‹ Les origines du droit de régaleChapitre 42 sur 87 · Epist. ad Rotbertum, col · texte numérisé non relu

Epist. ad Rotbertum, col

4 E. LESNE [21 S]

mission à l'église mère ^ Le roi et les évêques sont invités à rendre à Robert le monastère de Saint-Calais qui sera soumis à son gouvernement^.

A la vérité le pape prévoit une instance judiciaire, mais seulement si les moines s'obstinent dans leur rébellion 3. En ce cas, Robert choisira des juges parmi les évêques. Si quelque obstacle s'oppose à cette procédure, la voie de l'appel à Rome est ouverte aux parties. Mais aux yeux du pape, les droits de l'église du Mans sont incontestables*.

Ces lettres sont authentiquées par l'emploi qu'on en fit le 29 octobre 863 au concile de Verberie, lequel se prononça d'ailleurs contre les prétentions de Téglise du Mans. La notice du jugement rapporte que le roi fut présent à l'assemblée des évêques parce qu'il y avait été invité par le pape Nicolas afin d'examiner le différend entre Robert, évêque du Mans, et Ingelgarius, abbé de Saint-Calais ^. Il fut donné lecture de la lettre adressée par l'apostolique au seigneur roi, avix termes de laquelle le monastère qui avait

1. Epist. ad monachos : a ad principalom vestram ecclesiam recurrite, ejusque episcopo obsecundantes » (col. 376); ad Rotbertum : « eosdem monachos dignum duximus corripere, admonere ut... vobis obedire non différant et vestrae ecclesiam colla submittant » (col. 345-6).

2. Epist. ad Rotbertum : a regem vestrum... ejusque regni episcopos... admonemus ut... ipsum monasterium redderent ; statuimus ut vestri sub cura regiminis subderetur » (col. 345); cf. epist. ad Caroluin (col. 344), ad episcopos (col. 377).

3. Epist. ad monachos : « Quod si ista vestrarum arcana mentium non penetraverint, tune, causam edicere procurate » (col. 376)

4. C'est bien ainsi que les évêques assemblés à Verberie interprètent la pensée du pape : « Recitata aulem epistola ab eodem apostolico domno régi directa, narrabat cœnobium sancti Charilefi potestati episcopatus predicti Rotberti injuste subtractum et ut ei restitueretur exposcebat » (L. Froger, Cart. de Saint-Calais, 21, p. 36 . Dans les Ann. Bertiniani, Hincmar explique qu'à Verberie, Robert revendiquait pour son siège Vabbaiia de Saint-Calais « par apostolicie sedis coiumendationem » (863, éd. in usum schol., p. 66V

5. « Pro qua (controversia) maxime per ammonitionem reverendi papae Nicolai domnus rex adeumdemconventum venerat » (Cart. de Saint-Calais, 21, p. 36).

été soustrait au pouvoir de Tévèché du dit Robert, devait lui être restitué. Le métropolitain, Hérard, archevêque de Tours, lut la lettre que Nicolas lui avait adressée à ce sujet. On reconnut en outre que le pape avait envoyé trois autres lettres aux évèques du royaume, aux moines de Saint- Calais et à Robert du Mans. Celui-ci, obéissant à Tordre donné par l'apostolique ^, désigna trois évêques de sa province au jugement desquels il s'en remit. Les lettres que nous possédons sont donc bien celles qui furent produites à Verberie, à l'exception de la lettre reçue par Hérard, qui ne s'est pas conservée.

Si le dossier s'est appauvri d'une pièce, nous possédons en revanche une sixième lettre de Nicolas relative à la même aftaire et adressée à Hincmar. Suivant rapport fait au pape, la prétention émise par Robert de soumettre le monastère de Saint-Calais à son église a profondément indigné l'archevêque de Reims. Celui-ci a excité l'esprit du roi contre son collègue ; acharné à lui causer du détriment, il s'efforce de lui tendre des embûches sous un autre prétexte encore dans le synode qu' Hincmar, dit-on, va prochainement réunir et où Robert doit présenter sa réclamation 2.

Les données de cette lettre ne sont pas en concordance exacte avec celles des pièces précédentes. Le nom de l'influent archevêque n'y était pas prononcé, aucune allusion n'y était faite aux rancunes et aux intrigues d'un collègue. Loin de rapporter à Hincmar la convocation du synode

1. « Tum juxta ejusdem apostolici mandationem,... Rotbertus ex propria diecesi très elegit judices » (loc. cit.).

2. Epist. ad Hincmarum : « Relalu quorumdam audivimus quod tuafraternitas contra Rotbertum... pro eo quod inonasterium sancti Kariiefi ad jus ecclesiae sibi comniissae vindicare velit non parum sit indignata : ita utanimum. . Caroli... régis adversus eum commoverit et in synodo, quae mododicilur a sanctitate tua colligi, fertur quod nescio quas insidias, quasi ex alia ratione, illi nitamini praîparare, hcdere eum magnopere gestientes » Mansi, t. XV, coi. 377).

