‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 48 sur 97 · Feuille Villageoise, n" 43, jeudi 21 juillet · texte numérisé non relu

Feuille Villageoise, n" 43, jeudi 21 juillet

3. Paris. 1791, in-8° (Bib. nat., R 23.024). Voir sur cette publication l'étude critique de H. Monin dans La Révolution française du i!^ septembre i8q3. Que le travail soit de Mirabeau ou de Cabanis, cela importe peu pour notre llièse D'une façon ou de l'autre, son inUuence fut la même. Il importe peu aussi que Mirabeau ait été sincère en proposant d'établir des fêtes publiques d'où le catholicisme serait exclu, ou qu'il ait, au contraire, tendu un piège aux patriotes en les poussant aux mesures extrêmes, comme a pu le soutenir avec vraisemblance le D' Robinet, op. cit., II p. 14 et suiv. Nous n'avons à considérer que la portée de la publication.

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éditait quatre discours inédits de Mirabeau, dont l'un traitait « des fêtes i)ubliques, civiles et militaires ». Ici, la pensée encore vague de Roninie et du curé patriote s'est précisée, s'est élarg'ie, s'est transformée en une vue politique systématique.

Les fêtes nationales, dit Mirabeau en substance, redeviendront ce qu'elles ont été autrefois en Grèce et à Rome, une école de patriotisme et de morale. Elles ramèneront peu à peu l'unité entre la « magistrature et le sacerdoce »; elles feront disparaître les divisions, les détiances, les préjugés des citoyens. Levn^ objet « doit être seulement le culte de la Liberté, le culte de la Loi ». Aussi, n'y mêlera-t-on jamais « aucun appareil religieux ». « La sévère majesté de la religion chrétienne ne lui permet pas de se mêler aux spectacles profanes, aux chants, aux danses, aux jeux de nos fêtes nationales et de partager leurs bruyants transports. »

Par cette raison spécieuse, dont il dut sourire intérieurement, Mirabeau sauvegardait l'indépendance de la religion nouvelle et se réservait sans doute de l'opposer, puis de la substituer à l'ancienne dans un avenir plus ou moins éloigné. Ainsi l'unité « du sacerdoce et de la magistrature » sera rétablie comme dans l'antiquité.

Il y aura chaque année quatre fêtes civiles qui se célébreront aux solstices et aux équinoxes, jusque dans les plus petites communes : i» la fête de la Constitution, en mémoire du jour où les communes de France se constituèrent en Assemblée nationale ; 2" la fête de la Réunion ou de V Abolition des ordres; 3° la fête de la Déclaration des Droits; 4*^ la fête de V Armement ou de la Prise d'Armes, « en souvenir de l'accord admirable et du courage héroïque avec lequel les gardes nationales se formèrent tout-à-coup pour protéger le berceau de la Liberté ».

Les quatre fêtes civiles seront suivies de quatre fêtes militaires : I» la fête de la Révolution; a«> la fête de la Coalition, « en mémoire de la conduite des troupes de ligne pendant l'été de 1789, où la voix de la Liberté les réunit autour de la

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Patrie »; 3° la fête de la Régénération: 4° la fête du Serment militaire, dont « le but est de faire sentir à l'armée ses rapports particuliers avec la chose publique, de lui retracer ses devoirs en caractères sensi])les ».

Il y aura enfin tous les ans, au i4 juillet, une g-rande fête nationale, laifête de la Fédération ou du Serment. Ce jour-là, tous les districts du royaume enverront à Paris un délégué pris indif['éremment parmi les otiieiers, les bas-olliciers ou les simples soldats.

Mirabeau esquissait d'avance le prog-ramme de ces fêtes nationales. Dans les fêtes civiles, on prononcerait « l'éloge funèbre des'liommes qui auront rendu des services à la Patrie ou qui l'auront iionorée par leurs talents' » ; on y distribuerait « toutes les récompenses publiques, les prix des Académifes, ceux mêmes des collèges' » ; on y représenterait des pièces de théâtre': on y exposerait les nouveaux chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, de mécanique, enfin de tous les arts quelconques'.

