^ pour assurer la conversion des autres ; outre que les classes sapérieures de la société romaine, tenant au paganisme par l'attache des plus honteuses passions, étaient fort difficiles à ébranler, à émuuvûir, au lieu (|ae les barbares, sans immoralité, sans préjugés d'édncalion, et loin du sol natal, auquel étaient scellées leurs divinités , n'éprouvaient au* cane répugnance à ouvrir les yeux à la lumière. La conversion des barbares se fit d'ailleurs avec précipitation ; on sentait le besoin d'adoucir promptement les maux de l'invasion, et dans cette légitime pensée, on appliriuait en sens inverse les leçons de l'expérience, qui apprenaient à réformer les familles par les individus, les peuples par les familles, et les gouvernements par les peuples. Voilà poor* quoi ces derniers conservèrent si longtemps, avec leurs anciennes superstitions, les vices de la barbarie, pourquoi
les iiufiuïs du moyen-âge présentent un tel mélange de qualités contraires. Ce que ces uueurs ont jde boa est l'œovre du cbristiaaisme, et ce que les circdnelances y font voir de mauvais n'est qu'on reste du vi&il homme^ que les
Larbaies n avaient pas entièrement dépouillé.
Persécutions. — Persécution de V Eglise par les Voa* dates, — Toutefois on aurait tort de croire que les victoireB de TËgUse sur les Germains aient toutes été faciles. Plus d'une fois, comme aux premiers temps, elle les scella de son sang, et Iriomplja par le martyr. Mais c'est surtout des ariens qu'elle eut à souffrir, témoins la persécution des Wisig<Àh$ en Gaule et en Espagne (i), et celle des Vimdales en Afrique; arrêtons-nous un instant sur cette dernière.
Ce fut en 437 qu'elle éclata. Genséric commonça par dépouiller de leurs sièges et bannir de ses états plusieurs évêques, entre autres PossidiuSi le biographe de saiot Augustin. Il fit aussi mettre & mort, ponr leur attachement è4fl foi catholique, quatre frères espagnols qu'il avait pri^ à son service. A son entrée dans Carthage (439), il priva les fidèles de leurs églises, que les ariens approprièrent à leur culte ou à des usages profanes, et fit jeter nu, dans des barques qui prenaient eau, le métropolitain de la viUei' QuotvuUdeus, avec une grande partie de son dergé ; tnais la mer, qui devait les engloutir , les porta sains et saufs jubiju'à Naples. Ces ci uautés déterminèrent grand nombre d'AfricaîAs à émigi*er en Italie et en Orient, où Tbéodorei en recommanda plusieurs à la bienveillance de ses aioisi la populalion en fut sensiblement diminuée ; et Gensfiric ne ramena de Rome et du reste de la Péninsule tantdë milliers de captifs que pour remédier à ce mal. — L'intercession de l'empereur d'Orient obtint cependant à l'Eglise africaine quelques moments de repos, et QuotvuUdeus étaot
(1) V. 1. 1, J. Il, 2« part. c. 4.
Ifkon m eûi (454)^ ies Carlhagmois purent se dioiskiiA évèquey et rentrer niénie dans la possession de plusieurs lemples. Hais Deagraiias étant à son tour sorti de ee
monde deux ans après, dés 457 le clergé arien les leur reprit, fil bannir de nouveau cinq évêques catholiques, et bientôt décréter qu il ne serait donné dans la Proconsulaire aucun successeur aux prélats qui mourraient. Aussi de cent 80îzant6-*quatre évéques que comptait alors cette province, il n'en restait plus que trots en 487, lorsque Victor de Vita écrivait son histoire ; encore ces trois derniers étoienl-ils bannis de leurs églises. Néanmoins cette {icrséi ution eut pour résultat, comme il arrive toujours, de répandre la foi, si ce n'est chez les ariens, du moins chez les Maures de rintérieur, au milieu desquels le gouverneur vandale avait relégué une foule de victimes. Cette considération détermina peut-être Genséric, non moins que les sollicitations de 2éDon (475), à adoucir le sort des catholiques, à rappeler les prêtres de Carthage et à leur rendre leurs basiliques*
Hunéric, son fils et son successeur, parut aussi vouloir entrer dans celle voie de modération, et, à la prière de l'empereur, il permit que les Garlliaginois élevassent un pasteur sur leur siège épiscopal , dont la vacance durait depuis vingt-quatre ans. Le choix .tomba sur Eugène, Mais Hunéric avait exigé qu'en retour les ariens de l'empire d'Orient y exerçassent librement leur culte ; sous le prétexte qu'on ne les y supportait pas, il défendu (raboi d à Eufrènc de laisser entrer dans son église aucune personne vètuc à la manière vandale, car il y avait parmi cette nation bar^ bare un assez grand nombre de catholiques , et beaucoup de Carthaginois au service de la cour portaient le costume des coiiqiKM ants. L'intrépide évêque répondit que la maison (le Dieu était ouverte à tous, et qu'il n'en devait repousser personne. Là dessus, le roi ûi placer aux portes de l'église des gardes armés de crocs, et dès qu'un vandale voulait entrer, ils le harponnaient par sa chevelure ramassée au sommet de la tête, cl la lui arrachaient avec la peau. Mais
la foi n'en était pas plus attiédie, et les égliscb conlmuaient d'être très fréquentées. Alors, n'écoutant plus que sa colère, Hunéric exigea gne les dignitaires de la cour et tous les fonctionnaires piiblics professassent Farianisme. Mais beaucoup d'entre eux aimèrent mieux perdre leurs places que de renoncer à leurs croyances. L'embarras du roi était grand, car, parmi les ariens» il y avait peu de gens capables de remplacer avanlageusemeni les démissionnaires ; c'est pourquoi il ordonna qu'on flt travailler les récalcitrants comme colons dans les domaines royaux, jusqu'à ce qu'ils s'amendassent ; s'ils lardaient à le faire, on les privait de tous leurs biens, et on les déportait en Sicile ou en Sardaigne. Ën même temps, pour perdre les ministres de la religion dans l'esprit des fidèles» on rassemblait des vierges consacrées, et par les plus affreuses tortures on s'cfTurçnil de leur arracher l'aveu qu'elles avaient élé déshonorées par des évoques et des prêtres ; mais cette infamie n'eut aucun succès.
Cependant, en 48â, Hunéric, voulant encore se donner quelque apparence de modération et de bon vouloir, sur les conseils du métropolitain arien, Cynla, invita, par une circulaire, tous les évêques omoousiens (1) à se léuiiir à Cartbage le premier jour de février 484, pour y soutenir au moyen de l'Ecriture sainte une polémique contre les évoques de l'arianisme. Eugène demanda qu'il plût au roi d'y admettre aussi les prélats étrangers, e^su^'^ow/, puisqu'il s'agissait de questions de foi du plus haut intérêt pour toute la chrétienté, cem de l'Eglise romaine, qui est la tête de toutes les églises Mais Hunéric fit répondre à Eugène : « Je ne suis pas le maître du nicHide ; soumets-
(1) CoMubttantiàUH»§,d9 ofAOf^ le même, la nème, et ci/j^ier, être, substance), par opposiUoii aux ariens, qui s'intitulaient ùmmauHÊita (de «jbtoidr, semblable, et oy^itt^ substance).
(î) ... LU veiiiant co-episcopi mni, qui vohis nobiscuin « unummem fidem noslram \ <ileant demonstiai e. el proecipue ccclcsia Romand, qu» caput est oiiuùuin ccclesiarum {Vict. Vit. u, 15.)
9 moi Tuiiivers, et je ferai venir (jai tu voudras. » Puis, afiad ailaiblir les catholiques, il lit saisir les évêques les plus savants et les plus zélés, et les envoya en exil. Il fallut bien se résigner. Quatre cent soixante-six évéques se rendirent à la conférence : soixante-quatre avaient leurs sièges dans la Proconsulaire ; cent vingt-trois ou cent vingt-cinq en Namidie ; cent neuf ou cent sept dans la Byzacéne ; cent vingt dans la Mauritanie de Césarce; quarante-deux ou quarante-quatre dans la Mauritanie SitiÛenne, cinq dans la Tripolitaine, et huit dans la Sardaigne ou les iles Baléares. Ils avaient choisi dix d entie eux pour porter la {jarole au nom de tous; mais c'était peine superflue. Assis sur un trône élevé, le patriarche arien Cyrila débula en faisant chasser de la salle, à coups de bâton , la multitude catholique , et pour éviter toute discussion , déclara qu'il n'entendait pas lo lalin. « Mais tu parles souvent cette langue , » répliquèrent ses adversaires. Quoi !. tu te retranches » derrière des subterfuges pareils , après avoir allumé le » feu de la discorde 1 • Comme ils n'en pouvaient rien tirer de raisonnable , ils prirent le parti d'exposer par écrit leurs doctrines religieuses , et de remettre au tnonarque cette profession de foi. Hunéricy répondit par une ordonnance, qui appliquait aux catholiques tous les cliûliments que les empereurs infligeaient aux hérétiques, c'est-àdire à la secte dangereuse des donatistes , dont on reconnaît facilement ici l'influence (1). c Or voici, dit Huné- 19 rie, quelle était la teneur des décrets impériaux. Il j» n'y aura point d'auUes églises (juc celles où les prêtres n catholiques font Tofllce; il ne sera pas permis à d'au- » très personnes de former des associations cénobitiques , » ni de tenir des conciliabules , ni de recevoir ou de « faire balir des églises dans une ville ou dans un lieu,
» quelque petit qu'il soit Les biens ecclésiastiques
k de tous les schismaliques seront adjoints à ceux du
(1) Yoy. )à-deftsus, t. i, p. 122 cl 123.
« clergé orthodoxe ; les hérétiques n'auront nuUe part
» libre entrée dans une place ; on les chassera des
» villes et des endroits où ils se présenteraient ; ils n'ao-
» ront aucun pouvoir pour baptiser ou pour disconrir
0 sur des matières religieuses ou pour ordonner des
» évêques, des prêtres (presbyteros) ou d'autres digni-
■ taires de Tordre ecclésiastique. Ceux qui se laisseront
« revêtir de ces titres, et ceux qui les donneront, paieront
» chacun une amende de dix livres pesant d'or;.... et
» dans le cas où ils persisteraient dans leur malice , on
« les arrachera à leur sol et domicile, et on les enverra
« dans l'exil sous bonne et sûre garde. Les empereurs
«» susdits ont aussi sévi contre les laïques, en les privant
> du droit de faire des donations, de tester et de re-
» cueillir une donation ou une succession quelconque...
• Les personnes employées à la cour étaient soumises » à des peines fort graves : on les privait de leurs di- » gnités ; on les marquait du sceau de l'infamie , et » on les assimilait anx grands criminels politiques. Les
• fonctionnaires civils de tout rang qui relèvent des gou- » vemeurs civils des provinces , étaient passibles d'une » amende de trente livres pesant d'argent; quand ils » persistaient dans leur erreur, et que cette peine leur » avait été appliquée cinq fois, ils étaient, en cas de » récidive, battus de vei\2;es cl envoyés en exil. Les em- » pei eurs aviiient oi donné de brûler tous les livres des hé- » résiarques el de leurs partisans ; nous ordonnons qu'on » en fasse autant des livres dans lesquels l'iniquité prêche 9 les fausses doctrines du catholicisme. Ils avaient aussi » réglé, d'après leur rang, la quotité des amendes qui » devaient être infligées aux personnes : les illustres » payaient chacun cinquante livres pesant d'or; les spec- » toMIes, quarante ; les sénateurs^ trente ; les popidares (i),
(1) Expression synonyme de principaleâ ou àe deetm primi curiaki, (Voy. le chapitre I*' de ceUe liisl,)
• vingt; les sacerdotes (1), trente; les déeurwns^ cinq ;
i les négociants , cinq ; les plébéiens , cinq ; enfin les > circumcelh'ons , dix livres pesant d'argent. Ceux tjui » persistaient dans leur sentiment étaient envoyés en exil » après avoir vu confisquer leurs biens. Ceux qui recélaient » les coupables étaient condamnés à la même amende » qu'eux , ou , s*ils étaient fermiers , à une amende de la » valeur de leur fermage. Les gouverneurs civils des pro- » vinces qui ne tenaient pas la main à i'exéculion de ces » lois, encouraient ou la peine de proscription ou celle de V mort ; il en était de même des trois employés supérieurs » du bureau du gouverneur civil ; quant aux autres cm-
• ployés ôe ce bureau , ils étaient condamnés ciiacun à i une amende de vingt livres d'or. Telles sont les lois que » nous allons faire appliquer aux omoousiens convaincus i d'avoir été ou d'être attachés à cètte fausse croyance. 9 Qu'ils renoncent è tout ce que nous venons d'interdire : » sinon, on inslruira contre eux et contre les juges
• suspectés d'indulgence.... »
On ne tarda pas à instruire et à sévir. Des évêques venus è Cartfaage, trois cent deux furent envoyés dans rintérienr de l'Afrique, quarante-six furent déportés en Corse, vingtliuil prirent la fuite, et la plupart des autres succombèrent aux mauvais traitements qu'on leur fil endurer. Puis, les pasteurs dispersés^ la persécution s acharna contre le troupeau. Hommes et femmes périssaient sous les coups, étaient étranglés, jetés aux flammes. C'est alors qu'on vit éclater un miracle si bien attesté, dît Dœllinger, qu'à peine y îi-l il dans loute riiisloire un autre fait plus authentique. Le roi avait commandé qu'on coupât la main droite et la langue à des habitants de Tipasa, qui, rassemblés dans
(1) Cest^Hlife H» âaeerdùtakt. lit étaient andennemeni diaiig^ de plmieun cérémoniits religieuses dans les assemblées; Les empeienre chrétiens laissèrent subsister longtemps ces cérémonies païennes dans certaines localités I et principalement dans les grandes villes de rAfrique proconsalaife(Cod, Tkêod. tS, tit. ix, data ftb lloiiorio, a. il5j.
ane maison, y avaient célébré les saints mystères* Tous ces martyrs gardèrent l'usage de la parole comme auparavant;
même un d'entre eux, qui jusque là était demeure sourd et muet, cessa d'être muet , dès qu'on lui eut coupé la langue» et se mit à chanter les louanges du Seigneur. Plusieurs de ces hommes, soixante environ, allèrent à Constanlinople, et toute la vill« fut témoin du prodige. Victor de Vita, le comte Marcellin, le philosophe platonicien Enéede Gaza, l'historien Procope, l'empereur Justinien lui-même et beaucoup d'autres l'ont vu de leurs propres yeux et le témoignent dans leurs écrits ; ils ont entendu parler les victimes de la barbarie vandale, et admiré que leur vtns pût être si bien artimlée, a Je cherchais, dit Enée (i), » l'instrument de la parole, et ne croyant pas à mes oreilles, » j'ai voulu juger par mes yeux; et leur ayant fait ou* 9 vrir la bouche, j'ai vu toute la langue arrachée jusqu'à » là racine, et me suis étonné, non de ce qu'ils parlaient, * mais de ce qu'ils vivaient encore. » Ce Ait vainement qu'un ambassadeur de l'empereur Zénon, nommé Uranius, vint à Carthage intercéder en faveur des catholiques ; à la nouvelle de son arrivée, le roi, pour mieux le convaincre de l'inutilité de sa mission, fit placer tout le long des rues qu-il deyait parcourir pour arrirer jusqu'à lui, des bourreaux occupés à torturer publiquement les callioliques. Les prélats ariens, de leur côté, faisaient saisir les voyageurs sur les grandes routes, s'introduisaient violemment auprès deis malades, arrachaient les enfants aux bras de leurs parents, pour administrer à tous le baptême de Tarianisme. L'éveque arien Anlonius alla jusqu'à faire lier les pieds et les mains à l'éveque de Tamallunca, Habetdeus, pour l'asperger d'eau, croyant par là le baptiser; mais, comme il se félicitait ensuite de sa conquête, le saint évêque lui dit: € J'ai toujours conservé la même foi, et tandis ({ue lu » me tenais la bouche fermée, je faisais dans mon cœur
<l) A la fin de son dialogue sur laféMirr€«lton.<9êM.Pi'.lr.L.t.ii,p.4i5,fi.
P line proteslalion , que les ungcs écrivaient pour la pré^ » senter à Dieu. » La désolation était devenue générale dans réglise d'Afrique , et d'autant plus affreuse , qu'au fléau de la persécution s'étaient joints ceux de la famine el de la peste, quand Hunéric mourut à la fin de l'année.
