‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 1 sur 69 · LIBRAIRIE PLON · texte numérisé non relu

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Les trois essais historiques et biographiques dont se compose ce volume n’ont pas seulement entre eux le lien que manifeste le titre : Trois femmes de la Révolution. On n’a pas choisi ces femmes simplement à la requête de leur psychologie et de leurs aventures parmi le décor changeant du Paris d’épopée où diversement, et très inégalement, elles marquèrent ; elles représentent chacune un aspect distinct de l’effort de la femme vers une part d’influence, de collaboration civique, aux premières années de l'incomparable crise ; et les trois moments de cet effort, qu’elles personnifient, se succèdent dans l’ordre qui les range w elles-mêmes chronologiquement devant l’historien :

^ si bien que, de l’ouverture des États généraux à la fin de 1793, les trois biographies arrivent à donner une image à peu près complète de ce que fut l’action ^ ^ de la Citoyenne.

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Non tout à fait complète, et ce serait pour nous un regret vif si, tout de meme, par échappées, ne se laissait voir le moment dont la vie d’Olympe, ni celle de Théroigne, ni celle de Lacombe n ont permis la peinture; nous voulons dire l’époque où naquirent et se multiplièrent les Sociétés fraternelles des deux sexes. Pour nous procurer le cadre au tableau de ces éclosion et multiplication, issues du mouvement démocratique de 1790-1791, il aurait fallu augmenter ce livre d’une quatrième biographie, ou plutôt d’une seconde entre la première et les deux autres, car la femme que nous aurions eu à raconter, Mme Robert Keralio, \/ sœur Louise Robert , comme elle s’appela en 1791, journaliste démocrate et muse du parti républicain à son aurore, était plus jeune qu’Olympe de dix ans révolus et moins que Théroigne d’environ quatre ans. Mais deux articles de M. Aulard nous eussent condamné à des apparences de plagiat (1). Au contraire, les études dont Olympe et Théroigne ont été l’objet, même celle, réputée à peu près définitive, de M. Marcellin Pellet sur Théroigne, étaient à refaire d’après la méthode scientifique qu’on applique maintenant à T histoire de la Révolution. Quant à Lacombe,

(1) Revue Bleue du 19 mars 1898, article intitulé : le Féminisme pendant la Révolution. (Nous l'avons d’ailleurs cité p. 338.) La Révolution française d’octobre 1898, article intitulé : la Formation du parti républicain (17 90-17 9 1). Ceux qui voudraient se renseigner sur les Sociétés fraternelles avant 1792, et sur le rôle de Mme Robert Keralio, trouveront là tout l’essentiel.

elle était vraiment comme inconnue ; et cependant, au point de vue proprement historique, c’est peutêtre, de nos Trois femmes , la plus intéressante. Les deux autres sont beaucoup plus curieuses par elles-mêmes ;

T enragée Lacombe leur est supérieure comme document révolutionnaire, avec le club tout féminin auquel le nom de cette belle Pyrénéenne est attaché, avec le club des Républicaines révolutionnaires , dont Robespierre eut peur.

Les trois biographies ont encore entre elles un lien, que nous avons souligné de cette inscription au-dessus du titre : les Origines du féminisme contemporain. C’est en effet dans la Révolution française que se trouvent les véritables origines du mouvement féministe ^ actuel ; car si l’idée qu’il y a égalité intellectuelle entre l’homme et la femme est bien antérieure à la Révolution, si elle précéda le christianisme, c’est seulement du jour où furent proclamés les Droits de l’homme, du jour, au moins, où se leva sur le monde la grande espérance de l’émancipation de l’homme, qu’une doctrine parut et put paraître de l’émancipation parallèle de la femme, suivie d’un mouvement pour essayer de réaliser cette thèse intégrale.

Jusqu’en 1789, ou plutôt jusqu’à la veille de la convocation des États généraux, des voix isolées revendiquèrent bien pour la femme le droit au développement libre et à l’emploi même politique de toutes ses facultés cérébrales ; mais ce féminisme, en appa-

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rence complet, restait aristocratique : ses professeurs de l'un ou de l’autre sexe ne songeaient et ne pouvaient guère songer qu’à une élite sociale, tout au plus, après les grandes dames, aux bourgeoises de haute bourgeoisie. L’approche de la Révolution puis celleci démocratisèrent la théorie et suscitèrent, des profondeurs du peuple féminin, un élan héroïque vers la conquête du droit de cité. Elles le suscitèrent en province comme à Paris, dans un grand nombre de villes, ainsi qu’il nous a été loisible d’en grouper des exemples à l’occasion du club des Républicaines révolutionnaires . Grâce à Olympe de Gouges, d’autre part, nous aArons précisé la doctrine, exposée d’abord par Condorcet, puis, mais originalement, par cette originale qui fut tantôt une folle et tantôt une voyante.

