‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 47 sur 97 · DEUXIEME PARTIE "JO · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE "JO

l'Église et l'Etat, entre le Ciel et la Terre, cette unité féconde qui avait fait le bonheur des cités antiques !

Pamphlets anticléricaux. — Cette prédication ne restait pas sans éclio. Ce qui le prouve, c'est le nombre toujours croissant des pamphlets anticléricaux ' et le succès qu'obtiennent certains d'entre eux. La première édition de V Esprit des Religions de Bonneville s'enlève « avec une rapidité dont on a peu d'exemples dans un tenq)s de Révokition ' ». Le pamphlet de Ginguené De l'Autorité de Rabelais dans la Ré\'olution présente, et dans la Constitution cimle du clergé " n'avait pas été moins bien accueilli.

On retrouvait la verve licencieuse des fabliaux contre les prêtres et les moines dans de nombreux écrits de circonstance qui, sous prétexte d'applaudir à la Constitution civile, à la contiscation des biens d'église, à la fermeture des couvents, s'en prenaient en réalité à l'Eglise et à la Religion elles-mêmes. Le titre en est parfois si indécent qu'il est ditlicile à rejjroduire *.

L'un de ces écrits satiriques, sous le titre d'Enterrement du despotisme ou Funérailles des aristocrates", décrivait par avance en 1790, un de ces cortèges grotesques, une de ces

1. M. Tourneux en a signalé quelques-uns dans sa Biblio graphie, l. III", chap. II.

2. D'après le Moniteur du 3i août 1792. Ce numéro annonce l'apparition de la seconde édition.

3. De l'autorité de Rabelais dans la Révolution et dans la Constitution civile du Clergé, ou Institutions royales, politiques et ecclésiastiques, tirées de Gargantua et de Pantagruel. En Utopie, de l'imprimerie de l'abbaye de Tkélème. Paris, Gattey, 1791, in-8" (Bib. Nat., Lbo94493ipar Ginguené, d'après Barbier).

4. Voir Tourneux, Biblio grapliie, t. III, n"* i55i9. i5o20, i5r)2i, i5r)22. ir)523, i5524> i5525.

5. Enterrement du despotisme ou /'unérailles des aristocrates, deuxième fête nationale dédiée (sic) à nos patriotes bretons... à l'honneur et gloire de nos beaux frères du faubourg Saint-Antoine pour être célébré (sic) /(' /^ juillet lygo, sur les débris de la Bastille, de là, au Champ de Mars, et ensuite au Réi'erbère régénérateur, place de Grève, où seront déposées les cendres de tous les aristocrates avec un marbre noir, portant ces mots: Ci gissent (sic) à la fois tous les maux de la France: Clergé, Judicature, Noblesse et Finance. 1790, in-S». (Bib. delà Ville de Paris 12272).

rG LES ORIGINES DES CILTES REVOLUTIONNAIRES

mascarades antirelig-ieuses, comme il s'en déroulera dans les rues trois ans plus tard : « Des hommes vêtus de noir en crêpe porteront de distance en distance au bout des piques, des peaux de tig-res, des plumes, des plumets, des surplis,

des aumusses, des robes rouges, etc et tout ce qui a

rapport aux anciennes dignités du clergé et de la noblesse, et surtout l'ancien archevêque de Paris, donnant la bénédiction avec sa patte... »

Le moiwenient anticlérical inquiète les Jacobins. — Le mouvement anticlérical tut bientôt assez fort pour préoccuper les politiques prudents. Le 9 janvier 1791, les Jacobins adressaient une circulaire ' à leurs sociétés affiliées pour les mettre en garde contre les pièges des prêtres rétractaires. La circulaire prenait vivement la défense de la Constitution civile. Elle désavouait implicitement les attaques dont elle avait été l'objet de la part des philosophes trop pressés. Elle protestait contre le bruit, répandu « avec affectation », d'après lequel l'Assemblée se proposerait de détruire a le culte de nos pères ». « Quelle absurde calomnie ! » C'était transformer les philosopiies avec une habileté pertide en alliés et en complices des réfractaires.

Le i3 juin 1791, pour témoigner mieux encore de leur respect du catholicisme, les Jacobins accordaient les honneurs de leur séance « aux jeunes communiants de l'église métropolitaine ». La scène avait été préparée d'avance, car l'un des communiants prononçait un discours : a A peine sortis des mains de la Religion, nous venons au milieu de vous donner les preuves du patriotisme dont nous sommes entlammés.., » et Prieur qui présidait le club répondit : « Vous venez d'être adoptés par la religion. La patrie vous adopte à son tour' ».