Son neveu Gondamondj qui lui succéda, rendit en 485 tous les catholiques à leur patrie, excepté les évéques, el leur garantit la sécurité. Deux ans après, l'évêque Eugène pul revenir et obtint une église à Carthage. Enfin » a la » dixième année de son règne , Gondamond , à la solli- » ci 1 il t ion de ce prélat , rappela de Vexil tous les prélrcs f du Seigneur, el leur rendit leurs églises, lestjuelles » étaient restées fermées dix ans, six moiset cinq jour s (l).» Mais la mort ne tarda pas à l'enlever , et son frère et successeur, Thrasamond^ se montra au contraire arien fanatique.
Thrasamond chercha d'abord, commeiious l'avons déjà dit ailleurs, à séduire les catholiques par l'appât des honneurs et des richesses réservés à l'apostasie. Hais sa modération ne tint point contre la fermeté de leur foi, et après avoir, en
498, banni Eugène dans les Gaules, ûù il mourut en 505, il défendit de consacrer désormais aucun évêque catholique. Puis, comme on ne tenait aucun compte de sa défense, il confisqua toutes les églises, et fit saisir cent vingt ou deux cent vingt évêques, qu'il relégua, tous, en Sardaigne^ au milieu des serpents et des poisons. Ils ne quittèrent point rAfnque sans soustraire le corps de saint Augustin aux outrages des hérétiques, et apportèrent avec eux ce précieux trésor, que l'île conserva jusqu'en 724; alors Luitprand, pour le dérober aux profanations des Sarrasins, le racheta par une grande somme d'argent, et le fit transporter à Pavie, d'où il passa plus tard à Milan. C'est là qu'il reposait, quand, en 1842, un prince , dont les souverains étrangers semblaient envier la fortune, et qu'éprouvent aujourd'hui
^1) Tiro l*rosiK'r, h[hh\ Huinaht, i». .')49.
les rigueurs de Texil, obtint de rAutriclie et fit rendre solennellement à la ville d'IIippone une portion de ces reliques vénérables. Cependant Thrasamond se défendait de toute partialité pour î'arianisme^ et, feignant de chercher la lumière, entrait souvent en discussion avec les catho* liques ; il rappela même, en 515, l'évêque Fulgence, qui avait une grande réputation de savoir, et lui présenta, avec une défense de rariaiiisme, qu'il avait lui-même composée en un très bon latin, une série de questions auxquelles il rinvita a répondre. Fulgence répondit aussitôt avec une grande force, mais on comprend quil n'ait point triomphé de la croyance de son royal adversaire. Toutefois Thrasamond avait pris tant de j^ilaisir à son entrelien avec le saint évèque do Ruspe et à la lecture dû ses ouvrages, que les ariens eurent besoin de deux années d'obsessions pour obtenir de ce prince lettré qu'il le renverrait en Sordrigne.
A la mort de Thrasamond, le catholicisme refleurit encore en Afrique sous lîildéric, dont Géliraer lit servir la tolérance au triomphe de son ambition ; et l'empire vandale n'ayant pas tardé i s'écrouler, la paix de l'Ëglise ne fut plus troublée que par les ravages dés Maures. H est vrai que ces ravages étaieiiL fréquents, et que les pillards désolaient surlout les monastères, nii point que des moines se décidèrent à émigrer. « C'est aiusi^ dit Dœllinger, que Faii 569, l'abbé Donati» passa en Espagne avec soixante-dix moines, et introduisit la vie monastique dans cette péninsule (1). Les continuelles attaques des Maures affaiblirent d'ailleurs peu à peu et découragèrent si bien les provinces africaines , qu'elles n'opposèrent presque pas de
(l) Il sciait |)his juste de dire qu'il contribua a l'y propager j car nous TOyons par les canons du concile de Tarragone, tenu en 517, qu'il y avait dcb iorii en Espagne des munasteies gouvernée par des abbés. Le plus ancien parait être eeltii d'Asane en Aragon^ sur la rivière de data 0 fut fondé par saint Victorien» natif du pays, qui le gouverna pendant loixante ans, i!t qui non» est principalement connu par son épitapbe, ouvrage de Fortckat.
résistance aux Arabes, loii>(|ue plus lard ils arrivèrenl de l'Orient (1). »
Peopaoition du Chbistianisiib bh OaiBRT. — Perséeutim quHl essuie en Arménie. — En dehors des limites orientales
de l'empire romain, le chrislianisme n'avail pas fait moins de progrès que chez les barbares occidenlaux; mais les jours de deuil y avaient promptemenl suivi ses triomphes ; et ses désastres avaient été d'autant plus profonds et irréparables , que là où il ne procédait pas de Thérésie , il l'avait eue contre lui en même temps que l'ignorance de la barbarie, le fanatisme des mages et le cimeterre des musuioians. VArméniey la première entre toutes les nationSy avait, dès Fan 302, accueilli la bonne nouvelle^ à la saite de son roi Tiridate. Ce prince, pour échapper à une grave maladie, s'était décidé, sur le conseil de sa àœur, à invoquer les prières de saint Grégoire rUluminateury qui descendait en ligne latérale du sang royal arménien des Arsacides, et qu'une femme chrétienne, après l'avoir sauvé d'entre les mains des meurtriers de sa famiUe, avait transporté à Césarée en Cappadoce, où on lui avait donné le baptême el son nom. Grégoire guehit Tiridate, et après s'être fait sacrer raétropolilain d'Arménie, eut la joie de le baptiser sous le nom chrétien de Jean , ainsi qu'une grande partie du peuple.
Quelques années après (326), des circonstances analogues déterminaient la conversion des Ibères, habitants de la Géorgie actuelle. Une esclave chrétienne, nommée Nouné^ après avoir guéri par ses prières l'épouse du roi Hihran, avait obtenu la permission de prêcher l'Evangile. La reine se convertit la première, et prépara la conversion de Mihran. Un jour qu'il était à la chasse, il Ait surpris dans les moulagnes par un épais brouillard. L'horreur de cette nuit soudaine au milieu d'une nature sauvage lui
(1) D08LLt2IGlill, p. 160.
rappela les récifs qu'on lui avait faits de la puissance Je Dieu, et persuadé que o'étnil là un présage des malheurs qui allaient fondre sur lui» il se mit à genoux et fit sermeat d'adorer le Dieu de Nouué, si la lumière venait à repaniftre. Lé brouillard ne tarda pas à se dissiper. Mihran , ' fidèle à sa parole, fit venir d'Arménie des piètres pour seconder la fenme apôtre dans la prédication de l'Evangile ; }e grand temple du dieu Aramaz ou Armaz, près delà capitale Mtskhitha , fut détruit, et sur ses ruines Nouné planla une croix, qui devint le palladium des Ibères (i). De là le christianisme se propagea de bonne heure chez les Albanais et autres peuples voisins ; mais ce ne fut qu'au vi« siècle qu'il pénétra, du temps de Justin 1^^^ chez les Lazes et les Tzannes^ puis chez les AbasgheSj voisins desLazcs, par les efforts de Justinien, qui éléva parmi eux une église à la Sainte Vierge et interdit à leurs rors le honleux commerce d'eunuques, auquel ils se livraient.
Cependant un traité entre la Perse et l'Ëmpire romain avait, en 390, abandonné à la première de ces puissances les quatre cinquièmes de TArménie, et le moment était proche où les rivalités des grands allaient ruiner la dynastie arménienne des Arsacidcs , qui ne comptait pas moins de cmq cent quatre-vingts années d'existence , et provoquer la réduction de leur patrie en province persique (439). 11 était réservé, au dernier descendant de saint Grégoire, au dernier patriarche du sang d*Arsace, de voir tomber le dernier roi de cette i;i mille. Saint Sahag n'avait pas moins de soixante ans quand il fut appelé au trône patriarchal, et pendant cinquante et un an (391 -442) il dirigea avec autant de sagesse que de fermeté tes afiaires religieuses et politiques de sa nation. Il aurait voulu l'affermir
{l) Ils le vénéraient encore, quand le prince George Pngr.ition IVmporta h Pctersboui fj; en I80J ; mais, sur l'ordre de 1 empereur Alexandre, il fut restitué aux Géorgiens. — Rapprochez la conversion de Mihran de celle de Clovis,el voyez-en lesdeUtiU dans 1 arménien Moîsb de Kuorrn, i. ii, e. 8G, t. I, p.^ 357 elsq. de la traduction de Le Vaillant dk Florival.
dans la foi, afin qu'elle pût résister ù tous les orages, à toutes les persécutions ; et, si elle n'échappa point aux séductions de Fhérésie, elle sut du moins se défendre contre les invasions des Mages.
' Pour atteindre le but qu'il se proposait, Sahag avait eu soin (l'encourager en Arménie l'étude de la langue et des lettres grecques, qui facilita la continuation des rapports de son pays avec relise hellénique, et paralysa Finfluence anti-chrétienne de la langue et de la civilisation des Perses. 11 lui avait également paru indispensa'ble de former un alphabet spécial pour l'arménien , afin de pouvoir en exprimer exactement les sons et traduire en cet idiome la sainte Ecriture. Ce fut le soin particulier et la gloire de saint Mesrob, le fidèle compagnon de ses travaux. Celui-ci^ après plusieurs voya^^es entrepris dans la Mésopotamie et la Syrie, })Our demander aux savants de ces contrées les lumières nécessaires à raccomplissement de son dessein, parvint, avec le secours d'un habile calligrapbe grec. Rufianus de Samosate, à fixer un alphabet de trente^ix lettres, auxquelles on en joignit deux autres beaucoup plus tard ; puis, à l'aide de ses élèves, il fil traduire l'ancien et le nouveau Testament, Mais comme ce premier essai leur parut trop défectueux, Sahag et Mesrob envoyèrent, en 428, six prêtres arméniens à Constanlinople , où ils élaborèrent leur version avec une exactitude qui lui a fait donner des savants modernes le surnom de reine des versions. Saint Mesrob passa ensuite chez les IhérietiSy et composa pour eux, suivant les mêmes principes, mais avec des formes tout à fait différentes, un alphabet, dont on se sert encore maintenant dans la Géorgie pour la transcription des livres ecclési3sti(jues. 11 parvint également à soumettre aux principes alpliabéliqucs la langue des Albanais; mais ce peuple barbare négligea bientôt le présent, et nous en ignorons complètement aujourd'hui la valeur.
' Ces grands travaux étaient à peine terminés, et leurs auteurs descendus dans la tombe (440), que Yesdedjerd II
(440-457), animé du désir de soumettre au culte de Zo*
roastre la nouvelle conquête des Perses, chargea d'impôls les églises et les monastères, qui en avaient été jusqu'alors exempts, et ût souffrir aux évêques et au dergé les plus criantes extorsions. C'était Jftftîr Nersek^ son premier ministre, qui lui avait inspiré cette pensée malheureuse. Quand Mihir vit que les Arméniens suppoi laieiiL leurs maux patiemment, il les somma de passer à la foi des Perses, en leur adressant (450) une proclamation, qui exposait le symbole du parsisroe, et réfutait la doctrine des prêtres chrétiens en des termes qui font trop bien leur éloge pour être passés sous silence : « Le monde, disait-il,
0 esi partagé entre Ormuzd et Ahriman; tous les maux, » le chagrin» la guerre, la douleur, la mort viennent de ce
> dernier; mais du Dieu bon découlent la richesse^ la » gloire, llionneur, la santé, la beauté, l'éloquence, la
> longue vie. Tous ceux-là se trompent qui disent que Dieu » a fait la mort, que le bien et le mal sortent d'une même
• source; mais les chrétiens sont ceux qui se trompent » le plus» en enseignant que Dieu s'est irrité» parce que
> que rhomme a mangé du fruit d'un certain arbre, que » pour cela il a fait la mort et jeté les hommes dans le mal- » heur : une telle colère n'anime point même les iioinnies » contre leurs semblables , à combien plus forte raison » est-elle indigne de Dieu I Egalement fiiusse est la docw trine d'après laquelle Dieu, qui a fait le ciel et la terre, 9 est apparu dans ce monde, et y est ne d'une femme,
• sous le nom de Jésus. A la vérité cet homme a séduit
1 beaucoup de gens; les Romains surtout ont accepté ses B rêves, et dans leur folie ont abandonné» pour la perte de » leur ftme» notre foi, la seule bonne. Mais tous, pourquoi
> vous étes-vous laissés séduire et convaincre par eux? » Songez que vous devez avoir la même foi que votre ^ souverain, car ce dernier aura à rendre compte à J)wi » de vos âme». Ne croyez plus vos pasteurs» ces Nazaréens, » comme vous les nommez, car ils sont sans foi. Ils vous
» enseignent de belles choses que cuiili utiibcnl leurs actes:
• ih vovs diserU qu'il est permis de se nourrir de viandes^ I el eux-9mmes n'en mangent pas; ils petmeUeni de se
> marier, et eiuMntmee ne veulent pas seukmeni regarder 1 une femme; ils déclarent que c^est un grand péché d'a^ » masser des trésorSy ils mettent la pauvreté au dessus de » la richesse, estiment le malheur et méprisml la fortune, 9 se moquent du destin, voient dans la glaire une fumée,
• s'habillent grossièrement, témoignent aux gens oiseurs » plus d'égards qu'aux illustres, glorifient la mort et dé^ » daignent la vie, font peu de cas de la puissance de » l'homme et louent la stérilité. Si on voulait leur {)iêJer » l'oreille, la fin du monde serait proche. Y a-t-il quelque » chose de plas absurde que ce qu^on lil dans leurs livres : » les bommes atlachérent Dieu à une croix; ce Dieu mou* » rut et fut enseveli^ puis ressuscita el monta dans les u deux ! Les Devs ne peu vent rare contraints ou enipri-
> sonnés, ni tourmeniés |)ar i'homiue; comment le Dieu » créateur pourrail-il Tétre ? i
Ainsi parlait Mihir. En réponse à sa proclamation, dixsept évoques, avec plusieurs chorévcqucs, un nombre coni>idérable de simples prêtres el le kalholicos on patriarche, rassemblés en concile dans la capitale Artaxata, jurèrent de défendre la foi; et comme les grands et la nation entière applaudissaient à leurs résolutions, Yesdedjerd fit partir pour TArniénie une année suivie de sept cents mages avec leur raogbed ou grand-prélre , qui devaient convertir ce pays au culte du feu. « Avant un .jour, qui sera fixé , » disait Tédit royal , alors publié dans la province , « toutes les églises devront éire abattues ou transformées
• en pyrées (temples du feu) , tous les livres saints enlevés » el expédiés au trésor royal. Aucun prêtre ne pourra en- A seigner le peuple chez lui, et les moines et les nonnes » seront contraints de rentrer dans la vie ordinaire. Les » femmes des princes, les fils et les filles des nobles et du » peuple recevront i inslruclion des rnages. La loi chré-
ï tienne sur le mariage .sera remplacée par la loi persiqiie, I» qui permei à un homme d'épouser plusieurs femmes,
ce qui augmentera la population en Arménie. Le père » pourra se marier avec sa fille, la sœur avec son frère, » mais non la mère avec son fils. Que personne ne se i) permette de tuer un être vivant, si ce n*est pour un sa- 1 criiice , ni de jeter dans le feu de la poussière ou de la » saleléi ni de se laver sans urine de bœuf. »
Appuyés sur cet édit, les mages voulurent s'emparer des églises catholiques ; mais leur première tentative fut pour les Arméniens le signal d'un soulèvement général. Un iu^lant victorieuse, Tinsurrection succomba le 2 juin 451, avec son vaillant chef Vartan, dans une plaine qui s'étend au pied de FArarat. Bien des prêtres et des fidèles furent envoyés en Perse , où ils périrent dans les tortures en 454. Abandonnés de leurs pasteurs, bien des chrétiens aposlasièrent ou éaiigrèrent chez les Grecs^ d'où vient que, depuis cette époque, tant de noms arméniens se trouvent inscrits dans les fastes des armées impériales. En même temps le nestcriatUsme se levait et commençait à agiter l'Orient. Le roi Phirouz s'en servit habilement pour semer la discorde dans les églises de Perse et d'Arménie, et pour séparer les chrétiens orientaux de toute communication spirituelle avec l'empire romain. Il prétendit même faire servir les forces arméniennes à la soumission des chrétiens de l'Ibérie, qui, indignés que leur roi Vazden fût passé au culte de Zoroaslre, s'claienl révoltés contre lui, mais les princes arméniens résolurent de combattre plutôt l'éternel ennemi leur foi et de leur nationalité ^ et s'étant conjurés sur l'Evangile pour la défense de ces deux biens, ils élurent pour dief suprême Vahan, neveu du héros Vartan. Celui-ci fit aux Perses, de 482 à 484, une si rude guerre de partisans qu'ils durent évacuer presque toute l'Arménie^ et rendre à leurs sujets la liberté de conscience et le repos (i). Les
(I) Ce fut rœuvre de Balatcès, le nouveau rui de l*ersf.
