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Lettre de Boniface à Fulrad, 753-75/1, gS, p. 38o

4. Lui a été en conflit avec Sturm, abbé de Fulda (Vita s. Lulli, 30, Acta Sanct., Oct., t. VIT, p. 1087). C'est peut-être à cette occasion que se

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Bien plus les données que renferme la finale de la lettre au sujet de la mission de Tilpin à Mayencc et du pallium de Lui sont parfaitement d'accord avec le contenu d'un formulaire signé pai* Lui et daté de 780'. Cette pièce témoigne, comme la lettre d'Hadrien, que Tilpin et les deux autres évêques ont été chargés d'une mission près de Lui par le pontife. L'évêque de Mayence déclare exposer sa foi catholique suivant l'ordre reçu du pape Hadrien et de ses envoyés, les évéqiics Yiomad, ïilpin et Possessor^, ?nissi du roi Charles. Ce formulaire est précisément la carta orlhodoxa que le pape dans sa lettre à Tilpin ordonne que Lui lui fasse parvenir, souscrite de sa main*'.

sont répandus des bruits malveillants au sujet de l'ordination de cet évêque.

1. Publié par Falckenheiner, Gesch. hess. Sladie und SUfler, 18A1, p. iG5 ; Hinschius, Das Kirchenrechl, t. I, p. 6o3, n. 5 ; Bœhmer-Will, Regesia archiep. Magunt., 1877, t. I, p. 4o. M. Uibbeck remarque (p. 26) que ce formulaire corrobore la finale seule de la lettre d'Hadrien mais n'en tire pas conclusion que cette partie est authentique, à l'exclusion du privilège.

2. L'évêque Possessor a rempli en 77.") une mission en Italie près du pape Hadrien qui le signale comme nilssus du roi {Codex Caroi., 5i, p. 072 ; 56, p. 58o ; 07, p. 582). En 781, Possessor est de nouveau chargé par le roi d'une mission près d'Hadrien, mais porte à cette date le titre d'archevêque (67, p. 594) qu'il n'avait ni en 775, ni au temps de sa mission près de Lui, vers 780. Toutes ces données sont donc en concordance.

3. : « expositam et conscriptam et manu sua propria subscriptam catholicam et orthodoxam fidem per missos suos cum litleris ac testimonio tuo (Tilpin) scu aliorum episcoporum... dirigat ». Lui écrit : « Fidem meam catholicam... exponcre cupiens... juxta pnrceptuni ...Adriani et missorum ejus Momadi. Tilpini, Possessoris ». Ces expressions s'accordent parfaitement avec le style et les habitudes romaines du vni" s. Le i'"^ mai 7^8, Zachario écrit à Bonifaco : « Suscepimus vero et chartam conscriptam vere atque orthodoxjc profession is et catholiccT unitatis, cpiam cum... episcopis... tua direxit fraternitas » (80, p. ^fio). Ln 7')'», le même pape a envoyé le palliuin à trois archevêques francs en les averlissant <( qnomodo fidem suam expoiiere debeanl hiqui i)alliiini uti licentia concednntur » (57, p. 3i3). Les formules du Liber Jiiurnus 45 et 4C rappellent en etîet la profession de foi exigée des bénéficiaires du pallium. (If. von Hachke, Die Ihdliumverleihungcn, p. i33.

r335] LA LETTRE INTERPOLEE DHVDRIEN I A TILPIN l3

Au senlimcnl d'IlinschiLis qui n'admet pas rauthcnticité de la lettre et qui, lui aussi, est frappé de la concordance des deux pièces, c'est cette professio fidel de Lui qui donna l'idée à un faussaire de fabriquer la lettre d'Hadrien. Mais dans quelle intention Lui aurait-il écrit ce formulaire 25 ans après son sacre, sinon en vue d'obtenir le pallium, comme nous l'apprend précisément la finale de la lettre incriminée '' '^ Comment admettre aussi que la professio de Lui ait été connue à Pieims à l'époque tardive où le faux aurait été composé 2? Si on conçoit très bien qu'une lettre chargeant Tilpin d'une mission au sujet d'un évêque de Mayence, ait été conservée dans les archives de l'église de Reims, par quelle voie un clerc rémois aurait-il eu connaissance, au milieu du ix*" siècle, d'un formulaire adressé à Rome par un ancien évêque de Mayence et qui n'intéressait en rien l'église de Reims ^ ? Dans quel dessein le faussaire aurait-il soudé à un privilège apocryphe concernant son église un bout de lettre forgé également par lui et si étranger pourtant aux préoccupations du clergé rémois * ? Un membre de cette

