FIN
APPENDICE I
Extrait du Registre des baptêmes , mariages et sépultures de l'Eglise paroissiale de Saint-Orens de la commune de Montauban de Vannée 1737.
« Pierre Gouze, marchand, âgé de vingt et un ans, fils de feu Jean Gouze, boucher, et de Jeanne Palis, mariés, habitants de Montauban, d’une part, et Olympe Mouisset, âgée de vingt-quatre ans, fille de Jacques Mouisset tondeur, et d’Anne Marty, mariés, habitants de Villebourbon, d’autre part, ont reçu la bénédiction nuptiale ce trente-un décembre 1737, du consentement des parents des parties, et du consentement de M. Laganne, vicaire dudit Montauban, avec la dispense du temps prohibé, donnée le vingt-neuf dudit mois, par M. le vicaire Grâl, signée de Boissy, après la publication des trois bans faits à la messe de paroisse dans le présent mois, sans qu’il soit venu à notre connaissance aucune opposition ni empêchement civil ou canonique ; témoins Jacques Lecuyer, facturier, Jean Gouze, boucher, cousin du dit, habitants de Montauban, Guillaume Lamire, marchand, habitant de Toulouse et Pierre Darbas, clerc, habitant de Villebourbon, l’un desquels n’a su signer.
« Signés : L’Ecuyer, Jean Gouze, Darbas, Mouisset père et Autheman, curé. »
« Elle était, comme la Rivarole, de Montauban ou de Carcassonne, et fille de marchand de vin. Nous ignorons comme elle est sortie de son pays ; car nous ne regardons pas comme assuré le récit qu’on nous a fait, qu’elle a été emmenée par un homme riche, qui l’a entretenue ici, à Paris. Voici comme on dit qu’il obtint les premières faveurs. Olimpe , qui se nommait alors Babichon ou Babichette , était très attrayante pour une Carcassèse. L’homme riche, qui était logé chez son père, en devint amoureux : il employa tous les moyens possibles pour la gagner, mais sans y réussir. Il lui vint dans l’idée de faire le malade. Il parut fort bas, et toute la maison le crut prêt à mourir. Soit que le médecin fût un ignorant, soit qu’il fût séduit par l’or, il déclara que le moribond n’avait pas douze heures à vivre, à moins d’un dévouement de la part de la personne qui avait causé son mal. Il prit en particulier Babichonette et lui dit: C’est vous qui avez causé le mal et c’est vous seule qui pouvez le guérir. La chaleur vitale va cesser en lui, vous seule pouvez la lui rendre en vous mettant la nuit auprès de lui, chair contre chair. Comme il vous aime, vous le ranimerez : il vous aura obligation de la vie, et il fera, par reconnaissance, votre fortune et celle de vos parents. Babichette était alors naïve et crédule : elle consentit. Elle se mit nue auprès du prétendu malade, qui l’étreignit. Ils restèrent ainsi quelque temps, étroitement unis. Enfin, l’homme riche, ayant trouvé sa belle, posséda Babichette en lui faisant entendre que cet approchement était nécessaire à sa guérison. Il la retint ainsi toute la nuit. Le lendemain, parfaitement guéri, le convalescent fit un présent considérable à l’aubergiste, et emmena la fille. » ( lî Année des Dames nationales , 1794.)
APPENDICES
Notre étude était imprimée quand M. Léonce Grasilier nous communiqua sur Pierre Aubry des renseignements puisés aux archives administratives du ministère de la Guerre. Ces renseignements permettent de le suivre jusqu’en l’an X. C’est son curriculum vitæ d’officier de terre, puisqu’il appartint ensuite à la marine :
29 janvier 1791, sous-lieutenant aux canonniers soldés de Paris,
22 janvier 1792, — au 104e régiment d’infanterie,
31 juillet 1792, lieutenant au 8e — —
26 août 1792, capitaine — — —
6 mai 1793, adjudant général chef de bataillon,
30 juillet 1793, suspendu (nous nous serions donc trompé dans
notre étude en datant cette suspension du 30 juillet 1792),
21 août 1793, réintégré pour être employé à l’armée du Rhin, 24 septembre 1793, suspendu,
2 floréal an II (21 avril 1794)-ventôse an III, inspecteur des transports militaires à l’armée des côtes de Cherbourg,
Ie'' thermidor an IX (20 juillet 1801), admis au traitement de réforme du grade de chef de bataillon,
Le 2e jour complémentaire de l’an IX (19 septembre 1801) confirmé dans le grade de chef de brigade et admis au traitement de ce grade,
An X, embarqué pour la Guyane et passé au département de la marine.
