‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 71 sur 97 · N" i5i, 2tj mai-2 juin · texte numérisé non relu

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j. Voir l'arrêté dans Robinet, op. cil., t. II, p. 2o3 et suiv.

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liberté des opinions religieuses ». La garde nationale ne pourrait plus être requise pour le service du culte, « les citoyens soldats ne devant se mettre sous les armes que pour l'exécution de la loi et la sûreté publique ». Enfin, la circulation cesserait d'être interdite sur le passage des processions, « la prospérité publique et l'intérêt individuel ne permettant pas de suspendre la liberté et l'activité du commerce ».

Dans une circulaire aux ([uarante-huit sections, Manuel se chargea de préciser le sens et la portée de l'arrêté municipal '. Après avoir dénoncé « les maximes intolérantes et superstitieuses des siècles d'ignorance et de tyrannie », « le temps, sans doute, prédisait-il, n'est pas éloigné où chaque secte religieuse, se renfermant dans l'enceinte de son temple, n'obstruera plus, à certaines époques de l'année, par des cérémonies extérieures, la voie publique, qui appartient à tous et dont nul ne peut disposer pour son usage particulier. » Et ^lanuel entrevoyait même dans le lointain « l'anéantissement de tous les préjugés sous le joug desquels les hommes ont été courbés pendant longtemps ».

L'initiative de la municipalité parisienne ne fut pas perdue. Quelques jours après, ayant reçu l'invitation du clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois, la Législative eut à examiner si elle assisterait en corps à la procession du Saint-Sacrement. Sur la proposition de Duquesnoy, elle avait déjà décidé qu'elle accepterait l'invitation. Mais des protestations s'élevèrent. Pastoret reprit à la tribune les arguments de Manuel sur la neutralité de l'Etat et, finalement, obtint le rapport du décret-. Il fut seulement décidé que l'Assemblée ne siégerait pas le matin de la Fête-Dieu pour permettre à ses

1. Voir sa circulaire dans Robinet, op. cit., t. II, p. 204-205.

2. D'après les textes publiés parRobinet, o/j.ci<.,t.II, p.206-207. — L'évèque constitutionnel Le Coz se montra très peiné de la décision de l'Assemblée. Dans une lettre particulière du 6 juin 1792, il proteste avec amertume contre les calomnies et les outrages dont le catholicisme constitulionnel était devenu l'objet de la part de « ceux-là mêmes qui se prétendent ses plus zélés défenseurs ». Le Coz, Correspondance publiée par le P. Roussel, t. I", 1900, in-8% p. 34.

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membres de se rendre à la procession à titre individuel. La Législative se solidarisait donc en principe avec la municipalité parisienne, et les journaux brissotins ne manquèrent pas de s'en féliciter '.

Les Jacobins eux-mêmes parurent se ranger du côté de P. Manuel. Déjà, à la séance du 8 juin, Delacroix avait demandé la suppression des traitements ecclésiastiques. « Pourquoi salarier exclusivement certains prêtres? » Préludant à la propagande liébertiste, il avait proposé « d'envoyer dans les fournaises nationales des monnaies toutes ces cloches qui ne servent qu'à troubler votre repos. » « Détruisez, contiauait-il, ces signes d'esclavage et d'idolâtrie qui ne servent qu'à entretenir l'ignorance et la superstition. Remplacez-les par les images des Rousseau, des Franklin, de tous ces hommes anciens et modernes qui rempliront le peuple d'un noble enthousiasme pour la liberté. Laissez à leurs immortels écrits le soin d'instruire vos concitoyens, au lieu de cette horde de gens à préjugés dont ils peuvent sans doute se passer. . . » L'impression de ce discours était demandée par une partie du club et combattue par l'autre. Pour couper court à toute opposition, Delacroix déclarait qu'il ferait imprimer son discours à ses frais '.

A la séance du lendemain, un autre Jacobin, Mathieu, vint approuver l'arrêté de la municipalité parisienne et exhorter les bons citoyens, surtout ceux des tribunes, à redoubler d'activité pour assurer son exécution '. Et le surlendemain, les Jacobins hrent un très mauvais accueil à une pétition de « fanatiques » qui venaient protester contre l'arrêté de Manuel.

L'événement montra cependant que le parti anticlérical, s'il dominait à la mairie, à la Législative, et parfois aux Jacobins, n'était pas encore maître de la rue, tant

1. Par exemple le Patriote français du 7 juin, article de Gondorcet.

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