M. Lambert, étude citée
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devint de suite populaire. Mais, surtout, elles révélèrent aux liommes politiques la puissance des formules et des cérémonies sur lame des foules. Elles leur sug-j^érèrent l'idée de mettre ce moyen au service du patriotisme; elles leur fournirent un modèle pour leurs futurs systèmes de « fêtes nationales », d' « institutions publiques », de « cultes civiques ». qu'ils imag-inèrent en grand nombre dès la Lég-islative, avant de les réaliser sous la Convention et sous le Directoire.
Fêtes civiques. — Les années 1790, 1791 et 1792 sont remplies par des fêtes patriotiques, qui, tout en rappelant par certains côtés les fédérations, annoncent et préparent le culte de la Raison.
Si les circonstances et les passions politiques donnent à chacune de ses fêtes un caractère particulier, dans toutes cependant se retrouve la même inspiration, le désir d'honorer l'institution politique nouvelle, de la défendre, de célébrer le souvenir des g^rands événements qui lui ont donné naissance ou qui l'ont consolidée, de témoigner aux hommes qui l'ont fondée ou préparée la reconnaissance publique. Ces réunions sont donc bien au fond" un culte rendu à la Révolution, à la Patrie, à la Liberté, à la Loi, de quelque nom qu'on appelle l'instrument du bonheur attendu et l'idéal rêvé. Par leur cérémonial comme par leur inspiration, elles ressemblent déjà aux fêtes de la Terreur ou aux fêtes décadaires, auxquelles elles serviront souvent de modèles.
Les unes ont pour but principal de célébrer les g-randes dates révolutionnaires, ce sont des fêtes commémoratives : Celles-là sont des démonstrations de joie à l'occasion d'événements politiques présents, ce sont des fêtes politiques; D'autres sont des témoig-nages d'admiration et de reconnaissance envers les bons ouvriers et les martyrs de la Révolution, elles constituent comme un culte des grands hommes, un
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culte des martyrs de la liberté ; d'autres enfin sont destinées à récompenser des actes de courage ou de probité, ce sont desy^^^.s" morales.
Fêtes commémoratwes. Le 20 Juin. — Le serment du Jeu de Paume, qui avait été le premier acte de résistance ouverte des députés de la nation aux volontés royales, avait laissé dans les cœurs patriotes un souvenir durable. Vers le début de l'année 1790, il se forma, sur l'initiative de Gilbert Roinme ', à Paris et à Versailles, une société particulière pour « immortaliser cette conjuration qui sauva la France » et, trois ans de suite, les 20 juin 1790, 1791, 1792, la société célébra l'anniversaire par une iète civique dont la première fut très brillante'. Formés « en bataillon civique », les membres de la société entrèrent à Versailles par l'avenue de Paris. Au milieu d'eux, quatre volontaires de la Bastille portaient « une table d'airain, sur laquelle était gravée en caractères ineffaçable le serment du Jeu de Paume. Quatre autres portaient les ruines de la Bastille destinées à sceller sur les murs du jeu de Paume cette table sacrée ». La municipalité de Versailles vint à la rencontre du cortège. Le régiment de Flandre présenta les armes devant « l'arche sacrée ». Arrivés au jeu de Paume, tous les assistants renouvelèrent le serment « dans un saisissement religieux ». Puis un orateur les harangua : « Nos enfants iront un jour en pèlerinage à ce temple, comme les Musulmans vont à La Mecque. Il inspirera à nos derniers neveux le même respect que le temple élevé par les Romains à la Piété filiale... » Au milieu des cris d'allégresse, les vieillards scellèrent sur la muraille la table du serment : « Cliacun envia le bonheur de
1. Aulard, Le Serment du jeu de Paume, dans La Révolution française, t. XVII, p. 18.
2. J'en fais le récit d'après le procès-verbal officiel : Description du serment et de la fête civique célébrés au Bois de Boulogne par la Société du Jeu de Paume de Versailles, des 20 juin lySg et lygo (sic) (Bibl. de la Ville de Paris, 12.272).
