‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 75 sur 86 · LETTRE DE MM. LENOIR ET DELORME A LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

LETTRE DE MM. LENOIR ET DELORME A LA COMPAGNIE

Au Fort Louis, à Pondichéry, le 18 octobre 1723.

Le S. MoUandin nous a écrit souvent ; par toutes ses lettres, il crioit misère, demandoit des hommes, des armes,

1. Lorsque MM. Lenoir etDelorme écrivirent cette lettre, tous deux rentraient en Franco. M. Lenoir venait de remplir les fonctions de gouverneur intérimaire, après la mort de M. de la Prevostière. M. Delorrae était Conseiller an Conseil supérieur.

de l'arg-ent pour faire les dépenses et pour achetter une grande quantité de poivre ; il a trouvé fort mauvais de ce que nous luy avons écrit de prendre patience jusqu'à l'arrivée des vaisseaux que nous attendions de France cette année ; ildisoit qu'il lui faloit des secours prompts pour soutenir la guerre ; de la façon dont il écrivoit, il paraissoit avoir autant d'inquiétude que si toute l'Europe avoit dû réunir des forces pour l'assiéger. Il n'avoit demandéjen premier lieu que dix hommes pour garder l'établissement de Mahé, vous avez ordonné, Messieurs, de luy envoyer trente François; nous luy avons encore fait passer depuis dix à douze soldats topazes, il n'est pas satisfait ; il a peut être raison, mais nous n'avons pas tort ; nous étions absolument hors d'état pour lors de luy donner aucun secours ; nous croyons qu'il étoit plus important pour l'intérêt de la Compagnie de conserver Pondichéry préférablement à l'établissement de Mahé, que nous regardons fort équivoque et duquel nous ne croyons pas que la Compagnie puisse retirer les dépenses qu'elle se propose d'y faire, pour avoir la quantité de poivre que les vaisseaux de France peuvent emporter années communes ; il auroit été inutile de faire de si grands préparatifs ny de foi^mer d'autre établissement que celuy que l'ancienne Compagnie avoit à Calicut, lorsqu'elle faisoit commerce ; un vaisseau de six cens tonneaux et même plus grand ne peut embarquer en grenier tout au plus que 160 à 180 tonneaux de poivre en le chargeant de balles à l'ordinaire ; car nous ne croyons pas que la Compagnie ait jamais intention d'envoyer des vaisseaux de France pour charger seulement du poivre ny du cardamon, parce que nous estimons que le chargement ne pourroit pas supporter la dépense qu'ils feroient pendant le cours du voyage. Voilà, Messieurs, ce que nous pensons sur l'établissement de Mahé ; nous nous en sommes déjà expliqués à peu près de même par la lettre générale du 23 janvier dernier ; nous pouvons peut être nous tromper; A présent que voilà des fonds arrivés de France, nous ne doutons pas que M. Beauvollier ne se conforme à vos ordres et qu'il n'envoyé au S. Mollandin tous les secours qu'il désire. Si cela avoit esté à noire disposition, nous aurions eu beaucoup de peine à nous

y résoudre dans la crainte de vous constituer en une dépense plus grande que les profits ne seraient pour le commerce des poivres que vous vous proposez de faire et, de la manière que vous l'ordonnés, si cela s'exécute, vous aurez certainement de la perte. Vous trouvés que les poivres qui ont estes achettés pour notre compte à cette côte en 1720 coustent plus cher que ceux que le S"" Mollandin a envoyé de Galicut, nous croyons le contraire ; nous avons fait faire un compte de comparaison par votre teneur de livres, qui doit vous être envoyé par lequel vous verres qu'ils sont à meilleur marché ; il sera aisé d'en faire la vérification si vous le souhaitez aussitôt que nous serons arrivés en France. Par la suite, vos employés de Pondichéry ne seront plus dans la nécessité d'y en achetter; ils en auront suffisamment de Galicut et de Mahé si le projet de ce dernier établissement a son entière exécution ; en ce cas nous croyons que le poivre vous coûtera beaucoup plus cher que celuy que nous avons achetté à cette côte. Nous pouvons errer dans nos conjectures ; M. Beauvollier ne manquera pas de vous informer des vues qu'il aura pour ménager la despense et rendre, s'il est possible, cet établissement plus profitable que nous ne le pensons et des projets qu'il formera pour étendre votre commerce dans l'Inde et le rendre florissant.

(A. Col., C2 72, p. 371-372.)

