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DEUXIÈME PARTIE iSq

Dans le même temps, le ministre de l'intérieur, Roland, organisait un bureau d'esprit public pour répandre dans toute la France la bonne parole philosophique, et l'Assemblée mettait à sa disposition cent mille livres pour cette propagande '. Dans toute la France, conformément aux instructions du ministre, les municipalités patriotes et les clubs redoublaient d'ardeur à catéchiser le peuple '.

La situation à la fin de la Législative. — Bref, quand la Législative se sépara, la rupture définitive entre l'Eglise et l'Etat semblait chaque jour plus imminente. Mais il apparaissait aussi que cette rupture ne serait pas purement négative. En se séparant de la Religion, l'Etat révolutionnaire entendait garder le caractère religieux, et chaque jour il s'efforçait davantage de dériver vers le nouvel ordre social la foi qui allait autrefois à l'ancien. Depuis Varennes, la religion de la Patrie s'était singulièrement fortifiée et précisée. Lanthenas, De Moy, Condorcet, Français (de Nantes), Gohier, dans leurs projets de propagande, d'instructions, de fêtes civiques avaient en réalité esquissé le plan d'un organisme civico-religieux destiné à défendre et à faire aimer l'institution politique nouvelle. Cet organisme était partout en voie de formation. Le clergé constitutionnel, battu en brèche, découragé, amoindri, se retirait de la Révolution ; les orateurs des clubs, « les

1. Décret du i8 août 1792. Les Montagnards accuseront plus tard Roland de subventionner avec cet argent les écrivains girondins. Le 12 décembre 1792, aux Jacobins, Châles dénoncei-a le bureau de la formation de l'esprit public, créé pour capter l'opinion. Basire s'écriera qu'une pareille institution «était contraire à la liberté des opinions religieuses, car former un tel bureau avec l'argent des citoyens, c'était forcer les citoyens à payer des ouvrages qu'ils n'approuvent pas ». Aulard, Société îles Jacobins.

2. Le iG septembre 1792, les municipaux de Neufchàtel (Seine-Inférieure) écrivaient à Roland que, la joui-née du 10 ayant causé une fermentation terrible dans les esprits, ils avaient décidé de faire tous les jours, à sept heures du soir, des insti-uctions au peuple dans l'Eglise de l'Hôpital Saint-Thomas, pour l'éclairer sur ses devoirs et pour le rassurer sur tous les mensonges dont on se sert pour le tromper et lui susciter des craintes. » (Arch. Nal., F II lu, Seine-Inférieure, i5).

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propagateurs de la raison » prenaient la place qu'il abandonnait, et leurs fêtes civiques, leurs conférences populaires, leurs missions patriotiques devenaient autant d'assemblées religieuses, où la foule venait communier en la Patrie.

Robespierre lui-même, qui avait tant résisté au courant philosophique, semblait à cette heure vouloir lui aussi apporter sa contribution au culte patriotique. Le i4 août 1792, à la tête d'une députation de la section de la place Vendôme, il vint demander à la Législative l'érection d'une pyramide aux morts du 10 août : « Hâtez-vous, s'écria-t-il, d'honorer les vertus dont nous avons besoin en immortalisant les martjTS de la Liberté. Ce ne sont pas des honneurs seulement, c'est une apothéose que nous leur devons ',...»

La fête funèbre aux morts du 10 août, qui fut célébrée le 26 du même mois dans le jardin des Tuileries, attira une foule immense \

Le 4 novembre encore, la section du Théâtre-Français célébrait dans le local des Cordeliers une « cérémonie républicaine en mémoire des braves citoyens, des généreux Marseillais et des fédérés des départements morts glorieusement à la journée mémorable du 10 août 1792 ' ». Momoro présidait : Anaxagoras Ghaumet (sic), qui prononça l'éloge funèbre, le termina par une invocation finale à la Nature d'allure toute panthéiste : « Ils sont entrés dans le sein maternel de la terre, ceux dont nous couronnons aujourd'hui la tombe. O Nature ! que ne puis-je ici dérouler le volume immense de tes sublimes mystères !... O Nature ! O Mère ! reçois en ce moment le tribut d'hommages que je te dois... Terre libre! terre natale ! prépare tes plus

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