1. Le fait que Lui, dit simplement évêque dans un diplôme du 8 mars 780, est archevêque dans les diplômes des 4 et 28 juillet 782 (cf. La Hiérarchie épiscopale, p. 5i, n. 5 et p. 63, n. G) est aussi en parfaite concordance avec les deux docurrients.

2. Si la partie de la lettre qui traite du pallium de Lui est fausse, il est vraisemblable en effet que toute la pièce fut fabriquée par la même main. Or les clauses en faveur de l'église de Reims trahissent, nous le verrons, le milieu du ix'= siècle.

3. Comme le pseudo-Hadrien s'est certainement servi du recueil des lettres de Boniface et de Lui, on pourra peut-être supposer — et ce serait la seule hypothèse plausible — que la charta de Lui avait trouvé place dans quelques manuscrits de cette collection, notamment dans celui qui fut sous les yeux du faussaire rémois. Mais les éditeurs de ce recueil n'ont trouvé aucun manuscrit qui renfermât cette charta.

4. Flodoard ne fait aucune réflexion au sujet de la mission donnée à Tilpin et ne nous apprend pas ce qu'il en advint ; l'affaire n'intéressait pas le clergé rémois. Une mission relative à un tel objet n'était pas un précédent qu'il fût utile au ix" siècle de faire valoir en faveur de l'église de Reims.

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église, ni du vivant de Lui, ni surtout un demi-siècle après sa mort, n'avait aucun besoin de fabriquer un morceau qui aurait été exclusivement destiné, comme on l'a soupçonné ^ à élever des doutes sur la légitimité d'un évêque de Mayence.

Le formulaire souscrit par Lui établit que Tilpin fut chargé par Hadrien l, en compagnie de Viomad et de Possessor, d'une mission près de cet évêque au sujet de sa projessio fidei. Lévéque de Reims dut recevoir à cet effet une lettre pontificale. Pourquoi rejeter celle que nous possédons et qui lui confie ce soin, alors que l'hypothèse d'une interpolation explique la présence de clauses, étrangères à cet objet et suspectes à tous égards, qui y furent introduites plus tard.

On comprend très bien que trouvant dans le scriniam de l'église l'original d'une lettre d'Hadrien 1, reçue par Tilpin, un clerc rémois ait eu l'idée de s'en servir pour donner à la composition qu'il méditait une note d'authenticité. Le faux privilège subrepticement inséré dans une pièce conservée déjà aux archives mais inexploitée jusqu'alors avait toute chance de s'imposer.

L'hypothèse qu'une lettre d'Hadrien a été interpolée permet seule d'expliquer l'incohérence ^ et l'étrange facture du document utilisé par Flodoard. La pièce authentique était un simple mandatam ; on l'a coupée en insérant dans le corps de la lettre un morceau qui a tous les caractères d'un privilège proprement dit ''', sans relation avec ce qui précède

I. Telle est la conclusion des HoUandistes : « merito concludero licct corrupiam esse (epistolam) quatenus nutantem faciat sancli Lulli ordinalionem » (p. 107a).

•À. Ilinschius dénonce avec raison (p. 0(>3) la « /usanimenhnngslosigkeil der Dekietale ». Voir aussi ({ibbeck {\). aO). Il n'y a plus d'incohérence si l'on retranche le privilège du reste de la lettre.

