AD., B
2 D., Jubilé de la sodalité, 25 mars 1C83.
GD., fin 1663.
' D., juillet 1670.
révolutionner, et l'évêqùe lui-même doit par sa présence assurer la tranquillité de l'élection des dignitaires; force est aux deux agitateurs de se tenir coi? ce jour-là ; le mauvais esprit qu'ils continuent à manifester se heurte à la discipline des autres membres de la congrégation.
Le scandale provoqué en 1718 ' à sainte Aldegonde, n'est qu'un excès du zèle des sodalistes pour la défense des Pères Jésuites. Ces associations en effet, ne se contentent pas d'imposer le respect par le nombre de leurs membres ; elles manifestent leur activité par des actes publics qui étendent au loin l'influence de la Société. Sans parler des messes solennelles et des cérémonies religieuses qui attirent dans la chapelle tout ce que la ville compte de plus considérable -, les secours en vivres et en argent, distribués par la sodalité des gens mariés gagnent les sympathies des pauvres de la ville et des étudiants peu fortunés qui en profilent 3. Sur les routes, des chapelles 4 adossées à de grands arbres rappellent aux voyageurs qu'il existe à Saint-Omer de puissantes associations, et que le Magistrat n'a pu résister à leurs humbles requêtes ; c'est ainsi que Messieurs de la ville ont permis à ceux de la Congrégation des syntaxiens, sous le titre de la Visitation de la Vierge de « faire ériger et bâtir une chapelle à l'un ou l'autre côté de l'arbre dit de la magne à charge et condition et non autrement que ladite chapelle ne servira que pour la congrégation ». Dans le faubourg aucune jeune Hautponnaise ne consentirait à entendre des propositions de mariage à moins qu'elles ne lui fussentfaites par quelque membre de la sodalité des Flamands5. Par ces associations, les Pères sont maîtres de la ville et des faubourgs; avec l'appui des sodalités, ils purent aisément triompher des difficultés que leur activité politique et religieuse ne manqua pas de leur attirer.
Les Jésuites n'étaient pas depuis quinze ans à Saint-Omer que déjà ils se trouvaient dans un embarras qui faillit les décider à quitter la ville et à abandonner leur œuvre commencée. Lors de la terrible affaire des Sinoguets''1, ils furent suspects à juste titre aux Orangistes, et bien des tentatives furent faites pour
1 Bibl. de Saint-Omer, Ms 830, p. 51. — 27 juin 1718. Affaire réglée par l'official le 14 juillet.
'2 D., 1070 et passim.
4 Chapelle des Grâces ou du Bon voyage sur la roule d'Arqués. — A. M., D.M., EE, p. 100, v°, 26 juillet 1669, FF, p. 22; 10 septembre 1073. — CXXV, 10.
0 V. Bled : La Réforme à Saint-Omer cl en Artois, 1889.
obtenir d'eux un serment. Mais en gens avisés, l les Pères avaient compris la contradiction de la formule qu'on leur présentait : comment en etîet jurer à la fois fidélité à la religion catholique et au roi, en même temps que promettre obéissance à leur ennemi le plus acharné, Guillaume d'Orange. Prudemment, les Pères évitèrent de se prononcer, et leur Provincial leur interdit même, sous les peines canoniques les plus rigoureuses, toute discussion, toute conversation sur les affaires publiques. Malheureusement, cette sage neutralité ne fut pas longtemps possible. Sans doute, dans une perquisition faite au collège, les Patriotes n'avaient rien découvert-; sans doute, nul n'avait connu la mission secrète du P. Gérard auprès de Valenlinde Pardieu3, mais les Orangistes rentrés à Saint-Omer voulaient un serment. En face de la violence des Sarra et des Sinoguets, les Jésuites usèrent de diplomatie : « obstant leurs constitutions et règles approuvées du saint Siège apostolique, ils déclaraient4 ne se pouvoir empêcher, ni entremettre aucunement es choses civiles ou politiques, pour mieux et sans semblables empêchements attendre à leurs offices spirituels; partant, ils ne pouvaient être pressés contre leur conscience et faire aucun serment civil ou criminel; ils consentaient cependant à promettre de n'attenter soit de conseil ou de fait ni autrement contre le bien et repos de ladite république des Pays ni d'autre quelconque ». Pressés par les meneurs, sommés d'accepter une des nombreuses formules qu'on leur avait proposées, ils portèrent l'affaire à Bruxelles, se faisant recommander auprès de l'Archiduc Malhias par le docteur Langolius et M1 de Ruminghem gouverneur de Saint-Omer. Un échevin juré au conseil et le greffier principal, députés par le Magistrat vers Son Altesse, rapportèrent que5 « si les Jésuites ne voulaient pas signer le formulaire joint à la réponse, il fallait leur permettre avec modestie de sortir à bref jour de la ville, après y avoir vendu leurs meubles à leur profit ». Devant cet arrêt, les Pères prirent l'engagement de ne rien faire contre le bien de la ville et l'utilité de la patrie0. La formule sembla vague à certains et les mutins, sans la défense du Magistrat et du gouverneur accourus en hâte au collège, auraient fait un mauvais parti aux Jésuites. Aussi, songèrent-ils sérieusement à transférer leur
