CRANES AMÉRICAINS
montre une extraordinaire profusion de ces sortes d’opérations et dans leur accomplissement une régularité et une hardiesse dont les chirurgiens civilisés jusqu’à nos temps modernes n’ont eu aucune idée. On peut dire que, même en ces temps modernes,
Fig. 18. — Type de trépanation carrée du Mémoire de Mac Gee.
la hardiesse et la fréquence de semblables interventions n’ont pas été égalées. ^
Après les crânes trépanés de l’époque néolithique, après les crânes des cavernes et certains rencontrés dans des cimetières gaulois, les crânes trépanés les plus curieux et certainement les mieux étudiés ont été trouvés dans l’Amérique du Sud et appartiennent à la période pré-Colombienne.
TRÉPANATION PÉRU^TENNE
Le beau Mémoire qui porte les noms de Manuel Antonio Muniz et W. Mac Gee est certainement celui qui contient les documents figurés les plus beaux.
Nous en avons reproduit deux exemples qui donnent deux types tout à fait différents. Le premier est un type de trépanation carrée, dans lequel les lignes qui ont servi à tracer le quadrilatère n’ont pas été effacées par le travail définitif. Les extrémités des lignes droites subsistent et une ligne droite a été creusée au-dessus de l’orifice principal. Si on s’en fie à la photographie, il y a des chances pour que le sujet ait peu ou point survécu à l’opération (fig. i8).
Le second type qui différé beaucoup de celui-ci,, se rapproche tout à fait de ceux que nous avons signalés pour les divers cas de la trépanation préhistorique (figure 17 et 6). Les orifices sont arrondis ou ovalaires ; la marge est plus inclinée que celle des trépanations carrées. Toutefois, on peut déjà remarquer que ces marges, tout obliques qu’elles soient, n’ont pas une obliquité comparable à celle que nous avons signalée dans une pièce artificielle de Muller.
Notre collègue, le Docteur Bazy a présenté à la Société de Chirurgie de la part du Docteur Escomel d’Arequipa une photographie qui me paraît d’un grand intérêt.
Cette pièce avait été trouvée dans les fouilles d’une ville indigène (Gaylonna, département d’Arequipa, Pérou). 11 s’agissait du tombeau d’incas Péruviens. L’inventeur fut le Docteur Villasenor.
11 n’est pas besoin de descriptions très compliquées pour faire constater les orifices multiples. En deux points, il y a eu trépanation incomplète. Les orifices sont très étendus (fig. 7, 8, 19).
La pièce communiquée par Escomel d’Arequipa appartient à une variété identique à celle des crânes les plus nombreux cités dans le mémoire de Mac Gee.
Ici la multiplicité des opérations a été considérable, et il nous apparaît que le procédé opératoire ne pouvait être que celui des orifices successifs, tel que je l’ai décrit.
On remarquera que, dans la pièce de Escomel, qui appartient à une autre région Péruvienne, les orifices sont franchement arrondis
TRÉPANATION PERU\TENNE
OU ovalaires. Leur marge a la même obliquité que celles que nous avons déjà citées.
Non seulement sur ce crâne on trouve des trépanations multiples, mais on trouve des trépanations incomplètes. Les figmes les mon¬
trent de la façon la plus parfaite, mieux que nous n’avons pu l’observer sur des crânes plus anciens {a et 6 , fig. 19).3
Enfin, nous avons fait figurer une pièce particulièrement curieuse, celle qui nous a été signalée par le Professeur Verneau, à l’obligeance duquel nous devons cette figure (9 et 20).
Elle a été observée sur une momie complète, qui est une des plus belles pièces du Musée d’Ethnographie du Trocadéro. L’ori-
— Type de Irépanalion Péruvienne arrondie du Docteur Escomel d’Arequipa.
TRÉPAXATIOX PÉRrVIENXE SUR MOMIE 61
fice crânien sur roccipital et le pariétal présente un aspect tout particulier, un peu différent de celui que nous avons signalé dans d’autres pièces. La marge de l’orifice ovalaire est festonnée. Elle présente de petites dentelures. Il est évident que cette forme est due à ce que des séries de petits trous ont été prati-
Fig. 20. — Momie péruvienne du Musée du Trocadéro. Communication du Professeur Verneau.
quées en couronne au voisinage les uns des autres entourant une rondelle d’os. Ces trous joints ayant été fusionnés, la rondelle a été enlevée.
Il est probable que le sujet a peu ou point survécu à l’opération. La marge osseuse n’est pas assez mousse. Elle a conservé des denelures, et les orifices du diploë ne sont pas comblés parla substance
TRÉPANATION KABYLE
lisse que nous voyons dans les autres pièces. Il est même possible que l’opération n’ait pas été complètement achevée et que, pour ce motif, les bords de l’orifice aient conservé des dentelures aussi prononcées .