Arméniens en jouirent jusqu'à ce que les ricstorions, irrités que le patriarche Babken eût lancé sur eux ranalhèoie (487)i représentèrent au roi Cabadè$^ comme une preuve de Tunion politique des Grecs et des Arméniens^ leur adhésion commune aux décisions du synode de Chalcédoino. Cabadés penchait alras pour la réforme du mage Mazdnk , qui prêchait un dualisme absolu, étranger à la doctrine de Zoroastre, et arec ce dualisme l'indifférence pour les actions morales, la communauté des femmes et des biens, l 'abstinence de toute viande et Tabolition de la hiérarchie sociale. Il voulut donc introduire en Arménie ce nouveau système religieux; mais il trouva tant de résistance qu'il renonça à sa prétention. Ainsi le repos fut encore une fois rendu à l'église arménienne, mais pour être souvent encore troublé par les caprices de nouveaux despules, jusqu'à ce que, la chute de renipire des Sassanides étant venue délivrer . pour toujours les Arméniens des persécutions du parsisme, ils trouvèrent dans les Musulmans un ennemi plus dangfr-, reox pour leur nationalité que pour leur religion.
Le christianisme m Perse. Au reste, le christianisme avait eu bien d autres persécutions à endurer dans la Perse même. Introduit en ce pays, dit-on, par les apôtres saint Thomas et saint Barthélémy, il y avait été toléré tant que
les eaipereuis romains Tavaienl poursuivi de leurs sanglants édils, mais, dès la religion chrétienne était devenue celle de l'Empire, la rivalité politique avait allume dans le cœur des rois et des mages la haine de celte religion, et ils avaient exercé contre les chrétiens de telles cruautés, que leurs persécutions surpassent celles des plus impitoyables Césars. Trompe par les mages et les juifs, qui accusaient les fidèles d'entretenir des relations coupables avec les Romains, Saporll^ le premier, avait, pendant quarante ans (330*370), versé le sang des adorateurs du Christ. Puis le zèle indiscret de l'évéque Abdas, qui, trop confiant dans l aversion ù Yesdedjerd I pour le parsisme, osa, en
418, renverser un pyrée, vint replonger l'Eglise dans la désolation, et la livrer josqu'an miliea du siècle à la vengeance des mages.
Il ne lui fut donné de respirer que pour se défendre contre les attaques du nestorianisme^ qui commençait à se répandre dans la Perse ^ avec la faveur des rois. Car les hérétiques, poor se rendre agréables à Pliirous et à ses sujets, déclarèrent licite le mariage des prêtres ; Barsoumas, l'un d'eux, avait même fait décider dans le synode qu'il réunit à Adri, que les secondes noces leur seraient permises ; el pour donner Texemple, îl épousa la nonne Hamniée. Par là il réassit à captiver les bonnes grâces de Phirouz, et quand il lui demanda des pouvoirs illimités, rassurant qu'il amènerait les chiéliens aux doctrines de Neslorius, dont les Grecs ne haïssaient tant le nom, que parce qu'il engageait les habitants de Constnnli* Bople à se soumettre humblement aux Perses, Pbirous applaudit à son idée el lui permit de la réaliser. Barsoamas prit donc avec lui des gardes du roi, et parcourut à leur tête les provinces , forçant les ccclésiasliques à se marier et à reconnaître sa communion. Tous ceux qui refusaient d'obéir étaient mis à mort, el le nombre des victimes de ce bourreau est évalué à sept mille sept cents. Tant de cruauté finit par le rendre insup[)orlub!e même à son diocèse de Nisibe , et les nonnes du mont Abdin, s'il faut en croire la tradition, le tuèrent à coups de clés.
Mais son œuvre n*en était pas moins accomplie. Les fidèles échappés au glaive gémissaient dans l'exil, leurs églises étaient au pouvoir de l'hérésie, et les nestonens avaient tellement pris racine qu'ils purent, quelques années après (498), élever sur le ti ône archiépiscopal de Modania ou des deux viUes (Séleueie et Gtésiphon) un homme de leur parti, un laïque marié , Babéus. Celui-ci commença par convoquer un concile, où Ton convint de se séparer do patriarche d'Antioche, de proclamer l'indépendance absolue
des métropolitains- de Séleucie et de leur doimer le litre de kathoiikos oa chef universel des églises nestoriennes orientales. On y détruisit en même temps toutes les pièces
de la correspondance de Barsoumas, qui pouvaient faire tort au nestoriariisme, cl Von confirma les impudi(|ues lois qu'il avait laites pour le mariage des prêtres. Mais ces lois amenèrent bientôt un si scandaleux relâchement de la discipline, qu'un synode réformateur, assemblé par le pa-» Iriarche Mar-Aba, en 544, dut interdire le mariage aux évêques et aux patriarches. C*est pourquoi, depuis ce tempslà, les prélats nestoriens gardent le célibat , comme ceux de Téglise grecque.Dés lors aussi les rois de Perse cessèrent d'accorder au nestorianisme cette protection bienveillante à Tombre de laquelle il avait si fort grandi. Chosroès- Nouschirvan fil jeter Mar-Aba dans un cachot où il mourut, et comme les nestoriens , en 604 , eurent le malheur ' d'élire patriarche un certain Grégoire de Cascar, tandis que le métropolitain de Nisèbe était au contraire désigné par Chosroès H, celui-ci jura dans sa colère qu'il ne souffrirait plus en Orient de patriarche chrétien. Les ordinations furent donc suspendues; les évêques n'osèrent plus visiter leurs diocèses; les chrétiens furent accablés d'impôts et de vexations, et après la mort de Grégoire» le patriarchat demeura vacant jusqu'à celle de Chosroès, c'est-à-dire pendant vingt ans. Enfin fut élu, en 628, Jesuiah II de Gadala, qui, dit-on, obtint de Mahomet, pour le nestorianisme, des marques éclatantes de sympathie, qu'on explique par les relations amicales du prophète avec le moine nestorien Sergius. Les successeurs immédiats de Jesuiab II ne furent pas moins bien traités des premiers khalifes, et, vers 656, Jesuiab 111 écrivait à Siméon, le métropolitain du Pharsislan (le sud de l'Yémen) : « Les Arabes, à qui Dieu • vient de donner la domination du monde, régnent sur » nous,comme tu sais ; mais ils nous traitent avec douceur, » honorent noire foi, les prêtres el les saints du christia- » nisme, el font même des donations à nos églises et à nos
» convenls. » 11 est \rai qu'on trouve auprès des klinlifes plu£>ieurs nestoriens inveslis de charges importantes, conuiie celles de trésoriers, de gouverneurs de villes ou de provinces, surtout de secrétaires et de médecins ; car ces deux corps eierçaient chez les nestoriens une (elle inOoiince, qu'ils coiicouraicnl à réîecliou du patriarche, en qualilé de représentants du peuple , fidelis plebs, hoc est , medici et scrilm (1). Mais la tolérance des musulmans était capricieuse, et les prélats du Pharsistan, du Katara refusaient de reconnaître plus longtemps la suprématie du patriarche. En proie à ranarchie intérieure , menacée par l'islamisme , ébranlée par les nombreuses révolutions de rOrient, les incursions des Tartares et les conquêtes des Turcs ^ réglise nestorienne finit par tomber dans la langueur et le dépérissement.
— Dam rindi , — la Citine — et l Abyssinie. — C'est par cette église^ bien plutôt que par saint Thomas, dont la légende n'a rien d'assuré, que le Christianisme a dû se répandre dans VInde\ car, au milieu du vi® siècle, le moine Kosmas trouva dans Tîle de Taprobane (Ceylan), un prêtre persan et une église érigée par des marchands de la Perse, et nous voyons d'un autre côté le patriarche iesuiab lU se plaindre à Siméon, dans la lettre dont nous venons de citer un extrait, que, depuis la chute de son église, c'est-à- (liie depuis qu'elle s*est séparée du katholikos de Modaina, la succession épiscopale soit interrompue parmi les peuples de rinde ; il le blâme en même temps de tirer un tribut ecclésiastique de ces nations lointaines. Rien n'em* pêche de croire qu'après avoir pris possession de la péninsule, le nestorianisme finit par s'allier avec le latnanisme , et donna ainsi naissance à la puissance singulière du prélre Jean. Ce qui est certain, c'est que les deux religions
(I) C'est ce que dit le pontifical des Chaldéenft , traduction d'Assemani , t. m, a, 97. V. DoeixiMiiitii, p. m.
ont entre elles des rapports aussi nombreux que frappants (1).
n faut également rapporter aux missions nestoriennes rintrodnctîon dn christianisme dans la Chine. On sait
en eiïel que le patriarche Jesuiah II envoya dans ce pays, en 635, des évcques et des prêtres, et ce fait concorde parfoitement avec Ténoncé d'une célèbre inscription , à la fois Sfriacfue et chinoise, qui fut trouvée en 4625 dans la province de Chensi , prés de Si-gan-fou , et dont Tautorité est appuyée sur des preuves incontestables. Ce monument, daté de Tan 1092 de l'ère des Grecs ou des Séleucides (781 de Jésus-Christ), du temps du patriarche neslorien Ananjesu , fut érigé par Yezdbouzid , prêtre et chorévêque de Choumdan^ la capitale de l'empire chinois à cette époque, et fils d'un prêtre venu de Balkh, ville du Tokharislan ( partie du Turkestan). 11 porle qu'en l'année 635, t sous le règne de • Tai'Sung f fondateur de la treizième dynastie, arriva à » Tchang-Ngan (aujourd'hui Si-gan-fou) un homme ap- B pelé O-lo-penj et prêtre du Ta-sin (de Tempire romain). » Il apportait avec lui les véritables Écritures. Les grands » dignitaires de la cour vinrent le recevoir à la porte oricn- » taie, et le présentèrent an souverain, qui l'invita à traduire » en chinois les saints Livres dans la bibliothèque impériale.
> Après un mûr examen de leur doctrine , Ta%*Sung s'é- » tant convaincu qu'elle avait la vérité pour base ^ la per- » fection pour but cl la paix poui' résuUat, ordonna qu'elle V fût annoncée n ses peuples , et décréta qu'une église se- » rait élevée à la nouvelle religion dans la capitale. — Sous i> les successeurs de Tat-Sung^ la foi se propage rapidement
> dans les dix provinces de TEropire; les villes se remplisi sent de temples , l'Etat voit sa prospérité fleurir avec
(i) Surtout en ce qui touche la liturgie. Ainsi les Inmanistes ont, romrae les ratlinlique^* , la vonéralion des reliques , l'usa{j;e des cloches , de Vf^Rw bénite , du rosaire , du baisement des pieds. Ils ont également celui de la confession auriculaire , et suivent un décalogue assez j»cmblable à celui de Moïse.
» rEvangile» et les ramilles goûtent enfin une félicité in- » connue. — Cependant les bonzes et les lettrés chinois^ » secondés par rimpératrice Wouheoa , font une goerre m de calomnies au nouTean culte. La croit penche un instant
> sous Teffort de leur haine ; mais la main puissante de » Lohan , chef des prêtres chrétiens , la redresse et Taffer- » mit. Un nouvel empereur, le sage Ilivent-Sung, vient à » son aide; il ordonne à Nim-Hué et à quatre autres rois
> d^aller en personne visiter les églises » et d*y protéger
> le service divin. — Un nouveau pontife du Ta-sin ap-
> parait à Si-gan-fou en 744. Sa présentation à la cour » devient le signal de faveurs éclatantes. Le saint Sacrifice » est dès lors célébré dans le palais; une inscription à la
> gloire dtt vrai Dieu , tracée de la main du prince et sus- • pendue à la porte de l'église , invite le peuple à s*asso- » cier à cet hominagc. Tout Terapire s'incline de respect B devant la religion. — En 78i , Nimxou , pontife de la » loi, gouvernait la multitude des chrétiens dans la contrée » orientale (1). >
Plus pure était Forigine de YégKse d^Abymnie. Poussés par une tempête sur la cote éthiopienne , deux jeunes tyricns, Frumentius et iEdesius, que la cruauté des indigènes avait épargnés, pour les réduire en servitude» étaient parvenus à gagner les bonnes grâces do roi » leur maître; et & la mort de celui-ci, la reine avait confié à Frumentius ' réducation de ses fils avec l'administration de Tempire. Alors Frumentius, aidé de quelques marchands romains, s'était mis à fonder des paroisses chrétiennes, à élever des chapelles, à favoriser la propagation de la foi , jusqu'à ce qu'Aizana, Fatné des enfants du roi , eût atteint Tâge viril ; puis il avait quitté le pays avec son jeune frère, et il était venu, en o2G, à Alexandrie, près de saint Alhanase, pour lui annoncer, la naissance d'une nouvelle église, et le prier
fl) V, U^s Ànnnaies de la Fropagalion de la Foi , jdiUet 19 iS, — Et l>our plus de détails et de précision la China monummtit iUustrala du (>cro KiBCUca.
de consacrer pour elle un évoque. Athanase Tavait consa*
cré lui-même, et de retour à Auxuma , lo capitale du royaume, Fnimenlius n'avait pas tardé à convertir tonte la nation , eu dépit des embarras que s'eiforçaii de lui sus* citer reaiperearConstanlin,fauteur de l'arianisme et, comme tel, ennemi d'Athanase. Aussi les Abyssiniens Thonorent-ils encore aujourd'hui comme leur apôtre, et se nomment-ils avec fîerlé Kaschtam^ c'est-à-dire les premiers chrétiens d'Ethiopie. Mais, comme le patriarche d'Alexandrie avait dés lors conservé le droit de choisir et de consacrer le métropolitain d'Ethiopie, qui, pour cette raison, n'eut dans la dépendance de son siège que sept évéques , et ne put jamais du moins en ordonner jusqu'à douze, nombre voulu en Orient pour donner droit à im patriarchat, il est résulté de celte subordination de l'église éthiopienne, que, quand l'hérésie des Monophysites vint à dominer en Egypte , l'Abyssinie admit aussi le nouveau symbole , et qu'en se séparant par là du catholicisme , elle se condamna à un éternel isolement.
IL Hérésies. — On peut dire avec raison que, si FEglise a eu beaucoup à souffrir des persécutions du paganisme, les nombreuses hérésies qu'a vues nattre la période que
nous venons de parcourir, ont été bien autrement funestes 6 sa prospérité et à son avenir. Le plus terrible fléau du catholicisme fut bien moins en effet la cruelle intolérance du barbare, que la passion des chrétiens d'Orient et des empereurs eux-mêmes pour les controverses religieuses. Ce n'est pas que l'Occident n'ait eu aussi ses erreurs ; mais eiles sont en très petit nombre, et n'ont ni trouljlo les états, ni résisté à la voix des conciles. « La Gaule en parti- » culier, dit saint Jérôme, n'a jamais produit de monstre » d'hérésie.» L'arianisme y avait à peine paru que le concile de Paris, assemble par saint Ililaire de Poitiers, en 360, l'anéantissait d'un seul coup, et il fut constant pour tout le monde, dit Sulpice-Sévère, qu'Uiiaire seul en avait dé-
fivré la Gaule. La doctrine des Gnostiques, apportée sur les bords du Rhône par Basilide, en Aquitaine par Priscillien, n*y fut pas mieux accueillie; et il faut en dire autant de toutes celles dont nous aurons à parler lout-à-rheure. Chilpérik lui-même, ce roi de Neusirie que Thistoire a flétri du surnom de Néron, fui aussi impuissant à imposer son sentiment sur la Trinité, qui renouvelait Terreur de Sabelltiis, (ju à faire adopter son nouvel alphabet. 11 avait appelé Grégoire de Tours , et après lui avoir fait lire récrit qu'il avait rédigé, il lui avait dit: a J'ordonne que » vous croyiez ainsi^ toi et les autres docteurs de l'Eglise. » — 0 pieux roi, répondit Grégoire, abandonne cette » croyance; il te faut suivre la doctrine que nous ont > laissée les Apôtres, et après eux, les autres docteurs de » l'Eglise; celle qu'ont enseignée Uilaire et Eusèbe, et » que tu as confessée dans le baptême. » Ghilpéric lui dit alors avec humeur: c Je sais bien qu'Hilaire et Eusébe » sont mes plus grands ennemis en celte matière ; mais » j'aurai soin de m'expliquera de plus sages que loi, qui i seront de mon avis. — Il ne sera pas un sage, mais » bien un insensé , répartit Grégoire , celui qui voudra » suivre ce que tu pi ch oses. » Â ces mols^ le roi frémit de colère et garda le silence. Quelques jours après, Salvius d'Albi étant arrivé, Chilpérik ordonna de lui lire Texposé de sa doctrine, en le priant de la partager. Mais, après l'avoir entendue, l'évêque la rejeta si bien que, s'il avait pu se saisir du parchemin, il l'eût mis en morceaux. Dès lors le roi renonça à son dessein (i).