2 A. M., CM, 13 mars 1578.
3 12 mars, parti avec des instructions du P. Ci ohin, recteur.
5 A. M., D.M., K, fo 203-206 et 207.
e « Contra hujus urbis bonum et patrise utilitalem », dit le Diarium.
collège en Picardie ' ; le Père Vincent Vérins et MeJeandeCampen se rendirent même à Paris pour s'y rencontrer avec le gouverneur du roi de France : heureusement pour Saint-Omer, les négociations ne purent aboutir; les députés revinrent sans avoir lien conclu : bientôt tout rentra dans le calme et les Pères purent rouvrir leurs classes et continuer paisiblement à enseigner en même temps que la langue de Cicéron, l'amour du roi d'Espagne et le respect de l'orthodoxie.
Jamais dans la suite, la Société ne connut de pareils dangers. Toujours fidèle au gouvernement, toujours soutenue par lui -, elle ne rencontra jamais d'opposition à sa prudente conduite. Une seule fois, la charité des Pères, plus encore que leurs idées politiques, les mit dans quelque embarras. C'était pendant la guerre avec la France 3, cinq gentilshommes « ici militaris administri » faits prisonniers à la bataille d'Hunecour, avaient été amenés à Saint-Omer; les sentinelles ayant manqué de vigilance, ils parvinrent à s'échapper à la faveur de la nuit et deux d'entre eux, passant par dessus le mur du jardin, s'introduisirent dans le collège. D'abord, le vice-recteur reste insensible à leurs prières; mais bientôt François de Vitry s'apitoie; non seulement il leur donne asile, mais il les réconforte par quelque nourriture. Cependant on connaît l'évasion; de grand malin, le Magistrat et le gros bailli l'ont perquisitionner dans toute la ville; prudemment, les Pères l'ont passer les deux prisonniers dans leur église d'où ils pourront gagner une retraite plus sûre. Mais déjà le collège est cerne par la milice; les portes de la cité sont fermées et ne se rouvriront (jue deux jours plus lard. Toute la ville est là sur la place de l'Estat; on crie, on cherche les fugitifs. Des envoyés du bailli et des échevins réclament les prisonniers; on sait qu'ils sont au collège. — « Non, répond François de Vitry, ils sont partis de bonne heure ce malin par l'église. » La ville s'émeul ; le peuple accuse les Pères de trahison ; on va taire l'assaut du collège, le détruire si les Jésuites résistent. Des émissaires de l'hôtel de ville revenus en nombre, fouillent toute la maison. Là dessus, résonne la trompette du crie 11 r public : défense sons les peines les plus sévères de donner asile aux fugitifs; 24 palars de récompense a qui les livrera. Bientôt, au son de la cloche, on assemble toute la communauté; devant tous, on interroge le P. de Vitry ; il ne peut qu'attester son ignorance ; aucun père, aucun frère ne sait rien. Peu ail-
- V. par exemple au moment de la cession tic Sainl-Omcr à la France. D., 30 avril 1677.
paravant des prisonniers ne se sont-ils pas échappés par un souterrain placé derrière la couturerie ; n'ont-ils pas réussi à gagner l'abbaye de Saint-Bertin où on les a retrouvés le lendemain? Mais la foule persiste à croire les gentilshommes dans le collège; le tumulte recommence; une nouvelle visite plus minutieuse reste sans résultat. Une accusation de trahison fut alors portée au tribunal du conseil d'Artois : spontanément, le vice-recteur se présenta à ses juges et expliqua si adroitement sa conduite, que l'affaire s'apaisa.
