‹ Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figuresChapitre 47 sur 64 · ROTATION USITÉE PAR LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

ROTATION USITÉE PAR LES SAUVAGES

paraît avoir fourni un enseignement très intéressant sur Fusagè des instruments de pierre. Il est bien probable que les gens qui se servaient de Tinstrument de pierre dont le tranchant n^a jamais rien d’absolument comparable au tranchant de l’acier, savaient utiliser la pierre autrement que nous n’utilisons l’acier, La pénétration de la pierre par un mouvement de rotation est une chose très facile. Les sauvages ont dans l’usage des instruments qu’ils font agir par rotation une habileté extraordinaire. Nous pensons donc que ce procédé que nous avons employé peut précisément mettre en relief une action instrumentale puissante à laquelle on ne songeait pas, et qui peut expliquer les facilités d’une opération qu’il nous paraissait difficile d’imaginer avec nos habitudes d’instruments tranchants ou sciants.

Ne sommes-nous pas émerveillés déjà par la méthode d’allumage du feu par rotation d’un morceau de bois qui ne peut guère être exécutée que par les sauvages.

Mais les procédés de rotation pour la perforation des matières dures étaient évidemment très employés parles sauvages.

Dans les belles collections ethnographiques de l’époque anté-colombienne, le Professeur Verneau nous a montré des bijoux ou pierres dures perforées avec une régularité parfaite, malgré la dureté de la matière. Il est de toute évidence que ces perforations, infiniment plus difficiles que celles de la voûte du crâne, avaient été faites par des instruments de pierre en rotation.

Cette action si puissante des instruments en rotation nous permet de comprendre aisément toutes les variétés des ouvertures, les grandes comme les petites dimensions, la forme des orifices crâniens dans leurs moindres détails.

J’ajoute volontiers que le chirurgien moderne a trop perdu l’habitude d’utiliser ces sortes de mouvements. J’étais plus qu’un autre disposé à les retrouver parce que je me suis toujours servi de ces mouvements de rotation pour pénétrer la substance osseuse dans des conditions diverses. J’ai fait construire un poinçon d’acier, perforé à son extrémité, avec lequel j’ai perforé des os très

COMPARAISOX AVEC LES TRÉPANATIONS

divers qui m’a permis de passer dans la substance osseuse des centaines de fils métalliques. C’est un instrument d’action g-rossière, ^mais simple et Ta.ŸÏàe (\o\v mon Mémoire sur la suture de rotule (i'). " Broca pensant toujours à une action analog’ue à celle de nos scies ou de nos ciseaux, ne pouvait imaginer hors le grattage les

formes arrondies des ouvertures crâniennes. Notre procédé rend compte de la facilité de production des formes arrondies ou elliptiques. 11 montre le mode suivant lequel un instrument de pierre peut avoir une puissance de pénétration comparable à celle de nos instruments d’acier. 11 permet la pénétration du crâne sans à-coups de l’instrument et sans possibilité de précipiter la rondelle dans le crâne, comme cela pourrait arriver avec le trépan.

On peut dire que, par un semblable procédé qui ne doit donner que peu de sang, qui évite toute pénétration brusque dans le crâne, les chances de danger pendant l’opération sont singulièrement réduites .'l

En plus de ces bonnes raisons, j’ai pu faire constater l’identité d’aspect de ma trépanation expérimentale avec celui de la plupart des ouvertures crâniennes de l’époque néolithique, et d’un grand nombre d’ouvertures crâniennes de date plus récente. Toutes les probabilités étaient pour que mon procédé eut été appliqué par les opérateurs au silex, ^our la trépanation péruvienne, j’en devais trouver une preuve qui m’a été montrée par le Professeur Verneau, dans son beau musée ethnographique du Trocadéro.

La pièce dont, grâce à son obligeance, j’ai pu donner la photographie, montre non pas Vanalogie du procédé opératoire, mais son identité avec le mien (fig. ao et 29).”!

Il y a dans la pièce du Trocadéro des dentelures si nettes que l’on saisit absolument le mode suivant lequel les perforations voisines ont été faites. Je pense que si, dans cette pièce exceptionnelle, on voit aussi bien le mécanisme de l’opération, c’est qu’elle n’a pas été achevée, la rondelle ayant été enlevée; les bords de la plaie osseuse n’ont pas subi le polissage définitif coutumier.

;1) La suture de la rotule, Archives internationales de chirurgie, vol. I, fascicule I.

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