Les disputes religieuses étaient loin de recevoir en Orient une solution aussi prompte cl aus>i facile. Comme les esprits y étaient naturellement plus vifs et plus subtils, les caractères plus turbulents, les passions plus inflammables, et que les maux sans nombre, dont l'empire avait souffert pendant plusieurs siècles, en aigrissant les cœurs, y avaient
(1) Gsto. TuH. mu, I V.
produit une sorte de disposition à la violence et à la sédi-
tiun, il arrivait (|uc les allaires de religion y devenaient aussitôt des allaires de partis. La cour se divisait entre ces partis, par mode, par goût ou par ambition , et pour peu que l'empereur, se croyant obligé par devoir d'intervenir dans la lutte, en jugeât mal Fotijet, et compromit lu foi par de prétendus édils de conciliation , le tumulte , qui commençait à s'apaiser, prenait !es proportions, le caractère d'une guerre civile, et ébranlait l'empke jusque dans ses fondements (1). Le mal était bien plus grand encore, quand l'empereur lui-même se déclarait hérésiarque; rhérésie de Léon Flsaurien, sans parler de celui qu'elle fil à l'Eglise, acheva de soustraire l'Italie à la domination de Byzance. A part cette hérésie du viii^ siècle, dont nous avons déjà parlé (2), et la grande hérésie du iv«, celle à'Arius^ dont nous avons également dit ailleurs le principe et les destinées (3) , les plus remarquables de notre période sont , au siècle , le pélagianisme , le nestorianisme et V eutychianismef au vi^, les trou chapitres y, et au le momthélisme,
Pélagianisme, — De ces diverses hérésies^ le pélagia* nisme est la seule qui ait pris naissance en Occident; voici
comment. « Vers la lin du iv^ siècle, et au cominencemenl du Y^, une infinité de monde allait visiter les lieux saints; ces pèlerinages firent connaître en Occident les ouvrages des pères grecs. — Ces pères avaient combattu les manichéens, la fatalOé des philosophes, le destin et la fortune du peuple, [et, contre ces ennemis de la liberté Imiuaine, ils avaient prouvé la liberté par toutes les preuves qu'ils pouvaient tirer de l'histoire, du spectacle de la nature, de la raison même et de l'expérience.] — [Le prêtre] Rufin, qui avait été longtemps en Orient, était plein de leurs
(1) V. uutrc autres le règne d'Ànastase, p. 12 et sq. (â) V. cî-desBus, p. 938 el sq.
(3) V. ci-dessus, p* 310, et 1. 1, p. iBetsq., 9t« 93, et pa$iim,^
oùvi ;)ges ; il en traduisit une grande partie, et se concilia par ses Iraduclions, par ses connaissances et par sa ct)iuiuite, beaucoup de considération. — Ce fut dans ce temps que Pélage sortit d'Angleterre pour aller visiter les lieux saints; il se rendit à Rome, y fit connaissance et se lia d'amitié avec Rufin; il lut beaucoup de Pères grecs, et surtout Origène. — Pélage était né avec un esprit ardent et impétueux ; il ne voyait rien entre l'excès et le défaut, et croyait qu'on était toujours au dessous du devoir, lorsqu'on n'était pas au dernier degré de la vertu ; il avait donné tout son bien aux pauvres» et faisait profession d'une grande austérité de mœurs. — Dans des caractères de celte espèce, le zèle du salut du prochain est ordinaireîiieiU joint au désir d'amener tout le monde à son sentiment et à sa manière de vivre et de penser \ Pélage exhortait et pressait vivement tout le monde de se dévoua à la haute perfection qu'il professait. — Hais on répondit souvent à Pélage qu'il n'était pas donné à tout le monde de l'imiter, et l'on s'excusait sur la corruptiou et sur la faiblesse de la nature humaine. — Pélage chercha dans l'Ecriture et dans les Pères tout ce qui pouvait ôter ces excuses aux pécheurs; son attention se fixa naturellement sur tous les endroits dans lesquels les Pères défendent la liberté de rhuiiime contre les partisans delà fatalité,ou reprochent aux chrétiens leur attachement au vice, ou leur lenteur dans la carrière de la vertu. — ^Toul ce qui prouvait ta corruption 'de rhomme, ou le besoin de la grâce, lui était échappé; il crut donc ne suivre que la doctrine des Pères, en enseignant que l'homiiic pouvait, par ses propres forces, s'élever au plus haut degré de perfection, et qu'on ne pouvait rejeter sur la. corruption de la nature l'attachement aux biens de la terre et rindifTérence pour la vertu (i). »
C'était nier plus ou moins ouvertement le péché originel, et la nécessité du baptême et de la grâce. Aussi beaucoup
(IJ PLVCCBr, XNel. det hérésies, au mot Pélage*
de personnes fîirail^Hes choquées de cette doctrine. Hais, sur ces entrefaites, Rome vint à être prise par les Goths (410), et Pélage en sortit pour passer en Afrique, où il laissa CelesUtis , le plus fameux de ses disciples , et de là en Orient, où il publia lui-même quelques écrits conformes à ses sentiments. Ils ne demeurèrent pas longtemps Tun et l'autre en ces contrées. Combattus ayec une grande vigueur par snini Jérôme et saint Augustin, ils furent condamnés par diûérents conciles et contraints de se retirer, Celestius en Sicile, Pélage on ne sait précisément en quel lieu. Cele^us vint ensuite à Rome , et il réussit è persuader le pape Zosime de son innocence. Pélage avait envoyé de son cùté sa profession de foi , et n'avait pris moins heureusement surpris le pontife par ses artifices ; si bien que Zosime n*bésitait pas à défendre les deux habiles sectaires contre leurs aocttsateurs. Mais les évèques d'Afrique s'étant formés en concile général è Carthage (418), n^eurenl pas de peine à lui prouver leur supercherie et leur erreur, Zosime les excommunia donc, condamna le pélagianisme, et adressa cette condamnation à tous les évêques du monde qui l'approovérent, — tandis que Tempereur Honorius ordonnait qu'on traiterait les Pélagiens comme des hérétiques^ et que partout on les bannirait à perpétuité , avec confiscation de leurs biens.
Honorius alla plus loin. Quelques évêques d'Italie, à la téle desquels était Jtdien, évêque d'Eclane, dans la Gampanie, avaient refusé de souscrire à la eondamoatioB
de Pélage , et prétendaient demeurer neutres en cette affaire : il porta aussitôt (419 ) une loi qui obligeait tous les évêques à signer les actes du concile , sous peine d'être déposés de leur siège , chassés des villes et excommuniés ; et comme ils persistaient dans leur refus, il leur fit appliquer son édit. Julien, se démasquant alors, prit en main la défense du pélagianismc , et se mit à harceler saint Augustin avec une grande vigueur, mais sans aucun succès. Non seulement il ne put détacher personne du jugement et du
sciUimeni des conciles d*Afrique ; mais il fui loi-même condamné avec Neslorius dans le concile général d'I^phèse (431). C'est pourquoi le pélagianisme ne tarda pas à s'éteindre , malgré ee qu'il avait de spécieux en isoî , malgré le talent de ceux qui l'enseignaient. 'Aussi bien avait-il paru dans des circonstances peu favorables à son développement Les ravages des Goths avaient répandu dans nialie la coasternation ; en Afrique, les fureurs des donatistes avaient en quelque sorte consumé tout le fanatisme des esprits ; chacun s'y tenait en garde contre tout ce qui pouvait faire naître un nouveau schisme; et saint Augustin, qui depuis longtemps était la gloire et l'oracle de TEglise , joignait contre les pélagiens à la supériorité du zèle et du génie, Tavantage d'être en crédit auprès de l'empereur; outre que Pélage, étranger iTOrient, et ne pouvant s'y faire entendre que par interprète, ne devait point espérer de populariser sa doctrine (1). *
Cependant une question difficile, mystère redoutable, était demeurée indécise. Forcés successivement de reconnaître le pécké originel et la nécessité d'une grâce intérieure, mais obstinés à faire dépendre de l'homme son salut et sa vertu, les pélagiens avaient prétendu (jue cette grâce dcvaïL se donner aux mérites. Saial Augustin avait combattu cette dernière ressource et démontré la f/rû^utté de la grâce, que Dieu donne à qui il lui plaît. Hais le concile d'Afrique n'avait rien défini sur cette matière. Elle devint ainsi la source d'une nouvelle erreur , l'objet de nouvelles discussions, où par riiiuiiensilé de sa science, rélévalion de sa raison , l'impitoyable rigueur de sa logique^ l'illustre prélat d'Uippone confondit les seiMrpélagiens » et prépara de loin les belles décisions que prit contre eux, sur la pro-
(l) Des disciples de Pélage étaimit passés en Bretagne, et y avaient enseigne ses erreurs avec quelque succès. Mais les prédications de saiut Geimain et de saint Loup détrompèrent aiséaient ceux que les Pélagiens avaient «édaits, et rétablirent la concorde dans Tégiise bretonne. (Y, riiistotce des Angh Saxoni},
posilion'de saint Césaire, le second concile d'Orange, (ena
en 520. Les canons de ce concile furcnl approuvés par Boniface li,el le semi-pélagianisyne , qu'avaient adopté jusque là des hommes célèbres par leurs lumières autant que par leur piété, ie moine Gassien, Fausle, évéqiîe de Riez, Geniiade, prêtre de Marseille , dès que l'Eglise eut parlé, manqua d'appuis, et commença à tomber dans l'oubli.
Nesiorianisme. — La religion chrélienne a pour fondement la divinité de Jésus^Cbrist, ou runion du verbe avec notre nature. Cette union est un mystère, dont la curiosité humaine n'a pas craint de sonder la profondeur, et nous avons vu au commencement de cet ouvrage combien d'erreurs avait enfantées déjà , avant le siècle, cette téméraire prétention. La dernière , comme aussi la plus dangereuse et la plus répandue de ces erreurs, celle d'Anus, détruisait la eonsubslantialité du Verbe. En défendant la divinité de Jésus-Christ, Apollinaire arriva à penser qu'il n'y avait point d'âme humaine, que la divinité en faisait toutes les fonctions. « Théodore de Mopsueste^ B pour combattre Apollinaire, chercha dans l'Ecriture tout
> ce qui pouvait établir que Jésus-Christ avait une âme » disliiiguée du Yeibc. En réunissant toutes les actions, » toutes les affections que l'Ecriture ottibuait à Jésus- » Christ, il avait cru en trouver qui non-seulement suppo- » saieût que Jésus-Christ avait une ftme humaine , mais 9 que Jésus-Christ avait fait des actions qui n'appartenaient xj qu'à ceUc àme : telles sont les souffrances, le progrès
> des connaissances , l'eniauce^ etc. De là, Théodore de » Mopsueste avait conclu que Jésus-Christ avait non-seu-
> lement me âme humaine , mais encore que cette âme » était distinguée ei séparée du Verbe qui Finstruisait, qui I la dirigeait, sans quoi il faudrait reconnaître que la di-
> vinilé à souffert, qu'elle a acquis des connaissances (1).»
(1) Pluquet, Diac, préltm.,p, 189.
Le zéleqae cet évêque avait montré oonlre lei Apollinaristes,
ne permit pas alors d'examiner scrupuleusement sa docu ine. Mais il était réservé à Nestorius, un de ses disciples, d'en tirer les funestes conséquences.
Ce Neatoriuâ était né en Syrie, et par ses succès dans la prédication , un extérieur modeste , une ardeur infatigable à défendre la purelé de la foi , il avait obtenu de Théodose-le-Jeune le siège de Gons(aniino[)le (40 avril 428). Â peine investi de cette liante dignité, impatient d'inspirer à l'empereur le zèle dont ii était animé , il lui avait dit : € Donnez-moi la terre purgée d'hérétiques, et je vous don- » nerai le ciel. Exterminez avec moi les hérétiques , et i> avec vous j'exterminerai les Perses. > Cinq jours après son ordination, il attaquait un conventicule secret d'ariens, et les poussait à un tel désespoir qu'ils aimèrent mieux mourir que de se rendre ; les flammes qu'ils allumèrent s'étendirent aux maisons voisines, et le surnom dChicetydiaire en resta à Nestorius. 11 persécuta de même les quartoéécimans de la Lydie et de la Carie^ traitant comme une offense envers l'Eglise et l'Etat, une erreur chronologique sur la fête de PAques (i) ; Sardes et Hilet se soulevèrent et plusieurs personnes périrent dons celte révolle. C'était là, dit Socrate, une conduite opposée à l'usage de l'Eglise. Aussi bien Nestorius, après avoir provoqué contre les hérétiques de l'Empire un édit sévère, où Ton est étonné de ne point trouver les pélagiens (2), qu'il favorisait sans doute, allait bientôt s'acharner avec la même fureur contre
(1) Voy., sur celte erreur, ce qui est dit de rirlaode au commeoce meut de ce chapitre, et VHitt, de l'£gli*ê atigkh-iax» au cbap. Atiglù- Saxons.
(à) Théodose donna cet édit six semaines après Vordinaiion du palriarrhe (30 mai ii8). On y distingue, sous vingt-deux dénominatioa différentes, vin^t -deux degrés d'hérésie punissables: Ariens, Macédoniens, ApoUitiaraies — ^Novaliens, Sabbaliens— Eunomiens , Valentiniens , Montanistts PrisciUianistcs, Phrygieus, Marcioniles, Borboricns, Massaliens, Euchites, ou Enthousiastes, Donatistes, Audiens, Hydroparasiates , Ascodrugites, l*hotiaiens, PauUens, Marcelliens et Ifaaiohéeiis.
les fidèles, en attendant que le glaive de la perséeution, d
terrible en ses mains, se tournât contre lui-même et le frappât à son toar.
11 avait amené d'Antiocbe on prêtre du nom d'AnastasOt qui lui senrail de suneeUe el de confident; Anaatase^ prSchant un jour dans l'église de Constantinople, osa dire : « Oae personne ne nomme Marie, mère de Dieu. Marie I était une iemme , et il est impossible que Dieu soit né > d'une créature humaine* » Cette parole scandalisa grandement le clergé et le peuple. Car on avait appris de toat temps, dit encoi*e rhistorien Socrate, à reconnaître Jésus- Christ pour Dieu, el à ne le point séparer delà divinité. Mais Neslorius prit en main la défense d'Anaslase, et s'efforça de prouver que la divinité habitait dans Thumanité du Sauveur comme dans un jtemple, et qu'elle n'y était pas autrement unie & l'âme humaine ; qn*t7 y avait par conséqueiU deux personnes en Jéms-Christ : le Verbe qui était éternel, iniini, incréé ; l'homme qui était fini, créé. Tout ce qui réunissait dans une seule personne le verbe et la nature humaine» lui paraissait contraire à l'idée de la divinité et à la foi de l'Eglise. Ce n'était donc pas un Dieu-homme ou un homme-Dieu qui était né et qui avait soutlei t et expiré sur la croix , mais un homme rempli du Verbe , animé de l'esprit de Dieu, et, pour tout dire en un mot, un rvrtê'Dieu ( Oio^o^or ) . U était donc contraire à la foi de donner le titre de mère de Dieu ( ^tojoKOf) à la sainte Vierge, qui ne méritait véritablement que celui de môt c du Christ (Xç/770Tojc9<). En entendant un aussi horrible blasphème, ie peuple se leva avec indignation et s'enfuit hors de TEglise; mais MestoriuSy loin de revenir à lui, fit saisir et battre de verges les principaux mécontents.
