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déjà, en tout ou en partie, à la double charge, qui relativement à ces deux contributions se trouvait dans une condition privilégiée, n'avait pas besoin d'être porté sur ce rôle et n'y pouvait figurer, puisqu'il ne remplissait pas les conditions prévues par le requérant. Murbach, Prûm, Corvey possédaient des privilèges particuliers qui détournaient d'eux la sollicitude présente de Benoît d'Aniane ^. De la liste qu'il a fait dresser, il faut exclure, semble-t-il, les monastères sis au sud de la Loire et certainement ceux qui n'appartiennent pas au roi, ceux qui sont habités par des canonici, ceux dont les moines n'ont pas obtenu promesse d'une libre élection. Il est permis de conjecturer que les quelques monastères qui, échappant à la question préalable ainsi posée, sont absents pourtant du rôle, doivent être rangés parmi les établissements qui n'acquittaient déjà habituellement qu'une charge médiocre et dont Benoît n'a pas eu à entretenir l'empereur. Ceux-là étaient inscrits dans la première liste, qui garantit les libertés électorales; ils ne l'étaient pas dans la seconde, où sont fixées les charges des contribuables qui n'ont joui jusqu'alors d'aucun privilège^.

1. Pour Murbach, cf. plus haut (p. 460, note 2). Les moines de Prûm ont obtenu de Charlemagne, pour les hommes qui habitent sur leurs terres, « ut nullum heribannum vel bannum solvere non debeant » (dipl., novembre 775, Diplom. Karol., t. i, cviii, p. 153). Dispensés de l'hériban, comment les hommes du monastère auraient-ils pu être contraints à partir pour l'ost contre leur gré ? Ce privilège diminue singulièrement la charge de la militia. Des monastères aquitains, Noirmoutier, Sainte-Croix de Poitiers, jouissent aussi, on l'a vu (p. 460, n. 3 et p.472,n. 2), d'une condition privilégiée. Soit du vivant de Louis le Pieux, soit après lui, d'autres monastères ont obtenu des privilèges grâce auxquels ils cessent d'être « munera militiamque exercentes ». Voir plus haut (p. 460, n. 2 et suiv.) les monastères dispensés de la milice. D'autre part, Saint-Gall est dispensé des dons en 833 (cf. note suiv.); les moines de Saint- Lomcr en sont exemptés aussi, eu égard à leur pauvreté [parvitas rerum), par un diplôme de Charles le Chauve du 8 mars 842 [Histor. de France, t. viii, p. 433).

2. Tel Saint-Germain d'Auxerre. Le 29 juillet 835, Louis le Pieux renouvelle en faveur de l'abbé Christianus le privilège de libre élection, qu'il a précédemment déjà accordé à l'abbé Dcusdcdit (Quantin, Cartulalre, xxiii, 1. 1, p. 46). Ce monastère a dû par conséquent figurer sur la première liste des communautés autorisées à élire leur abbé. Vraisemblablement il était traditionnellement peu chargé au point de vue du ser^itium royal. M. Pûckert,qui dénonce cette lacune (p. 54, note 19), signale aussi Saint-Gall. Ce monastère, à qui Louis le Pieux a reconnu, le 3 juin 818 [Regesla, n° 663), la qualité de monastère royal et qui précédemment relevait de l'évêché de Constance (voir plus

Si on examine les noms des monastères de la France occidentale, des pays rhénans et de la Bavière qu'enregistre la Notice, et leur distribution entre les trois classes, il apparaîtra que leur présence et leur répartition ne choquent pas les vraisemblances et s'accordent avec les renseignements que nous possédons.