De cette manière s’est trouvé rempli le dessein (jui nous avait fait commencer nos recherches. Car nous ne sommes pas devenu historien pour le plaisir, et l’aveu n’est pas d’orgueil, au contraire : il faut aimer l’histoire pour elle-même, et une des conditions de l’excellence, aussi bien en histoire qu’en poésie, est le désintéressement. Nous n’étions pas désintéressé, cet ouvrage fut conçu telle une sorte d’illustration à donner à un livre d’idées : Humanisme intégral, le duel des sexes, la Cité future, publié peu auparavant. C’est plus tard que ce dessein, sans se renoncer, s’élargit ; que l’élevèrent

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l’émotion pure de l’histoire, l’ivresse de la vérité poursuivie contre tant d’erreurs consacrées ou de mensonges. Nous sentîmes la nécessité de la plus rigoureuse méthode. Notre éloignement s’accrut pour l’histoire romanesque — et pour les synthèses faciles où se pavane l’ignorance dogmatique ou lyrique.

Voilà, d’ailleurs, une trentaine d’années que l’histoire de la Révolution est entrée dans sa phase scientifique, qu’elle se fait par un concours d’études très poussées, auxquelles s’ajoutent d’abondants recueils de documents (1) : tous matériaux qu’utilisera, — dans cinquante ou soixante ans, — pour une construction définitive, un Taine impartial ou un Michelet impartial aussi et sans romantisme. Car il va de soi qu’après une longue période d’analyse et de recherches il y aura l’heure de la synthèse sérieuse pour un homme de génie ou de grand talent pleinement documenté.

Aujourd’hui, les meilleurs travaux sont ceux qui osent le plus être critiques, qui donnent tout l’utile des textes, et toujours le moyen au lecteur, par des références précises, d’aller, s’il lui plaît, aux sources pour juger des déductions et conclusions de l’auteur. D’un mot, c’en est fini des ouvrages de seconde main, quels

(1) La facilitent les si utiles et vraiment admirables répertoires de MM. Tourneux et Tuetey.

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qu’ils soient, comme des belles histoires ou philosophies de l’histoire de la Révolution, polies... et qu’il faut croire.

Avril 1900.

Léopold Lacoür.

P. -S. — En leur dédiant nos études, nous avons témoigné à MM. Aulard , Tourneux et Monin notre reconnaissance pour l’aide qu’ils n’ont jamais refusée à la préparation de ce livre. Nous aurions voulu pouvoir, d’une autre dédicace, nous acquitter mieux qu’il n’a été possible de le faire dans « Théroigne de Méricourt » envers M. Winter, directeur des Archives impériales et royales devienne. Une des premières pages de « Rose Lacombe » dit ce que nous devons àM. Bernard Lazare; une note de la même étude remercie le savant bibliographe M. Paul Lacombe. Dans l 'Appendice, deux autres confrères, MM. Alfred Bégis et Léonce Grasilier, trouveront nos remerciements. Ailleurs et plus tôt, le marquis de Persan et M. Arthur Chuquet. Il nous reste à nommer, pour leur savante obligeance, Mlle Louise Lévi, MM. Mouton-Duvernet, Welschinger, Perroud, Biré, Lenotre, Isambert, de Nolhac, J. L’Hermitte, le Dr Cabanès et le baron de Batz ; à déposer l’hommage d’une gratitude attristée sur une tombe récente, celle de M. Jules Flammermont; enfin à parler d’un portrait que nous a communiqué M. Édouard Forestié, de Montauban.

« Olympe de Gouges » était imprimée quand M. Forestié nous apprit qu’il avait possédé une miniature qu’on pouvait attribuer à Ingres père et regarder comme un portrait de la fameuse Montalbanaise. Il avait reçu du marchand qui lui vendit cette miniature l’assurance qu’elle venait d’une famille de Montauban nommée Mouisset.Or, la mère d’Olympe s’appelait Mouisset. Il fit photographier la jolie petite peinture et la décrivit ainsi dans une notice sur Ingres père (1886) :

« C’est le portrait d’une jeune femme * représentée « dans le costume des premières années de la Révolution : coiffure poudrée, robe à l’anglaise avec fichu de linon, capote desoie

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tricolore garnie d’une guirlande de roses ». A ce moment, il n’était donc pas encore persuadé que ce pût être une image de l’héroïne; mais plus tard le frappèrent, nous a-t-il écrit, de « nombreux traits de ressemblance » entre ce portrait et un portrait à l’huile de Le Franc de Pompignan, qui, bien probablement, comme on le verra dans notre étude, fut le père d’Olympe. Nous avons fait reproduire la photographie conservée par M. Forestié, sans modifier le passage où nous disons (p. 23) qu’il n’y a aucun portrait connu, soit de la femme de lettres, soit de la courtisane, car l’hypothèse de M. Forestié... n’est qu’une hypothèse. — Le portrait mis en tête d’un article d’Alphonse Daudet sur Olympe, dans le Figaro illustré de 1887-1888, est entièrement « de fantaisie », nous a déclaré l’auteur, M. Pierre Vidal.

A Monsieur A. Aulard .

D’après une conjecture

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