L'exaltation était à son comble ; TOrieuL la partagea bientôt, et les cloîtres de la Syrie et de l'Egypte retentirent de la bruyante controverse qui agitait la capitale de l'empire. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, essaya vainement de guérir l'erreur du patriarche de Gonstan-
tinople. 11 dut la dénoncer au pape Céleslin I, qui convoqua un concile univei'sel à Ephcse, en ^431. Les évêques la condamnèrent unanimement et déposèrent Neslorius. Mais Jean d'Antioche prétendait avoir surpris des germes d'hérésie dans les œuvres de Cyrille ^ et les prélats d*Egypte et d'Asie avaient de justes raisons de soupçonner la bonne foi de Jean. Il y eut donc des divisions et des disputes. Jean proclama la déposition de Cyrille et iut à son tour excommunié. Ces lâcheuses affaires inspirèrent à Tempereur une profonde aversion pour celui qui les avait provoquées: « Qu'on ne me parle plus de » Nestorius, disait-il ; c'est assez qu'il ail fait voir une » fois ce qu'il était.» La cour suivit l'exemple du maître et prit Nestorius en horreur. Celui-ci s'en aperçut , demanda à retourner dans le monastère où il vivait avant de monter sur le siège de Constantinople, et quand il en eut obtenu la permission, partit aussitôt avec une fierté stoïque qui ne devait point l'abandonner. Peu de temps après, Jean d'Anlioche , cédant aux exhortations de saint Siméon Stylite, se réconcilia avec saint Cyrille, et le schisme, qui avait éclaté à Ephése, cessa de désoler l'Ëglise. Toutefois Nestorius conserva quelques partisans assez ardents pour ne pas vouloir de la paix de Jean , et pour rejeter même sa communion, parce qu'il communiquait avec saint Cyrille. Rien ne put les ramener au devoir , et il fallut les chasser de leurs sièges. Le moine d'Eupreptus (1) n'était pas étranger à toutes ces oppositions ; c'était lui qui réglait tous les mouvements de son parti , sans se laisser ébranler par les rigueurs que le pouvoir déployait contre Fhcrésie. L'empereur, informé de ses intrigues, le relégua dans la Thébalide, où il mourut en 435. Il confisqua ensuite les biens des principaux nestoriens, après les avoir exilés à Petra, dans l'Arabie, et condamna au feu tous les écrits des nestoriens. Le nestorianisme disparut donc de l'empire, mais pour dominer avec
(1) Ce monastère était aux portes d'Antioctie.
force dans la Perse (1) et se répandre de là jusqu'auic extrémités de l'Asie*
Eutychianismc [hérésie des monophy sites ou jacobites (2],
— « La passion joinlc à Tignorance, dit Pluquet, ne voit que les extrêmes ; les milieux qui les séparent, et où réside la vérité, ne sont aperçus que par les esprits éclairés, attentifs et modérés. » Eutychés n'était pas un de ces esprits. Archimandrite ou abbé d'un monastère considérable des environs de Conslantinople, il avait, comiiie tous les moines, pris parti contre Neslorius, et montré contre ses partisans la violence d'un persécuteur. Mais, en combattant aveuglément leur erreur, il tomba dans l'erreur contraire, et pour mieux repousser le nestorianisroe, qui supposait deux personnes en Jésus-Clirisl, parce qu'il y a deux natures, il supposa que ces doux natures étaient tellement unies qu'elles n'en faisaient qu'une, et les confondit en une seule, de telle sorte que la nature humaine fût absorbée par la nature divine, comme une goutte d'eau l'est par la mer, comme la matière combustible l'est par le feu.
— Il n'y avait donc plus rien d'humain en Jésus-Clu isl. — Le Verbe ne s'était donc point incarné, et il n' .avait revota que les apparences de l'humanité (3). — La vérité et le mérite de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection étaient donc perdus pour nous, puisque toutes ces choses appai tiennent à la nalure liuinaine et à la réalité d'une âme humaine et d'un corps humain, unis à la personne du Verbe, et n'appartiennent pas au Verbe.
Accusé par Eusèbe de Dorylée devant un concile assemblé à Gonstantinople, sous la présidence du patriarche
(!) Voy. ci-dessus {Progrès du christianistne en Perse) comment il s'y éleva sur les ruines des églises cathoUques.
(2j Ce dernier nom vient de Jacques Baradéc, qui i)arcourut tout l'Orient pour réunir les différentes branches de la secte, et mourut êvèque d^Edesse en 57S.
(3) Erreur de CirinU^^, de BoMilide^ de Saturnin et des Gnwtiqvtu,
- aso -
Flavien (448), Eulychès fut convaincu d'hérésie, privé de la dignité ecclésiastique, de la communion de TËglise, et de la conduite de son monastère. Mats Eutychés avait du
crédit à la cour, car il avait tenu auliefois sur les fonts de baptcmc l'eunuque Chrysapliius , qui ^^ouvernait alors rcmpereur; grâce à lui, en caiotunianl ses juges, il obtint de Théodose la convocation d'un autre concile, qui se réunit à Ephèse (449), sous la présidence de Dioscore, patriarche d'Alexandrie et complice de Chrysapbîus. C'est ce fameux concile que l'Eglise a si justement flétri du nom de brigandage d' Ephèse, Le pape saint Léon y avait envoyé ses légats; mais on les récusa, sous prétexte qu'en arrivant ils s'étaient rendus chez Flavien ; on éluda les lettres du pape lui-même, on refusa d'entendre Eusébe de Dorylée» et l'on commença par lire les actes du concile de Constantinople. Quand on fut arrivé à Tendroit où Eusébe pressait Eutychés de reconnaître deux natures en Jésus-Christ après rincarnation, le concile s'écria : « Qu'on prenne Eusébe et • qu'on le brûle ; qu'il soitbrûlé vif ; qu'il soit mis en deux; 9 comme il a divisé Jésus-Christ , que le glaive le divise. » Anathème à ceux qui disent qu'il y a deux natures en » Jésus-Christ; qu'on les chasse, qu'on les déchire, qu'on B les mette en pièces. »Eutychés fut ensuite déclaré innocent et rétabli dans le gouvernement de son monastère* C'était assez dire que Flavien et Eusébe l'avaient faussement accusé d'hérésie; aussi Dioscore profita-t-il de la réhabilitation d'Eulychès pour lire une sentence de déposition contre ces deux prélats. Vainement les légats protestent, vainement plusieurs évéques se jettent aux pieds de Dioscore» et le supplient de respecter la dignité de Flavien» seul présent alors: « Quand on devrait me couper la langue, leur » répondit l'impitoyable prêtre, je ne dirais pas autre » chose que ce que j'ai dit. » Et comme ils insistaient: c Voulez-vous une sédition? continua-t-ii ; où sont les »> commissaires impériaux? » A ces mots le proconsul d'Asie entra dans l'église avec des chaînes et un grand
nombre de soldats et de gens armés. Tout était plein de tumulte ; ou ne parlait que de déposer ceux qui n'obéiraient, pas à Diûscore; on ferma les portes de l'église ; on maltraita, on battit, on menaça ceux qui faisaient difficulté de signer la condamnation de Fla^ien, et un évêque poussa la cruauté jusqu'à le condamner formellement à perdre la tête. Au même instant Tinfortuné patriarche fut livré aux Mtes féroces de ce nouvel amphitéâtre; Dioscore Toutra* gea» le souflSeta^ le foula aux pieds, et un certain Barsumas,. qui représentait^comme archimandri(e,tous ceux de TOrient, le frappa de tant de coups, qu'il en mourut peu de temps après.
Théodose ou plutôt Ghrysaphius ratifia ces actes et re- Aisa d'écouter les réclamations de saint Léon. Mais le successeur de Théodose, le vertueux Marcîen, entra dans
d'autres senlimenis. A ia prière de saint Léon, il assembla à Ckalcédome (451) un concile, nui se tint dans la grande église de Sainte-Eupliémie, et ce concile anéantit tout ce qui s'était fait à Ëpbése, rétablit les évéques déposés, dépouilla Dioscore de la dignité épiscopale et de tout ministère sacerdotal , anathéa^atisa Eutychès , et dressa une formule de foi, où étaient approuvés les symboles de Nicée et de Constantinople, les lettres synodiques de saint Cyrille à Nestorius^ ainsi qu'une lettre de saint Léon & Flavien sur rincamation, et où l'on faisait pro* fession de croire un seul et unique Jésus-Christ , notre Seigneur, fils de Dieu; parfait en sa divinité et parfait en son humanité ; consubstanliel à Dieu selon la divinité été nous selon l'humanité; en qui il y a deux natures unies sans changement , sans division, sans séparation ; en sorte que les propriétés des deux natures subsistent et conviennent à une môme personne, qui n'est point divisée en deux, et qui est un seul Jésus-Christ^ ûls de Dieu»
Hais le concile de Chalcédoine ne rendit pas la paix à
l'empire. Les EuLychicns le rejetaient comme irrégulier et
comme lenouvelanl la doctrine de Nestonus. Les calholiquesy au contraire, entendaient que tout le monde le souscrivit^ comme indispensable contre reutychîanisme. De concert avec le patriarche Acacius, Fempereur Zénon entreprit de les réconcilier, et publia, en 482, l'édil d'union connu sous le nom dliénotique. Ce formulaire ne contenait aucune ,hérésie ; il condamnait le nestorianismc et Teulychianisme et confirmait ainsi la foi du concile de Chalcédoine, mais il ne recevait point expressément ce concile. La transaction, comme tous les actes religieux ou politiques de ce genre, ne pouvait satisfaire personne, et devait être impuissante à reuiédier au mal ; chacun se fortifia dans son sentiment, et les partis, encore plus acharnés l'un contre Tautre, ne s'occupèrent que de se détruire. Anastase, en penchant du côté des Eutychiens» mit Tétat à deux doigts de sa perte. Justinien, emporté par l'ardeur de la dispute, donna, vers la fin de son règne, dans l'erreur des incorruptibles y et renouvela les plaies de Tempire en voulant y pousser tous les esprits. Il n'était aucun titre que ce prince estimât plus que le surnom àepietix; mais il ignorait, dît l'historien Procope (i), que la véritable piété se montre Lien mieux par le silence et la soumission que par des controverses religieuses, fruits de l'arrogance et de la sottise; et qu'il y a plus de mérite à croire quà disputer éternellement.
Affaire des trais chapitres. — Cette passion est d'ailleurs
particulièrement dangereuse dans un prince, dont le devoir est d'entretenir et non de troubler la paix de ses états. Ainsi, dés le milieu du vi» siècle, avait-on vu naître la fameuse affaire des trois chapitres^ qui a rempli tant de volumes et causé tant de troubles. Connaissant la dispo* sition de Justinien à s'ingérer dans les affaires ecclésiastiques , Pélage , apocrisiaire de Rome , lui avait (aii
{i) DebeU, Gùth,, 1 1, c. 3.
condamner les ouvrages d'Origène (1) , qui divisaient le clergé de la Palestine et qui avaient pour défenseur zélé Théodore Ascidas, évêque de Césarée en Cappadoce. Ce Théodore était ennemi du concile de Ghalcédoine , et jouissait d'un grand crédit auprès de llemperear^ avec le^ quel il passait une partie des nuits à' argumenter. Pour se venger, il lui persuada que la coud a ai nation des trois chapf.lre.9 (ainsi désignait-on les écrits de Théodore de Mopsuesfe, ceux de Tliéodoret de Cyrrha contre Cyrille , et la lettre d'Edme au persan Maris) (S) était le moyen le plus propre à réunir les eutychiens el les catholiques y et à les réconcilier avec le concile de Ghalcédoine. Théodore avait été le vérilable auteur de l'hérésie prèchéc par son disciple Neslorîus ; les ouvrages des deux autres, où Cyrille est accusé de diverses erreurs, Fautorité du concile d'Ëphése méprisée, Théodore élevé jusqu'aux nues et Nestorius re-> connu innocent,devaieflt être un scandale perpétuel pour les catholiques el à plus forle raison pour les eutychiens. C'était donc rendre la paix à la chrélienté que d'en extirper ce triple germe de division. A la vérité, le concile de ChalcédoiuQ avait inséré dans ses actes la lettre dlbas, sans la désap* prouver, comme il avait reçu Théodoret k la communion, sans blâmer ses doctrines, et Justinien ne pouvait réformer celte sorte de jugement snns porter atteinte à l'autorité du concile. Mais Ascidas, dont tous les efforts, imis à ceux
(1) I,e concile .Kstmil)!»', de 5il à 514, pour les juger, lanr ,i rontre eux quinze anathiiui ^, fra|)pant entre autres les doctrines de la préexistence et du rétablissement îinal des àni^s humaines; de régalilc piunitivc de toutes les créatures raisounable^, qui ne seraieut devenues individuelleuLcnt diflurentes qu'après avoir renoncé à Dieu ; d*uDc destruction (inaic de tonte la matière et du rétablissement d*un monde invisible sans aucune espèce dlndlvidnalité ; de Vapoeatastase de toutes ohoses, même des démons ; enfin la croyance qne le corps ressuscité de Jésus-Christ est devenu étliéré et a pris une forme sphérique» et que les corps humains prendront hi mémo forme après la résurrection*
(3) Le premier de ces écrivains, dont nous avons déjà parlée vivait de 950 à 498, le deuxième de 387 h 458 ; quant au troisième , nous savons seulement qu*il mourut ver^ 457.
de l'impératrice, tendaient précisément & ébranler ceUe-ci, se gardait bien «d'éveiller sur ce point ratteniion de l'empereur. Justinien ne vit pas le piège, et publia, en 544, on^it théologique, où, après avoir reçu les quatre conciles généraax (1) > il décidait qu'on pouvait condaoïner les hérétiques après leur mort» et anathématisait les tr&is chapitres.
' Cet édit mit la division dans l'Eglise. Presque tont rOrient le reçut ; le pape Vigile avec l'Italie , rillyrie et TAfrique le rejeta; dans quelques villes ranimosité des deux partis se porta aux dernières violences. Invité à venir
à Gonstanlinople pour régler celte affaire, Vigile y est retenu près de huit années, pendant lesijuelles il essuie les traitements les plus injurieux. Il excommunie Théodore et rimpératriee, mais le patriarche deConstantinople le frappe des mêmes armes. Un instant, réservant Tautorité du concile de Chalcédoine, il a consenti à condamner les trois chapitres : l'Occident et ses propres diacres se soulèvent contre lui; il se rétracte et obtient non sans peine la convocation d'un concile général. Celui-ci s'assemble à Constan* tinople en 558, et les Orientaux, qui s'y trouvent à peu près seuls (rOccident n'avait envoyé que quatre africains), justifient le décret impérial, en sauvegardant toutefois les arrêts du concile de Cbalcédouie et en condamnant les erreurs d'Ungéne.
Cette sentence ne satisfit personne; les origénistes continuèrent de troubler la Palestine , et les Occidentaux do défendre les trois chapitres. Les évêques d'istrie et de Vénétie surtout , ayant à leur tête Paulin d'Aquilée , qui prit alors le titre de patriarche , se montraient opiniâtres dans leur résistance : un schisme en naquit, le schisme d^AquUée^ qui ne fut entièrement éteint qu'en 699, sous le pontificat de Sergius. Cependant Vigile
(I) Cest à dire ceux de Nicée (32â}« aeGoo8lauUnople(3SI), d*EnlMie {m) et de Ciialcédoine (451).
avait publié une bulle, par la(|U6lle il &<]bérâit à ]& coQ" damnation des trois chapitres; et à la suite de cette mesure, il avait pa obtenir, an mois d'août 554, son départ pour riialîe, qu'il ne devait pas revoir. Malheureux pontife, que
les circonstances difficiles où il se inmva placù tout un devoir de plaindre plutôt (jue de blâmer. Il semble que la façon criminelle dont il était monté sur la chaire de saint Pierre, ait constamment pesé sur lui^ et l'ait privé des lumières d'en haut. Hais il faut reconnaître que, s'il parut semblable à une barque sans pilote, agitée par les vagues, Vigile, toujours d'accord avec lui-mêriHi sur lo fond de la dispute ou sur le dogme, ne montra d'inconstance que sur la question de savoir s'il convenait de condamner des écrits tolérés par le concile de Chalcédotne, et des personnes mortes dans la paix de TEglise. Il n'était pas encore descendu dans la tombe, que déjà Ferretir d'Eutychès ou des monophysiles avait pris possession de VArméfiiCf de VEgyptSy de la Syrie cl de la Mésopotamie, Le moment n'était pas très éloigné où elle allait eqgiuidrer celle des
MoHolhélisme. — Il n éLait plus question d'établir la vérité contre les nestoriens el les eutychiens ; l'Eglise avait prononcé et la vérité du dogme était établie. Mais on voulait l'expliquer, et Ton cherchait comment deux natures, quoique distinguées entre elles, ne composaient qu'une personne. Théodore, évôque de Pliaran en Arabie (621)), crut avoir résolu la difficulté, en supposant que la volonté divine ou le Verbe était le seul principe actif dans Jésus- Ghrisi, et que la volonté humaine n'était pour elle que comme un instrument dans la main d'un artiste. Cette explication parut propre à réconcilier les jacobites et les nestoriens; Serprius, patriarche de Conslantînople, l'approuva solennellement ; Héraclius la sanctionna par un édit en 630; le patriarche d'Alexandrie, Cyrus, s'y soumit de plein gré, et le pape Honorius I lui-même, trompé
par Sergius, y donna son assentiment, traitant celle question de dispute de mots» qu'il fallait, disait-il, laisser aux grammairiens. Mais le monothélisme avait un savant et infatigable adversaire dans le nouvel évéque de Jérusalem. Sophronius y vil un eutychianisme déguisé, et le fit condamner (634) par un concile, qui proclama qu'il y avait deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ, selon les deux natures qui sont en lui*
Pour arrêter celte nouvelle source de divisions théologiques, rémpereur publia, en 639, une Edhèse on exposition, qui, après avoir imposé crabord le silence su ria question des ûem voionlés, iinissnil par exposer la doctrine des monothélites comme la croyance catholique. L'ecthése, admise par la plupart des Orientaux, fut constamment rejelée et condamnée par les papes et par les évêques de Byzance, de la Numidie, de la Mauritanie et de loule TAfrique, qui se formèrent en concile et analliéniai itèrent le monothélisme. Héraclius n'avait pas prévu ceUe opposition ; il en craignit les suites, et retira son édit, en déclarant qu'il était Fouvrage de Sergius.
