‹ Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figuresChapitre 63 sur 64 · L CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

L CONCLUSIONS

Il serait superflu de chercher à démontrer que les faits précédents sont par eux-meme pleins d’intérêt. La seule considération de ces documents si curieux dans l’histoire de l’humanité les rendrait précieux aux yeux de tous.

Mais au point de vue de l’histoire du trépan d’une part, et d autre part au point de vue de l’histoire de la chirurg^ie, il me semble qu’il y a un intérêt capital à préluder à l’étude historique du trépan en comparant les faits de l’âg'e de pierre, des sauvag’es anciens, modernes, des demi-civilisés avec la conception la plus haute de notre science chirurg-icale moderne. Sans doute nous n’ avons pas la prétention de tout assimiler. Mais nous trouvons là les éléments de méditations philosophiques et historiques.

Nous oublions trop souvent dans notre vanité scientifique que pendant des milliers d’années on a observé et médité avant nous.

Nous devons être trop heureux d’en trouver des témoignag-es aussi saisissants que ceux que nous avons exposés, et d’en faire notre profit, comme il faut en tous temps savoir faire notre profit des observations qui ont été faites avant les nôtres, même si elles nous sont transmises par la tradition populaire en apparence la plus ig-norante.

Il est bien vraisemblable que la trépanation a été pratiquée à des époques très diflêrenles sans aucune relation entre elles, et que les procédés ont varié^Q

Mais le motif devait être toujours le même : un but thérapeutique, un but utile à l’humanité à toute époque.

DÉCOMPRESSION CÉRÉBPiALE

La recherche et le soulagement des douleurs profondes de la tête ^Ifurent une indication à intervention, autrefois comme aujourd’hui.

11 est facile de concevoir que les procédés aient varié. Toutefois ces variations n’ont pu se produire que dans une certaine mesure. Elles restaient toujours nécessairement en rapport avec le mode suivant lequel les instrument étaient généralement employés.J Or, de tout temps et partout où les instruments de pierre ont régné, leur emploi par rotation si fréquent a duùrouver une facile application à l’ouverture du crâne. Cela nous permet de supposer avec beaucoup de vraisemblance que le procédé que nous avons réinventé a dû avoir été très proche de ceux qui ont été réellement le plus employés. Les plus usités ont certainement été ceux de cet ordre. ,

Si on évoque le but thérapeutique, il paraît évident que lorsqu’on poursuivait la douleur profonde de la tête, la décompression obtenue par l’ouverture du crâne a constitué le véritable bénéfice du patient.

Ce sont donc les résultats merveilleusement et immédiatement efficaces de cette décompression cérébrale qui ont mené à la coutume opératoire dont nous trouvons tant de restes crâniens.

Cette constatation n’implique pas nécessairement que ces sauvages, dont nous ne pouvons rien savoir, avaient une thérapeutique et une chirurgie organisées. ^Toutefois est-il bien téméraire de supposer que des gens qui étaient arrivés à créer une pratique chirurgicale aussi complexe pour le crâne, n’avaient pas dû négliger toute autre pai'tiedu corps et toute autre cavité?

11 est probable au contraire que leur chirurgie, dont naturellement il ne reste pas d’autre témoignage, était plus complète et plus hardie que nous ne pouvions le supposer J

Cela est d’autant plus facile à admettre que nous trouvons encore dans les peuplades sauvages un sentiment très différent de celui qui nous éloigne aisément, nous civilisés, des entreprises de la chirurgie. Leur sensibilité est essentiellement différente de celle des peuples civilisés. Or une insensibilité relative peut leur faire subir

MOTIFS DE l'iXTEP.\-E>'TIOX 1‘29

sans trop grande répugnance, des interventions chirurgicales dont, très sensibles à la douleur, nous acceptons difficilement la perspective.

Les mutilations volontaires, auxquelles se soumettent certaines peuplades par simple coquetterie, donnent la preuve d’une indifférence vis-à-vis de la douleur dont il est facile de trouver de nombreux exemples.