D’autre part, M. Léonce Grasilier a retrouvé dans ses notes, mais sans références, les dates et faits suivants :
Le général Aubry (Degouges) meurt de la fièvre à Cayenne en 1802. Sa veuve s’embarque pour la France avec leurs cinq enfants. Le navire est pris par un corsaire anglais. Elle meurt avant que le navire soit arrivé à La
Havane, où il fut déclaré de bonne prise. Les enfants furent totalement dépouillés. Un fils existait encore en 1867 à Nancy; il était alors âgé de 70 ans et presque aveugle et misérable.
Elle avait longtemps habité rive gauche, près de la Comédie : d’abord rue de Condé, — du moins c’est la première adresse qu’il nous a été possible de relever (1786), — puis rue et place du Théâtre-Français (1788), enfin rue de Vaugirard (décembre 1788). En septembre 1791, elle est àAuteuil. En décembre 1792, elle habite rue Saint-Honoré, près des Jacobins.
Malgré les emprunts que nous y avons faits, nous croyons devoir donner ici les deux dernières lettres d’Olympe de Gouges. Voici la première, du 12 brumaire (2 novembre), qui nous a été signalée par M. Alfred Bégis :
« Au citoyen président de la Convention nationale.
« Le deuxième jour de la décade.
« Citoyen Président,
« Je suis condamnée à mort pour avoir été, hélas! trop idolâtre de la Révolution. Je ne me plains pas: puissent mes ennemis se pardonner ce crime comme je leur pardonne! Malade, sans défenseur, je n’ai eu pour appui que mon innocence, hélas ! Je ne vous demande point la révision de cette incroyable condamnation, je suis enceinte de quelques
APPENDICES
jours par des signes non équivoques. Sans doute ma douleur et la longue persécution que j’éprouve ne me feront point arriver à mon terme, mais du moins j’aurai la douceur, avant ma dernière heure, de recevoir des nouvelles de mon fils. Il est dans nos armées républicaines, et notamment dans celle du Rhin, en qualité d’officier général. Puissé-je mourir de douleur! Je demande à la Convention, au nom de la nature et d’une victime férocement précipitée dans les tombeaux, de me faire donner des nouvelles de ce fils dans la prison où l’on m’a déposée. Puisque je suis morte au monde pour tous les vivants, je n’en puis recevoir des nouvelles que par la Convention elle-même. Elle ne me refusera pas du moins cet acte d’humanité pour tous les services que j’ai rendus à la patrie, au peuple et à la liberté que mon arrêt de mort va immortaliser.