Constant II ne fut pas plus heureux avec son Type on formulaire, qui abrogeait reclhése et ordonnait le plus profond silence sur la volonté de Jésus-Christ. Dès que le pape Théodore l'eut reçu^ il assembla un concile, où le patriarche de Gonstantinople, Paul, qui en était l'auteur^ fut déposé et frappé d'anaihéme. La forme de la condamnation fut extraordinaire et terrible : le pape se transporta au tombeau de saint Pierre, dans le Vatican , et s'étant fait apporter un calice, il prit quelques gouttes du sang de Jésus-Christ, et en signa la sentence. Le successeur de Théodore, Martin i , réunit à son tour , dans gaint Jean-de-Latran ( 649 ) , un synode de cent cinq évêques, qui confirmèrent les arrêts rendus par le précédent, et condamnèrent Terreur des moaolliéiites, recthése d'Héraclius et le type de Constant, comme œuvres impies. Ce jugement irrita l'empereur; il fit enlever par surprise
le bienheureux Mailin , et après lai a?oir fait endurer d'affreux tourments, il le relégua parmi les grands criminels, à Gherson, où il mourut presque aussitôt dans le plus entier dénuement, le plus complet abandon, mais aussi dans la plus éclatante sainteté (655). Enfin, sous le règne de Constantin III Pogonat, le pape Agathon obtint la convocation d'un concile général à Constantinople, et les représentants de TEglise chrétienne anathémalisérent à la fois les monothéliles et le pontife imprudent qui les avait protégés (680) (1).
III. Relâchement de la discipline ecclésiastique. — Ainsi le corps religieux, chargé du dépôt de la foi, con* jservait sans altération la doctrine de Jésus-Christ et le culte qu'il avait établi. Il était écrit que les poîtes de renier ne prévaudraient point contre l'Eglise; mais elle devait avoir trois éternels ennemis à combattre : Tesprit d'incrédulité, Tesprit d'orgueil et l'esprit de mondanité. Au premier reviennent principalement les persécutions, au second les hérésies ; nous allons dire ce qu'a produit le troisième.
1® On a déjà vu au commencement de cet ouvrage quels vices le triste état de l'Ëmpire avait en quelque sorte ino-
(1) Oa place ordinairement ici l'histoire des Maronites du mont Liban, qu'on suppose avoir été gagnes à riiprésio par iiii moine appelé Jean Maron ; mais cetto histoire est si [ h ino d'incertitudes, qu'il y aurait quelque témérité à radmeltre saus reserve, telle qu'on la trouve ordinairement exposée. Car les savants maronites nioilernes préteailent que leur ualioa fut toujours allacliéc à la foi romaine, cl qu'elle ne compta qu'un très peUt nombre d'enfants égarés, qui rentrèrent dans le sein de l'Eglise en 1 ISS. Hfl disent que ce furent les hérétiques de la Syrie qui appelèrent du nom de maronites \eg catholiques qui suivaient la doctrine de suint Uaron, anachorète du iv« siècle; que le moine Jean Maron du vii« siècle leur fut donné pour patriarche ; que loin d'avoir perverti la croyance de son peuple, il ramena dans le chemin de la vérité un grand Domhre d'héfétiques, et qu'il sut encore allumer dans le cœur des maronites ces ses* timcnts de courage qui les ont rendus de tout temps le fléau des Sarrasins ou des Turcs en Syrie, et qui en ont fait de bonne heure un objet d'admiration pour 1 Eglise et pour la France.
culés à FEglise, en inlroduit;ani dans les rangs du clergé, comme daas un asile assuré contre le despolisme impérial^ des hommes sans vocalion et sans vertu. Le mal était devenu si grand que l'invasion seule des barbares avait pu y remédier. Païens ou ariens, ils persécutèrent généralement le catholicisme, et le clergé, retrempé par la persécution, prit une nouvelle vie, se dévoua au salut de ses nouveaux maîtres, ne goûta point de repos qu'il ne les eût convertis à la foi catboUque, et qu'il n'eût assuré la religion et les peuples contre les coups de ees instruments de la vengeance céleste. Ce double bienfait ne pouvait manquer de donner aux évêques une iiiiniense influence sur les vainqueurs et les vaincus. Aussi les voit-on occuper le premier rang dans la société. Souverains administrateurs de leurs diocèses, ils remplacent les défenseurs des cités, devenus trop faibles pour soutenir les libertés municipales, et veillent sur les intérêts de leurs clients avec une sollicitude, dont ceux-ci les paient par une affection presque iiliale. Sidoine Apollinaire^ sentant sa fin approcher, veut dire un dernier adieu à son peuple, et se fait porter dans l'église. Aussitôt une multitude d'hommes, de femmes, d'enfants se presse autour de lui, et s'écrie en pleurant: c( Pourquoi faut-il te perdre, bon pasteur? Et à qui laisses-tu ï ceux que ta mort va rendre orphelins? Quelle sera notre » vie, quand lu ne seras plus ?.. » Et ces paroles sont entrecoupées de grandes lamentations. Ënfm le pontife , animé du Saint-Esprit, leur répond : c Necrai^ez rien, ô peuple ! » Voilà que mon frère Apruncule vit , et il sera voire >» pontife (1). »
La reconnaissance publique ne se borne point a des paroles; elle se manifeste encore par des dons, et comble le clergé de richesses qui font envie au Néron des Franks. Les barbares eux-mêmes avaient donné l'exemple d'une telle munificence. La tradition rapporte que
(1) Grég., de Joun, I. ii, t, sa.
Clovîs abandonna à saint Rémi toutes les terres qu'il pourrait parcourir , pendant qu'il reposerait iui-mème du soleil de midi. Ethclbert de Kent faisait présent à saint Augustin de la ville de Cantorbéry avec toutes ses dépendances. Les rois lombards et wisigotbs ne se montraient pas moins gé* néreux.— A toutes ces donations particulières venaient encore se joindre les o(Trandesdes fidèles à l'oflicedu dimanche (1 ), puis les dîmes j d'origine hébraïque, dont l'Eglise ne commença qu'au vi^ siècle à faire un précepte obligatoire sous peine d'excommunication (% et que la puissance seule des Carolingiens doit rendre universelle et permanente, mais que depuis longtemps chacun, à la voix des saints docteurs (3), s'crn[)i essait de payer au clergé pour son entretien et pour le soulagement des pauvres.
Tous ces biens , tous ces revenus, c'était l'évéque qui en avait l'administration générale : « En sa puissance » dit » le concile d'Orléans de511 , (c. 44, 15), demeurent les do- X) liiaincs, les terres, les vignes^ les esclaves, le pécule... o C'était lui (jui di terminait la part de chaque paroisse , sur laquelle l'usage lui réserva plus ou moins longtemps un tiers (4)| tandis que les deux antres étaient affectés aun deros et aux dépenses du culte. Les personnes et les propriétés ecclésiastiques étaient d'ailleurs affranchies de tout impôt , protégées par des lois sévères, et jouissaient d'une certaine juridiction que nous apprécierons plus tard. Tant
(i) V. tn comnieiiGement de cet ouvrage le ehap. sur VEUU rtUginm de l'Empire.
(i) i* Gonc. de Mâoon (fiSô). — S*il faat en croire la neuvième loi d'Edouard-le-Confeseeur, rinstitutîon de la dime chez les Anglo-Saxone était aussi ancienne que la oonnaiesanoe de l'Evangile et doit être atlribuée à saint Augustin.
(S) Saint Jérôme, eomminf. <n JfofA., c. 23 {aper. t. vr, p. 105 ), saint Augustin ( oper. t. v. — Append* Strm. SS, n. 8* ), dans un sermon qtt*oa croit être plutôt de saint Césaire.
(4) Dès l'an 666,1e concUe de Mérida décidait que les évéques cesseraient de prendre ce tiers , mais qu'ils en auraient un sur les oblaiions faites à.
régiise (c. 14;.
d'avantages et de privilèges ne pouvaient manquer d'excitei* rambilion des grands, et de leur faire rechercher avec avidité les honneurs épiscopaux. L'envahissement des hautes fonctions ecclésiastiques par la noblesse barbare » voili Tune des premières causes du relâchemenl de la discipline religieuse (1).
5 ^ Les rois de leur côté voyant Timmense autorité dont jouissaient les princes de l'Eglise , eurent bientôt compris de quelle importance il était pour eux de ne laisser introniser que des personnages qui leur fussent dévoués , et insen^ihlenient ils s'arrogèrent le droit de suggérer , de confirmer et même de dicter les choix. L'église prolesta (2), mais sans pouvoir triompher entièrement de Tusurpation; la royauté parut reconnaître l'abus, et le clergé dut ac« corder qu'après Félection, la confirmation du roi était nécessaire. Le concile d'Orléans de 549 sanctionne la nouvelle loi , Clilotaire 11 la confirme en 615. Toutefois les rois ne renonçaient point à leurs prétentions et s'efforçaient de les faire prévaloir. Foulant aux pieds les vœux du clergé et du peuple , ils en vinrent à conférer capricieusement la dignité épiscopale (3) à d'indignes favoris , et les évéchés cessèrent d'appartenir à la vertu éclairée , pour devenir le
(11 Voy. le chapitre des Rêsuïtals de l'invaiti'on.
(ù) Yoy. entre autres la lettre qu'écrivait Grégoire-le-Grand aux roift cî'Austrasie et de Bourgogne, Tluodebeit ctThéoderic, pour leur reprocher la vente des hoMiunirs ccclésiasliques , et réiévalion subite des laïques puissants aux sièges «'piscopaux. « Il résulte de là , dit-il , que ceux qui )> aspirent aux samlsoitlres ne songent point à corriger leurs mœurs, niais » à ramasser les richesses nécessaires pour acheter les dignités sacrées, M tandis que les hommes pieux, auxquels la pauvreté ferme la porte , re- » ooneent au ministère des antcts. » Cf. Grésoibb db Tours (i> 43 j, citant les évéques Salonius d'Embrun et Sngittarius deGap> qui, armés du casque et du bouclier, combattaient dans les batailles, et s*alMuidonnaieot aux vices les plus honteux.
(3) En Espagne on trouve la première trace de ce droit royal dans Paul de Mérida à propos do Sonna, te principal instrument des persécutions de Léovigild ; et dans un concile de Barcelonne, Per sacra rega- Va, can. m , p. 1607 «
Digiti/co by C ji.jv.Kii^
parlote de l'ignorance et de la corruption. On vit même de bonne heure des boinmes étrangers à rEglise, réussir à se faire nommer par les voies les pins honteuses et affliger le monde par le scandale de leur conduite. Quand le laïque Bourguignon aspire à remplacer comme évêque de Nantes son oncle Félix, Grégoire de Tours y^iit lui dire : « Mon » iils , il est écrit dans les canons que personne ne pourra » parvenir à Tépiscopat sans avoir d'abord régulièrement » passé par les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. » Et à la mort de Félix , c'est son cousin Nonnychius qui lui succède par ordre du roi (1). Ainsi, à Bourges, quand l'évêque Uemi vient à décéder, beaucoup de gens, pour obtenir son siège y ne rougissent pas d'offrir au roi des présents, et Gonthram leur répond : « Il n'est pas dans Tha- » bitade de notre gouvernement de vendre le sacerdoce , » et il ne vous convient pas de l'acheter. » C'est Sulpicius qui est élu par la favetir du pnnce (2). Mais la royauté ne garda pas longtemps celte modération , et nous voyons dans Grégoire de Tours que, sous le régne de Chilpérik, peu dedercs obtinrent Vépiscopat (3). Chilpérik choisissait donc de préférence des laïques, et il ne faut point s'étonner si la dignité épiscupale allumait parfois dans l'Eglise des querelles scandaleuses. C'est ce qui arriva à Rhodez vers l'an 584y à la mort de Tévéque Tbéodose. c Les différends qui » s'élevèrent alors dans cette église pour l'épiscopat , dit j> Grégoire de Tours , en vinrent à ce point «qu'elle fut
> presque enlièrement dépouillée des vases sacrés et de
> tout ce qu'elle possédait de meilleur. Enûn, avec l'aide
> de la reine Brunebild , on fit rejeter le prêtre Transo- » bade , et on élut Innocent » comte du Gévaudan , qui 9 n'eut pas plus tôt pris possession de son siège, qu'il se * mit à tourmenter l'évêque de Cahors , sous prétexte
(1) Gki». Tvb., 1. 6, G. IS.
(3) tm., U 6, c. 89.
{Z) Id, ibid., c. 46.
i qu'il retenait des choses qui apparteaaient an diocèse de
» Rhodez (1). »
Quand Téleclion religieuse est altérée de la sorte, quand les lois de TEglise sont aussi scandaleusement méconnues, et que de ferouches barbares fyortent la crosse et la mitre, est-il donc si étrang[e qu'il se rencontre parmi les ëvèqnes des hommes violents (2), cupides, vindicatifs (3), livrés à tous les vices, et d'autant plus audacieux que la défense d'ordonner prêtres des hommes libres sans le consentement dtt prince (4), force l'Eglise d'appeler ses colons et ses serfs du service de la glèbe à celui de l'autel, et de recruter ainsi parmi les esclaves la milice sacrée? Au reste, le mal n'était point particulier à telle ou telle contrée, mais il les affectait toutes plus ou moins profondément , à TexceptioD toutefois de la Grande-Bretagne, nouvellement convertie; et le temps n'était pas éloigné (767) oii» pour la première fois, un laïque do nom de Constantin profanerait en s'y asseyant la chaire même de saint Pieric. Ce qu'il y avait de plus fâcheux^ c'est que ce mal tendait à se perpétuer par Teffet des institutions de la société nouvelle.
8* On sait que les royaumes barbares n'étaient, pour ainsi dire^ que de vastes fermes dont les princes confiaient à des
i%) G*e6t ahui que, sous le règne de Dagobert m (711-715 ), on fil Savaric, évèque d'Aoxerre» attaquer à main armée les pays d*Orléao8, de Nevers, de Tonnerre , d*Avallon et de Troyee» et les joindre à ceux desoa obéîssanoe. ( HUt, weU de Flbubt, I. ix, 1. xu, e. 18. )
(S) Juaqn*à lacraauté, eomme réyêqae de Tours ^Gautin, qui, pour punir le prêtre Anastase de ce qu'il a refusé de lui livrer sa propriété, reaferme vivant dans un sarcophage de marbre* (Gîte, db T., !• iv, c. il.) (Anastase parvint ensuite à s'échapper.)
(3) Vindicatifs jusqu'à faire mourir secrètement un ennemi , soos prétexte de pénitence [i\*ConciU de Tolède, 675),frappcr les églises d'AifmKI pour satisfaire des resacnliments particuliers (13« Conc, de ToUde, 683)» m dirp des messes mort pour des vivants , dans l'inteatiott de leur causer la mort ( i7« Conc. de ToUde» S9i). Ou voit ici du reste que nous sommes en E&|)agne.
