‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 78 sur 86 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

J'écris celle cy au major français pour qu'il sache mes sentiments.

J'ai envoyé Naragoli nam-

M. Mollandin de le déposséder, Golastry ne luy a jamais parlé ni écrit en de pareils termes; bien au contraire, depuis plusieurs années, il n'a cessé de le solliciter à venir s'établir dans son pais et de luy envoyer des exprès à ce sujet pour l'y convier.

Cette année même encore, il a continué ses pressantes sollicitations ; il nous a envoyé de ses gens icy, à qui nous avons répondu que nous étions fort sensibles aux offres de leur roy, mais que nous ne pourrions les accepter, parce que les Anglais de Tellichéry prétendaient qu'il leur avait concédé tout le commerce de ses terres à l'exclusion de tous autres.

Gela surprit fort les gens de Golastry qui nous dirent qu'il n'estoit rien de cela. A cette occasion, le roy Golastry nous a escrit la holle cy a costé, par laquelle vous voyez, Messieurs, que les Anglois ne sont point seuls en droit d'enlever toutes les marchandises de son pais, qu'ils n'ont aucun écrit de luy à ce sujet. Par cette mesme holle, il prétend que Mayé, où nous sommes établis, luy appartient, ce qui est une prétention imaginaire, puisque Ba-

biar, accompagné de mes j^ens pour négocier avec vous sur bien des afTaires; vous me le renvoycrez avec votre réponse.

Les Anglois ne sonl point seuls en droit d'enlever toutes les marchandises de mon païs ; ils n'ont aucun écrit de moy à ce sujet.

C'est le pi'ince Pallicolotte qui a donné Tellichéry aux Anglois et qui a posé la première pierre de leur forteresse. Il n'étoit point roy dans ce tems là ; c'est moy qui ay toujours été roy Colastry et qui le suis encore à présent; les droits de Tellichéry m'aj)parliennenl, les Anglois me les usurpent.

Il y a quelque tems qu'ils ont voulu entrer en négociation avec nioy ; ils m'ont écrit pour cet elFet et m'ont fait quelques présents.

Si le major français veut être uni avec moy et mes héritiers du palais de Ilordeangallalou, jeluy donnerai l'endroit que Herechenair a déjà vu et je poseray la première pierre pour faire une forteresse ; il pourra se fortifier comme il voudra.

L'endroit où vous êtes m'apartient. Gela estant, vous pourrez tirer les marcha n-

yanoresl souverain et reconnu pour tel. Mais en supposant pour un moment que Golastry en fût le véritable propriétaire, par la même holle il ne nous en exclut point; au contraire, il dit qu'en acceptant l'établissement qu'il veut nous donner à la l'ivière de Baliapatnam, nous pourrons tirer des marchandises des deux l'ivières, c'est-à-dii'e de celle de Baliapatam et de celle de Mayé où nous sommes établis.

Vous voirrez même, Messieurs, combien ce roy est sensible au chagrin et aux insultes que les Anglois font à Bayanor, son voisin, qu'il nomme Addiody du nom de sa famille par sa holle de l'an passé du 14 avril, dont la copie que nous envoyons est en tête de notre présente lettre.

Par cette même holle, il nous presse de faire cesser ces insultes et nous dit qu'il n'a jamais canoné Gaddonnatlou (c'est ainsi qu'il nomme le païs où nous sommesétablis), qu'il n'y a jamais embarassé le port ni empesché le commerce ni par ses parolles ni par ses actions, ce qui est bien contraire à ce que M" de Madras, de Bombay et le S"" Adam avancent par leurs

dises des deux rivières. Si vous êtes contents de cela, après que vous et mes héritiers vous aurez pratiqué en-

premiers écrits, dans lesquels ils prétendent faire croire que c'est Colastry qui fait la guerre à Bayanor et qu'ils se sont

semble dans cette rivière de joints à luy pour faire reve-

Baliapatam, on commencera nir ce dernier à l'obéissance

aussitôt la forteresse. Apor- et le châtier de sa rébellion

tez avec vous tout ce qu'il contre son roy. Nous croyons

faut pour ce faire, marquez- que ces deux holles sont plus

enmoy le tems et le jour pour que suffisantes pour détruire

que je vienne avec le monde les prétentions et les chican-

nes de M""^ les Anglois, qu'ils font servir de fondement et d'autorité à tout ce qu'ils machinnent contre la Compagnie de France pour luy faire perdre l'établissement de Mayé.

nécessaire dans cet endroit, moy, mon second, (^ongnamé et autres princes du palais qui s'apelle Baddegué Golatte ; tous ensemble nous vous écrivons cette présente holle; vous pouvez compter sur ma parolle et sur celle de mes héritiers dans cette affaire.

7 janvier, année malabarre neuf cent.

A Mayé, le premier février 1725.

Pour copie sur l'original estant enregistré,

MOLLANDIN TrEMISOT

(A. Col., C2 73, p. 63 et 64.)

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