« Olympe Degouges. »
Voici la seconde, qui nous a été signalée aussi par M. Alfred Bégis, et que nous avons, dans notre étude, datée du 3 novembre, à tort peut-être, car rien ne prouve absolument qu’elle ne soit pas du 2 :
« Au citoyen Degouges, officier général dans l’armée du Rhin :
« Je meurs, mon cher fils, victime de mon idolâtrie pour la patrie et pour le peuple. Ses ennemis, sous le spécieux masque de républicanisme, m’ont conduite sans remords à l’échafaud. Après cinq mois de captivité, je fus transférée dans une maison de santé où j’ai été libre comme chez moi. J’ai pu m’évader. Mes ennemis, ni mes bourreaux ne l’ignorent pas ; mais, convaincue que toute la malveillance réunie pour me perdre ne pourrait parvenir à me reprocher une seule démarche contre la Révolution, j’ai demandé moi-même mon jugement. Pouvais-je croire que des tigres démuselés seraient juges eux-mêmes contre les lois, contre même ce public assemblé qui bientôt leur reprochera ma
mort. On me présente mon acte d’accusation trois jours avant ma mort; dès l’instant de la signification de cet acte la loi me donnait le droit de voir mes défenseurs et toutes les personnes de ma connaissance, on m’a tout intercepté : j’étais comme en secret, ne pouvant pas même parvenir à parler au concierge. La loi me donnait aussi le droit de choisir mes jurés, on me signifia la liste à minuit, et, le lendemain matin, à sept heures, on me fait descendre au tribunal. Malade et faible, et n’ayant pas l’art de parler en public, semblable à Jean-Jacques ainsi que par ses vertus, je sentis toute mon insuffisance, je demandai le défenseur que j’avais choisi; on me dit qu’il n’y est pas ou qu’il ne voulait pas se charger de ma cause ; j’en demande un autre à son défaut, on me dit que j’ai assez d’esprit pour me défendre. Oui sans doute, j’en avais de reste pour défendre mon innocence qui parlait aux yeux de tous les assistants; je n’y mis pas ce qu’un défenseur aurait mis pour moi, sur tous les services et bienfaits que j’ai rendus au peuple. Vingt fois j’ai fait pâlir mes bourreaux, et, ne sachant que me répondre à chaque phrase qui caractérisait mon innocence et leur mauvaise foi, ils ont prononcé mon arrêt de crainte que le peuple s’aperçut d’une iniquité dont le monde n’a pas encore offert l’exemple. Adieu, mon fils, je n’y serai plus quand tu recevras cette lettre ; mais quitte ton état ; l’injustice que l’on fait à ta mère et le crime que l’on commet envers elle... ( C’est après cette phrase interrompue que V écriture d'Olympe, presque illisible , succède à celle de la personne à qui elle avait dicté ce qu'on vient de lire.) Je meurs, mon fils, mon cher fils, je meurs innocente. On a violé toutes les lois pour la femme la plus vertueuse de son sexe... ( Ici des mots indéchiffrables)... Rappelle-toi de mes prédictions. Je laisse la montre de ta femme ainsi que la reconnaissance de ses bijoux au Mont-de-Piété, le flacon et les clefs des malles que j’ai [un mot illisible) passer... à toi.
« Olympe Degouges. »
APPENDICE II
Il paraît même — nous réparons ici un oubli — qu’elle avait encore en 1790 un maître de musique. (. Les Confes sions, p. 159.)
Elle avait aussi un maître de français.
La Chronique de Paris du 15 mars 1790 publiait cette lettre de Villette :
« Mlle Théroine [sic) paraît avoir l’âme d’une Spartiate et l’esprit d’une athénienne. Elle a plus qu’un autre le droit de parler de l’Assemblée nationale. Je prendrai néanmoins la liberté de n’être pas de son avis. Elle fait, dans l’aréopage des Cordeliers, la motion civique de bâtir un palais national sur l'emplacement de la Bastille. Ne serait-il pas préférable de laisser les représentants de la France où ils sont? Je m’explique : le terrain de la Bastille est, pour ainsi dire, hors de la ville; C’est une véritable peine, c’est un voyage
d’y aller. Dans un temps où l’on sacrifie tant aux embellissements de Paris, comment pourrait-on se résoudre à masquer par un immense paravent les beaux quartiers de la rue et du faubourg Saint-Antoine, le magnifique Boulevard, la rivière et le Jardin du roi? Un seul obélisque est le monument qu’il convient d’ériger sur ces affreuses ruines. Transportez à sa base les quatre statues enchaînées de la place des Victoires, vous aurez à la fois l’image du despotisme et de la liberté.
« Les monastères de l’Assomption, des Capucins et des Feuillants sont aujourd’hui du domaine de la nation : c’est là qu'il faut élever le temple de la patrie. En face de la place Vendôme, il aurait jour sur le boulevard en ouvrant les Capucines; il se trouverait sur l’alignement des belles colonnades du Garde-Meuble: les Tuileries en seraient le jardin. Ce nouvel édifice nécessiterait le déblaiement de la rue projetée qui, en isolant tout à fait la demeure du souverain, joindrait par contiguïté le Carrousel à la place Louis XV.