3. L'éditeur des lettres pontificales de l'époque de (Iharleniagne. M. Hampe, remarque (Epist., t. \ , p. 1) qu'il est didicile de distinguer une lettre de ce temps d'un privilège. C'est que les privilèges n'ont pas

[3371 LA LETTRE INTERPOLÉE DH ADRIEN I A TILPIN l5

OU ce qui suit. Le document transcrit par Flodoarcl renferme deux exposés indépendants ; le second rappelle les violences dont l'église de Reims fut victime et appelle le privilège inséré à la suite. Le premier mentionne l'expédition faite du pallium à Tilpin, n'a aucun rapport avec les souffrances de l'église de Reims au temps de Rigobert ou d'Abel et répond assez bien au contraire à la commission donnée plus loin à Tilpin au sujet du pallium de Lui. Cet ordre se trouve rejeté en finale, à la suite du privilège auquel il est soudé par un simple etiam. Si le faussaire avait composé cette lettre de toutes pièces, il n'eût pas accumulé ainsi des données disparates et associé dans un même document des formules aussi différentes. La maladroite combinaison qu'il en a faite donne à penser qu'il disposait d'une lettre authentique

encore alors les formes caractérisées qu'ils prendront au cours du i\^ siècle. Pourtant dès le milieu du siècle précédent on distingue nettement un privilège pontifical d'une lettre ordinaire d'un pape. Zacharic écrit à saint Boniface qu'il lui envoie un prœcepium confirmant la métropole de Cologne (plus haut, p. 332, n. i). De même une lettre du pape lui annonce qu'il confirme les sièges érigés par lui (5i, p. 3o2). Or la correspondance de Boniface nous conserve à la suite de cette lettre les préceptes qui confirment l'établissement de ces sièges (52, 53, p-. 3o6- 307). Accordant Texemption au monastère de Fulda, Zacharie déclare lui délivrer un privilegiiim (89, p. 374). L'acte a bien d'ailleurs déià tous les caractères d'un privilège proprement dit. De même dans la portion de la lettre d'Hadrien qui, suivant l'hypothèse, serait authentique, le pape rappelle qu'il a envoyé le pallium avec un privilegiiim relatif aux droits de la métropole. Sans prendre encore les formes rigoureuses de la diplomatique pontificale postérieure, ces prœcepta et privilégia du vm' siècle ne renferment que des dispositions auctoritatives de nature similaire et excluent tout objet étranger. La lettre d'Hadrien au contraire contient des données tout à fait étrangères à celles du privilège intercalé au corps de la missive, privilège analogue aux précédents et calqué en partie, on le verra, sur deux d'entre eux. La chancellerie romaine à la fin du vni" siècle ne procédait pas ainsi. Un faussaire du ix^ siècle n'eût pas d'autre part ajouté au privilège qu'il fabriquait ces morceaux hétérodoxes, si une pièce authentique d'Hadrien ne l'avait invité à en tirer parti pour glisser les clauses qu'il voulait produire dans un document de bon aloi.

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dont il croyait pouvoir former le cadre du privilège qu'il désirait produire.

Le privilège en faveur des archevêques et de l'église de Reims que renferme la lettre d'Hadrien est certainement apocryphe. L'exposé et le dispositif trahissent clairement un rédacteur qui écrit vers le milieu du ix*" siècle. '

Hadrien n'eut pas donné à Rigobert le titre d'archevêque de Reims. L'adresse authentique de la lettre est faite à Tilpin, archevêque de l'église de i?eim5, conformément au style du temps ^ L'expression archiepiscopus Remensis, inusitée au vni" siècle et appliquée ici à l'un des prédécesseurs de Tilpin, suppose que tout évêque de Reims est nécessairement archevêque, comme on le pensait au temps d'Hincmar. C'est seulement en envoyant le palJium à Tilpin, qu'Hadrien a fait de cet évêque, comme d'Ermenbert de Bourges et de Lui de Mayence, un archevêque. Rigobert n'avait pas reçu cet insigne, qu'aux termes du récit, Abel, son successeur, a obtenu à grand'peine. Hadrien ne pouvait donc lui donner le qualificatif d'archevêque qui en ce temps est réservé aux évêques revêtus du pallium -.

