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DEUXIÈME PARTIE l

à la Nation, soumis à la Loi et respectueux des autorités constituées. La cérémonie se terminerait par le cri de : « Vivre libre ou mourir! »

A dix-huit ans, le jeune homme serait armé^^arde national et ferait comme une première communion civique. Tous les ans, à l'époque mémorable du i4 juillet, les vétérans conduiraient à l'autel de la Patrie les jeunes citoyens ayant l'âge requis. Là, les magistrats leur rappelleraient que la force armée n'est établie qu'en aide à la loi, qu' « ils ne reçoivent des armes que pour la défendre », etc. Ils joindraient à leurs exhortations patriotiques des conseils de morale. La même cérémonie serait renouvelée à 21 ans, au moment de l'inscription civique. Tous les assistants répéteraient le serment de vivre libres ou de mourir.

Pour les mariages, les publications seraient faites devant l'autel de la Patrie. Devant l'autel de la Patrie encore, les époux seraient unis par les magistrats. Ils annonceraient eux-mêmes « que les plus doux sentiments de la nature ne leur foht point oublier qu'avant d'être l'un à l'autre, ils appartenaienl à la Patrie », et ils scelleraient leur « vœu matrimonial » du cri de %Hvre libre ou mourir.

La Patrie entin décernerait aux morts les honneurs funèbres. Tout citoyen après son décès serait présenté à son autel. Le cortège serait digne d'un liomme libre. Des discours retraceraient la vie du défunt et rappelleraient les titres qu'il peut avoir à la reconnaissance publique.

La Législative écouta sans broncher le projet de Gohier, l'accueillit par « de nombreux applaudissements » et en ordonna l'impression. Huit jours plus tard, le 26 juin 1792, elle en adoptait l'article essentiel et décrétait que « dans toutes les communes de l'Empire, il serait élevé un autel de la Patrie, sur lequel serait gravée la Déclaration des Droits, avec l'inscription : le citoyen nait, vit et meurt pour la Patrie ». Par le même décret, le Comité d'instruction publique était saisi des autres articles du projet et chargé d'en rechercher les moyens d'exécution.

l36 LES ORIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES

Le décret du 20 septembre IJ92. — Le Comité d'instruction publique ne donna aucune suite à la motion qui lui était renvoyée, mais, dans sa dernière séance, la Législative prononça la laïcisation des actes de l'état-civil, en même temps qu'elle instituait le divorce. Ces deux grands décrets, qui se complétaient, portaient le coup le plus sensible au clergé constitutionnel. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, si souvent ajournée pour des raisons d'opporlunité, s'opérait quand même en détail, et le fossé se faisait plus profond entre la Patrie et la Religion. Enlever les actes de l'état-civil aux prêtres, a dit justement M. Jaurès ', c était « une des mesures les plus profondément révolutionnaires qui aient été décrétées. Elle atteignait jusqu'en son fond la vie sociale. Elle changeait, si je puis dire, la base même de la vie. Et quel puissant symbole de cette grande rénovation civile dans le transport en masse de tous les registres enlevés à l'église et portés à la maison commune, dans cette clôture générale des registres anciens et dans l'ouverture des registres nouveaux où les nouvelles générations seraient comme affranchies de tout contact du prêtre ! »

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