AVANT-PROPOS
Les plus grands fleuves, à leurs sources, ne sont ordinairément que de faibles ruisseaux. C'est à peine s'ils peuvent faire éclore quelques fleurs et charmer un instant l'oreille par leur doux murmure. Leurs prodigieux développements, la merveilleuse végétation semée sur leurs bords, inspirent au voyageur qui suit leur cours une involontaire surprise, une vive admiration.
L'étude des origines de l'Ordre de Notre-Dame-de-Ctiarité fait éprouver à l'historien ce double sentiment d'étonnement et d'admiration. Répandus dans le monde entier, les deux cent dix monastères qui forment ses deux puissantes branches de Notre-Dame-de-Charité-du-Refuge et de Notre- Dame-de-Charité-du-Bon-Pasteur d'Angers, versent la grâce en flots abondants sur près de cinquante mille âmes. La source commune est des plus humbles et rien dans ses débuts ne laissait prévoir ces merveilleux développements, permettre au lecteur chrétien d'y remonter, c'est donc lui faire contempler un de ces chefs-d'œuvre de la puissance surnaturelle de la grâce, bien plus extraordinaires que ceux offerts à nos yeux par les plus grandes merveilles de la nature.
Nous avons pensé que cette étude serait aussi agréable qu'utile aux enfants du Vénérable Instituteur. C'est surtout à eux que nous nous adressons. Cet ouvrage est bien plus le fruit d'un ardent amour pour le Fondateur et ses œuvres que le produit de l'habileté .li^téjraire. Nous osons donc
prier le lecteur de n'y chercher que l'édification de son cœur.
Les sources où nous avons puisé sont bien connues : c'est 1° la Vie du Vénérable Père Eudes, par le Père Martine, récemment publiée par M. l'Abbé Le Cointe ;
2° Les Annales et les Fleurs de l'Ordre de Notre-Damede-Charité mises avec la plus délicate complaisance à notre disposition par les différents monastèj.-es, et spécialement par ceux de Caen, de Paris et de Saint-Brieuc ;
3° Les Annales de chaque maison conservées avec soin à Caen. Ces fondations, dès le jour de la prise de possession, ■ acquièrent une vie propre. C'est le motif qui nous a fait leur consacrer une monographie séparée ;
4° Les Annales de la Congrégation de Jésus et Marie, par le P. Costil ;
5° Les Lettres du Vénérable Père Eudes à ses Filles, à la Révérende Mère Patin et à diverses personnes. Lues sans leur cadre historique,' elles sont difficiles à comprendre ; placées au milieu des faits qui leur ont donné occasion, elles les éclairent d'une vive lumière. Aucun document ne peut aussi mieux faire- connaître les difficultés vaincues par le Vénérable Instituteur et l'esprit qu'il a voulu donner à l'Ordre. Plusieurs, peut-être, ne paraîtront pas offrir cet intérêt. Leur cachet pieux, la sainteteté de l'auteur exigeaient leur conservation.
Avouerons-nous que nous serions heureux de voir ces humbles pages faciliter à un écrivain plus habile, sinon plus dévoué, la publication d'une vie complète du Vénérable Eudes, d'une vie qui mît en lumière ses héroïques vertus, ses qualités de fondateur et d'écrivain, la fécondité de son zèle de missionnaire et d'apôtre des Sacrés Cœurs !
Les nombreuses lettres insérées dans cet ouvrage aideront déjà à le faire connaître sous ces divers rapports et contribueront à augmenter chez ses enfants le respect, l'admiration, l'amour que déjà ils ont pour sa sainteté.
DE