‹ Les origines du droit de régaleChapitre 43 sur 87 · Ann. Bertiniani, 864, p. 71 ; cf. Schroers, p · texte numérisé non relu

Ann. Bertiniani, 864, p. 71 ; cf. Schroers, p

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douin, l'affaire de Gotescalc, celle de Rothade ; il garde le silence sur le conflit qui divise Robert du Mans et les moines de Saint-Calais^ comme si le pape ne l'en avait jamais entretenu. Il rappelle les lettres qu'Eudes, puis Liudo lui ont remises de la part du pape, à leur retour de Rome, et se défend contre les allégations qu'elles renferment; s'il avait reçu la lettre qui l'accuse de desservir insidieusement Robert, il se disculperait certainement d'une telle imputation.

La lettre de Nicolas, véritable réquisitoire contre Hincmar, nous parait être un faux. Plusieurs lettres attribuées au pape Léon IV et qui chargent Hincmar de délits imaginaires, ont été mises en circulation par des adversaires de l'archevêque ^ Celle de Nicolas a vraisemblablement la même origine.

Le continuateur des Actus des évêques du Mans parait avoir eu à sa disposition le dossier tel que nous le possédons, y compris la lettre à Ilincmar, celle que reçut Hérard étant déjà perdue. L'historiographe mentionne expressément les trois lettres adressées par Nicolas P*" au roi, aux évêques, aux moines de Saint-Calais^. Un passage de la lettre qu'aurait reçue Hincmar est reproduit à peu près textuellement 3 par l'auteur des Gesta Hoberti qui, par con-

1. Cf. E. Lesne, Hincmar et Vempereur Lothaire, extrait de la Revue des Quest. hist., 1905, p. 55-6.

2. Actus pontificum Cenom.^ XXIV, Gcsla Hoberti, éd. Busson, Ledru, p. 337.

3. « Monarchi sancti Karilephi, a Audivimus (|uod tua fratornitas ab jure Cenomannica' matris eccle- contra Hobertuin... pro eo quod siîB se subtrahere cupientes, indi- nionasterium san<*.ti Karilephi ad gnationem régis Karoii et episcopo- jus ecciesiae sibi commissap vindirum regni ejus adversus euin care velit, non parum sil iodignata, (Robcrtuni) veiiementer commove- ita ut aniniuni... Caroli... régis runt » (Gesta Hoberti, p. 337). adversus eum comuioverit » {h}tisi

Nicolai ad Ilincmarum, Mansi.

t. XV, col. 377).

Le continuateur des Actus attribue aux moines le fait que la lettre de

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séquent, l'avait sous les yeux bien qu'il ne la signale pas. Robert, ajoute-t-il, avait réuni les lettres de Nicolas V et d'autres hommes apostoliques qui lui avaient été envoyées pour sa consolation et pour la défense de son église. 11 est bien probable que la collection renfermait la lettre à Robert ^ Ce recueil, Robert aurait ordonné de le garder dans Varmarium de l'église-mère. C'est là évidemment que son historien a pris connaissance des lettres de Nicolas. Au xr siècle, époque où semble-t-il fut rédigée cette partie des Actus 2, toutes les lettres que nous possédons sur cette affaire y étaient conservées; la seule que nous n'ayons plus ne figurait pas dans la collection. C'est donc vraisemblablement à ces archives que remonte la tradition manuscrite, bien que les recueils factices qui nous ont conservé ces pièces ne permettent pas d'en suivre la filiation^.

Nicolas rapporte à Hincmar, mais il se sert des mêmes expressions et aucun autre document que celui-là n'a pu, semble-t-il, lui apprendre que l'indignation du roi Charles a été excitée à ce propos contre Robert.

1. « Epistolas praefati papse et aliorum apostolicorum virorum quee sibi pro consolatione et tuitione ecclesiée sua; directee fuerant, in quodam libro coliegit oasque. . in armario matris ecclesiae statuit reservari, in quo videlicet libro multa de actibus ejus invenientur inserta » (p. 338). La lettre adressée à Robert par Nicolas, que nous possédons, répond bien à l'objet indiqué « pro consolatione et tuitione ecclesiae ». Vraisemblablement, on a gardé au Mans copie des lettres produites à Verberie et que mentionnait la lettre reçue par Robert. Peut-être même celui ci avait-il été chargé de faire parvenir aux destinataires les lettres envoyées aux moines de Saint-Calais et aux évêques du royaume, puisqu'on lui reprocha à Verberie d'avoir caché ces documents en même temps que la lettre à lui adressée. La lettre à Hincmar n'est pas authentiquée par son insertion dans ce recueil, à supposer même qu'il ait été formé par Robert, comme le présume, probablement sans preuves, l'hisloriographe du XI* siècle. Ce faux, comme les fausses lettres de Léon IV, a été évidemment fabriqué par un contemporain, et s'il n'est pas l'œuvre des clercs manceaux experts, on le sait, en telle besogne, il a clé recueilli avec empressement par eux.

2. Cf. R. Latouche, Essai de critique sur la continuation des Actus pont. Cenom., dans le Moyen Age, 1907, p. 226.

3. Le cartulaire de Saint-Calais, publié par l'abbé Froger. contient trois lettres (aux moines, aux évêques, à Hincmar, 22 4, p. 40-4) ; mais c'est un

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Privilège de Nicolas en faveur ries moines de Saint-Calais.

