INFLUENCE DE POTT
pratiquer l’opération dans toutes les circonstancés où le malade lui-même les réclamait.
Le Docteur Robert Hudson, considérant combien ces pratiques différaient des habitudes médicales et chirurg-icales classiques, eut la pensée de les attribuer à ce qu’il était possible qu’en ce pays, un partisan de Pott, le g-rand défenseur Ang-lais du trépan au xvm® siècle, eût fait prendre la coutume de trépaner pour les traumatismes de la tête.
11 était déjà bien peu probable que la seule influence d’un homme, en bien moins d’un siècle, eût pu établir une coutume populaire aussi invétérée.
La chose était encore bien plus invraisemblable quand on s’en rapportait aux faits rappelés par Robert Hudson. Dans le pays, entre 1760, et 1790, avait pratiqué un homme de g-rande valeur scientifique du nom de William, Pryce docteur en médecine d’Edimbourg'. Ce serait lui, disait-il, qui aurait pu établir la coutume dans le pays, parmi les membres de sa famille et ses élèves. La plupart des praticiens du pays n’avaient reçu aucune éducation universitaire, mais avaient été simplement apprentis dans les boutiques de chirurg-iens, où ils apprenaient la trépanation comme de la plus haute utilité thérapeutique.
Des rapports de Pryce avec Pott, Hudson ne donnait aucune preuve, ni même aucune indication, sinon qu’il vivait vers le même temps, et par conséquent avait pu subir son influence. 11 ne donnait même aucune indication sur sa pratique médicale.
Si on se rappelle toutefois que ce Pryce était un docteur d’Edimbourg-, tandis que Pott était chirurgien de Saint-Earthélemy hospital à Londres, si on se souvient de la constante rivalité de ces écoles et de leur grand éloignement, toutes les probabilités étaient pour que l’étudiant d’Edimbourg ne subît aucune influence même du grand chirurgien de Londres.
Mais il y avait à cette coutume une origine probable qui avait échappé à l’auteur, et qui nous frappa immédiatement. Pour être une coutume aussi invétérée dans un peuple aussi arriéré, aussi isolé
tp.épa:>îation par tpiAdition
qu’étaient lés populations de la Cornouaille, il était bien probable que celle dont il s’ag-issait devait être d’orig-ine très ancienne.
Les mines de Cornouaille, mines d’étain et de cuivre, sont des plus anciennes 4 u monde.
La Cornouaille, comme la Kabylie, était un pays très isolé, à coutumes tout à fait spéciales. 11 n’y a rien d’invraisemblable à supposer que sous l’influencer de conditions favorables, dans une région où les chocs sur la tête dans les g-aleries étroites des mines étaient d’une fréquence extrême, la coutume de la trépanation de la préhistoire s’était conservée, transmise de père en fils à ces g-ens, qui pratiquaient une médecine qui se transmettait de boutique de . chirurgien en apprenti-chirurgien. Celui qui par hasard avait été gradué à Edimbourg, avait trouvé la coutume installée,, et avait, par la volonté de la population en ce temps, été obligé de l’adopter, aussi bien que les jeunes médecins plus modernes arrivant de Londres où on proscrivait la trépanation étaient bien obligés comme le rapporte Robert Hudson pour son propre temps de l’apprendre et de la pratiquer sur les mineurs qui venaient la leur imposer.
On peut bien être assuré que si, à l’époque actuelle, les Kabyles acceptaient l’office des chirurgiens Français, ils sauraient rapidement leur imposer l’usage de la trépanation, dont ils connaissent par la même tradition la valeur thérapeutique.
La coutume de la trépanation paraît avoir persisté dans le pays en se modernisant. Grâce à l’obligeance de mon ami Lynn Thomas de Cardiff, un praticien de la Cornouaille, le Docteur Frank Hichens, chirurgien du Redruth Hospital, en réponse à trois questions que nous lui avions fait poser, répondit :
Que la trépanation était encore une opération commune en ce pays;
Que si un traumatisme de la tête entraînait la mort sans qu’il y ait eu trépanation, on serait certainement surpris que l’opération n’^ût pas été faite;
Enfin que la trépanation est faite couramment pour abcès céré-
TRÉPANATION TPiADITIONNELLE
bral, pour décompression dans le eus de tumeur, pour fracture de la base, pour hémorragie méningée, etc.
Une partie de ces considérations, qui m’étaient exclusivement personnelles, furent empruntées à mon livre par Védrènes sans en indiquer la provenance.
Par la suite, d’autres auteurs qui avaient eu connaissance de la publication de Védrènes, sans connaître les miennes, la citèrent et reproduisirent ses appréciations, qui pourtant reposent surtoutsur une étude incomplète de la question.
S’il n’y a pas identité entre la trépanation de Redruth et la trépanation des Kabyles, au moins faut-il reconnaître qu’en ces deux pays différents, on considère la trépanation comme une intervention de peu d’importance, et on la pratique fréquemment, au point que si on fouillait un peu plus tard un cimetière de Cornouaille, on y recueillerait des crânes sensiblement différents de ceux de Berlin, de Paris ou de Londres, mais très analogues à ceux des populations de la préhistoire.