Les origines de Mahé de Malabar
Nous avons occupé Mahé de Malabar au xviii^ siècle pendant une durée de soixante-deux ans, interrompue deux fois par dix années de domination anglaise. A part une très courte période, l'étendue de notre possession ne dépassa jamais 2. 600 hectares, chiffre qu'elleavaiten 1792. Dans ce cadre restreint, on ne peut et on ne doit pas s'attendre au récit de faits sensationnels, ayant influencé nos destinées coloniales. Cependant, si l'on entre dans le détail des événements, on y retrouve cet ensemble de fautes et de qualités, qui furent sous Louis XV l'honneur et la faiblesse de notre politique. A Mahé, comme dans nos autres établissements de l'Inde, nous fûmes servis par des hommes de haute intelligence et d'une expérience consommée, mais desservis par notre esprit national, dédaigneux de prévoir, inapte à faire en temps opportun les sacrifices nécessaires et comptant sur les hasards de l'improvisation pour réparer toutes les erreurs. Les fautes dominèrent de beaucoup les qualités. Celles-ci se déployèrent comme dans un rêve, laissant après elles une impression d'audace et de génie ; mais les autres s'accomplirent dans la réalité, au milieu d'un lamentable cortège de ruines et de désastres.
Les hommes, avons-nous dit, furent d'une expérience consommée. C'est un point que l'on ne saurait trop
mettre en lumière ; il domine toute notre histoire de Mahé au xviii" siècle. Des quatorze chefs qui se succédèrent en notre établissement de 1721 à 1793, trois à peine furent des nouveaux venus dans la colonie ' ; les autres, avant d'exercer le pouvoir, avaient servi pendant de longues années dans les postes inférieurs, MoUandin avait vingt-quatre ans de service ininterrompus dans l'Inde quand il résigna ses fonctions ; Louet, qui fut chef du comptoir de 1747 à 1761, y servait depuis 1727; Duval de Leyrit arriva à Mahé comme conseiller en 1735, devint chef du comptoir en 1742, succéda plus tard à Godeheu et ne quitta l'Inde qu'après la prise de Pondichéry en 1761. Picot de la Motte fut envoyé de France à Mahé commecommis de second ordre en 1754 ou 1755 et gouverna à deux reprises jusqu'en 1778.
Ces exemples de long séjour dans la péninsule ne sont pas particuliers à Mahé; on les retrouve partout ailleurs. Dupleix débarqua à Pondichéry en 1722 et ne partit qu'en 1754. Law de Lauriston, arrivé en 1742, ne revint