Nous verrons plus loin que cette disposition donne des notions très claires sur la méthode employée pour pénétrer le crâne. Le Professeur Verneau qui nous avait fait connaître cette pièce de ses collections, nous a dit avoir rencontré la même disposition sur un autre crâne Péruvien.
11 y a encore d’autres documents sur la trépanation suivant le mode préhistorique. Toutefois, nous ne les trouvons pas plus intéressants que ceux-ci.
Ceux qui viennent des Kabyles devraient être tout à fait intéressants. Malheureusement, comme je le dirai plus loin, nous sommes trop dépourvus de pièces anatomiques°pour qu’on puisse en publier de belles représentations à côté, de celles que nous avons sig-nalées.
C’est un fait assez particulier que même aujourd’hui, alors que les collections de crânes sont si nombreuses, celles relatives à la trépanation kabyle, opération si commune, sont fort rares. Celles qui existent sont modérément intéressantes.
La pièce la plus connue et la plus belle est celle qui existe au Muséum du Jardin des Plantes et qui a été figurée dans le beau Mémoire de MM. le Professeur Verneau et Docteur Henri Malbot (page 36 et fig. 21). -
Le crâne en question paraît avoir servi de démonstration opératoire. Mais il a peut-être, lors d’une opération, été l’objet d’un traumatisme particulier, car une grande surface osseuse paraît destinée à être entraînée parla suppuration. Quoiqu’il soit possible que chez les Kabyles les opérations aient eu lieu quelquefois en plusieurs temps, en attendant l’élimination de séquestres osseux, cela-ne paraît pas être un procédé habituel.
Il est probable, au contraire, que les Kabyles, comme d’autres primitifs, attaquent la rondelle qu’ils ont entourée de lignes d’incisions et l’enlèvent en donnant à la perte de substance une forme
TRÉPANATION KABYLE
arrondie ou ovalaire; d’autres fois, en lui donnant une forme carrée.
Aujourd’hui, du moins, ils emploient des procédés qui diffèrent un peu suivant les opérateurs, mais que l’on peut ramener à deux types comme A. Paris l’avait indiqué autrefois.
Les uns font des traits droits avec une courte scie droite (Menchar).
Pig. 21. — Trépanation des Kabyles, figure due au Professeur Verneau.
Les autres, avec un instrument perforateur qui ressemble à une vrille (brima) un peu large, font une série de perforations rapprochées les unes des autres, fusionnent entre elles toutes ces perforations en entourant une pièce du crâne ou bien en réunissant deux perforations avec une scie. Cette pièce sera la rondelle enlevée.
On peut voir sur la pièce de Verneau et Malbot comment ils combinent l’action du brima et celle du menchar en joignant deux perforations par un trait de scie. C’est exactement la méthode employée aujourd’hui avec les appareils les plus modernes de de Martel.
RONDELLES CRANIENNES
Il 0st à espérer que des fouilles futures nous mettront en possession de crânes anciennement ouverts et trépanés qui doivent être très nombreux en une contrée où l’ouverture du crâne ou plutôt les ouvertures multiples du crâne sont faits habituels.
Rondelles crâniennes.
Aux pièces anatomiques constituées par les crânes perforés, on doit en ajouter d’autres dont la découverte a été l’orig-ine d’études et de suppositions très compliquées. Ce sont des rondelles de crâne, rondelles irrég-ulières qui doivent être formées par les pièces enlevées sur les crânes par les trépaneurs. On en possède dans les musées des échantillons multiples et de formes assez différentes, comme sont différentes du reste ies formes des orifices de trépanation.
Nous en avons fait fîg-urer quelques-unes, admirablement dessinées dans le beau Mémoire de de Baye. On peut constater que ces rondelles ont, comme les orifices de la trépanation, une sorte de marg-e qui est analog’ue à celle que nous observons sur l’orifice crânien. En d’autres termes, sur presque toutes ces pièces, on peut constater que la table externe a été plus usée que l’interne.
Les rondelles sont arrondies ou ovalaires le plus souvent. Cependant on en trouve de presque triangulaires.
Quelques-unes ont au milieu un ou plusieurs trous qui paraissent destinées à la suspension.
Enfin on remarque que la surface osseuse en est souvent polie comme si cette surface avait subi des frottements répétés.
Ce n’est pas toujours le cas, car on peut voir sur certaines pièces que la trace très nette des impressions vasculaires n’a pas été effacée.
"T Ces rondelles auraient, d’après Broca, des caractéristiques constantes dont la principale serait de présenter en un point un état lisse, une sorte de réparation osseuse. Il attribue cette disposition à ce fait que ces rondelles sont toujours taillées sur le crâne de
RONDELLES CRANIENNES 6o
sujets ayant subi la trépanation pendant la vie et la partie lisse est la partie de la rondelle qui touchait à l’orifice de trépanation.