PREMIÈRE PARTIE
s'étaient acharnés au XVI'^^' siècle sur les eml)lèmes du catholicisme.
Bientôt la guerre au catholicisme succédera à la i^uerre à la téodalité ; les mitres, les crosses épiscopales, les bréviaires et les missels iront rejoindre, dans le commun brasier, les couronnes ducales et les armoiries, le calendrier républicain remplacera le calendrier romain, et les prénoms g-recs et romains chasseront sur les registres de l'état-civil les noms des saints. Legendre (de la Nièvre) demandera au Comité de Salut public de faire décréter par la Convention que dans toute l'étendue de la République les croix seraient remplacées par le bonnet de la Liberté '. En distribuant des cocardes aux jeunes citoyennes de Versailles, Ch. Delacroix et J.-M. Musset leur t'ont jurer de n'épouser que des républicains -. Se faisant le chantre de la haine commune, le poète Lebrun lance la foule contre les cercueils des tyrans ' :
Purgeons le sol des Patriotes
Par des rois encore infecté.
La terre de la Liberté
Rejette les os des despotes ;
De ces monstres divinisés
Que tous les cercueils soient })risés !
Que leur mémoire soit flétrie !
Et qu'avec leurs mânes errants
Sortent du sein de la Pat|*ie
Tous les cadavres des tyrans !
Quand il est porté au paroxysme, le fanatisme révolutionnaire, comme le fanatisme religieux, prend l'homme tout entier, lui fait oublier les devoirs les plus chers de la famille ou de l'amitié, devient exclusif de- tout autre sentiment.
I. LeUre au Comité de Salut pui)lic du 21 nivôse au II, dans Aulard. Actes du Comité de Salut public, t. X. p. 184.
a. Lettre au Comité du 94 septembre 1793, dans Aulard, ihid., t. VII, p. Sg.
3. Odes républicaines au peuple français composées en brumaire an II. (Cité par Robinet, Le Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution, t. II, p. 420).
38 LKS ORIGINES DKS CULTKS llÉVOLUTIONNAIUES
« Quand il sag-it de la Pairie, s'écrie Maribon-Montaul aux Jacol)ins, /7 n'est ni frères, ni sœurs, ni père, ni mère. Les Jacobins immolent tout à leur paj^s ' ». C.e ne sont pas de vaines paroles. Nombreux furenl alors les patriotes qui immolèrenl tout à leur pays, leur vie même. Ce n'était pas non plus une fanfaronnade cpie ce serment que taisait Baudot, avant son départ pour l'armée du Rhin : « J'avertis la société [des Jacobins] qu'en changeant de climat je ne chanjçerai pas d'ardeur révolutionnaire et que je ferai dans le Nord ce que j'ai fait dans le Midi. Je les Tiendrai patriotes , ou ils mourront, ou je mourrai- ».
Mais à quoi bon multiplier ces exemples du fanatisme révolutionnaire ? Ils sont si nombreux qu'ils se présentent d'eux-mêmes à l'esprit, et à les rassembler tous, on aurait la matière d'un gros volume.
Les pratiques. Les cérémonies. — Dès la tin de la Constituante, la religion révolutionnaire est constituée dans ses éléments essentiels, avec ses dogmes et ses symboles obligatoires. Loin d'être une invention artiticielle de quelques hommes, un expédient politique, une arme de circonstance, elle nous est apparue comme une création spontanée et anonyme de Fàme française, un fruit d'arrière-saison, mais savoureux, de la Philosophie du XVIIIe siècle.
Une chose pourtant lui manque encore à cette épocjue pour qu'elle soit vraiment une religion complète, c'est un ensemble de pratiques régulières, un système de cérémonies, un culte, en un mot. Mais on peut déjà prévoir que cette lacune ne tardera pas à être comblée. Au moment
1. Séance du 9 brumaire an II, dans Aulard, Société des Jacobins, t. V, p. 490.
2. Séance du 3 novembre 1793, dans Aulard. ibid., t. V., p. 495.