Dès lors, les sauvages préhistoriques pouvaient être plus enclins à l’intervention chirurgicale que nous ne l’imaginons au premier abord.

Puis cette chirurgie était relativement facile, plus heureuse à coup sûr qu’on ne la rencontre chez les peuples civilisés, il devait s’ensuivre que le succès des opérations, l’innocuité des interventions en apparence trop hardies encourageaient et entraînaient beaucoup de patients à subir des interventions qui paraîtraient hasardeuses, imprudentes, inutiles et graves pour des civilisés.

Nous aurions tort du reste de regarder ces faits et ces actes de trop haut. Malgré les notions scientifiques et précises qui nous guident, nous n’avons pas le droit de penser et de dire qu’il ne reste devant nous rien de cette obscurité dans laquelle ces hardis pionniers de la chirurgie n’hésitaient pas à s’avancer.

Nous n’avons pas le droit de reprocher rétrospectivement aux sauvages leur hardiesse pour la marche dans l’inconnu, car ce doit être notre honneur de la continuer. Si nous j mettons moins de hardiesse ou plutôt moins de témérité, en cherchant à nous couvrir de nos notions complexes, en ménageant de notre mieux la vie ou les souffrances de nos semblables, nous n’avons le droit ni d’oublier ni de blâmer Fexemple qu’ils nous ont donné en agissant avec les moyens les plus misérables, et les garanties scientifiques les plus embryonnaires.^

Quel que soit le progrès de la pathologie cérébrale, nous avons encore aujourd’hui l’occasion de faire sur le crâne des opérations heureuses, tout en nous guidant sur des symptômes dont l’analyse difficile ne nous donne aucune notion précise. Sans doute

LÉGITIMITÉ DE l’iNTERVENTION

nous comprenons un peu mieux les conditions dans lesquelles l’opération sera utile. Mais nous avons aussi l’occasion de poursuivre la douleur profonde du crâne qui nous guide sans nous donner une notion précise du mécanisme de notre succès, sans nous indiquer exactement la lésion que nous allons modifier, ni la cause exacte de cette modification.

J’ai exposé tous ces faits parce qu’il me semble qu’il ne peut guère J avoir de doute sur les rapports qu’il j a entre la trépanation préhistorique, la trépanation des sauvages, et l’ouverture du crâne'inaugurée par notre moderne chirurgie. Pour ma part, je vois à cette lointaine tradition l’avantage de nous donner un réel encouragement pour l’évolution de cette nouvelle chirurgie.

En considérant ces faits, je suis étonné de constater que le chirurgien moderne, armé comme il l’est aujourd’hui, n’ait pas encore fait dans cette voie plus de progrès. J’attribue cette faiblesse à ce que, même pour cette nouvelle chirurgie, le médecin est resté trop routinier. Le fait d’ouvrir le crâne pour rechercher un corps étranger ou une tumeur, était un fait conforme à des habitudes anciennes prises pour d’autres régions. Aussi, dans ce sens, depuis trente ans, la chirurgie a fait beaucoup. Mais, à mon gré, ce n’est pas le champ le plus favorable au progrès. ^ ^ L’action thérapeutique que peutproduire l’ouverture crânienne est

d un tout autre ordre dont nous ne sommes pas coutumiers. Il s’agit d’une méthode qui transforme brusquement les conditions d’équilibre circulatoire et par conséquent les modes de la vitalité du cerveau, du cervelet, et du bulbe. Sans doute, nous ne savons pas encore où mènera cette action si brutale et si puissanteTlMais nous pouvons augurer qu’elle doit mener à des modifications profondes dans l’évolution des maladies.

L ouverture large du crâne, avec ou sans action directe sur la substance cérébrale, donnera une puissance considérable au médecin pour le traitement de certaines maladies, pour lesquelles ^ nous sommes restés impuissants.

Il est probable que la décompression, avec ou sans emploi de

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