Ce n'étaient pas là, remarquons-le encore une fois, rêves d'un esprit abstrait, inventions d'une imagination fantaisiste, mais conceptions d'homme d'Etat qui ne tarderont pas à passer dans les faits, qui sont déjà en voie d'exécution. Comme le curé patriote de tout à l'heure, Mirabeau s'est, en effet, inspiré de l'exemple de la Fédération et des nombreuses fêtes civiques qui suivirent '.

I. C'est le thème des fêtes des martyrs de la Liberté. Voir plus haut p. 53. a. C'est le thème des fêtes morales. Voir plus haut p. 58.

3. Les représentations théâtrales s'étaient déjà mêlées aux fêtes civiques. Voir plus haut p. (h .

4. C'est l'idée de l'Exposition nationale prévue pour les ï jours complémentaires du calendrier républicain (rapport de Fabre d'Eg-lantine), et réalisée par François de Neufchàteau, à la Un de l'an VI.

5. « Rappelez-vous ce jour mémorable où, de toutes les parties de l'Empire^ accouraient dans une douce ivresse, les enfants de la Constitution, lui jurer sous vos j'eux une invincible fidélité. Rappelez-vous cette foule de scènes touchantes et sublimes, dont la capitale fut alors le théâtre, et qui se répétèrent comme par une sorte de sympathie ou d'inspiration, non seulement dans nos campagnes les plus reculées, mais presque chez les nations les

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Son travail postliume n'en auia pas moins une grande importance pour la formation des cultes' révolutionnaires^. Il a systématisé une idée encore vague et il lui a donné l'autorité de son grand nom. Les nombreux projets de cultes civiques qui vont suivre seront imités du sien et ne lui ajouteront presque rien d'essentiel. Il est le premier, entin, à avoir dit nettement qu'il fallait séparer la religion révolutionnaire du catholicisme. Ses conseils ne seront pas perdus.

Talhy ranci. — Déjà, dans le volumineux rapport qu'il présenta au nom du Comité d'instruction publique dans les derniers jours de la Constituante, Talleyrand s'inspira du projet de Mirabeau, son ami'. Les fêles nationales sont considérées par lui comme une partie de l'instruction publique, comme l'école des hommes faits. Il espère, avec Mirabeau, qu'elles entretiendront chez les Français « l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des anciens peuples libres ». Avec Mirabeau encore, il estime que la religion serait déplacée dans les fêtes nationales de « l'allégresse », et il l'en écarte, mais il lui conserve une place dans les fêtes de « la douleur ». Peu iuiporte qu'il ne suive pas Mirabeau point par point, qu'il réduise à deux les fêtes périodiques, celles du 14 juillet et du 4 août, qu'il ne sépare pas absolument le catholicisme du « culte de la Liberté », son projet n'en revient pas moins en pratique à opposer à la religion ancienne la religion nouvelle.

Conclusion. — La Constituante n'eut pas le temps matériel de discuter le rapport de Talleyrand. Elle tint cependant, avant de se séparer, à consacrer par un vote de principe l'institution des fêtes nationales. Sur la proposition de

plus lointaines. Ce jour ne vous a-t-il pas montré l'homme sous des rapports nouveaux?... Je voudrais, messieurs, vous parler aussi de la fête funéraire célébrée peu de temps après dans le même lieu («)••.. »• Même discours siib Jineni.

a. Fêle des gardes nationaux tués à Nancy, ai septembre i"<jo.

I. H(i/t/)(>ft --tiir t'InxtriicHiiii /lublùjne, Paris, i;yr, in-4".

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Thouret, elle adopta à Vunanimité cet article additionnel à la Constitution : « Il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre les citoyens, les attaclier à la Patrie et aux lois ' . »

Il n'est pas exagéré de croire qu'à l'insu peut-être de la majorité de ceux qui le votèrent, les cultes révolutionnaires étaient en germe dans cet article.

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