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renroncer ». Tous ne quiUèreiil qu'à regret ce lieu si cher aux âmes sensibles : « Ils s'embrassèrent mutuellement et furent reconduits avec pompe par la municipalité, la garde nationale et le régiment de Flandre, jusqu'aux portes de Versailles. » Le long de la route, en rentrant à Paris, o ils ne s'entretenaient que du bonheur des hommes ; on eût dit que c'étaient des Dieux qui étaient en marche. » Au bois de Boulogne, un repas de trois cents couverts, « digne de nos vieux aïeux », leur fut servi « par des jeunes nymphes patriotes. » Au-dessus de la table on avait placé « les bustes des amis de l'himianité, de J.-J. Rousseau, de Mabh , de Franklin qui semblait encore présider la fête ». Le président de la société, G. Romme, « lut pour benedicite les deux premiers articles de la Déclaration des Droits de l'homme. Tous les convives répétèrent : Ainsi soit-il ! » Au dessert, on donna lecture du procès-verbal de la journée. « Cet acte religieux excita de vifs applaudissements ». Puis vinrent les toasts. Danton « eut le bonheur de porter le premier ». « Il dit que le Patriotisme, ne devant avoir d'autres bornes que l'Univers, il proposait de boire à sa santé, à la Liberté, au bonheur de l'Univers entier ». Menou but à la santé de la Nation et du Roi « qui ne fait qu'un avec elle », Charles de Lameth à la santé des vainqueurs de la Bastille, Santhonax à nos frères des colonies, Barnave au régiment de Flandre, Robespierre « aux écrivains courageux qui avaient couru tant de dangers et qui en couraient encore en se livrant à la défense de la Patrie «. Un membre désigna alors Camille Desmoidins, dont le nom fut vivement applaudi. Entin, un preux chevalier termina la série des toasts en buvant « au sexe enchanteur qui a montré dans la Révolution un patriotisme digne des dames romaines ». Alors, « des femmes vêtues en bergères » entrèrent dans la salle du banquet et couronnèrent de feuilles de chêne les députés à l'Assemblée nationale : D'Aiguillon, Menou, les deux Lameth, Barnave,
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Robespierre, Laborde. Un artiste célèbre', qui assistait à la fête, promit d'employer son talent « à transmettre à la postérité les traits des amis inflexibles du bien public ». Puis, quatre volontaires de la Bastille apportent sur la table « la représentation de cet antre du despotisme et de la vengeance des rois ». Les gardes nationaux l'entourent, tirent leurs sabres et la détruisent. « Quelle fut la surprise des spectateurs ! A travers les coups de sabre, on aperçut un jeune enfant vêtu de blanc, symbole de l'innocence opprimée et de la Liberté naissante. On l'exhaussa. On ne put se rassasier de le contempler. On trouva sous les mêmes ruines un bonnet de laine, emblème de la Liberté. On le mit sur la tète de l'enfant. On fouilla encore. On trouva plusieurs exemplaires de la Déclaration des Droits de l'homme, des extraits des œuvres de J.-J. Rousseau et de Raynal. On les jeta çà et là parmi les convives qui se précipitaient les uns sur les autres pour en avoir des exemplaires. Chacun emporta avec soi quelques débris de la Bastille ... »
Il serait superflu de commenter un pareil récit. Sous la sensibilité et les bergeries de l'époque, on y sent l'àpre haine du régime disparu, le besoin de détruire tout ce qui le rappelle, en même temps qu'une ardente appétition vers une société meilleure, dont les Législateurs couronnés de chêne préparent l'avènement.
Le 14 Juillet. — Une société particulière avait pris l'initiative de commémorer l'anniversaire du 20 Juin. Les autorités constituées, l'Assemblée nationale elle-même, réglèrent la commémoration du 14 Juillet.
Sans doute, ce n'était pas seulement pour fêter l'anniversaire de la prise de la Bastille que se réunirent, le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, les délégués de toutes les gardes nationales de France. Cette Fédération générale dépassait la portée d'une cérémonie commémorative. Elle