PRÉFACE DU TOME II
Nous commencerons par réparer une injustice involontaire.
En la préface du tome I, nous disions comment, en commençant la publication de nos recherches, nous ignorions la solution du problème du plan incliné empruntée par Tartaglia à l'École de Jordanus. Nous ajoutions que, de cette belle découverte, aucun historien de la Mécanique n 9 avait fait mention.
Or, en ce point, nous nous trompions.
Depuis plusieurs années, l'Académie des Sciences de Turin avait reçu une importante communication (1) de M. Giovanni Vailati. En cet écrit, T auteur étudiait les diverses esquisses du principe des vitesses virtuelles que Von peut releva* dans les ouvrages des mécaniciens grecs.
Cest parmi ces ouvrages quil rangeait t écrit pillé par Tarlaglia, et composé par V auteur inconnu que nous avons nommé le Précurseur de Léonard.
Nous ne discuterons pas ici Vâge que M. Vailati attribue à ce traité de Mécanique ; cette question sera examinée ailleurs (2). Nous nous baignerons à déclarer, pour le moment 9 que le savant professeur de t Institut Technique de Florence avait très exactement apprécié t importance de ce traité ; on en jugera par la conclusion qui terminait son exposé ;
(I) Giovanni. Vailaii, Il principio dei lavori virluuli da Aristotcle a Erone cTAlessandria (Accademia Kbài.b dbi.i.e Scienzb di Tomno, vol. XXXII, séance «tu 13 juin 1807).
(î) Vide infrà, noie F.
« Pour rencontrer une œuvre en laquelle la Statique se trouve aussi absolument concentrée autour du principe des travau^r virtuels, encore que ce principe ne soit conçu que dune manière partielle et imparfaite ; une œuvre, dirai-je, où la Statique soit assujettie dune manière si despotique à ce principe ; une oeuvre où Von refuse, dune manière si rigoureuse 9 toute initiative, tout droit dintervenir à r intuition directe, dont la méthode d Archimède faisait si largement usage , /jour rencontrer une telle œuvre, dis-je. tl faut venir jusqu'à r opuscule que Descartes a intitulé . Explicatio machinarum atque instrumentoruin quorum ope gravissima quaeque pondéra sublevantur ; cet opuscule est. en effet, la j/remière tentative qui ait été faite, après le traité dont nous parlons, j)our construire t édifice entier de la Statique sur le plan que devait réaliser la Mécanique analytique de Ixigrange. «•
Au moyen âge, la Statique était enseignée de deujt manières : Dans les universités, les maîtres-ès-arls rattachaient l'étude des lois de l'équilibre aux commentaires dont ils enrichissaient les écrits cosmologiques dAristote; hors des llnivei*sités % on traitait la Statique comme une science mathématique autonome, sans attache avec la Philosophie; cette science, on en trouvait le déf>ôt dans des ouvrages que ton attribuait parfois à Euclide, à Archimède, à Jordanus, dont plus souvent encore, les auteurs étaient simplement désignés f>ar ce terme collectif : Auctores de ponderibus.
Xotre premier volume a eu /tour principal objet de suivre 9 parmi tnille vicissitudes, le dérelopj>emrnt des méthodes que les Au» % loivs d«» pondorilms avaient créées , de ce développement est issue la Statique Cartésienne, fondée tout enttère sur l'égalité entre le travail moteur et le travail résistant.
Les tleuj' premiers chapitres du présent volume niais retraceront l'évolution des idées émises jxir les maîtres sco-
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lastiques ; nous y voirons cette évolution aboutir au célèbre principe de Torricelli : Un système pesant dont le centre de gravité se trouve aussi bas que possible est assurément en équilibre.
Le germe qui devait donner naissance à cette vérité se devine, vague et indistinct, dans les écrits de très anciens commentateurs cCAristote, de Simplidus par exemple ; au xiv e siècle, il se précise dans les livres d Albert de Saxe et prend cette forme : En tout grave, il y a un point bien déterminé, le centre de gravité, qui tend à se placer au centre des choses pesantes.
Cette proposition qui se montrera extrêmement féconde en conséquences, implique une importante erreur ; l'existence (Tun centre de gravité fixe en un corps pesant est liée à la supposition que les verticales des divers points de ce corps peuvent être regardées comme parallèles entre elles ; elle est incompatible avec V existence, à distance finie, d'un commun centre des choses pesantes. Tout erronée soit-elle, cette proposition s'impose, indiscutée, à tous les esptnts ; elle est prise « pour un axiome, le plus clair et le plus évident quon peut demander. »
La révolution copemicaine, en déplaçant le centre de C Univers, ne ruina pas ce principe ; elle l'obligea seulement à se modifier ; le centre de la tem*e fut substitué au centre commun des graves, et t axiome ainsi rajeuni put recevoir la constante adhésion de Galilée.
Les conséquences visiblement inadmissibles que Fermât déduisit de cette proposition erronée purent seules en amener la ruine, tandis que les corollaires utiles que ton en avait déduits prenaient enfin une forme correcte.
Le principe faux qui avait si longtemps dirigé la Statique de F École, avait aussi produit la théorie géodésique la plus généralement enseignée dans les Universités ; aussi l'histoire de la Science de t équilibre se trouve-t-elle liée d'une manière inextricable à C histoire des doctrines qui ont été émises, au
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moyen âge et à T époque de la Renaissance, touchant la figure de la terre et des mers, (hi ne s'étonnera donc pas que cette dernière histoire se mêle, en notre écrit, à celle des pi m oprietés du centre de gravité.
Des notes assez nombreuses terminetd notre volume , etle\ apportent au lecteur quelques trouvailles t trop tardiroirnt faites jiour prendre leur juste jAace ; de ces trouvailles, .V» unes se sont présentées spontanément à nous, au cours de nos longues recherches ; les autres nous ont été signalées j*ir la bienveillante compétence de plusieurs de nos lecteurs . qu'il nous soit /H>rmis de leur adresser ici collecté veinent ies remerctments qu'a chacun d'ewr nous avons offerts nu moment où nous citions ce que nous lui devions.
Quil nous soit /n^rmis également de témoigner »!»./••• reconnaissance au H. / J J. Thirion ; à plusieurs rej,n.xei son obligeance nous a procuré des documents difficile mi.; accessibles et sa rigilance mais a évité des erreurs qui m>u* avaient échappé.
Hordeaux, 14 juillet 1906.
P. Duhbm.