Tilpin n'a pu écrire à Hadrien que Boniface etFulrade ont travaillé sous les papes Zacharie et Etienne à procurer le

I. Une lettre d'Hadrien signale « Léo archiepiscopus Ravennantiuni civitatis » (Codex CaroL, 49, Epist., t. III, p. 568). Cf. 85, p. 621. Wilcliairc (de Sens) est dit simplement « archiepiscopus » (5i, p. 571), « arcliiepiscopus GaJIiarum » (95, p. 687; 9G, p. (344)- Nousavons vu plus haut (p. 829, n. 1) qu'une lettre de Léon III de 798 est adressée à Arn, archevêque de l'égUse de Salzbourg. Au contraire au ix* siècle, Drogon est dit (( arcliiepiscopus Metensis » {Sergii papcv ^pisl., i, Epist., t. V, p. 583), Iliucinar « archiepiscopus Uemensis » {Leonis IV epist. , 11, la, p. 590-591). llincmar indique souvent ainsi le siège épiscopal (Uemensem, Uothomagensm episcoi)um, Epist., i.Migne. l. CWVI. coL 10; Egilone archiopiscopo Sennensi. 11, col. 7O. etc.).

a. Cf. notre ouvrage, La Hiérarchie épiscopate, p. 73-74.

[339] T. A LETTRE INTERPOLÉE d'h ADRIEN I A TILPIN I7

pallium à Abel ^ Tilpin savait bien que le pape Etienne n'avait pas eu à s'occuper du pallium d'Abel, son prédécesseur, puisqu'il est lui-même devenu évêque de Reims en 7/I7 2, par conséquent cinq ans environ avant qu'Etienne II montât sur le siège apostolique. Il est bien douteux qu'en 744, au temps où Zacharie envoyait à Abel le pallium à la prière de Boniface et des princes francs, Fulrade, que ne signalent ni le pape ni son correspondant, ait été mêlé à la négociation. Le ii février 747, Amalbert était encore abbé de Saint-Denis ^ et Boniface n'écrit à Fulrade qu'en 753-764 * ; c'est seulement à partir de 761 que ce personnage tient au palais la place considérable qu'il occupera longtemps^. Mais dans la seconde moitié du ix'' siècle, on associait volontiers les noms de Boniface et de Fulrade. En 858, Hincmar imagine qu'Eucher d'Orléans leur a raconté sa vision et qu'ils sont allés ensemble ouvrir le tombeau de Charles- Martel ^. L'interpolateur de la lettre d'Hadrien met sembla-

1. Un clerc romain n'eût pas écrit non plus, semble-t-il, qu'on travailla sous Zacharie et Etienne, son successeur, à l'effet d'obtenir que Zacharie envoyât le pallium à Abel. On ne commettait pas au Latran ces naïvetés.

2. Cette date résulte des /i7 ans d'épiscopat de Tilpin (Flodoard, 11, 17, Script., t. XIII, p. 463) et du fait que Tilpin est mort à la fin de l'année 79/i, 23 ans après la donation faite de Neuilly par Carloman pour sa sépulture, la 4" année de son règne (Hincmar, De villa Noviliaco, t. XV, p. 1168), c'est-à-dire entre le 9 oct. et le 4 déc. 771.

3. Diplom. maj. domus, 18, p. io4. Fulrade était abbé de Saint-Denis le 17 août 749 (21, p. 106).

4. Epist., 93, p. 38o. Boniface ne prononce pas le nom de Fulrade avant ce temps. Le Codex Carol. ne le signale qu'en 755 (G,

5. C'est Fulrade qui avec Burchard, évêque de Wurzbourg, fut envoyé par Pépin à Rome, en 761, pour demander au pape Zacharie si le prince franc devait prendre le titre de roi (Ann. Lauriss., 749, Script., t. I, p. 137).