Les quarante-huit monastères de ces régions inscrits dans le manuscrit de Sirmond sont bien des monastères d'empire. Tous ceux au sujet desquels nous avons des informations sont habités par des réguliers, gouvernés vers cette date de 819 par des abbés de même profession, quelques-uns mêmes pourvus d'un privilège électoral particulier ^, susceptibles par conséquent d'être portés

haut, p. 475, note 2), n'acquittait, au temps où il appartenait à cet évêché, aucun ser^^itium direct. Le 19 octobre 833, Louis le Germanique décide que les moines de Saint-Gall ne seront tenus à aucun don aux rois, à moins que les abbés ne les offrent volontairement (Wartmann, Urkundenh. S. Gallen, 344, t. 1, p. 318). Vraisemblablement le monastère n'a jamais payé au roi de contributions onéreuses, si même il a été jamais astreint à des dons. On ■conçoit dès lors assez bien que Benoît n'ait point fait mention de Saint-Gall. Saint-Calais, que le fisc royal dispute à l'évêché du Mans et qui obtient aussi en ce temps un privilège de liberté électorale limitée d'ailleurs à un cas particulier (plus haut, p. 475, note 2), est sans doute dans les mêmes conditions que Saint-Gall ; le roi n'est pas habitué à en rien retirer directement. Il en est de même des monastères tout nouvellement créés, qui ne peuvent être déjà grevés de coutumes ruineuses. Sirmond inscrit dans la troisième catégorie Luda. On a cru parfois qu'il s'agissait d'Inden {CapituL, t. i, p. 351); mais s'il est vraisemblable qu'Inden ait été inscrit sur la liste des monastères qui jouissent d'un privilège électoral, il est douteux qu'il ait été porté sur la seconde liste. Le monastère, création toute récente et très affectionnée de l'empereur, ne devait pas figurer parmi les monastères « munera militiamque exercentes », sur lesquels Benoît attire l'attention impériale et pour qui il sollicite un indispensable dégrèvement. Il s'agit de Lure (Ludra) au diocèse de Besançon, comme le marquent les corrections de Du Chesne, Mabillon et le manuscrit de Ménard.

1. Nous possédons des diplômes de Louis le Pieux accordant la liberté de l'élection aux monastères de Fleury [Regesta, n° 666), Donzère (n<^ 525), Cruas (nO 654), Corbie (n» 820), Hersfeld (n» 721), Saint-Mihiel (n» 837), Munster (n» 833), Saint-Maur-des-Fossés (n^s 617 et 787). — Charlemagne avait conféré ce privilège à Fulda [Regesta, n^ 173), Hersfeld (n^ 176), Lorsch (nO 151). Stavelot possédait un privilège de Childéric III (Pertz, Diplom., 97, p. 88). Celui que Carloman a octroyé au monastère de Novalèse [Regesta, n^ 127) est, semble-t-il, encore en vigueur. A cette date de 819, l'abbé est probablement Hugues, nourri dans la profession monastique [Chron. Noi^alic, III, 15, Script., t. VII, p. 102), que le chroniqueur confond à tort avec le frère de Louis le Pieux et de Drogon, Hugues (cf. Pfister, L'arch. Drogon, dans Mélanges P. Fahre, p. 101, note 4), abbé séculier de Saint-Quentin. Le 14 février 825 [Regesta, n» 1022), une donation était faite par Lothaire à Eldradus,

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sur la première liste de la scedula et partant aussi sur la seconde.

Parmi les monastères que l'empereur juge capables de porter toute la charge, le plus grand nombre (dix sur quatorze noms fournis par la liste de Sirmond) appartiennent à la Francia occidentalis ^ ; ce sont d'anciens établissements assez riches ^ pour secourir l'Etat de leurs hommes et de leur argent. Précisément de trois de ces monastères, Corbie, Ferrières, Fleury, nous savons qu'à une date un peu postérieure ils étaient astreints, avec une rigueur qui soulevait maintes plaintes, aux annua dona et à la militia^. Dans la seconde classe figurent seulement

successeur d'Hugues à Novalèse. Le 12 février 845, Charles le Chauve accordait élection régulière à la communauté de religieuses de Notre-Dame de Soissons « secundum morem antecessorum regum » {Histor. de France, t. viii, p. 475). Les moines de Ferrières possédaient sans doute privilège semblable, car Loup, parlant de son avènement, qu'il doit à la faveur de Charles le Chauve, s'exprime de manière à faire croire qu'il a été régulièrement élu (xL, Epist., t. vi^ p. 48).

1. Si on admet l'authenticité des noms supplémentaires fournis par le manuscrit de Ménard, il faut ajouter Saint-Jean de Réômc et peut-être, à défaut d'un monastère italien, Priim et Moyenmoutier (cf. plus haut, p. 454,. notel), qui appartiennent aussi aux régions sises en deçà du Rhin.

