‹ Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figuresChapitre 22 sur 64 · CARACTÈRES DES ORIFICES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES ORIFICES

pu inspirer à ces préhistoriques et à ces sauvages. Il y a même dans la mode de formation des orifices une analogie extraordinaire. Leur dimension, leur irrégularité et, pour certains procédés comme le mien, la formation des marges obliques doivent être rapprochées de celles des préhistoriques. Il nous paraît alors plus facile de concevoir et d’interpréter les efforts qu’ils avaient faits pour une juste thérapeutique. Nous sommes à cet egard dans des conditions tout à fait différentes de celles dans lesquelles étaient nos maîtres, qui les avaient jugées avant l’évolution de la chirurgie moderne.

Sur les crânes que nous donnent l’exploration des grottes, les fouilles de certains cimetières, on observe des orifices très variés. Les uns sont manifestement accidentels, résultant de fractures, de destruction partielle du crâne. Mais d’autres appellent l’attention, non parce qu’ils sont très uniformes, mais parce qu’ils ont, malgré des différences sensibles, quelques caractères communs dans la forme et dans la constitution de leurs rebords osseux, qui leur donnent un aspect très spécial.

Ce sont ces orifices manifestement artificiels que l’on a désignés sous le nom assez inexact de trépanations.

En elle-même, la désignation est vicieuse. Elle donne à l’ouverture le nom dérivé d’un instrument employé pour la faire. Non seulement les opérateurs n’avaient pas de trépan, mais nous sommes réduits à des conjectures sur l’instrument et sur la méthode qu’ils employaient pour pratiquer ces ouvertures crâniennes.

Depuis l’époque à laquelle la trépanation préhistorique a été étudiée, des orifices analogues ont été observés soit sur les ossements de peuples sauvages récemment disparus, soit chez des populations peu civilisées.

Entre les pièces de la trépanation préhistorique et celles des peuples sauvages chez lesquels on a pu étudier la trépanation, il y a une communauté d’aspect qui doit se rapporter à une communauté de facture, et cette facture paraît avoir été essentiellement différente de celle de la trépanation exécutée par les peuples civilisés.

IRRÉGULAKITÉS

Ainsi l’aspect même du crâne opéré est différent. Tandis que dans notre trépanation classique, on voit un orifice plus ou moins large avec bords taillés à pic très réguliers et tel que peut le laisser une scie circulaire, chez l’homme préhistorique, comme chez le sauvage, nous trouvons un orifice taillé suivant un biseau très marqué aux dépens de la table externe. L’orifice de la table externe est sensiblement plus grand que l’orifice de la table interne.

Cet orifice est rarement tout à fait circulaire ; sa forme est variée et même les contours n’ont pas la régularité à laquelle on tient en médecine opératoire.

En outre, tandis que certains orifices sont à peu près arrondis, d’autres affectent une forme triangulaire et d’autres encore une forme carrée.

Mais, outre ces formes régulières, on trouve des orifices crâniens tout à fait irréguliers, si irréguliers que lors des fouilles faites pour la recherche des crânes, il est arrivé souvent que l’observateur trop habitué aux formes régulières de la trépanation qu’il connaissait, n’a pas tenu compte des orifices irréguliers qu’il rencontrait, ou bien les a attribués à d’autres causes qu’à des opérations, à des blessures ou à des destructions accidentelles. A mon sens, c’est une faute. Je crois que ces orifices irréguliers sont bien plus souvent qu’on ne le croit les restes d’ouvertures faites artificiellement aux crânes. On les trouve dans les mêmes conditions dans les mêmes cavernes, dans les mêmes cimetières, 'sur les crânes de même origine.

On peut admettre que ces sauvages pouvaient, dans le but qu’ils poursuivaient, n’avoir aucune raison de s’assujettir à une forme bien régulière. Peut-être même avaient-ils des raisons de donner une forme tout à fait irrégulière, pour suivre le mal qu’ils attaquaient 7 ]A l’heure actuelle, il nous est très facile de concevoir ces conditions, puisque nous avons des raisons très fondées de créer comme eux dans le crâne des orifices irréguliers et vastes.

La figure 4 peut donner le témoignage de la difficulté que l’on

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