DEUXIÈME PARTIE l4l
douces odeurs, réchauffe dans ton sein le germe des fleurs nouvelles, afin qu'au retour des zéphyrs, nous puissions en joncher la tombe de nos frères ; mais en attendant cette heureuse époque, amis, formons des chœurs ; c'est par des chants d'allégresse ([u'on célèbre la mémoire des défenseurs de la patrie ...»
A lire de pareils morceaux, on sent que les temps du culte de la Raison sont proches.
Et pourtant il s'écoulera un an encore avant que le culte révolutionnaire s'élance au grand jour, et, avec Ghaumette et Fouché et les représentants en mission, s'efforce d'abolir le catholicisme. C'est que les Révolutionnaires, unis en principe sur la nécessité d'instituer autour de la Patrie un organisme de nature à la protéger et à la faire aimer, ne sont pas encore tous convaincus de la nécessité de substituer entièrement ce culte civique à la religion ancienne, qui serait radicalement abolie. Les opportunistes, les hommes d'Etat, avec Robespierre, Danton, Desmoulins, par crainte de commotions populaires, s'opposent, autant qu'ils le peuvent, à la déchristianisation violente et ménagent le clergé constitutionnel dont ils retardent la chute définitive. Ce n'est qu'après le 3i mai, quand ils trouveront la main des prêtres constitutionnels dans le soulèvement girondin, que les Montagnards n'hésiteront plus.
Alors, comme l'a très bien dit M. Aulard, « l'expérience a prouvé que la république « montagnarde » ne pouvait pas compter sur l'Eglise constitutionnelle, dont beaucoup de ministres ont pris tait et cause pour les Girondins, pour les fédéralistes. Tout le clergé constitutionnel semble hostile à la politique unitaire de la Montagne ; tout le clergé constitutionnel devient, aux yeux des sans-culottes, l'ennemi, et décidément le peuple trouve que ce clergé ne vaut pas mieux que l'autre, et que les fureurs girondinisés sont aussi dangereux pour la patrie que les non-fureurs complices des rois et des émigrés. Hier, on opposait les
l42 LES ORIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES
bons prêtres aux mauvais, aujourd'hui on croit voir qu'il n'y a pas, qu'il n'y a plus de bons prêtres. La religion catholique en est discréditée dans l'esprit des patriotes militants. Si le culte est l'obstacle à la défense nationale, eh bien ! abolissons le culte ! ' ».