Les Origines des Aquitains
I. — La question des Origines de l'Aquitaine n'est point de celles que Ton résout instantanément. L'insuffisance des instruments historiques, l'incertitude d'un grand nombre d'attributions, l'état peu avancé des études opposent de grands obstacles. Mais, déjà, l'on constate que le terrain actuel des recherches est défectueux ; il faut un point d'appui plus solide.
Tel est l'objet du présent travail ; laissant provisoirement de côté les détails de l'ordre physique, intellectuel et moral, éléments d'une étude complète d'Ethnographie, il se renferme dans les faits qui établissent l'origine des populations ; l'histoire et ses annexes immédiates lui suffisent.
La question est hantée par un fantôme qui s'appelle l'Origine ibé-
rienne des Aquitains ; plusieurs ont cru le voir, les autres en jurent de confiance ou suivant un mot d'ordre. De nombreuses nuits passées au milieu de ces ruines m'ont démontré l'inanité de la légende : il n'y a là ni
corps, ni esprit ; c'est un simple cauchemar, produit d'une science indigeste. Je sais bien que l'on n'est pas près d'en convenir ; il est si doux de rééditer tranquillement ce qui se répète depuis des siècles, et plus commode que d'y aller voir. Et puis, tant de réputations y sont engagées, qu'on défendra l'erreur jusqu'au dernier souffle. En attendant, proclamons la vérité.
Les Aquitains sont des Gaulois, non pas identiques à ceux de telle ou telle autre branche, mais de la môme grande famille. Il y a des différences de métissages ; les caractères généraux sont les mêmes : les détails de langage, de mœurs, de croyances font qu'ils sont Aquitains et non pas Galls, Belges ou Bretons.
Plus tard, ils ont reçu le nom de Gascons. La révolution qui leur valut ce titre n'a pas de racines plus profondes que celle qui les dépouilla du titre d'Aquitains, pour en revêtir les riverains de la Vienne et de la Loire, simple revirement de locutions administratives. Du reste, Aquitains ou Gascons, ils n'ont avec les Basques d'autre rapport que celui d'un voisinage plus ou moins immédiat avec les autres peuples d'Espagne ; que les relations établies par les invasions aquitaines en particulier, et celtiques en général, de l'autre côté des Pyrénées.
II. — L'histoire de l'Aquitaine primitive est assurément très pauvre ; néanmoins, ses antiquités forment un tel contingent, que leur annexion à J'expose, sous forme de notes ou de digressions, le rendrait insaisissable.
informations ont été recueillies dans une seconde partie : la forme alphabétique en a fait un dictionnaire.
Quant à l'exposé même, la méthode chronologique pouvait seule convenir. Mais ce n'est pas assez que d'énumérer les faits dans l'ordre de leur succession : il faut que les autres notions viennent chacune à sa date,
qui est le seul moment où elles expriment la réalité des choses. Sévèrement observé, ce procédé prévient les contradictions et les obscurités dont la plupart des auteurs ne se sont pas dégagés jusqu'à présent.
Ainsi, c'est presque toujours avec raison que l'on accorde créance aux délimitations ecclésiastiques antérieures à 1789. Dans l'organisation administrative des successeurs de Constantin, le diocèse impérial [diœcesis) fut adopté par l'autorité ecclésiastique, qui en maintint les limites, pendant le moyen-âge et les temps modernes, sauf des modifi cations qui appartiennent à l'histoire. Mais cela ne répond nullement aux divisions employées antérieurement, et surtout aux répartitions ethniques de l'époque de Jules César. Il faut distinguer les dates : c'est ce que j'ai fait.
III. — On reproche à quelques-uns de nos devanciers d'accorder une importance exagérée à la ressemblance des noms, dans les attributions de localités et de peuples. Il est vrai qu'isolé, ce caractère n'xi qu'une médiocre importance : le cas fortuit, l'inexactitude de la transmission, la multiplicité des mêmes formes en des lieux divers, font naître le doute ; mais l'appui que des circonstances d'un autre genre donnent à la conjecture en relève la valeur. Il faut, du reste, se garder de chercher, dans ces noms, des chefs-lieux ou des contrées ethniques ou politiques ; le plus souvent, ils indiquent des points limitrophes dont l'indication fut fournie par les communautés voisines.
Je n'abuse point des étymologies : il eût été facile d'en donner un grand nombre ; mais je n'ai admis que celles qui sont absolument sûre.s ou du moins très probables. C'est assez dire qu'il n'en est pas une seule qui soit empruntée au basque. Quant aux origines celtiques, je ne garantis pas celles de l'ancienne école ; les autres reposent sur la Grammaire
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Celtique de Zeuss, laquelle constitue, comme on le sait, la Loi et les Prophètes.
La première des cartes ethnographiques jointes à ce travail confond les données de César et celles de Pline. C'est que la nomenclature de ce dernier est empruntée aux Mémoires d'Agrippa qui se rapportent à la même époque et donnent l'état ethnique de l'Aquitaine, au moment de l'occupation romaine.
La carte dite de l'époque gallo-romaine prolonge ses indications jusqu'à l'invasion des Barbares : venue en dernier lieu, l'invasion des Vascons est si restreinte qu'elle ne change rien à l'ensemble.
Un peu de linguistique n'eût pas été de reste ; mais, le sujet étant très vaste, je n'en dis qu'un mot, laissant à une étude spéciale le développement à lui donner.