Cf. plus haut, p. 456, note
3. Ce point est bien établi par M. Pûckert, loc. cit., p. 66, 67.
4. Cf. Pûckert, op. cit., p. 68, et Aniane und Gellone, p. 104 et suiv. Cet érudit estime que la Noiitia a été composée tardivement à Aniane, l'établissement où il est le plus vraisemblable que soit parvenue la pièce de Louis le Pieux [Die sogen. Notitia, p. 70) à laquelle, au sentiment de M. Pûckert. h» rédacteur de la Notice aurait fait quelque emprunt.
5. M. Pûckert fait valoir (op. cit., p. 65) que les appellations de ^'ill^ niaiiiia au lieu de Cogna, Castrum Malasti au lieu de Malaste, Sanctx Mariai Caprariensis au lieu de Sancli Pétri, trahissent le xi® siècle. Un copiste a pu rajeunir les noms d'établissements qu'il connaissait. Aucun changement analogue n'est signalé au sujet des noms des établissements du nord et de l'est.
niements postérieurs et en vertu d'une glose d'un historiographe postérieur, que les monastères affranchis des dons et de la milice sont dits n'être tenus qu'aux seules prières, précision intéressée peut-être d'un moine du XI® siècle et qui convient assez mal à l'époque de Louis le Pieux ^?
On admet qu'une chronique languedocienne perdue a servi de source aux chroniques trouvées à Moissac et à Ripoll. Il nous semble que la Notitia de sen^itio monas' teriorum a dû figurer dans une chronique indépendante de celles de Moissac et de Ripoll, mais qui était issue comme celles-ci de la chronique méridionale perdue. Un annaliste qui en fait usage et qui écrit au plus tard vers le milieu du ix® siècle, sans doute en Septimanie, à Aniane ou ailleurs, a utilisé pour la note de 817 des renseignements qu'il tirait de la scedula. De même que le chroniqueur de Ripoll fait des emprunts à des sources diverses contemporaines, celui-ci reproduit, d'après le document officiel qu'il a sous les yeux, les trois listes de monastères, en complétant la dernière à son gré. Cette œuvre historique ou un simple extrait, la note relative à l'année 817 qui renfermait les emprunts faits à la scedula^ est arrivée à Saint - Gilles sous forme d'un manuscrit provenant d'Aniane et qui datait du xi® siècle.
Sirmond a trouvé la copie exécutée à Saint-Gilles de la Notice isolée déjà de l'ensemble ou bien un manuscrit qui conservait toute la chronique. Cet ouvrage vieilli parut sans doute, au xiii® siècle, renfermer des longueurs et des termes peu intelligibles. Un scribe du même monastère, exécutant le manuscrit que Ménard a eu sous les yeux, abrégea la chronique et remania une dernière fois la Notice. Comme il avait déjà des notes pour 816 et 817,
1. Cf. plus haut^ p. 463. Au x^ siècle, les monastères sollicitaient volontiers des chartes les affranchissant de tout ser<^itium. En 924, le roi Raoul stipule que Saint-Martin d'Autun sera libre de tout serçitium sauf le divin (Bulliot, Essai sur Saint-Martin, pièces justif., x, t. ii, p. 26), ce qui est bien d'accord avec la donnée de la Notitia dispensant des monastères de toute charge sauf de la prière. Vers 937, il est stipulé que le monastère de Sarlat ne devra rien au roi « nisi solas orationes » [GalL, christ., t. ii, Inst., col. 495). En 970, le comte de Carcassonne dispense Saint-Hilaire de tout serçitium [Hist. de Languedoc, t. v, 119, col. 264.
488 REVUE d'histoire de l'église de FRANCE
il la reporta en 818, ajouta quelques noms à la première liste, fit concorder le total indiqué au titre avec le nombre des monastères inscrits. Ou bien, s'il disposait simplement de la Notice isolée de 817, il la fit entrer, en en changeant la date, dans la chronique qu'il composait en utilisant pour le reste et en l'abrégeant soit la chronique de Moissac, soit les annales dont elle est issue.
La ?sotitia de serçitio monasterioruin nous conserve donc un fragment de la scedula promulguée par Louis le Pieux au plaid de 819. Le préambule et la finale de la Notice sont une adaptation faite au gré d'un chroniqueur aquitain, mais ces deux morceaux conservent plusieurs données et souvent les termes mêmes du document authentique. La liste des monastères, répartis en trois classes suivant leurs charges, de l'édition de Sirmond, réserve faite des trente-six monastères de la réorion du sud de la Loire, ajoutés, semble-t-il, par le rédacteur de la Notice, a été reproduite par celui-ci telle que la scedula la lui fournissait.
Les données de la Notice, celles de la biographie d'Ardon et du Capitulaire ecclésiastique de 819, qui se complètent et s'accordent, suffisent à restituer l'ordonnance et le contenu essentiel de la cédule perdue. Nous sommes ainsi renseignés sur le dernier épisode de la campagne de réforme entreprise par Benoît d'Aniane de concert avec Louis le Pieux, et sur l'ordonnance impériale qui déterminait les relations des monastères assujettis à la règle avec le pouvoir séculier. Dans la pensée de l'empereur et du moine réformateur, ces dispositions libérales, qui n'ont cessé d'être violées par la suite, devaient garantir la durée du nouveau statut donné à l'institut bénédictin.
Emile Lesne,
Recteur des Facultés catholiques de Lille.