Nous possédons aussi un privilège de Nicolas P'' en faveur des moines de Saint-Calais dont les données sont en opposition complète avec celles des lettres du même pontife. A la demande de Charles le Chauve, Nicolas confirme les libertés concédées aux moines de Saint-Calais par les rois et les évèques, dénie à Robert du Mans le droit de propriété auquel prétend son église, règle l'exercice de sa juridiction purement spirituelle sur le monastère, autorise les religieux ta gérer seuls leurs affaires, à élire librement leur abbé et à recourir, s'il en est besoin, pour la sauvegarde de leurs privilèges, à la juridiction du pape*.

recueil formé en 1709. Le compilateur avertit lui-même (p. xix) qu'il reproduit ces lettres d'après les Annales de Baronius (ad ann. 863 in finem). Baronius connaissait d'ailleurs les deux autres lettres qu'il n'a pas insérées (ibid). Il les avait trouvées toutes dans le manuscrit de Lefebvre (Colbertinus, 2576, cf dom Coustant, Lettres de JSicolas /", dans les Ânaiecta juris ponlificii, t. X, col. 53, actuellement Biblioth. nat., latin 1458) D'autres recueils (latin 1557 et 3849 A) renferment seulement les deux lettres adressées au roi et à Robert du Mans.

1. Mansi, t. XV, col. 346-9. La pièce insérée dans le recueil factice formé à Saint-Calais en 1709, avait été empruntée par le compilateur (cf. Fro- GER, p. xix) au t. 111 des Décrétales (Home, 1591, in-f"). Dom Briant qui explora à la fin du xvii' siècle les archives de Saint-Calais, déclare qu'il n'y a pas trouvé cette bulle (Froger, p. xvii). Elle a pu disparaître dans l'incendie qui consuma le monastère au xv*" siècle (p. \v). La pièce est conservée en tète du recueil des lettres de iNicolas 1" que renferme le ms. latin de la Bibl. nat. 1557 et aussi en tête du recueil inséré dans le ms. 3849 A, lequel parait appartenir à la même famille que le précédent, (cf. dom CousTANT, Anal, juris pontificii, t. X, col. 55-7). .\ucun autre manuscrit parisien ne renfermant cette bulle, la tradition manuscrite est peu riche. L'éditeur des lettres de Nicolas I", au t. VI des Epistolœ, fournira sans doute sur ce point des éclaircissements.

Le revirement qui se serait produit dans l'esprit de Nicolas P*" est déconcertant. On est habitué à le trouver plus fermement attaché à son premier sentiment. Au sujet de Rothade, évoque de Soissons, des clercs rémois ordonnés par Ebbon, Nicolas P"" a fait prévaloir son jugement personnel sur les décisions arrêtées par Hincmar et l'épiscopat des Gaules, en dépit de tous les faux-fuyants de l'autoritaire archevêque, à rencontre même dans la première affaire des intentions du roi. Au contraire, dans le conflit qui s'est élevé entre l'église du Mans et le monastère de Saint-Calais il aurait admis successivement deux prétentions contraires, donné droit à tour de rôle aux deux parties et se serait infligé à lui-même un démenti.

Si on refuse de croire à une telle volte-face de la part de Nicolas P% c'est évidemment le privilège des moines de Saint-Calais qu'on devra suspecter, car les lettres écrites par le pape en faveur de l'église du Mans qui furent produites à Verberie, sont certainement authentiques.

A supposer que Nicolas P"* ait changé de sentiment, à quelle date et dans quel sens le revirement s'est-il produit ? Pour la chronologie de cet ensemble de pièces, on dispose d'un point fixe, la date du 29 octobre 863 où se tint le concile de Verberie. 11 en résulte que les lettres favorables à l'église du Mans ont été écrites au plus tard au mois de septembre de la même année K Le privilège aurait donc été délivré aux moines de Saint-Calais ou bien avant le mois de septembre ou bien après la date où fut célébré le concile.

De la part d'un pontife moins entier, on admettrait volonlontiers que la procédure suivie à Verberie l'ait amené à se

1. Les Regesta pontificum de Jafïé VVattenbach les datent d'environ septembre (2742 et suiv.). Dom Constant (Anal, juris pontif., t. X, col. 61) estime que peut-être ces cinq lettres ont été confiées avec beaucoup d'autres datées du 28 avril, à Eudes, évêque de Beauvais, qui était de retour en France le 23 juin.

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déjuger. Satisfait du parti qu'ont pris les évéques d'envoyer Rothade à Rome, comme il l'ordonnait, Nicolas n'a-t-il pu passercondamnation pour Robert du Mans. A Verberie, on a suivi docilement sur cette autre affaire la lettre des instructions pontificales. En septembre, le pape ordonnait, si les moines s'obstinaient à résister à leur évêque, de convoquer un synode et de lui soumettre la cause qui ne devait être portée à Rome que si quelque incident nécessitait l'appel. Elle a été jugée à Verberie « juxta mandationem apostolici » ; des juges élus par Robert ont prononcé. S'ils n'ont pas décidé suivant les prévisions du pontife, la procédure a été régulière, on a interrogé les parties, entendu les témoins, examiné les titres produits ; l'avoué de l'évèque s'est reconnu vaincu et s'est désisté K

Les évéques ont pris soin, à l'issue du concile, de rassembler les pièces du procès pour les soumettre au pape. La notice du jugement qui nous a été conservée garde en tète l'adresse qui en fut faite au pape par les évéques 2. L'intention où l'on était de lui faire parvenir cette notice perce d'ailleurs dans la rédaction même du document ^, Le dossier préparé par les soins du concile contenait en outre tous les titres produits par les moines de Saint-Calais pour leur défense. Nous avons encore ce dossier sous la forme même qui lui fut donnée à cette fin, avec l'adresse au pontife*.

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