N« 5. ACCORDS ENTRE BAYANOR ET M. MOLLANDIN

(15 et 18 décembre 1722.)

ENGAGEMENTS DE BAYANOR

Extrait de la oUe de traité que j'ay fait à Mahé et à Enjougoudy avec la Koyalle Compagnie de France pour y planter le mat de pavillon de la nation françoise.

1" A Enjougoudy, je donne le terrain depuis l'arbre d'Inde qui est au Nord jusqu'au village des Macois, qui est au Sud et du côté de l'Est jusqu'à la petite hauteur qui y est et à l'Ouest jusqu'au bord de la mer, pour y planter le pavillon, y faire une loge et autres bâtiments qu'elle souhaitera dans le dit circuit, pour y faire son commerce, en me payant les droits comme il est dit dans le traité que j'ay fait l'année passée.

2° Les navires et manchoues de mes terres voyageront sous le pavillon de la royale Compagnie ; arrivant qu'ils fussent pris par quelqu'autres Européens ou qu'on leur fît violence, la Compagnie me promet d'en demander raison.

3° Moy ayant la guerre dans mes terres avec quelques uns de mes ennemis ou quelques uns de mes peuples, la Compagnie me promet de me secourir de monde et le nécessaire de ce qu'elle pourra me donner, et venant d'autres ennemis dans mes terres pour faire la guerre, la Compagnie me promet de m'ayder comme est cy-dessus dit.

4° Je promets de ne donner à aucuns autres Européens aucun endroit dans mes terres pour y demeurer ny faire aucun commerce.

5° Tous les poivres qui sortiront de mes terres, je m'oblige de les donner tous à la royale Compagnie de France, à l'exception que, si elle n'en veut point, je les donneray à ceux qui me les demanderont avec sa permission.

Ainsi avons fait et passé le dit traité de mon côté, comme celui que les employés de la dite Compagnie ont fait du leur.

Signé de nos signes. De notre année Malabare 4 décembre 898 [15 décembre 1722].

ENGAGEMENTS DE M. MOLLANDIN

Nous, André Mollandin, chef du comptoir de Calicut pour la Royale Compagnie de France, le S"" Baudrand de la Métrie, capitaine du vaisseau l'Ar^ronau/e, et les S" Vlamin et Brières, employés au dit comptoir, avons ce jour passé au nom du Roy

et de la Compagnie avec Bayanor, prince de Bargaret, les articles cy-après :

1° Au cas que les Anglois, Hollandois, Portugais et autres Européens déclarent la guerre à Bayanor, la Compagnie ne sera pas obligée de l'assister en aucune façon, étant la paix en Europe avec toutes ces nations, mais en cas de guerre en Europe avec quelques-unes des nations susdites, la Compagnie l'aidera comme amy de la nation.

2" A l'égard de tous les poivres qui sortent des terres de Bayanor, il sest obligé de donner le tout à la Compagnie de France, et, en cas qu'elle n'achepte pas tout, il pourra donner le reste à quy bon luy semblera.

3" Si d'icy à quelque temps, la Compagnie faisant son commerce librement et sans aucun empeschement, les peuples de Bayanor devenant plus traitables avec les Européens, et que la dite Compagnie demandât un autre endroit pour faire une loge et autres bâtiments, le dit Bayanor s'est obligé de luy accorder, conformément à la promesse qu'il nous a cy devant faite.

4° Si, par malheur, il arrivoit que quelque François, topas et autre serviteur de la Compagnie fit quelques insultes et tombât dans quelques disgrâces, Bayanor ou ses gens sont obligés de nous les remettre, pour nous mêmes en faire justice conformément à la faute qu'ils auront fait.

5° Comme de nostre côté promettons audit Bayanor que sy quelques uns de ses nairs ou autres de ses terres tomboient dans le même cas, les luy remettre pour en foire la justice qu'il jugera à propos.

6° Demandons à Bayanor que la petite hauteur quy est à l'entrée de la rivière de Mayé ny aucunes autres hauteurs qui sont sur la dite rivière ny même aucunes de dessous ses terres ne soient données à aucun Européen ny à quy que ce soit, conformément à ce qui nous a ci devant signé dans son traité.

Fait à Mayé, le 18 décembre 1722.

Signé : Mollandin, Beai'drand de la Mettrik, Vlamin, Brières.

(A. Col., Inde, Carton 457: Firmansetparavanas.)

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