G. Epist. synodi Carisiac. ad Hludoiv. regcm : « Qui in se reversus sanctum Bonifacium et Fulradum abbatem monastcrii sancti Dyonisii et summum capellanum régis Pippini ad se vocavit... Ipsi autem pergentes ad prœdictum monasterium... sepulchrumque illius (Karoli)

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blemciil en scène les deux personnages. Peut-être aussi, connaissant par les lettres de Boniface Tinlervention de celui-ci auprès de Zacliarie au sujet du pallium d'Abel, a-t-il ajouté le nom de Fui rade, parce que la lettre authentique d'Hadrien à Tilpin, où il insère sa production, fait mention de cet abbé.

C'est sans doute pour les mêmes motifs qu'il parle du pallium d'Âbel. Le fait que cet insigne ait été demandé pour Abel est parfaitement inutile à l'exposé des violences subies par l'Eglise de Reims et dont le privilège d'Hadrien préviendra le retour. Mais le faussaire utilise des renseignements puisés dans la correspondance de Boniface et qu'il interprète d'ailleurs d'une manière inexacte et maladroite ^ ; d'autre part il a lu, au début de la pièce authentique, qu'Hadrien envoya le pallium à Tilpin et se croit tenu de rappeler qu'Abel lui aussi l'a mérité.

La narration qui aurait été faite au pape de ce qui s'est passé sous Abel et Rigobejt est singulièrement vague. Tilpin qui est censé l'instruire eut été beaucoup mieux renseigné. Le rédacteur de la lettre n'en sait guère plus sur le

aperienles » (CapituL, t. Tl, p. 433). Comme le tombeau de Charles-Martel est à Saint-Denis, Ilincmar songe naturellement à Fulrade en même temps qu'à Boniface ; le rôle de celui-ci au concile réformateur d'Estinnes dont il va parler lui est connu. Dans le De ordine palatii (i5, Capital.^ t. II, p. 5a3), Hincmar signale Fulrade comme ministre des affaires ecclésiasli([ucs au palais de Pépin et de Charlemagne.

1. La Icltre de Zacliarie du 22 juin 744 {Boni/. episL, 57, p. 3i3) marque que le pape a déjà envoyé le pallium à Abel. La lettre du 5 novembre (58, p. 3i5) montre qu'à cette date on ne se souciait plus dans l'entourage des ])rinces francs de lui procurer cet insigne. Honiface a écrit qu'on n'en veut plus pour Abel et vraisemblablenienl celui-ci ne l'a jamais revêtu. Le faussaire qui est au courant de ces difTicuItés suppose que Boniface et Fulrade ont continué de travailler sous le pontificat du successeur do Zacliarie à l'elfct d'obtenir pour \bel le pallium. D'autre part, lisaiil diuis une lettre de Zacliarie que le pallium est envoyé, il écrit, sans prendre garde à la contradiction, qu' Vbel l'a reçu de ce pape. '

[3/|l] LA LETTRE INTERPOLEE d'hADRIEN I A TILPIN U)

sujet qu'llincmar et il est parfois même moins précis^. Il emploie des expressions familières à cet archevêque, celleslà même ou peu s'en faut dont se sert Hincmar quand il rapporte ces événements 2. L'éditeur de la u Vita Remigii », M. Krusch, estime qu'Hincmar utilise la lettre d'Hadrien.

I. Le pseudo-Hadrien parle des temps de discorde où Rigobert fut expulsé, où Milon joignit au siège de Reims un autre évêché et d'autres églises. Hincmar parlant des mêmes événements (De Jure meirop., 20, Migne, t. GXXVl, col. 200 ; Préface de la Vita Remigii, Script, rerum merov., t. III, p. 201) précise que cet autre évêché est celui de Trêves, que révêque légitime fut expulsé au temps de Charles-Martel, j)ar suite du conflit de ce prince avec Ragenfride. Dans ces textes apparentés à ceux de la lettre d'Hadrien, Hincmar ne donne pas le nom de Rigobert ; mais on voit ailleurs qu'il connaissait très bien son histoire (cf. lettre à Hincmar de Laon, col. 5 16). Toutefois, il n'a jamais fait mention de la violence subie par Abel. Dans la lettre précédemment citée, il rappelle à son neveu la conduite des évêques expulsés et exilés. Il parle à ce propos de Rigobert, mais ne prononce pas le nom d'Abel, personnage qui n'a fait d'ailleurs que passer sur le siège de Reims et n'a pu laisser dans les traditions rémoises la trace qu'y a marquée Rigobert. Comme Hincmar ne parle expressément dans le De jure metropolitanorum et la Vita Remigii, ni de Rigobert, ni d'Abel, il rapporte la divisio au temps de l'usurpation de Milon, tandis que le pseudo-Hadrien date la divisio du temps qui suivit la fuite d'Abel.

