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1735, sans provoquer d'incidents graves. A ce moment, les ouvriers employés par M. Lambert refusèrent de travailler sous ses ordres ^ Cet ingénieur demandait depuis longtemps que ses appointements, qui étaient de 1.500 livres, fussent relevés et la réponse de la Compagnie arriva peu de temps après cette sorte de grève ; elle proposait à M. Lambert l'alternative de rester aux mêmes appointements ou de repasser en France. Ce dernier préféra quitter le service et s'embarqua à Mahé sur la Reine au début de 1736. Il était resté à la côte Malabar dix ans et trois mois.
L'œuvre qu'il y accomplit ne fut pas considérable, tant par mauvaise volonté que par faute d'argent. Après le départ de M. Deidier, survenu peu de semaines après la conclusion de l'accord de 1728 avec les Anglais, il y avait eu beaucoup à payer et le Conseil de Pondichéry avait résolu de réduire les dépenses au strict minimum.
Il donna, en conséquence, l'ordre de suspendre tous les travaux de fortification, de licencier les ouvriers et de ne retenir que ceux qui seraient strictement indispensables pour la réalisation des travaux courants. M. Trémisot et M. Lambert protestèrent en vain contre cette suspension, dont Bayanor pouvait tirer parti pour rompre le traité de paix et renouveler contre nous ses attaques. Le Conseil de Pondichéry pesa ces raisons et pencha pour les économies. Il rejeta pour des motifs différents tout un programme de travaux soumis par M. Lambert; il pensa, non sans raison, que M. Deidier était parti depuis trop peu de temps pour que les instruc-
1. Les ouvriers étaient surtout des Malabars, mais il y avait aussi des Pondichériens. Un maçon était payé 2 pagodes 15 fanons par mois.
lions laissées par lui eussent perdu de leur valeur ; il se défiait d'autre part de la compétence de M. Lambert, celui-ci possédant plutôt les qualités d'un contremaître que celles d'un chef.
En 1729, l'un des bastions du fort s'était fendu du haut en bas et menaçait, s'il tombait, d'écraser la log^e. M. Lambert fut autorisé par le Conseil de Pondichéry à faire tous les travaux de réparation nécessaires, mais il devait s'en tenir là ; tant pis si, faute d'entretien, on était réduit plus tard à faire des opérations plus onéreuses. Les vaisseaux qui arrivèrent de France cette même année n'apportèrent d'ailleurs ni ordres ni fonds pour continuer les fortifications.
L'année suivante, sans se départir beaucoup de ses principes d'économie, la Compagnie autorisa néanmoins une dépense unique de 5.000 piastres pour terminer deux redoutes cotées K et N dans les plans de M. Deidier, plans qui sont malheureusement perdus. Ce crédit était insuffisant.
Le Conseil de Pondichéry informa le Conseil de Mahé de cette décision par lettre du 13 septembre 1730. Malgré cette lettre, M. Lambert ne fit absolument rien ; il n'envoya même pas les devis qu'on lui demandait. 11 travailla au Grand Calay et commença un rempart du poste 28 — plan de M. Deidier — au chemin couvert du poste K. 11 ne nous est pas possible de déterminer l'importance de ces travaux.
Toute l'année 1731 se passa sans que l'on travaillât aux bastions. M. Lambert construisit un hôpital qui coûta 1 80 pagodes. Au mois de décembre, il n'avait pas, comme on l'a vu plus haut, encore envoyé les devis réclamés.
Au début de 1732, il travailla enfin aux bastions et
les acheva avant la saison des pluies, qui commence d'ordinaire à la fin de juin. On sait comment il passa à Pondichéry la majeure partie de cette année. En ce même temps, la Compagnie, revenant sur ses principes d'économie, décida d'affecter annuellement 5.000 piastres pour mettre en état l'établissement de Mahé. On devait commencer par faire les réparations indispensables, puis entreprendre les travaux des postes K et N.
En 1733, le Conseil de Mahé, a^'ant décidé de construire de nouveaux mag-asins pour les poivres, demanda un devis estimatif à M, Lambert; celui-ci feignit d'ignorer le prix des matériaux, quoiqu'il fût libre de les prendre dans les magasins de la Compagnie ou de les avoir de tout autre façon. « Faux-fuyants de gens qui ne veulent faire que leur volonté », écrivit M. Trémisot. Ces travaux furent néanmoins entrepris et furent achevés en 1736.