6 E. LESNE [280]

qui jugera l'affaire, Nicolas invitait les moines de Saint- Calais à se présenter devant les très saints évéques qui auront été convoqués par Robert du Mans ^ Le synode saisi de cette cause devait être composé de trois évoques voisins choisis à son gré par Robert et des autres évéques de la province de Tours, synode presque exclusivement provincial ^j où Hincmar n'avait rien à voir.

Sur le bien fondé des prétentions de l'église du Mans la lettre adressée à Hincmar n'est nullement affirmative. Si Robert réclame à bon droit, justice doit lui être rendue. S'il revendique ce qui ne lui est pas dû, qu'il soit débouté de sa réclamation, mais ne supporte de ce fait aucun dommage^. Ce n'est plus le ton ni le point de vue des autres pièces de la correspondance de Nicolas.

De cette lettre il n'est fait aucune mention dans les documents contemporains. Le concile de Verberie qui a fait le compte exact des lettres envoyées par le pape au sujet de cette affaire *, ne connaît pas celle qu'aurait reçue Hincmar. On supposera peut-être qu'Hincmar s'est gardé de donner connaissance aux évéques de l'admonestation qu'il avait

1. Epist. ad monachos : « in conspectu sanctissimorum episcoporum qui a Rotberto Cenomannico prœsule convocati fuerint » (col. 376).

2. Epist. ad Karolum: a Robertus de vicinis episcopis sibi quos voiuerit judices eligat et nostra auctorilate simul convocatis et ceteris episcopis qui in diœcesibus sancta> Turonensis ecclesi* videntur existere » (col. 344). La notice du jugement rendu à Verberie rapporte que Robert a choisi « juxta apostolici inandationem » trois juges « ex propria diecesi » (Froger, p. 36). L'assemblée générale des évéques à Verberie n'ayant pas eu exactement le caractère du synode prévu par Nicolas, on note soigneusement dans une pièce destinée au pape tout ce qui peut paraître avoir été fait d'accord avec ses instructions.

3. « Si Rotbertus episcopus petit quod petere débet, impetret : si vero quod non débet postulat, nunquam obtineat : verumtamen ob id nihil sustineat omnimodis la^sionis » (col. 377).

4. A Verberie, on a lu d'abord les lettres au roi et à Hérard. Celle-ci, paralt-il, prouvait que d'autres lettres avaient été envoyées par Nicolas. Le synode eut ainsi connaissance des trois autres documents que Robert, dit la notice, avait cachés (Froger, p. 36).

reçue*. Mais si le pape la lui avait adressée, Robert en serait averti. Dans la lettre qu'il expédie à Robert, Nicolas lui fait part qu'il a écrit au roi, aux évéques du royaume, à l'archevêque Hérard, aux moines enfin, et ne dit mot de la lettre par laquelle il aurait pris la défense de l'évêque du Mans auprès d'Hincmar et blâmé l'attitude agressive prise contre lui par l'archevêque de Reims.

Il faut au moins conclure que la lettre de Nicolas P'" à Hincmar n'a pas été expédiée par le même courrier que les autres. A la date du 29 octobre, le destinataire ne l'avait certainement pas reçue. Si elle est authentique, elle a été écrite à une heure où le pape n'est plus aussi certain du droit de l'église du Mans, où il sait qu'une grande réunion épiscopale se réunit sous l'inspiration d'Hincmar. De même que le diacre Liudo apporta en France le 30 novembre ^ de nouvelles lettres de Nicolas relatives à l'affaire de Rothade dont on s'était occupé aussi à Verberie, la lettre à Hincmar au sujet de Robert est peut-être arrivée après coup.

Mais cette hypothèse même est invraisemblable. Nous possédons une réponse adressée par Hincmar à Nicolas P% écrite alors que le mois de décembre était écoulé déjà 3, lettre qu'emportèrent au printemps de 864 ^ les messagers chargés de rendre compte au pape de ce qui s'était passé à Verberie. Si à cette date, Hincmar n'a pas en mains la lettre de Nicolas, il faut bien croire qu'il ne la reçut jamais. Dans cette longue missive, l'archevêque aborde toutes les questions qui sont entre le pape et lui cause de mésintelligence, la vacance du siège de Cambrai, le mariage de Bau-

1. Nicolas ("l'accuse d'avoir caché pendant quatre mois les lettres qu'il lui avait écrites au sujet de Rothade, et qu'Hincmar avait reçues le 23 juin 863 (Mansi, col. 692). Mais c'est précisément au concile de Verberie (29 octobre) qu'Hincmar s'est décidé à les divulguer (cf. Schroers, Hinkmar, p. 252, n. o9).

Page 1