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DEUXIÈME PARTIE l

d'org-aniser tout un système gradué de récompenses nationales, qui leur seraient décernées dans des cérémonies solennelles '. Dans le Panthéon de ses rêves, il dispose un dyptique national, catalogue raisonné des grands hommes que la France a produits depuis le commencement de la monarchie et pendant la Révolution. Près du dyptique, sur l'autel de la Patrie, il met « une statue qui foule à ses pieds le monstre du fanatisme et de la superstition. D'une main, elle tient des chaînes brisées, de l'autre elle distribue des couronnes civiques... » Chaisneau, Poyet, Duport-Roux, ne furent certainement pas les seuls à appeler de leurs vœux l'organisation définitive de ce culte civique dont les éléments existaient déjà à l'état spontané. Leur exemple nous montre à quelj.es profondeurs les conceptions des hommes politiques avaient pénétré. 11 est déjà à prévoir que si ceux-ci hésitent à aller jusqu'au bout, à dresser contre le catholicisme la religion révolutionnaire, le peuple patriote se passera d'eux et ira de l'avant quand même.

Projet de Gohiei^ sur l'état-civil. — Mais au moment où nous sommes, les législateurs n'ont pas encore appris à se défier de l'opinion publique. Ils la précèdent plutôt et lui servent de guides. Le 19 juin 1792, lors de la discussion sur la laïcisation des actes de l'état-civQ, le député Gohier, dans un discours très étudié, proposa d'entourer d'un cérémonial civique la constatation des baptêmes, des mariages et des décès. Si son projet de décret avait été adopté et mis en pratique, la religion révolutionnaire aurait été pourvue d'un culte oflîciel dès

A l'autel de l'ancienne religion, Gohier oppose l'autel de la religion nouvelle, l'autel de la Patrie, que chaque commune

I. Le Panthéon français, ou discours sur les honneurs publics décernés par la Nation à la mémoire des grands hommes, Dijon, i"92, in -8'', i5 p. (15ib. nat., Lb^oôgôS).

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serait tenue de construire sur un modèle uniforme. Devant l'autel de la Patrie, sur lequel on lira la Déclaration des Droits, le citoyen « sera traduit à chaque époque intéressante de sa vie ». Il y sera porté à sa naissance, il y viendra recevoir des armes à i8 ans, se faire inscrire sur la liste des citoyens à 21 ans, il s'y mariera, son cadavre enfin y sera conduit pour de civiques funérailles. Bref, la Patrie aura ses sacrements comme la Religion. Tout rappellera au citoyen « qu'il naît pour sa patrie, qu'il doit vivre, qu'il doit mourir pour elle. » La Patrie, comme autrefois la Religion, prendra l'homme tout entier, le pétrira corps et âme. « Le spectacle d'un enfant, explique Gohier, intéresse l'àine la moins sensible, celui qu'offre l'union de deux époux qui se jurent mutuellement amour et fidélité n'inspire pas moins d'intérêt, et le plus barbare s'attendrit à la vue d'un ennemi même qui expire. La cérémonie lugubre d'un convoi, en rappelant à l'homme sa fin dernière, l'associe, pour ainsi dire, au deuil de la famille du décédé. Annoblissons toutes les sensations que le cœur éprouve dans ces positions diverses ; empreignons-le, s'il est permis de s'exprimer ainsi, d'une teinte civique ; profitons de l'instant où l'âme est ainsi agitée, pour la pénétrer des vertus qui doivent l'agrandir, qui doivent l'élever au-dessus d'elle-même ' »

Gohier ne se bornait pas à émettre des vues générales ; il esquissait pour chacun des actes principaux de la vie du citoyen tout un cérémonial civique calqué sur le cérémonial catholique.

Pour les naissances, les « magistrats du peuple », faisant fonctions de prêtres, n'inscriraient pas l'enfant sur les registres de l'état-civil sans prendre l'engagement solennel, au nom de la Patrie, de l'affranchir de la servitude, de l'ignorance en lui procurant une instruction digne d'un homme libre. A son tour, le père de l'enfant, ou son parrain, prendrait l'engagement, au nom du nouveau citoyen, d'être fidèle

I. Discours de Gohier, d'après le Moniteur, réimp., l. XII, p. 708.

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