En 1734, les fonds n'étant arrivés de France qu'en insuffisante quantité, le Conseil de Pondichéry prescrivit de ne pas continuer les fortifications et de ne pas entreprendre de nouveaux ouvrages ; tous les fonds disponibles devaient être affectés à l'entretien du comptoir et à l'achat des poivres. Le Conseil de Mahé songeait alors à établir une batterie de gros canons à la pointe de la rivière : M. Lambert avait fait un devis qui dépassait 1.000 livres. En présence des ordres de la Compagnie, tout fut ajourné.
M. Lambert partit au début de 1736. « Comme il a commencé, il a fini », conclut en guise d'adieu le Conseil de Mahé. (Lettre à la Compagnie du lojanvierl736.)
Le successeur de M. Lambert, désigné par la Compagnie, fut M. Rebuty, précédemment employé dans le Bengale, où il n'avait pas réussi. M. Rebuty posa comme
conditions qu il aurait 2.000 livres d'appointements, soit cinq cents de plus que M. Lambert ; le Conseil de Pondichéry ne voulut pas les lui donner et M. Rebuty refusa l'emploi. Entre temps, la Compagnie, ayant appris la mauvaise conduite que M. Hebuty avait tenue à Chandernagor, prescrivit de ne plus l'employer à aucun titre et donna l'ordre à M. de la Bourdonnais, Gouverneur de rile de France, de faire passer dans l'Inde pour servir à Mahé l'ingénieur Paradis, dont on disait le plus grand bien. En attendant que M. Paradis arrivât, l'intérim de ses fonctions fut rempli par M. Moullineau, qui les exerça jusqu'en novembre 1737. Il acheva les magasins commencés en 1733.
M. Paradis, qui devait s'illustrer d'une façon glorieuse en 1746 et en 1748, dans la guerre contre les Anglais, avait alors environ 35 ans ; son acte de décès porte qu'il était né à Landau. M. Paradis arriva à Pondichéry par le Lys en septembre 1737 et à Mahé par le Duc-de-Bourbon le 23 novembre suivant. Les premières impressions qu'il donna de sa personne et de son travail furent favorables. « Nous croyons, écrivit le Conseil de Mahé à la Compagnie le 21 décembre 1737, que nous aurons lieu d'en être contents par l'exactitude avec laquelle il veille sur les travaux et les ouvriers. » M. Paradis reçut comme appointements 2.000 livres; il eut droit en outre à trois barriques de vin et à un quart d'eau-de-vie.
Les travaux qu'on exécutait alors étaient un fort à Péringoutour, poste nouvellement occupé, et la construction d'une église déjà décidée en 1735. Le Conseil de Mahé, envisageant dès ce moment la possibilité d'acquérir les deux montagnes de Caragouroup et de Tamantacounou, on avait renoncé à faire quoi que ce fût au poste N qui,
par cette acquisition, serait devenu sans importance. M. Paradis étudia le projet de s'emparer de vive force de ces deux montagnes, dans le cas où il faudrait en venir à cette extrémité ; ce projet ne fut point accepté par le Conseil de Pondichéry.
M. Paradis ne resta guère plus d'un an à Mahé. Le Conseil de Pondichéry faisait alors exécuter, pour la défense de cette ville, de grands travaux dont un capucin, le P. Louis, avait la direction. Ces travaux duraient depuis plusieurs années. En 1738, le P. Louis, vieux et fatigué, ne se sentit plus en état de travailler. A défaut d'ingénieur qu'on pût recruter surplace, le Conseil Supérieur décida de faire venir M. Paradis (lettre du 29 octobre 1738). Cet ordre ne put s'exécuter en temps utile et, dans l'intervalle, il arriva de l'Ile de France, à titre de touriste, un ingénieur nommé M. de Cossigny. Le Conseil Supérieur le requit pour suivre les travaux commencés par le P. Louis et destina M. Paradis à continuer ses services à Karikal que nous venions d'occuper (lettre du 8 mars 1739). M. Paradis ne séjourna d'ailleurs que peu de temps à Karikal ; dès le mois d'octobre de la même année, il retourna à Mahé, où se préparaient de graves événements.