INTRODUCTION VII
patriotes. Les nations étrangères, elles aussi, ont apporté leur contingent à l'œuvre commune, et les noms de Gevaërt, Dom Morin, P. Wagner, H. Frère, sont familiers à tous les spécialistes.
Enfin, les décisions de S. S. Pie X, — spécialiste lui-même, — sur le chant d'église, la publication qu'il a ordonnée de V Édition Vaticane du chant romain par une Commission spécialement formée, tout cela met comme le sceau définitif à toutes les recherches.
A considérer ces travaux, et les résultats en présence desquels ils nous mettent, il semble qu'il soit possible de tenter l'essai jusqu'alors impossible, et de donner comme une « somme » des connaissances jusqu'à présent acquises dans le domaine de la musicologie liturgique (i).
C'est pourquoi le présent ouvrage, ab oi'o, s'ouvre par une étude sur l'antique liturgie juive, dans ses rapports avec les origines du culte chrétien : je ne me tlatte pas qu'elle soit complète ; néanmoins je crois avoir contribué à faire progresser cette branche de l'érudition (2).
On remarquera que je n'adopte pas la théorie de Bickell sur la formation de la partie chrétienne ; le découpage de fragments de psaumes extraits du rituel juif de la Pàque m'a toujours paru insuffisant pour expliquer l'origine de l'anaphore chrétienne.
J'ai recherché d'une manière plus précise si le rituel Israélite n'avait pas, en tout ou partie de ses fêtes, un ordonnancement semblable à l'enchaînement préface et anaphore, Saiictiis, comméinoraisons, prières finales; on verra par les tableaux de dépouillement qu'en effet la liturgie juive connaît de même l'ensemble formé du sc/iémoné-esi-eh, de la Kedouscha, de la prière litanique et commémorative Abinoii malkenoii, et des oraisons de clôture de la liturgie. Un dépouillement analogue, fait pour les autres offices, a fourni le cadre original de la vigile, du matutinum, des vêpres (3).
Bien entendu, la cantillation sur laquelle les Juifs disent les livres saints a été l'objet d'une enquête approfondie. Avec ce que nous savons de l'art gréco-romain et des curieuses mélodies magiques et gnostiques, définitivement déchiffrées par MM. Ruelle et Poirée, les bases d'origine du chant chrétien nous étaient révélées.
(.1) C'est dans cet ordre d'idées que le président, les membres et consulteurs de la Commission Pontificale pour les livres liturgiques grégoriens, réunis à Strasbourg à l'occasion du dernier Congrès de chant liturgique, ont bien voulu encourager l'auteur de cet ouvrage à en poursuivre la publication, comme absolument conforme à leurs vœux et à leur manière de voir. Qu ils veuillent bien me permettre de leur adresser ici l'hommage de toute ma gratitude.
{2) On voudra bien remarquer, tant à ce sujet que pour toute la suite de l'histoire du chant chrétien, les textes nouveaux apportés ici en contribution à l'étude des origines et du développement de l'art liturgique.
(3) Au moment où les questions concernant la réduction de l'office sont agitées en divers milieux ecclésiastiques, il ne sera pas inutile de prêter une attention particulière à cet ordre liturgique.