Gomme à Caen. Voir Robinet, op. cit., t. II, p
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pari (les inunicipalilés l'aiblissaieiil, quand elles ne lavorisaienl pas ouvertement les réfraclaires. Se voyant sur le point d'être débordés, les Jacobins, qui étaient les meilleurs soutiens du clerg-é constitutionnel, demandèrent à l'Assemblée qu'ils venaient d'élire de nouvelles armes contre les prêtres rebelles. Il devenait évident que la Constitution ci^ile avait mancpu^ son but. Au lieu d'étayer l'institution politique nouvelle, elle la minait plutôt et préparait sa ruine. Devant le péril inattendu et devant le remède à trouver, les patriotes se divisèrent. Ceux qui avaient lié partie avec le clergé constitutionnel ne voulurent pas l'abandonner. S'imaj^inant peut-être que l'ajfitation religieuse n'était que superticielle et qu'elle disparaîtrait si on intimidait les véritables auteurs des troubles, les prêtres réfractaires, ils proposèrent de prendre contre eux toute une série de mesures de coercition. D'autres patriotes, au contraire, plus clairvoyants ou moins engagés dans la cause du clergé constitutionnel, répugnèrent à recourir ii la force et à la violence pour consolider ou inq)Oser la nouvelle église oiïîcielle. Respectueux de la liberté des cultes inscrite dans la Déclaration des droits, ils combattirent les mesures d'exception proj)osées contre les réfrac taires. Ils demandèrent que ceux-ci jouissent dans la pratique de leur culte des mêmes droits que ceux-là. Autrement dit, par esprit politique et par scrupule libéral, ils s'acheminèrent vers la conception de l'Etat laïque, vers cette séparation des Eglises et de l'Etat que les spéculatifs seuls, minorité de penseurs, d'irréguliers sans influence, avaient prônée jusque là.
Le parti des séparationnistes s'enfla subitement, d'autant plus qu'aux « philosophes » purs se joignirent bientôt les partisans masqués des prêtres réfractaires, qui virent dans la séparation le moyen d'écarter de leur église la persécution imminente.
Godefrqy. — Avant même que la Législative se réunît, un certain Godefroy, « maître de mathématiques », réclamait la « suppression absolue » de la Constitution civile du clergé
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dans un écrit d'une logique serrée ', Toule religion, disait Godet'roy en substance, étant essentiellement affaire de conscience, l'État ne doit s'en occuper qu'au point de vue du bon ordre. En matière religieuse tout son droit consiste à faire des règlements de police. Or il y a beaucoup de Français qui ne se servent pas du tout des ministres des cultes et cependant on les oblige à contribuer à leur entrelien. Le nombre des Français qui se servent des ministres du culte non ofliciel est plus considérai)le encore, et on les oblige à contribuer, eux aussi, aux Irais du culte, l'ennemi du leur. « Que l'entretien des fonctionnaires publics, comme des juges civils, pèse sur tous les citoyens, personne n'aie droit de s'en plaindre, car si quelqu'un disait pour s'en défendre qu'il est bien résolu à n'intenter jamais aucun procès à personne, on lui répondrait avec raison qu'il n'est pas assuré que d'autres ne lui en intenteront pas mal à propos . . Mais on ne peut pas dire la même chose à ceux qui ne suivent pas la religion dontTEtat paye les ministres ...» Qu'on n'essaie pas d'ailleurs de sauver la Constitution civile en invoquant l'intérêt de la morale : « Dira-t-on que les ministres constitutionnels sont nécessaires pour former et régler les mœurs des citoyens? Mais il faudra donc dire aussi qu'il n'y aura de bonnes mœurs que parmi les citoyens enseignés par les ministres constitutionnels, que la morale des ministres des autres cultes ne pe^it produire que la corruption et conséquemment que la saine philosophie exige l'intolérance ! » Et Godefroy concluait : que ceux qui veulent des prêtres les paient. « C'est ainsi que furent entretenus les prêtres de la première église, Saint-Pierre et Saint-Paul, et leurs |)remiers successeurs n'étaient pas pensionnés par les souverains ». Ce n'est pas seulement la logique, à Fen croire, les principes qui réclament cette solution, mais la saine politique.
I. La Nation grevée con.stittitionnellemeiil pour une lieligion, s. 1. n. d., iii-8" (Bib, Nat., Lb^ ' 4076). Signée à la lin : « M. Godefroy, maître de mathématiques, cul de sac de la Brasserie, rue Traversière, chez le Maréchal, de rimprimerie de Tremblay, rue Basse S'-Denis, 11 ». La date de la brochure est indiquée par son contenu. L'auteur s'adresse à la Législative comme à une assemblée qui va se réunir.
« Cela détruira une des principales causes de la funeste division qui désole le royaume et qui met toute la Constitution en péril en cas d'invasion étrangère. . . »
Un anonyme. — Godelroy ne croyait peut-être pas si bien prédire. Un anonyme, qui pourrait bien être un député à la Lég-islative, traitait à son tour la question de la séparation avec non moins de bon sens et plus de profondeur ' .
« Le g-ouvernement civil, posait-il en principe, tel surtout qu'il est constitué en France, ne doit pas plus se mêler de relig'ion que de physique et d'astronomie ». La Constitution civile doit disparaître, une relig^ion dominante supposant nécessairement des religions dominées. « Que le jfouvernement fasse constater l'état des citoyens sans l'entremise des prêtres, que les naissances, les mariag-es, les morts, soient notés par d'autres que par eux!... » La laïcisation complète de l'Etat n'est pas seulement réclamée par les principes, elle est exigée par la situation politique. « Des deux partis qui appellent aujourd'hui la pensée publique sur cette discussion, l'un [les ConstitutionnelsJ demande qu'on l'aide à dominer et à persécuter; l'autre [les Réfractaires], à qui ce rôle commode a été enlevé, demande au moins qu'on le persécute... » Qu'on n'objecte pas que l'Etat propagera l'irréligion s'il ne protège pas de culte. L'athéisme n'est pas à craindre, et, d'ailleurs, cette doctrine absurde exclut au moins le fanatisme.
André Ghénier. — Ame païenne s'il en fut, André Chénier se rangea des premiers parmi les plus chauds partisans de la séparation et la prôna dans un remarquable article du Moniteur-, tout en protestant contre les rigueurs qu'on destinait
aux réfractaires : « Nous ne serons délivrés de l'influence
de pareils hommes [les prêtres] que quand l'Assemblée
1. Dans une Opinion sur les cultes religieux et sur leurs rapports avec le Gouvernement, 1791, de l'imprimerie de Calixte VoUand, rue des Noyers, n" 38, in-8», 16 p. (Bibl. Nat., Ld' 3555).