2. En 819, Saint-Claude, qui appartient à cette catégorie, possède 857 tenures de colon [Catal. ahh., Script., t. xiii, p. 744). Nous ne savons si c'est là toute la fortune foncière de l'abbaye ; les mansi indominicati ne sont évidemment pas comptés, ni peut-être les manses serviles et l'avoir des cellée appartenant à l'abbaye. En tout cas, Saint-Claude n'est certainement pas au rang de ces minores loci dont parle V Institutio canonicorum de 816 et qui ne possèdent que deux à trois cents manses (122, Conc. œ^i Karoh, t. i, p. 401). Il faut le compter au moins parmi les médiocres loci possédant un millier de manses. Corbie, à en juger par l'énumération d'ailleurs incomplète de villse contenue dans les statuts d'Adalhard de 822 (éd. Levillain, dans le Moyen âge, 1900, p. 372-374), était évidemment un assez gros propriétaire foncier. D'ailleurs, les plus riches établissements, qu'ils abritent moines ou chanoines, ont des abbés séculiers, bénéficiers du roi.

3. Dans les années qui suivent la mort de Louis le Pieux, Eudes et Loup, abbés de Ferrières, parlent des annua dona acquittés [Lupi epist., xxxii, Epist., t. VI, p. 40 ; xliii, p. 51) et de la militia (xxi, p. 29 ; xxiv, p 31 ; xxv, p. 32 ; xxviii, p. 33 ; xxxii, p. 40-41 ; lxxviii, p. 71 ; lxxxiii, p. 74-75 ; xc, p. 80 ; xci, p. 81 ; cxiii, p. 97 ; cxiv, p. 98) qui, à les entendre, est une cause de ruine pour leur monastère appauvri par la perte do Saint-Josse. Pourvue sous Louis le Pieux de cette cella, grâce à l'intervention de Judith (lxxi, p. 68), que l'empereur épouse sitôt après le plaid de 819 {Ann. Einh., Script., t. I, p. 205), la communauté avait été mise en état d'acquitter la charge maintenue par la scedula. Le monastère de Corbie devait certainement à la même époque le service militaire, car Loup écrit à ce propos à l'abbé de Corbio. Eudes [Epist., cxi, p. 95-96). Loup l'invite à se décharger du service sur dos

quatre monastères cisrhénans et, semble-t-il, de médiocre fortune ; douze autres sont sis au delà du Rhin, en Alémanie, en Bavière. L'un d'eux, Kempten, sera plus tard aiîranchi des dons comme de la milice, en raison de sa pauvreté et du nombre des moines. Hasenried obtiendra aussi, eu égard à l'indigence des religieux, un nouvel allégement ^

Parmi les dix-huit monastères de la troisième classe, deux sont au delà du Rhin, cinq en Bavière. Parmi les onze autres, deux seulement appartiennent aux régions de l'Ouest ; or l'un d'eux, Moutiers, est certainement alors un monastère royal de médiocre importance^ et l'autre, Saint-Maur-des-Fossés, vient d'être relevé de ses ruines ^. Cinq sont des monastères des pays rhénans de la rive gauche. Donzère est, comme les monastères d'outre-Rhin, de création récente ; il a été fondé sous Charlemagne *.

La présence de monastères de femmes, Notre-Dame de Soissons, Baume-les-Dames ne prouve pas contre l'authenticité de la liste des monastères étrangers à l'Aquitaine ^. Il s'agit en effet de monastères où n'est pas en vigueur V Institution édictée en 816 pour les sanc-

hommes qui appartiennent à la profession guerrière. Les statuts d'Adalhard montrent que Corbie a des « vassi vel casati homines nostri » (dans le Moyen âge, 1900^ p. 385)^ qui ont évidemment pour fonction de remplir ces obligations militaires. Le diplôme, à la vérité suspect, de Charles le Chauve pour Saint-Benoît de Fleury, rappelle que les abbés doivent au roi le seruitium en y ajoutant les annua dona des vassaux [Chartes de S. Benoit, éd. Prou Vidier, 22, p. 51).

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