2. « Miloni cuidam, sola tonsura clerico, nihil sapienti de ordine ecclesiastico ».

« Abel ejectus est... et res ecclesia? de illo episcopatu ablataî sunt et per laicos divisa? sunt ».

« Milo quidam, tonsura clericus, moribus, habitu et actu inreligiosus laicus » {De jure meirop., 20 ; Préface de la Vita Remigii).

(( Hugoni... tonsura clerico..., moribus autem et vita a fideli laico discrei3anti » (Ann. Berlin, auclore Hincmaro,8Q^, éd. in usum schol., p. 71).

(( episcopialaicisdonata et divisa rébus » (De jure meirop.)

» cpiscopia laicis donata et per eos divisa rébus... ; — pretiosa queque ablata ..., ;rcclesicC atque domus religiosorum deslructe et res ab episcopio fuere divisîc »

(Vila Remigii).

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\e serait-il pas plus vraisemblable d'admettre qu'une même plume a écrit la préface de la vie de saint Hemiet cette partie de la lettre d'Hadrien ^ ? Le faussaire connaît, comme ïlincmar, la déposition de Rigobeit, l'usurpation de Mi Ion et la division faite des biens d'église. La correspondance de Boniface qu'Hincmar utilise lui aussi-, a fourni au pseudo- Hadrien le nom d'Abcl et le fait que le pallium fut demandé pour cet évêque. Boniface se plaint encore par la suite de Milon ; le compilateur en a peut-être conclu qu'Abel lui aussi n'a pu se maintenir et qu'il a été expulsé, fait qu'Hincmar ne signale pas. 11 se peut au reste que sur ce point le faussaire dispose de données traditionnelles conservées à Reims, dont Hincmar n'avait pas songé à faire usage dans les œuvres qui se sont conservées sous son nom.

Visiblement le pseudo-Hadrien défigure les événements d'un passé lointain et peu connu en les inlerprétant à la lumière de faits récents qui, au temps d'Hincmar, sont dans

I. Si Hincmar ulllisail une lettre qu'il ne cite pas et à la composition de laquelle il serait resté étranger, il en reproduirait plus exactement le texte et les données (cf. notes prccéd.). On s'explique au contraire que, puisant dans son propre fonds, il rapporte les mêmes événements, à peu près dans les mêmes termes, mais librement, précisant ou résumant le même récit. Dans la Vila /?em/V;ii (877-878) et le De jure melrop. (Juin 87G), composés à peu d'années de distance, les textes sont presque parfaitement concordants. Si, comme on le verra plus loin, la fausse lettre a été forgée aux environs de8ri2 et a été peu utilisée par la suite, on comprend qu'à 20 ans de dislance, Hincmar ait exploité .plus librement le môme fonds. Il s'exprime presque en les mêmes termes au sujet d'Hugues l'abbé et de Milon (n. i)réc.^ ; dans le premier cas, les Annales de Saint-Berlin ne dépendent évidemment pas de la lettre d'Hadrien ; mais dans tous ces textes, le même écrivain, semble t-il, a employé des expressions qui lui sont familières.

■>.. Hincmar est sans doute tributaire de ces leltres pour les renseignements (pi'il possède sur l'élat des églises des (iaules au temps de saint Boniface. D'ailleurs dans le traité des droits des métropolitains il donne des extraits de deux lettres de/acharie conservées dans ce recueil (Migne,

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