(i) La royauté ne voulait pas que les hommes libres pussent» sous i< titre de clercs, échapper à leur gré au service militaire.
comtes l'exploitation générale, mais en s'en réservant quelques parties pour servir à l'entretien de leur maison et pour être distribuées à leurs MUes à titre de bénéfices, ûr, les évéchés , les abbayes , et même les églises partieuUéres étaient aussi des bénéfices dans toute la rigueur de l'expression. Les capitulaires de Gharlemagne le disent formel-* lemeoty et les monuments des temps mérovingiens le témoignent d'une manière assez éclatante (1). Les clercs allaient se recommattdatU au prince pour ces bénéfices^ en se mellanl dans sa truste , en lui jurant fidélité , et ils conslituaient ainsi autour du trône une sorte de t'crsmlUé ecclésiastique, analogue à celle des vassaux sécu* liers » et soumise aux mêmes obligations , à peine de nullité du contrat et de déchéance du bénéfice; C'est pour(iuoi , devant aide et conseil à leur seigneur comme les autres vassaux , et dans les mêmes circonslaaces, les évéques et les abbés étaient confondus avec les autres hommes de guerre sous la dénomination à'emrcitaies (2)^ et étaient tenus de se rendre à Toety toutes les fois qu'ils en étaient requis en vertu de leur devoir féodal. Les deux fils de Charles-Martel, Carloiuan et Pépin, défendirent aux clercs , il est vrai , l'usage des armes (74^744) , et les dispensèrent en même temps de suivre Tarmée, si ce n'était pour y porter les secours et les consolations de leur mU nistère. Mais l'habitude était déjà plus forte que la loi, et Gharlemagne , après avoir renouvelé l'interdiction et le bienfait, sera réduit à expliquer son capitulaire dans le sens le moins défavorable aux prétentions des évéques (â).
(1) BurguDdiœ barones , tam episcopi quam cœteri leudes , dit par ex. FiÉfttoAiRt, Cftrofilc., S7 et sq.; et ailleors : Austnflioniin omneB primates , pontifiees enêeHqtie fèinlM. Un évèehé eooféré par le pouvoir royal était un bénéfice royal , exenhm r^gis » dit GRfiGOiRB db Todbs (V, «),
(2) Pippini régis capit. Longob., a. 782-2.
(3) La passion poussa les évoques oi ieataux les premiers dan& la carrière des armes. (Voy. le règne d Anastase).
Ce que la vie des camps devait alors introduire de désordre dans l'ËgUse se coaiprend aisément, et personne ne sera surpris de la conduite barbare de Gevilieb, évéque de Hayence. Gerold, son père, qui était évéque, ayant pris les armes pour repousser les Saxons , avait été blessé i mort dans un cuiabut, et , pour le consoler à ses derniers moments, on lui avait donné son fils pour successeur , bien qu'il fût encore laïque et à la cour. Quelque temps après Gevilieb suivit le prince Carloman contre la même tribui Gomme les deux armées n'étaient séparées que par une petite rivière, il envoya un de ses serviteurs dans le camp ennemi, pour rechercher celui qui avait tué son père, et le serviteur Tayant trouvé, le pria de venir parler à son mattre. Les deux champions se rencontrèrent à cheval au milieu même de la rivière, et Gevilieb porta aussitôt à son adversaire un ^rand coup d*épée, en s'écrinnL : « Ainsi soit » vengée la raort de mon père ! » Le saxon tomba mort dans Teau. Personne ne trouva mauvaise l'action du prélat, et il continuait à exercer les fonctions épiscopales. Hais saint Boniface, ayant soumis Fexamen de sa conduite à un concile (745), en ajoutant qu'il l'avait vu de ses propres yeux se divertir avec des oiseaux et des chiens, fil porter contre lui une sentence de déposition, que coalîrma Tau* lorilé séculière.
L*Ëglise, sous les barbares, se gouvernait donc, dans ses relations avec le pouvoir politique, d après les maximes qai présidaient aux relations féodales entre le seigneur et le vassal. Mais les obligations féodales étaient avant tout des obligations domestiques^ et le principe dont elles découlaient ne s'arrêtant point au roi et à ses leudes, enlaçait en quelque sorte tout le système. Il en résulta que dans TE^disu, comme dans la société civile, la déférence du subordonné ne fut |)his seulement une affaire de hiérarchie, mais de sujétion, et que les clercs tombèrent insensiblement dans la domesticité et presque dans la servitude , soit de leurs supérieurs naturels, soit des seigneurs laïques. C'est
oinsi qu un vit des évêques persister à réclamer pendant si longtemps, en âêp'ii des canons et de la menace de Tana- Ihème , une rétribulion, et coname un droit d'investiture, de tous les clercs qui recevaient Tonction sainte* Ainsi la simonie prit un immense développement dans TEglise (1).
On ne s*en tenait pas là. On osait retenir, aliéner les biens ecclésiastiques (2), piller les offrandes des fidèles, employer les clercs à des œuvres serviles (3), et quelquefois même les maltraiter, les frapper, les déchirer à coups de fouet (4). Aussi les prêtres, ne pouvant compter sur leurs honoraires, manquaient pour célébrei les saints oftices, et les basiliques délabrées n'étaient point réparées, parce que l'avidité épiscopale avait enlevé toutes les ressources (5). Poussés à bout par les exactions des prélats, souvent les clercs se liguaient pour leur résister, et formaient entre eux des conjurations, semblables a celles que les bourgeois des villes organisèrent plus tard contre leurs seigneurs ((')), ou bien ils s'unissaient à quelque laïque puissant, et par leur secours s'élevaient contre leurs supérieurs. Ëntrainc's par l'esprit pervers du siècle, ils ne respectaient pas même la Tertu la plus irréprochable. Sidoine Apollinaire essuya les outrages de deux prêtres ; Grégoire do Tours, les persécutions d'un sous-diacre, qui, pendant son absence, s'empara des richesses de l'église et distribua de grands présents aux principaux clercs, donnant à ceux-ci des vignes , à ceux-là des prés. Aux mécontents, il distribuait lui-même
(!) V. le concile de Galice (572).
(2) Conciles de Paris (556), — de Tolède (589).
(3) Concile de Galice (S7i).
(i> Concile de Bragiie (S75).
(5) GoDC. de Tolède en 633 et 646. Cedemier^ pour empêcher de tels abus de se renouveler, borne à deux êoUdi 1c revenu des évêques sur chacune des basiliques de leurs diocèses, et à cinq le nombre de leurs voU turcs quand ils feront leur visite pastorale.
(S) Conc. d'Orléans (53S), — de Reims — Cf. leconc, de Nerbonnede M9,
des coups de bàlon (i). 11 n'était pas rare qu à la moit d'un prélat, le clergé mît ainsi au pillage la maison épiscopale et tout ce qui apparteaait à l'église. De là à la profanation des choses saintes la pente était facile , et Fon Yoit par le troisième canon da quatrième concile de Bragne (675), que des prêtres osaient se servir des vases sacrés pour y boire et manger dans leurs repas ordinaires (2).
D'un autre côté le culte se dégradait et la dévotion 9*attiédissait sous l'influence laïque* Dés avant Tarrivée de$ barbares^ les évèques^et 4 leur exemple les laïques, avaient
fondé des églises pour lesquelles il leur avait été permis de désigner, de proposer à roidiiialion de dignes recteurs (curés) (3). La piélé seule avait d'abord porté les laïques à ces fondations ; mais insensiblement elle fit place à l'esprit de calcul : on osa se réserver une part dans les revenus qu'on assurait ft Féglîse; on en vînt ntémei stipuler qu'on entrerait en partage des offrandes et de tous les. biens qu'elle pourrait acquérir d'ailleurs. On vil donc, avec le temps, fonder et doter des églises par intérêt, pour courir les chances de leur fortune et s'associer à leur prospérité future ; l'église et le culte devenir ainsi propriété individuelle , cette propriété sacrée se transmettre , comme toutes les autres, par vente, donation, hérédité et se partager même comme une succession ordinaire (4). Tout ce que l'autorité royale exigeait, c'était que l'église ne fût pas détruite, tatUimmodo ut eecle$ia non destrua' lur. Hais la plupart du temps le propriétaire ne songeait qu'à recueillir les profits et négligeait tout le reste. Les saints mystères étaient célébrés sans pompe et sans décence, souvent sans luminaire, par motif d'économie (5); les
<1) Greg. Tur., 1. V, c. 49.
- <2) Cf. les canons du dix-septième concile de Tolède, tenu ea 094. (3) Neuvième concile de Tolède (655).
<4) Karol. M. capit. Francofurt, a. Tgi-'&i. {S) Karol, M, cap. adTheodonU villam, SOè-S.
bâtiments lombaienl en ruine, el Févêque se voyait conlraiiU de faire enlever les reliques.
Ën même temps que Fasage de fonder des églises» s'était infrodait parmi les seigneurs celui d'instituer chez eux,
dans rinlérieur de leur maison de campagne ou de ville, un oratoire , une chapelle, et d'avoir un prêtre pour la desservir. C'était, pour les laïques , placer une partie du clergé dans leur main et s'assurer une certaine indépen-» dance de Tévéque du diocèse. Le danger était grand des deux côtés, et il est curieux d'en suivre le progrès dans les a des des conciles, justement occupés de sauver les chapelains des misères de la servitude ou des excès de la liberté. £n 506, il ne s'agit encore que d'interdire aux chapelains, dans les jours de grandes fêtes, la célébration des offices privés (i). En 541, il faut déjà les menacer de l'excommunication, « s'ils négligent, à la faveur de la j> puissance du maître de la maison, d*accouiplir ce que, » suivant le degré de leur ordre^ ils doivent à la maison du » Seigneur et à leur ministère {%, d Enfin, en 650^ le concile de ChUons était obligé de déclarer excommuniés à leur tour les propriétaires d'oratoires qui continueraient à disputer aux évêques les biens dont ces chapelles avaient été dotées, et à ne pas souiïrir mrine que les clercs qui les desservaient fussent sous la juridiction de l'archidiacre. Mais le mal était plus fort que le remèdCi et, au milieu du ix« siècle (3), les évéques devaient se plaindre à l'empereur Louis II que des laïques, et surtout des puissants et des nobles, c'est-à-dire ceux qui devraient être les plus assidus aux sermons, construisissent des basiliques auprès de leur demeure, y entendissent le service divin et ne vinssent qtie très rarement à la grande église. « Et comme il n'y a que i les affligés et les pauvres à y venir, ajoutaient-ils , que
(1) Goncite d'Agde (SOOj, c. 21 .
<2) Concile d'Orléans (S4I), c, S6.
i (3) Hludoviei U impêralorU eonùtniuê JicifieRttt U, a. 855 — ^S.
» peut-on leur prêcher autre chose, sinon la résignation
» dans leurs souffrances? » Ainsi, sous l'influence de la vanité et de la cupidité séculières, le culte tendait à devenir une ailaire domestique , la hiérarchie ecciésiasiique à se briser, rassemblée des fidèles à se scinder : aux petits, à la foule la grande église , aux grands^ aux privilégiés la petite. Plus d*instruction commune, plus de fraternité, de cliarité chrétienne. Que seraient clevcnus à la fin la religion et le monde, si la papauté ne s'était résolue, au xi^ siècle, à faire sortir l'Eglise de la féodaklé, qui Tavait comme çibsorbée ?
Et ce n'était pas seulement dans le clergé séculier que le désordre s'était introduit. Sans parler de la mode des
pèlerinages lointains, et de quelques autres causes accidentelles, les mêmes causes majeures, comme on le pense bien et comme ou a déjà pu s'en convaincre par plus d'un exemple^ avaient*au8si porté le trouble dans les monastères. Saint Bonîface déplorait la légèreté des religieuses saxonnes. Bien avant lui , Grégoire de Tours avait raconté la scanda^ leusc conclniic de Klirodielde , fille du roi Gharibert, de Bazine, lillc de Gliilpérik, et de leurs compagnes. Prétendant avoir à se plaindre de Tabbesse Leudovère^ elles s'étaient échappées de leur couvent et étaient venues de Poitiers à Tours. Des prélats se rassemblent à cette nou* velle et les excommunient ; mais elles no sont que plus opiniâtres dans leur rébellion. If.lles s Hlli^^nt à des bandits, des sorciers, des malfaiteurs, dans la compagnie desquels elles oublient tous leurs devoirs, et reviennent avec eux à Poitiers. Ils attaquent de nuit et prennent d'assaut le monastère, qu'ils mettent au pillage à la lueur d'une fonnede résine enflammée ; il fjut armer conU e ces séditieux, le comte de Poitiers les saisit, et un synode condamne les religieuses à des peines disciplinaires, mais sans pouvoir réduire l'indomptable Khrodielde , qui avait causé tout ce tumulte.
Mêmes révoltes parmi les moines : celles-ci se comprennent
mieux. « 11 nous a été annoncé, dil le quatrième concile de » Tolède (633), que les moines, par Tordre des évéques,'
» étaient assujétis à des travaux servilcs, et que, contre les » instituts CDnoaiques^ les droits des monastères étaient » usurpés avec une témérité illégitime; de telle sorte qu^un > monastère devenait presque une métairie, et que celte » illustre partie du corps de Jésus-Christ était presque ré- » dttite à l'ignominie et à la servitude. » — € Une chose » déplorable a lieu, » dit vingt-deux ans plus tard le dixième concile de Tolède , « et nous suitunos lur('és » de re;ctirper par une censure sévère. Nous avons appris » que certains évéques... donnent injustement les mo- » nastéres à leurs parents ou amis«... et leur procurent )> ainsi des avantages iniques , afin de se faire livrer » ensuite par eux , soit ce (pii est en effet régulièrement » dû à révèque du diocèse, soit tout ce que peut ravir 1 la violence de Texacteur qu'ils ont envoyé, n — Malgré cela la nature même de l'institution, en séparant du siècle les religieux , les préserva généralement asseK longtemps de la contagion du iiial , cl il iallut que la direction d'un grand nombre de monastères tombât aux mains de laïques avides et grossiers pour que la vie monastique fût sensiblement altérée.
— En Orient, la révolution se fit plus tôt, sans éire aussi profonde. La valeur militaire n'y était pas la vertu des peuples, et il arriva dès le commencement tjue beaucoup de soldats marqués à la main, comme enrôlés, laissèrent là le métier des armes pour se faire moines. De tels moines ne pouvaient manquer d'apporter avec eux dans les cloîtres des liaijiLudes peu j)aciriques, et ainsi , sans parler du caractère propre des orientaux, pourraient s'expliquer les grandes violences que l'histoire reproche avec trop de rai* son aux religieux d'Antioche et d'Alexandrie. L'empereur Maurice voulut en vain (592) fermer aux soldats de l'empire l'entrée des monastères ; tout ce qu'il put obtenir, ce
fut qu on les éprouverait désormais par trois ans de noviciat, au lieu de deux (1).
Le clergé séculier avait bien d^autres défauts que Tem-
porlemeiit et la violence. Depuis que les empereurs avaient jugé que rien n'était plus important pour la religion et pour TElat que Textinction des hérésies, le zèle contre les hérétiques était devenu bien plus nécessaire que la vertu et l'avait remplacée. On dissimulait les défauts et même les vices des personnes zélées ; on s'efforçait de les excuser ; on les rendit par là moins odieux, les mœurs se corrompirent, et la morale s'altéra chez les ecclésiastiques, comme chez beaucoup d'autres chrétiens. Il faut consulter là dessus les canons du concile dit in TruUo^ parce qu'il se tint à Constantinople sous le dôme du palais (693). Ce concile avait entrepris de fonder un corps de discipline pour tonte l'Eglise ; mais, en s'cflbrçantd'arrêter l'incontinence des prêtres grecs, il montra lui-même, pour leur faiblesse, une condescendance extraordinaire.