1. Voir la circulaire dans Aulanl, Sociclc des Jacobins, t. II, p. 4-

2. Voir le compte-rendu de la séance dans Aulard, Soclctc des Jacobins, t. II, p. 5oi .

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La Religion de la Patrie considérée comme un complément de la Constitution civile. — Mais si les Jacobins faisaient encore profession de respecter la Religion, ils mettaient déjà à côté d'elle la Patrie, qui était aussi une Religion.

Très vite l'idée leur vint, plus ou uioins conscieiniuent, de compléter en quelque sorte la Constitution civile par tout un ensemlde de fêtes nationales, de cérémonies civiques, qui seraient plus spécialement l'école du patriotisme. Dès lors, la Constitution civile n'était plus dans leur esprit qu'une concession nécessaire faite au passé, les fêtes nationales prépareraient les voies à la religion de l'avenir.

Celte idée d'organiser peu à peu un culte civique, complément et correctif de l'autre, ne fut pas suggérée aux hommes politiques par des vues théoriques, par des considérations abstraites. Les symboles révolutionnaires, les fêtes civiques n'attendaient pas, pour naître, l'intervention des hommes politiques. Bien au contraire, ce fut le spectacle du culte révolutionnaire déjà tout formé dans les fédérations, qui provoqua chez eux le désir de le perfectionner, de le systématiser, d'en faire, en un mot, un instrument politique'.

Au lendemain même de la Fédération, un curé patriote, partisan de l'abolition du célibat ecclésiastique et aussi avancé en politique que les curés de la Feuille Villageoise',

1. CeUe remarque a été déjà faite par M. Victor Moulins dans un mémoire pour le diplôme d'études présenté à Sorbone « Ce sont des événements réels, les fêtes spontanées des Fédérations et non les théories de J.-J. Rousseau sur les réjouissances publiques, qui ont décidé les révolutionnaires à organiser des fêtes périodiques ». Université fie raria. Fosition.s des mémoii-es présentés à la Faculté des Lettres pour l'obtention du di/tlônie d'études supérieures. {Histoire et Géograj)hie).Paris, 1896, in-8". Le mémoire est intitulé : L'Institution des fêtes civiques et nationales pendant la Révolution jusqu'à l'établissement du calendrier républicain, (mai 1789, octobre 1793), par Victor Moulins, licencié ès-lettres.

2. 11 critiquait l'article de la Constitution qui proclamait la personne du Roi inviolable et sacrée et la couronne héréditaire.

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concevait le projet d'organiser des lète^ patriotiques pour faire aimer la Constitution. « Le meilleur traité de morale d'un peuple libre, écrivait-il', serait peut-être le recueil des l'êtes de la Liberté. C'est par des jeux et des spectacles qu'on peut inspirer aux hommes l'amour des mœurs et le courage de la vertu. Le langage sévère des lois, s'il se t'ait entendre au cœur humain, n'en persuade pas aisément l'observation, parce qu'elles n'imposent que des sacrifices, et que l'enthousiasme, l'émulation de la gloire peuvent seuls commander des sacritices.... »

L'idée faisait son chemin. Après la fuite à Varennes, Gilbert Romme, racontant dans la Feuille Villaa'eoise la fête civique qu'il avait organisée pour commémorer l'abolition de la flîme, demandait à son tour que les fêtes patriotiques fussent généralisées. A côté de la religion chrétienne, il parlait de dresser la religion de la Loi. « La Loi est la religion de l'Etat, qui doit avoir aussi ses ministres, ses apôtres, ses autels et ses écoles". » Dans la même lettre, G. Romme demandait aussi la revision de la Constitution et faisait entendre un langage républicain. Il n'est pas douteux que le 20 Juin 1791 lit beaucoup pour le progrès des idées avancées en religion comme en politique.

Mirabeau et les fêtes nationales. — Les Constituants euxmêmes se laissaient peu à peu entraîner dans le mouvement. En juillet 1791 , sous le titre de Travail sur l'éducation publique trouvé dans les papiers de Mirabeau Vaîné\ Cabanis

1. Confédération nationale du i/f juillet lygo, ou description fidèle des réjouissances publiques qui ont accompagné cette auguste cérémonie, Paris, 1790, in-8° (Bib. de la Ville de Paris, 12272). Gel écrit périodique n'eut que trois numéros. La citation est empruntée au n" 2.

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