« Cette terrasse des Feuillants, déshonorée par un vilain mur, sombre et effrayante dès le déclin du jour, ne pourraitelle pas être métamorphosée, à l’exemple du Palais-Royal, en une immense et superbe galerie couverte où le commerce, en étalant ses richesses, animerait tout de son mouvement ? L’illumination de ces arcades en ferait la promenade de tous les soirs, et ce serait un abri contre les averses. Si nous avons encore quelques millions à dépenser, assurément il vaudrait mieux les jeter là qu’à Fontainebleau, Compiègne ou Rambouillet. »
Elle était arrivée à Marcourt à cheml, seule. Cependant elle n’était point partie de Paris à cheval, comme s’amusèrent à le dire les Actes des apôtres. Elle était allée jusqu’à Reims par la diligence. [Les Confessions, pp. 126-127).
APPENDICES
Comment Restif de la Bretonne savait-il qu’elle avait eu « une petite terre » ? Il situait cette terre « du côté des Ardennes ». « La Teroueigne » la tenait, disait-il, de son « faux mariage » avec un « ci-devant » : on se rappelle l’histoire. Sur le séjour de Théroigne à Xhoris, M. Marcellin Pellet (pp. 118-119) a publié un document assez curieux, cette lettre du 28 avril 1809, adressée par le maire de Filât au sous-préfet d’Huy (alors sous-préfecture du département de l’Ourthe) :
«... Dans le principe de la Révolution est arrivée à Xhoris une aventurière, sous l’habit d’amazone et sous le nom de Théroigne de Méricourt, visitant, disait-on, pour lors, quelques-uns de ses parents en cette dernière commune et qui s’appellent Terwagne.
« Cette demoiselle a passé quelques mois en ce pays, et il me paraît l’avoir vue moi-même tantôt sous l’habit masculin, cajolant les coquettes des environs, et tantôt sous celui de son sexe et sous la droite de quelque freluquet. Elle a tout à coup disparu... »
En province, dès 1790, il y avait eu des bataillons d’amazones. Des Arlésiennes s’étaient armées, des Vosgiennes, des dames de Maubee (Isère), de Vauvert (Gard), de Vie (Hautes-Pyrénées), de Creil, et sans doute des filles et des femmes de beaucoup d’autres villes moyennes ou petites. L’histoire serait curieuse de cet enthousiasme militaire de la
femme au début de la Révolution. L’adresse et le projet de règlement des amazones de Vic-en-Bigorre en seraient une des pièces significatives. Le 20 novembre 1790, la Constituante ordonna une mention honorable de cette adresse au procès-verbal. (Y oir Archives parlementaires, t. XX, p. 556). Dans le Journal général de la Cour et de la Ville , le 11 mai 1790, une lettre d’Aunay commençait ainsi : « Les dames patriotes de cette ville ont projeté le 15 du mois dernier de former une société qui porterait le nom de Corps d'amazones nationales. La municipalité a sagement applaudi à cet élan de patriotisme femelle... » D’ailleurs, à Paris, il y avait eu au moins, à la même époque, des femmes montant la garde. On trouve dans le Petit dictionnaire des grands hommes et des grandes choses qui ont rapport à la Révolution (1791) : « Patrouilles de femmes. J’ai vu plusieurs ordres de districts conçus en ces termes : Il est enjoint à Madame... de se rendre demain à 11 heures au district, pour monter la garde. Quelle bizarrerie ! quel ridicule ! »
P. -S. — Peut-être, p. 164, aurions-nous dû écrire : « Tournac/ion de Montveran» au lieu de : « Tournac/ieaw de Montveran». (Voir la France littéraire de Quérard, au nom Montvéran). Enfin signalons, mais pour avertir, qu’elle est entièrement de fantaisie, une nouvelle de Sacher- Masoch : Cherubini et Théroigne.