V. Quæst. Opt. XXXI
l'effet d'un mécanisme caché. On peut supposer que l'attraction provienne d'un choc de particules, d’impulsions éthérées ou matérielles. Mais j'entends ici qu'on prenne le mot d’attraction dans un sens absolument indéterminé. « Attraction » signifie simplement la force, quelle qu’elle soit, par laquelle les corps tendent les uns vers les autres. Il est certain que cette force doit avoir une cause, si l’on entend par là que les lois de l'attraction se résoudront un jour en lois plus simples et plus générales. Mais cette cause nous est actuellement tout à fait inconnue. Nous n’avons que deux voies pour nous élever jusqu’à elle, la voie des hypothèses et celle des expériences. La première semble d’abord la plus indiquée. Elle permet de trouver. des analogies et de pressentir des faits nouveaux. Mais elle est, dans l’état actuel de la science, beaucoup plus dangereuse que l’autre. Soit qu'on mette à la base de l'astronomie une hypothèse moléculaire, soit qu’on fonde la gravitation universelle sur l'hypothèse de l’éther, on risque de fausser les faits par esprit de système. Cela tient à ce qu'une hypothèse, pour être féconde, doit venir à son heure. Il faut qu'elle s’harmonise avec le progrès des recherches expérimentales et ne cherche pas à les devancer.
Voilà pourquoi nous devons ‘pour le moment nous en tenir à la formule modeste que Newton donne de sa propre loi : les corps célestes se comportent comme s'ils gravitaient. Derrière cette gravitation existent certainement des causes plus profondes, mais ni les observations, ni le calcul ne sont assez avancés pour nous les faire connaître. « J'ai expliqué jusqu'ici les phénomènes célestes et ceux de la ‘mer par la force de la gravitation, mais je n’ai assigné nulle part la cause de cette gravitation. Je n'ai pu encore parvenir à déduire des phénomènes la raison de ces propriétés de la gravité, et je n'imagine point d'hypothèses!. » Il faut d’abord « que nous prenions connaissance par les phénomènes de la nature des attractions comme telles, que nous en recherchions les lois et les propriétés, avant qu'il y ait lieu de nous demander par quelle cause s'effectuent ces attractions ? ». |