LETTRE DE M. PÉRIER
(25 février.) Messieurs,
Pour répondre à l'honneur de votre dernière, par laquelle vous me faites celuy de me dire que vous me recevriez volontiers pour médiateur de la trêve sur les diiïérents survenus à l'occasion de Mayé ou les François sont establis, je vais vous proposer les moyens qu'aucun bon sujet et zélé serviteur de son prince ne peut rejetter.
Premièrement, les Anglois et les François s'en raporteront au jugement de leur souverain sur tous les endrois de commerce qu'ils prétendent avoir dans le pays où ils sont establis, c'est-à-dire que, jusqu'à ce que le roy de France et celuy
de la Grande Bretagne ayant nommé des commissaires, pour juger définitivement de tous droits et prétentions, les Anglois et les François resteront dans l'état où ils sont, sans faire aucun nouvel établissement de bancassal ny de forteresse ny de traité préjudiciable à Tétat présent.
Secondement, les deux nations jusqu'à l'arrivée des juges que leur envoieront leurs souverains négociei'ont ensemble et dans le pays comme s'ils n'en avaient aucunes prétentions les uns sur les autres.
Troisièmement , que celle des deux nations qu'on jugera avoir fait quelque acte contre la justice et le droit, dédommagera l'autre du préjudice que cela lui aura causé, de sorte que si les employés de la Compagnie de la (irande Bretagne aux Indes ont eu tort, ladite Compagnie dédomagera celle de France, de même que, si les employés de France ont fait quelque chose contre les Anglois qui ne soit pas trouvé raisonnable, la Compagnie des Indes de France sera tenue de dédomager pareillement celle d'Angleterre par les trois articles cy dessus. Vous voyez, Messieui's, qu'ils renferment tout ce que vous demandez des raisons de la guerre, de Bayanor, des dédomagements qui seront accordez à ceux qui ont eu raison, enfin ils renferment l'article des limites que vous nous demandez par la liberté du commerce qui se trouvera entre les François et les Anglois ; celuy de ne pas fortifier Mahé se trouve dans le premier article.
J'ay l'honneur de vous répéter, Messieurs, que je ne crois pas qu'il y ait aucuns bons sujets qui puissent refuser à un accommodement aussi raisonnable que les trois articles cy dessus mentionnés. Si vous ne les trouvez pas telles, je crois qu'il est inutile que nous parlions davantage sur cela. Lorsque nous prenons nos roys pour nos juges, comme le doit faire tous bons sujets, nous sommes hors de blâme; au lieu que nous pourrions pécher grièvement en prenant tout autre party.
J'ay l'honneur d'être avec une très parfaite considération
Signé ; Péri£r.
réponsp: dk m. adam '28 février.)
Monsieur,
Nous avons reçu l'honneur de la vôtre en d«te du 25 d courant.
Gomme nous avons toujours agy avec prudence, nous sommes content de prendre pour arbitre de nos actions qui vous voudrez.
Nous n'avons jamais voulu nous mesler des affaires des autres parce que cela ne peut prouver que nous soyons meilleurs vassaux et plus fidelles sujets à notre roy ; vous le voyerez par notre réponse à vos trois articles suivants.
Premièrement, nous n'avons jamais eu aucun démeslé avec les PVançois; ce sont eux bien au contraire qui nous disputent nos droits et nos privilèges au sujet du commerce du poivre dans Caddatounaddou ; ils ont saisi notre poivre qui venoit par la rivière de Mayé; ils ont aidé Rayanor contr nous; ils ont pris nos embarquations; ils gardent nos serviteurs aux fers. Pour nous, nous n'avons jamais tenu telle conduite à l'égard des François; nous sommes obligés d'user de toutes sortes de moyens pour amener Bayanor à la paix, en ayant été empesché par les forces et les conseils des François; en attendant, il serait bien dur pour nous de ne pouvoir entrer en accommodement ou traité.
Secondement, que les deux nations feront leur commerce dans ce pays, comme vous le dites, bien loin que c'eut été nous qui ayons empêché les François, ce sont eux-mêmes qui nous ont troublé puisqu'aussitôt qu'ils sont venus à Mayé, ils ne se contentèrent pas d'une partie, ils voulurent tout avoir.
Troisièmement, nous donnons toujours avis en Angleterre de nos actions jjar toutes les occasions et nous attendons la réponse fie notre roy et de nos honorables maîtres sur les traitements que les François nous font.
Pour ce qui est dit de Bayanor ou quelqu'autre souverain indien, nous avons permission de nos honorables maîtres par l'autorité donnée par la couronne de la Grande Bretagne. Nous espérons que les François cesseront à l'avenir de nous causer d'avantage de travail et d'empeschement à notre alliance et de nos honorables maîtres.
En réponse des trois articles proposés par vous, vous voirez que nous sommes prests à un accommodement sincère avec la nation française en tous tems; nous prendrons nos roys pour juges et nous nous conformerons à leurs décisions, et, pour faire connaître à tout le monde combien nous sommes portés à la paix, nous sortons de la faire avec Bayanor le 14 du mois aux meilleures conditions que nous avons pu, quoiqu'elle ne soit pas des plus avantageuses pour l'intérêt de nos honorables maîtres comme nous l'aurions souhaité par rapport aux empêchements que nous avons marqué cy dessus; néanmoins, quoi qu'il en soit, etc..
Signé : Adam.
(A. Col., C2 73, f. 308-310.)