Dans l'ordre religieux, les difficultés furent plus nombreuses. Le zèle des Pères, leur ardeur à catéchiser les habitants, la vogue de leurs fêles ne fuient pas sans exciter la jalousie de leurs frères en religion, moins heureux dans leurs tentatives ou moins actifs. Curés des paroisses et moines virent dans les Jésuites de dangereux concurrents ; ils parlèrent d'empiétement sur leurs droits et privilèges, ils reprochèrent aux Pères de n'avoir aucun égard pour l'autorité des évêques, de semer la discorde dans les paroisses, de troubler la tranquillité des couvents, de gêner les curés. Heureusement, dans cette lutte, les Pères comptèrent presque constamment parmi leurs alliés les évêques eux-mêmes qui soutinrent la Société contre leurs prêtres, contre leur chapitre, contre les autres religieux, contre les Universités voisines. Les attaques durent être violentes puisqu'elles ne purent échapper au bon Heindricq ordinairement peu perspicace ; ne parle-t-il ' pas dans ses mémoires des plaintes d'aucuns et des murmures d'autres qui jugent inutiles les dépenses pour la procession de saint Ignace ; ne note-t-il pas le mauvais vouloir des chanoines qui a la débattent longtemps avant de la vouloir accorder », la jalousie des religieux mendiants, tels que Jacobins et Cordeliers qui soutiennent « n'y vouloir aller ne fussent que les dits Pères Jésuites les précédassent en ordre comme les autres » ; ne signale-t-il pas la fureur des Cordeliers qui, n'ayant pas pris entre les deux cimetières ont été abandonnés par le reste du cortège. Ailleurs, n'écrit-il pas 2 «. tels qui au commencement avaient dit des Jésuites du mal et calomnies, les ont maintenant en respect et honneur comme des petits dieux... »
Il y avait donc des habitants de la ville pour mal parler de la Société et lui chercher des difficultés. Les curés furent certainement du nombre. Trop de personnes demandaient à être inhumées dans la chapelle des Pères. C'était un abus
i Ms 808, 12 juin 1622.
2 Ms 808, 1(512.
contre lequel ils ne cessèrent de s'élever. Dès 1577 ^ , le chapitre interdit l'inhumation au collège d'Eustache Muissart, chanoine pénitencier de Gérard d'Haméricourt et donateur d'un des vitraux2 de l'église. A la mort de Françoise Quarré 3, le curé de Saint-Denis prétend officier chez les Pères; lui seul a le droit d'enterrer ses paroissiens et nul, pas môme les religieux exempts, ne peut aller contre ce privilège. L'évêque Pierre Paunet juge prudemment que î'irascihle curé fera la levée du corps, et remettra le cercueil aux Jésuites à la porte de leur chapelle, où personne ne peut officier contre leur gré. Vingt ans plus tard, le curé de Saint- Denis 4 intente au collège un procès pour établir ses droits, et son confrère de Sainte-Aldegonde soulève un conflit du même genre pour l'inhumation d'une demoiselle Carré5. En 1679, la même question est encore débattue, et les vicaires généraux, toujours jaloux de la popularité de la Société, toujours inquiets de 1 influence qu'elle prend sur les évêques déclarent que les Jésuites ne peuvent et ne pourront administrer aucun paroissien malade de Saint-Denis, ni exercer aucune fonction curiale de ladite paroisse sauf envers les personnes qui meurent chez eux, en qualité de domestiques1'. Les curés des environs, les congrégations religieuses, partagent la défiance des prêtres de Saint-Omer; le Père Vaternan s'étant rendu à Calais pour confesser sans pouvoir de l'ordinaire, le commandant de la place, M1' de Molct, sur la requête du curé Sachin, le fait comparaître par devant lui et reconduire hors des murs7. Mlle d'Echout étant sortie de la maison de Sainte-Agnès8, la supérieure erie bien haut que la faute en est aux Jésuites qu'elle accuse de troubler la communauté ; et ses plaintes contre le confesseur de la jeune religieuse provoquent contre la Compagnie un violent mouvement d'opinion: « o bcala socielas , s'écrie le rédacteur du Diarium, quamdiu negotiis feminarum parliculariler curaiidis abslinebat secundum inslilulum ! ».
Le succès des leçons de cas de conscience et de controverse données au collège et à Saint-Berlin, la popularité du catéchisme institué par le Père Jacques, organisé et développé
1 I)., .'il août 1577.
* La verrière de gauche du chœur.
:< I)., juillet 16J0; cf. Bled, Evêques de Saint-Omer, II.
4 I)., 20 janvier 1630.
6 1)., 17 mai 1G52.
b G'' C, 22 lévrier 1679.
7 Bibl. de Saint-Omer, Ms 836, p. 69. — Pâques 172J. 6 D., lin 1611.