INVASIONS DES VASCONS
On a dit que les Vascons auraient commencé, dès le début de notre ère, leur expansion vers l'Ouest : s'étant glissés dans la Cantabrie rendue déserte par Agrippa ou Messala, ils seraient passés ensuite en Aquitaine (i).Oihénart a mis à néant cette conjecture : au temps de Strabon, de Ptolémée même, les Vascons sont toujours en Espagne ; ils n'en étaient pas sortis au temps d'Ausone, qui habitait Bordeaux et dont le père, fixé à Bazas, s'était marié à Dax ; en 405, les Vandales trouvent en Espagne les Cantabres et les Vascons (2). Il est possible, qu'à la faveur de l'organisation d'Auguste, les Vascons se soient répandus pacifiquement dans le diocèse de Calahorra, surtout dans ce qui est devenu Alava et Biscaye : on sait que les Basques émigrent par troupes, lorsque certains d'entre eux leur ont montré le chemin. Plus tard, au Vie siècle, les Romains de l'empire d'Orient, les Francs et les Goths se trouvèrent en présence, dans la Cantabrie : des Vascons pouvaient y être, mais ils n'y avaient aucune autorité.
Lors de l'établissement des Goths en Espagne, l'empire Romain avait con
11) Scaliger, Auson. lection., 1, 6.
(2) Cf. Oihénart, Notitia, p. 384.
Méin. de la Soc. d'Eth. — I. - 1884. 29
serve, au moins nominalement, le pays des Vascons et les provinces occidentales, que Réchiaire, roi des Suèves, ravagea en 448. Moins de vingt ans plus tard (en 466), E varie, roi des Wisigoths de Toulouse, s'en rendit maître. Après la destruction du royaume d'Alaric, les Francs prirent possession de la Cantabrie (542). Pour se délivrer de ces dangereux voisins, les Suèves firent appel à Justinien, dont les troupes expulsèrent les Francs (554).
Léovigilde, roi des Goths, mit dix ans ^674 à 584) à soumettre les Suèves, et pendant ces luttes, il se trouva en présence des Impériaux et de leurs sujets Vascons qui s'étaient répandus à l'Ouest. Refoulés, les Vascons franchirent les frontières de France, non "pas en conquérants organisés, mais en hordes de pillards : ravage des champs et des vignes, incendie, enlèvement d'hommes et surtout de butin. Point d'opérations méthodiques : ni sièges, ni batailles, ni occupation ; rien que la razzia. Envoyé à leur poursuite, en 581, le duc Bladaste, se fourvoya dans les montagnes espagnoles et perdit ses bagages (1).
En 586, le nouveau roi des Goths, Reecarède, ayant repris la guerre contre les Impériaux, les Vascons passent de nouveau les Pyrénées. C'est alors qu'ils se seraient fixés dans le pays de France nommé depuis lors pays basque : Austrovalde, qui commandait à Toulouse, pour le roi Gontran, ne parvint pas à les en déloger (2). Toutefois, d'autres n'indiquent cet établissement qu'en 593 : leur action aurait atteint la rive gauche, du cours inférieur
(1) Les opérations de Bladaste n'eurent pas lieu en Novempopulanie. Cf. Marca, H. de Béarn, p. 103.
(2) Marca, Loc. cit. II parait que les pays occupés étaient à peu près déserts.
de l'Adour, sans comprendre les places fortes que les Francs ne cessèrent de posséder (i).
En 602, Thierry, roi de Bourgogne, soumet les Vascons de France et une partie de ceux de l'Espagne : son feudataire Génialis prend le titre de duc des Vascons et commande à tous les pays situés au sud de l'Adour. En 607 , ces arrangements sont régularisés par le mariage de Thierry avec Hermenberge, fille de Vitteric, roi des Goths. En 615, il ne reste plus d'Impériaux en Espagne et le royaume goth de Sisebut touche celui des Francs : les Vascons sont répartis entre les deux puissances.
En 626, révolte du pays, dit alors des Vascons, contre le duc Aighinan, avec la complicité de Senocus, ou Segosus, évêque d'Eauze, métropole ecclésiastique. Charibert, que son frère Dagobert décore du titre de roi d'Aquitaine (630), obtient le retour momentané de l'ordre, en épousant Gisèle, fille d'Amand, le nouveau duc des Gascons (2). Ici, la scène change absolument : il ne s'agit plus des Vascons de l'Espagne ou des Pyrénées françaises, en un mot des Basques parlant Yeuskava ; mais des habitants d'une partie de l'antique Aquitaine. Le mouvement, tout local, se lie aux intérêts d'Amand, duc de la Novempopulanie, sous le nom de Vasconie : en haine des hommes du Nord, la population se prête à tout.
Enfin, en 636, un nouveau soulèvement, qui paraît avoir été dirigé par le duc Amand lui-même, est réprimé par Chadwin, général de Dagobert. Les
(1) On a prétendu que le nom de Bascons, au delà de l'Adour, se rapporterait à leurs incursions ; on a invoque la coïncidence de la dévotion à saint Amand, l'apôtre des Vascons, dont la fontaine, qui guérit la fièvre, fut le but de nombreux pèlerinages (Cf. P. Duval, Descr. de VEvesché cVAire, 105 1). Mais la dévotion peut avoir été importée et le nom lui-même provenir du séjour qu'y fit l'évoque d'Aire, EpiSCOpUS Yasconensis, pendant l'invasion des Normands. (Cf. Oihénart, Xolitia, p. 463).
(2) Gisèle aurait apporté à Charibert le Bigorrc cl le Béarn, le reste du pays restant au duc Amand.
principaux du pays, qui ne sont pas des Basques, mais des Aquitains, se rendent à Clichy, séjour du roi de France ; Dagobert reçoit leur soumission et donne l'investiture au duc Amand.
Vers 660, à la faveur de la répulsion inspirée par les actes d'Ebroïn, maire du palais de Clotaire III, la Novempopulanie s'agite de nouveau et donne le pouvoir au comte Loup, qui prend le titre de roi de Vasconie (1).
A cette époque, le nom de Vasconie, employé depuis les premières années du siècle, devient définitif. Plus tard, on en abuse, comme l'on avait fait de celui d'Aquitaine, jusqu'à le donner à des contrées riveraines de la Loire : c'est, en effet, une lubie des gens du Nord, que de voir des Gascons dans tout le midi de la France : il faut croire que cette population attire spécialement le regard.
Le nom de Gascogne propre, depuis le Moyen âge, appartient au Marsan et à ses annexes, le Tursan et la Chalosse, parce que les anciens ducs des Vascons adoptèrent, pour chef-lieu, Saint-Sever, cap de Gascogne.
(1) Ainsi l'expose Marca, Hist. du Béarn, XXV ; mais il paraît certain que Loup ne fut qu'un fonctionnaire amovible, à la nomination et sous l'autorité des rois mérovingiens : c'est au nom du roi des Francs, que Loup convoqua le concile de Bordeaux, en 673.