Jusque li une régie s'était tout d'abord établie, et avait été
généraleaicnt suivie dans toute l'Eglise, toucli;int le célibat sacerdotal, à savoir qu'un prêtre ne pouvait plus se marier après son ordination, et que les hommes mariés, admis à l'état ecclésiastique, se séparaient de leurs femmes. Seulement le concile de Nicée, sur la proposition de l'évêque ^[yptîen Paphnuce, avait décidé qu'on laisserait le second
(I) On comprend sans doute que noQS nHodiquons ici que les caqses principales. Toutefois pent-ètre sera-l-on hien aise d'apprendre qu'en Orient comme en Occidtiil, li s innnaslèrcs se donnaient quelquefois à des séculiers, ce que défend lecoiiiile mTruUo {c. 49). Ainsi tumve-t-on chez îes du rs, de même que chez les Lalins, des ora(oir«* domestiques^ lesquels avaient l'iiu onvénient de favoriser la perpétuité des schismes. (V. un édit de Juslinien de Tan 536, et le conc. m Trullo, c. SI.) — Consultez encore, pour ce qui regarde le clergé d'Orient, le règne de Zéaon, p. 8, noie 1 , elune loi da ST juillet 398, destinée à réprimer Tabus de rintercesnon des dera et des moines, pour sauver de la prison des personnes chargées de dettes et de ^mes, qu*i] arrivait quelque fols ensuite ani éyèques d'admettre dans le clergé. {Cod, Thêod», I. m , De hit qui ad ecvlw, eoti/liy.)
pointa la discrétiou de chacun. Toulelois,en Occidenl,désraii 806, l6 concile espagnol d'Elviiv nvait ordonné de déposer les prêtres qui continueraient d'habiter avec leurs femmes, et celle loi, que devaient confirmer les papes Syrice (384- 398) et liioocent I (402-417), le second el le cinquième concile de Garthago (390, 401), conlinuail d'èlre en vigueur chez les Lalins, malgré de nombreuses transgressions qu'explique très bien la situation de l'Europe barbare» el que les conciles synodaux ne se lassaient point de condamner (i). Mais le concile in TruUo, composé d'évêques du patriarchat de Constantinople, où dominaient la tiédeur et Toubli de la discipline, tout en déclarant nul le mariage cx)ntracté par un prêtre après son ordination» proclama que les hommes mariés qui entraient dans le clergé, étaient libres de conserver leurs femmes et d'habiter avec elles, tant qu'ils ne seraient point évêques, les cvêques seuls devant garder la continence parfaite. Ainsi, tout en conservant les iornies de l'ancienne discipline de l'Eglise» on détruisait en réalité le célibat dans ses fondements. Le pape Sergius, malgré les instances et les violences de Justinien 11, refusa de souscrire de tels actes. Constaulia, mandé à Conslanlinople, en approuvant les uns» ne craignit pas de rejeter ouvertement les autres. Mais ils n'en ont pas moins servi depuis aux Grecs de règle universelle» et ils sont encore en vigueur dans rOrient, où, sous leur empire, les ministres des autels» pressés par toutes les nécessités de la vie, el contraints , pour échapper à la misère, d'exercer une obscure profession» végètent sans honneur, sans dignité» sans autorité, 61 surtout sans liberté.
(1) y. entre autres le concile de Gironne (Espajrne. 51 7 j; —âeSrvfile (590), qui menace de rétinirf en servitude Jr^ femmes étrangères des clercs, s'ils ne veulent les renvoyer j 0« de Totede '65.')), qui condamne les enfants illégitimes des clercs, tant ceux de J'évêqiie que ceux du sousdiacre, à être esclaves de ^é^;lise que leurs pères servaient ; — U« de Tolède (67 j); — de Soissons (744), el la lettre du pape Zacharie à Boniface, où il lai recommaDde de répriincr les débauches des clercs franks.
On a déjà pu voir dans Thisloii e du Brigandage d'Ephèse combien, au siècle^ la situation de TEglise envers le pouvoir civil était faible, subalterne et déchue de ce qu'elle
élait dans l'ancien empire. En voici une nouvelle preuve et en même l^mps la raison. Au milieudu siècle, comme les Franks envoyaient une ambassade à Constantinopie, le clergé d'Italie écrivit aux envoyés pour leur donner, sur l'empire d'Orient, les renseignements qu'il croyait utiles au succès de leur mission : c Les évêques grecs, leur dit^ii, » ont de grandes et ojiulcnies enlises, cl ils ne supportent » pas d'être suspendus deux mois du gouvernement des affaires ecclésiastiques ; aussi, s'accomraodant au temps » et à la volonté des princes, consentent-ils sans débat à » faire tout ce qu'on leur demande. » Si l'amour des richesses tyrannise ainsi maintenant leur conscience, que fera donc plus lard la crainte de la misère ? (1).
IV. Restes. BU paganisme. — Nous serions incomplets, si, après toutes les causes de désordre qu'on connaît déjà, nous ne rappelions pas ici celle que nous avons signalée
au commencement de ce chapitre, dans la déplorable influence du pasranisme (2). Car, si grand nombre de barbares étaient entrés dans TEglise par amour pour leurs d^fs^ on avait vu souvent les Romains, par la crainte des édits impériaux, on par je ne sais quel besoin de prendre part au culte d'une religion quelconque, se précipiter également en foule dans le christianisme, sans vocatiou
(1) Ceux qui ont parcouru la Grèce ont pu voir ce qu'y a produit te concile m Trullo T es papas y usent largement de la liberté qu'il leur donne de se charger de famille et de lir soins, et négligent par nécessité la défense qu'il leui* fait de tenir aubcrye. Cabareliers nés du villaiie, ils débitent leur boisson en tunique bleue et manteau noir, réi>oiulaiil avec uu empressement serviie aux demandes que leur adresse eu termes impératifs une grossière clientèle.
(2) On peui a celte nouvelle cause eu i.iUachcr une autre, Fignoranct^ générale à cette époque, et consulter là dessus le chapitre des Lsttres, da
inlérieure, sans préparation sérieuse, sans foi vivante. H arriva naturellement par 15 que beaucoup d'entre eux, tout en professant eilérieurement la croyance au Christ » restèrent attachés aux mœurs et aux habitudes du paganisme. Le fait est déjà constaté pour TOccident, et il était tout simple , en effet, que des causes analogues produisissent des étals seniLilables. Or , on Ta vu plus d'une fois, il y avait une îniiancc naturelle entre la buperstiliou et la corruption païennes, comme aussi ces deux éléments influaient Tun sur Tautre et se fortifiaient réciproquement. En gardant les mœurs et les habitudes du paganisme, on en conserva donc aussi les opinions , les superstitions , et il ne faut point s'éioniior que , dans le temps même où saint Jean Chrysostome peignait Tétat moral de TOrient, et en particulier celui d'Antioche et de Constantinople ^ ainsi que firent saint Basile pour FAsie Mineure^ Zénon de Vérone et sainK Ambroise pour l'Italie, saint Jérdme pour Rome, saint Augustin pour l'Afrique, et Salvien pour la Gaule et l'Espagne , régnât le grond fléau de la magie avec tout son cortège de pratiques insensées ou criminelles. m La magie f dit H, Dœllinger (1), était alors aussi avij» dément recherchée et exercée dans TEmpire par les » sujets, qu'elle otail redoutée et poursuivie par les goa- » vernanls, (jui, tout en l'employant [lour eux-mêmes, la » traitaient chez les autres comme un crime digne de » mort. En effet, Taccusation de maléfices, telle était 1 Tarme la plus ordinaire avec laquelle on s'efforçait de 1 perdre un ennemi; le simple soupçon suffisait pour B faire encourir la torture et le dernier supplice ; il était » même dangereux de lire ou d'avoir simplement en sa > possession des livres de magie (2). Les païens les plus
(J) T II, p. 86, 87.
(2) - Voir dans s\int Ji:an Ciirysostômk {Homil. 'à9, in act. t. ix, p. •« 29!î)cc qu'il rac-oiite être airivca lui-même — Libanius fui accusé an|)r('s »» du césar Gai lus d'avoir coupé et dt5 conserver deux létes de femmes, >> dont l'une devait lui servir à faire des opérations magiqueti contre w Galluîj, et i autre contre Couslanlin (LiBA?r, i, p. 69.) »
h cultivés et le3s plus sni^a^s croyaiml forfemenl à Tefficacilé
> des moyens lua^^ujuCî?, el ne craignaient pas de pro-
i> fesser publiquemeoi celte croyance (1). Saint Jean
» Cbrysostôme se plaini à diverses reprises que, même
» parmi les chrétiens, un grand nombre se livrent à la
» magie; or, remploi de charmes, d'encliantenienls était
» devenu, dans les maladies, quelque chose de si ordi-
n naire, qu'il célèbre, comme une espèce de martyre, le
» refus de recourir à de pareils moyens contre la violence
» du mal (3). Les autres genres de superstition païenne
» n'étaient pas non plus négligés par les chrétiens de ce
» temps (3). On croyait aux présages, on consultait le
» vol des oiseaux, on attachait aux enfants, pour les pré-
» server^ toutes sortes d'amulettes, au lieu de les coniier,
» comme dit Chrysostôme, à la protection de la croix;
» on leur frottait le front avec de l'ordure pour écarter
» d'eux tes regards funestes; les femmes employaient des
» élixirs (J amour et d'autres enchantements pour mieux
» plaire à ceux qu'elles aimaient (4). »
Au reste , quelle qu'aversion qu'ils eussent montrée pour
le paganisme^ dans leurs plus sévéresdécrets, lesempereurs
(t) « Ainsi LilMinias raconte avoir été averti, dane un songe, que sa » maladie lui était venue par les ofiératioos magiques de ses ennemis,
I» et que Ton avait, eo effet, trouvé dans sa salle un caméléon mort et » mutilé, qu'ils avaient employé à cet usage (i, p. 147). — Les philo- » sophes. en partiel) lier, ri\ aient la réputaUon tl'ètre adonnes à la magie, » et saint Augustin romuique (ép, 68, t. n, p. 2iio'i que, pendant qu'un n grand nombre de néoplatoniciens éclaiivs avnît nt embiassé le chi istia- >» nisme, la magie t-n avait attiré d'autres dans ses pièges. Les évocations » des morts avaient aussi lieu souvent dans le v« siècle, comme on ie voit » par un passage d'Cuéc de Gaza. (Galla>d. liiblioth. PP. t. p. 637.) »
(i) « Cbeysost. HomUL t%in^,ad Ephes, 1. 1 , p. 44; BomU. in » 1 Thesi, t. 1, p. 447. »
(S) Saint Jean Cbrysostôme en fait ]*énumératioa, kùmU. tO, M i Timtah, 1. 11, p. 603. — Gaudentius de Brescîa les énnmère également : K Yeneficia, prascautiones» suballigatunc, vanitates, auguria^ sortes» ob- » servalio ominum, pnrentalia, uude idololatriae nialum extulitcaputerro* » tis {Tract. X ed. lerf . E,ro(fi, cd. (i\u:\i\T}. p. 57). »
(4) « Chrvsost. t. VI, p. C97 ; t. X, p. 107 , 669; t, IX, p. 27. »
eux-mêmes le laissèrent cependant plus ou moins longtemps
subsisler en parlie dans certains usages de la vie publiijue. Ainsi nous voyons, par la deuxième réponse de sainl Arnbroise à Symmaque, qu'il y avait encore des vestales vers l'an 384; il est vrai que leur nombre s'élevait à peine à sept, malgré le prix offert à leor vocation, la robe de pourpre, les ornements de tète, une riche litière, un pompeux cortège, de grands privilèges, de grands revenus. Salvicn témoigne que les poulets sacrés étaient encore nourris en 440^ les augures observés ei le consulat loujouis entouré des pratiques superstitieuses en honneur pendant la domination païenne. On sait qu'il fallut le généreux martyr du moine Télémaque pour mettre un terme aux sanglants combats de gladiateurs. Les lupercales subsistèrent à Rome jusque vers la fm du siècle. Quand le pape Gélase parvint , en 495 , à supprimer celte féte licencieuse^ plusieurs nobles romains , des sénateurs mêmes, s'en plaignirent amèrement, et attribuèrent à cette offense envers le dieu Febrtiarius les maladies dont Rome était alors affligée, la stérilité qui désolait les campagnes et diverses autres calamités. Ces hommes étaient pourtant chrétiens^ puisque le pape les menace de Texcommunication, ou plutôt, comme le dit saint Gélase lui-même, ils n'étaient ni ehréliens ni païens, nec chrisHani, nec paganiy mais par un coupable mélange des deux religions, ils s'en étaient fait une qui s'accommodait merveilleusement à leurs passions. Est-il donc surprenant que quelques barbares, entraînés par la force de l'exemple plutôt que par la conviction à déserter les autels des faux dieux, soient de temps en temps retombés dans l'idolâtrie (i), et que, pour empêcher de tels scandales, l'Eglise ait proscrit avec tant de sévérité et de persévérance , les superstitions païennes mêlées à la vraie religion? Ainsi déiend-eile, sous peine d'excommunication, de manger des viandes
(!) Y. lu dcuxirujc concile d'Oiléaii» eu
immolées (1), de jurer par la téle de certaines iiéles (â), de fêter le jeudi, comme consacré à Jupiter (3), de consulter les devins et les sorciers : « Ceux qui se disent tels seront
» fiisligés et vendus, et le prix donné aux pauvres (4); » d'observer les augures (5), les éternuracnls quand on sort de chez soi ou qu'on y rentre (6), d'assister aux sacrifices des païens (7); de chanter à de certaines fêtes (8) (ceci s'adresse aux femmes ) des chansons déshonnêtes dans l'enceinte des églises (0) ; de célébrer des mascarades (10) et des festins le premier jour de janvier (11); d'invoquer les noms des faux dieux, comme Neplune, Orcus ou Pluton, Diane, Hercule^ Minerve, le Génie; de brûler des ciei^pes ou de rendre des vceux à des temples , des pierres , des fontaines , des arbres ou des carrefours ; d'attacher au cou des femmes ou des animaux des ligatures, même faites par des clercs, et avec des paroles de TEcrilure ; de crier pendant Téclipse de lune; d'appeler seigneurs le soleil et la lune, et de jurer par eux, etc. (iS); d'invoquer Bacchus pendant la vendange ; d'allumer aux nouvelles lunes du feu devant les boutiques ou les maisons, cL de sauter dessus ; de duiiuei' des gàleaux à Noël (13); de recourir aux femmes qui passaient pour manger la lune ; de sacriûer aux morts
(I) 2* el 4' conciles d Orléans (5a3-&i3), ooDcile ÛB Heim» (9) 4* concile d'Orléaos.
(3) Concile de Narbonne (589).
(4) Ihid, ^ «• ooDC. de Tolède (6â3), ^ conc. de Rome (781). ^'0 Gonc. de Roinu (635), — 4* de Totède.
(G) Abrégé de la doctrine de rEgKse par saint Eloi , dans la vie que sainl Ouen nous a laissée de son ami.
(7) Gonc. de Reims (C2o).
(8) Comme la Sainl-Jean ( Fis dêioint Eloi).
(9) 3« concile de Gbâlons (644).
(10) V. le conc. in TruUo (G9i).
(II) Voy. ci-contre la note 3.
(12) Vie de saint Eloi par sainl Ouem ; ces supersUlious régnaient surtout en Belgique.
(13) Voir le conc. in TruUo (fiOi) sur le motif de cet usage
et de s'en faire des saints (1), « ce qui semble être, dit
D Vàhhè Fleury, l'origine de la facilité que Ton avait en » CCS lemps-là à honorer d*un culte public plusieurs saints * » douteux (2). i>
Mais, en dépit de tous les efforts de rËglise pour les anéantir, beaucoup de ces superstitions païennes continuèrent d*6tre en honneur parmi les peuples (3), et sonl même parvenues jusqu^à nous , dépoLiillùes , il est vrai, depuis la fm du ix* siècle, de leur caractère primUil, et n'ayant plus dès lors, aux yeux de la foule , d'autre raison d'être que l'usage* On put même croire un instant que, malgré ses protestations réitérées, Tignorance des siècles que nous venons de parcourir ferait triompher dans l'Eglise la divination nommée le sort des saints^ dont Grégoire de Tours rapporte si gravement tant de curieux exemples. Car, bien qu'elle eût été signalée et condamr née (4) par saint Augustin, puis interdite par les conciles de Vames (463), é'Agde (506), à*Orléans (51i ) et plusieurs autres, celle superstition ne cessa pas d'être observée en Orient comme en Occident, par les grands comme par le peuple (5), et Ton est étonné d'apprendre de Guibert de Nogent (6) que, dans le diocèse de Laon, on s'en servait encore au siècle pour obtenir le pronostic du pontificat des nouveaux évêques. C^est ainsi que, malgré la voix des conciles, le duel sub.^isLa en France jusqu'au temps de saint Louis, et que, par la tolérance, sinon par l'appui du clergé, quelques-unes des autres épreuves judiciaires traversèrent tout le moyen-ftge.
(1) Coiic. de Leptines (744).
(2) T. II, 1. xi-ii, c. 38.
(3) Nous avons vu dans l'histoire des Franks que les fêles des calendes de Janvier subsistèrent dans Rome même jusqu'au temps de Zacharie , qui les alx)lit sur les observations de saint Boniface.
(4) AuGUST. ep, 55, al. i'J, iUl Jauuar, n. 87.
(5) V. l'histoire d'HiracHus.
(6) Gl». c. 13.