INTRODUCTION
De là, il était facile de mener les recherches jusqu'à Tantiphonaire grégorien, codification de l'art musical de l'Occident chrétien vers l'an .600, par l'examen critique duquel j'ai voulu terminer cet ouvrage.
A priori, il paraît y avoir quelque paradoxale témérité, quelque naïveté même, à parler ainsi de la musique au vi' siècle.
De loin, une époque se présente à nos regards, vaut surtout par les événements principaux qui l'ont caractérisée aux 3'eux des générations postérieures. Or, ce siècle est celui où les barbares se fixent définitive, ment sur le sol de l'empire romain ; le siècle où l'Afrique proconsulaire perd jusqu'au souvenir de ceux qui détruisirent autrefois Carthage ; où les vestiges de Rome antique elle-même s'effacent sous la domination des Goths, troublée à son tour par les calamités naturelles, les inondations, les épidémies terribles.
Il semble qu'une ombre épaisse descende sur tout art, pour préparer comme la gestation d'un renouveau intellectuel qui ne se produira que dans plusieurs siècles.
C'est vrai : mais le vi^ siècle est aussi celui qui vit l'apogée de Byzance, et la grande splendeur du culte chrétien ; c'est le temps où les barbares se civilisent au contact des débris de l'antiquité et dans la connaissance de la morale nouvelle ; c'est le moment, avec les rois mérovingiens, où commence l'indépendance de la France.
Mettons-nous donc bien en face de la réalité. Sans doute, les coutumes que chérissait l'antiquité païenne ont en partie disparu ; il n'}' a plus de ces grands jeux civils ou religieux qui préoccupaient les membres de toute une natjon, ceux du moins auxquels on reconnaissait le titre de citoyen; les théâtres, les cirques sont en grande partie détruits.
Mais, là où ces édifices sont ruinés, comme dans les Gaules, les rois semi-barbares s'efforcent de les restaurer ; ils s'enquièrent de musiciens etjde chanteurs en possession de l'art romain, pour leurs fêtes, devenues royales, de civiques qu'elles étaient auparavant, tout en restant populaires.
Pour la masse, il y a encore les grandioses cérémonies de l'Église, qui groupent le Goth et le Romain, le vainqueur et le vaincu, le civilisé et le civilisateur, dansl'unité d'unnicme culte, témoignage d'une même croyance.
Et, si ces messes, ces vigiles, ces processions de la ville papale font oublier les jeux du cirque, à l'autre bout de l'empire Byzance les rappelle, en des courses fameuses que nous connaissons tous.
Les invasions des barbares ont précipité la conversion au christianisme des peuples de l'empire romain. Les grandes cérémonies païennes, de plus en plus délaissées, bientôt supprimées, ont jeté dans la circulation les citharèdes, les joueurs d'aulos et d'orgue, que les fêtes civiles elles-mêmes ne sollicitent plus guère, sauf à Byzance.